jeudi 31 décembre 2015

2015 en quelques billets

Difficile de se souvenir de ses enthousiasmes. Ce blog est une succession de découvertes, mais je me rappelle, au mieux, des plus récentes. Un essai, toutefois :

Les deux auteurs qui m'ont le plus marqué cette année sont aussi ceux qui m'ont demandé le plus pénible travail de décodage. C'est Bergson, d'abord. Il met notre pensée totalement sens dessus dessous. Conséquences incalculables. C'est Camus, et l'homme révolté, ensuite. Là, c'est une pensée de l'action, à l'envers de tout ce que l'on entend. Tous les deux prolongent le pragmatisme, découverte de l'an dernier. 

Ensuite, il y a Hannah Arendt, une valeur sûre de ce blog. Dans cet épisode, le procès Eichmann, elle juge la justice et les nations et montre à quel point elles agissent comme un seul mouton, emmené par une culture collective. 

Il y a aussi les anthropologues. Une histoire de l'anthropologie, de Robert Deliège, un livre lumineux, l'anthropologie de l'Occident, au moins de ses intellectuels, au travers de l'histoire de l'anthropologie. La fin du village, de Jean-Pierre Le Goff : la transformation de la France au travers de celle d'un village : perte de sens. Prémonitoire ? 

Aussi, L'histoire de la laïcité de Jean Baubérot, ou comment ce qui devait pacifier la France a été victime de ses démons. Et Le chaos et l'harmonie de Trinh Xuan Thuan, ou, peut-être, comment l'Occident aurait dû son triomphe à un aveuglement incroyablement productif. Aujourd'hui, gueule de bois. (Ce qui pourrait aussi être le message de Vasco de Gama.)

Finalement, Talleyrand, extraordinaire génie du changement. Son moteur, c'est l'hypocrisie. Pas la sienne : celle des autres. Personne ne lui a résisté. Ceux qui s'offusquaient le plus bruyamment de son immoralité sont ceux à qui il a fait payer le plus cher le service qui leur a épargné le déshonneur. 

Blog 2015 : réseau asocial

Quels enseignements ce blog tire-t-il de 2015 ? Comment a-t-il changé ? 

Sérendipité dit-on maintenant. Des problèmes de santé m'ont fait comprendre que je travaillais trop. Moins de blog. Restructuration. The Economist et sa synthèse hebdomadaire en furent victimes. The Economist ne m'apprend pas grand chose, ai-je pensé. C'est l'équivalent de la Pravda (la "vérité"). Pas bien écrit, en outre. Pour la même raison, ce blog parle de plus en plus de ce qui m'est utile. Illustration des travaux de Mancur Olson : dans un monde d'individus, chacun va vers son intérêt. Ce qui est mauvais pour l'intérêt collectif. (The logic of collective action.)

Autre idée de l'année : il n'est pas bon de vivre dans l'instant. C'est stressant et cela ne profite pas à la réflexion. Lire Bergson, Camus, Hannah Arendt, ou découvrir l'Abbé Grégoire en apprend bien plus que les dernières nouvelles d'Apple ou de notre gouvernement.

Réseau asocial
Plus de sept ans qu'il existe : à quoi sert-il ? J'ai besoin d'écrire mes idées pour les formuler. Un événement sans billet sombre dans l'inconscient. Avec billet, une idée nouvelle naît. Il y a "émergence" dirait peut-être la théorie de la complexité. Ou "création de valeur", pour parler comme un économiste ? Et la pensée se construit idée après idée. Du moins, c'est l'impression que j'ai. (J'ai constaté qu'il fallait stimuler ma création. Je publie suivant un rythme régulier. Mais, j'utilise une technique de gestion de stock, qui me permet de vivre plusieurs jours sans écrire.)

Le changement est un dégel dit Kurt Lewin. Ce blog décrit mon dégel. La mise en cause de mes idées reçues. C'est le blog du doute. Peu de gens peuvent y trouver un intérêt. J'ai définitivement choisi de ne pas lui donner une large diffusion. 

Une vie (professionnelle)

En cette fin d'année, je regarde vers le passé pour comprendre ce qui me pousse... D'où un texte à la Confucius !

A vingt ans, j'ai fait un stage ouvrier. Entreprise peu efficace à cause de conflits irrationnels. D'où malaise social. (Modeste, alors. Il n'a fait que grandir depuis.) Mais les résoudre était facile. Il m'a fallu vingt ans, et pas mal d'expériences de ce type, pour prendre conscience de cela et le formuler dans un livre. 

La Vallée de la mort
Puis, il m'a fallu dix ans pour comprendre que je prêchais dans le désert. Mes idées passent vite et bien en tête à tête, surtout avec les gens en difficulté, mais pas avec les foules. Bien sûr, j'ai cherché toujours plus d'exemples et d'arguments scientifiques. Je n'ai pas été plus convaincant, mais plus amusant dans mes conférences, et je me suis instruit. Et j'ai changé ma façon de voir le monde, et de me voir. Et j'ai découvert que mon sujet n'était pas marginal, mais fondamental : le cogito ergo sum de Bergson est qu'il n'y a qu'une seule chose qui existe : le changement. Au passage, mon intérêt s'est étendu aux changements des nations, des sociétés, des familles et des individus.

Et j'ai fini par comprendre que le monde obéit au Yin et Yang. Il y a des moments Yin où l'humanité veut l'efficacité et la paix. Changement signifie alors l'union fait la force. Et il y a des périodes Yang pendant lesquelles on veut en découdre. Alors, le changement, c'est la loi du plus fort. Aujourd'hui, c'est Yang et je suis hors sujet. Mais je ressens, depuis un an, de nouvelles aspirations. En particulier chez de jeunes consultants. Yin ?

La science n'a plus d'autorité
Finalement, cette histoire est une nouvelle illustration de ce que j'ai toujours tort. Je n'ai pas compris que la science n'a plus d'autorité dans notre société. Alors que je croyais trouver un appui chez les scientifiques, c'était le contraire qui se passait. Les universitaires entendaient leurs idées chez moi. Ils pensaient que j'étais l'hirondelle du retour du printemps de la science. 

mercredi 30 décembre 2015

French Tech

Un des mots de 2015 est French Tech.

La French Tech pour les nuls
Enquête rapide. A l'origine aurait été le Quartier numérique de Fleur Pellerin, en 2013. Cela fait penser à ZUP ou autre non man's land de banlieue que l'on veut réhabiliter. Mais, le Quartier numérique est devenu French Tech en 2014, ce qui sonne bien. L'idée initiale aurait été, héritage du Grand Paris ?, idée fixe du haut fonctionnaire ?, de constituer des "clusters". On ne crée bien qu'en groupe. Il s'agissait d'encourager des villes à bâtir des écosystèmes d'entreprises. Aujourd'hui, la French Tech, c'est l'Internet des objets. Était-ce l'idée initiale ?  Depuis le début, on répète que le projet profitera de 200m€ de subventions. Depuis que l'on en parle, on a l'impression que l'Etat a dépensé 600m. Ca paraît beaucoup, mais c'est ridicule par rapport à l'investissement que demande une start up américaine ordinaire : 125m$ en moyenne, si j'en crois ce que j'ai entendu il y a quelques années dans une conférence.

Bref, on pouvait craindre une nouvelle initiative de bureaucrates, soit le pire...

La chance sourit aux innocents ? 
Et, effectivement, comme d'habitude, on attend la création de masses d'emplois. Ce qui est douteux. Ce type d'entreprises ne recrute que des personnels très spécialisés et jeunes. Et en très petit nombre : Facebook, 12.000 personnes, Google, 60.000, et dans le monde. Peu de gens sont concernés. (Sans compter qu'il semble y avoir une pénurie mondiale de ce type de profils.) Même de manière indirecte, si ces entreprises font fortune : alors leurs employés embaucheront du personnel de maison, probablement immigré. En revanche, une bulle spéculative est vraisemblable. 

Mais est-ce important ? Il y a eu des coups de génie, peut-être involontaires, dans cette affaire. Et ils sont questions de marketing, notre point faible ! 
  • Le premier est que l'on y a associé les grandes surfaces. Brillant. Au lieu de se méfier des PME, voire de les étouffer, usage français, elles ont maintenant tout intérêt à promouvoir celles de la French Tech. Après la grande surface, la grande entreprise ? 
  • Le second est international : du jour au lendemain, la France paraît branchée. Elle va pouvoir surfer sur le mouvement spéculatif, les énormes intérêts en jeu et la pub qui va en résulter, que devrait susciter l'Internet des objets. 
Maintenant que la France a montré qu'elle était capable de participer à une mode, et si elle créait la sienne ? Par exemple en cherchant à pousser des entreprises qui créent un monde dans lequel il ferait bon vivre et qui emploieraient le gros de la population ? 

2015 : de la désintégration à la passion ?

Le changement est un phénomène mystérieux et fascinant. 2015 en a été la démonstration. En particulier en termes de politique.

Le mal du pays, c'est la dette et le déficit, nous dit-on. Or, on peut les rattacher sans mal aux actes de nos gouvernants. Comme dans toute culture clientéliste, le politique utilise les fonds publics pour sa réélection. Dans ces conditions, qu'en attendre en termes de changement ?

Rien de mystérieux ? Cela ne fait que commencer.

Les politiques libérales ont procédé, conformément à leur logique, par "désintégration" des structures sociales. En réaction, un peu partout reviennent populismes et nationalismes. Conformément aux enseignements de la systémique, le phénomène s'accélère. Désormais les partis désintégrateurs disent "votez pour moi, ça va être pire avec les autres". C'est moi ou la chaos. Ils retrouvent ainsi la justification que donne The Economist au capitalisme : certes ce n'est pas beau, mais l'alternative c'est Hitler, Staline et Mao.

Et alors ? En écoutant Svetlana Alexievitch (cf. La fin de l'homme rouge), j'ai découvert que l'Union Soviétique n'était pas ce que je croyais. Ce ne fut pas un moment atroce de l'histoire humaine. Ce fut, de l'aveu des personnes qu'elle a interviewées, une expérience mystique. On a oublié que déporter, torturer, tuer, c'est la recette de la passion, au sens chrétien du terme. C'est ce que pourraient avoir compris les Nazis et Heidegger : affronter le néant, c'est vivre une passion. 

2016 : de la désintégration à la passion ?

mardi 29 décembre 2015

La banque fait payer le client

La banque va faire payer le compte courant, disait France Culture. 

C'est curieux, il me semblait qu'ailleurs les comptes courants étaient rémunérés. Surtout, la raison en serait le coût des services Internet et de la relation client. Encore plus curieux. J'avais cru entendre qu'Internet c'était la destruction créatrice, donc mieux pour moins cher ; et que sans client une banque n'étant pas grand chose, une bonne relation client était un impératif. 

Du client roi au client pigeon, tel est le nom du changement ?

Les réseaux sociaux ou le côté obscur de la Force ?

Saviez-vous que Linkedin se réservait le droit d'informer qui bon lui semble de ce que vous publiez sur son site ? Voici ce que j'apprends en lisant le dernier livre d'Hervé Kabla. Un algorithme s'occuperait de dire qui va être intéressé par vos idées. 

Facebook ne publie pas les tableaux représentant des femmes dévêtues et les algorithmes de recherche de Google ressortissent à une sombre tambouille. Étrange comme on peut se tromper. Il y a quelques années Christian Huitema écrivait "Et Dieu créa l'Internet". On y lisait qu'Internet, c'était la fin du monopole. Or, c'est exactement le contraire qui s'est passé. Le jeu des réseaux sociaux est de nous enfermer dans des mondes clos, patrouillés par des machines, où ne s'appliquent pas les règles de la démocratie. Star Wars était-il prémonitoire ? Les réseaux sociaux ou le côté obscur de la Force ? 

Les médias traditionnels n'ont aucune raison de se réjouir. Car, il y a belle lurette qu'ils ne nous informent plus de rien. Ils nous disent ce qu'ils jugent être le bien. C'est d'ailleurs de là que peut venir leur rédemption. S'ils parviennent à redevenir des lieux de débat, ils n'auront plus à craindre l'Empire Internet. 

La déglingue du numérique


Pendant plusieurs semaines l'application météo de mon iPhone ne marche pas. La météo de Paris et de quelques autres villes reste au même jour. Déjà, il y a quelques semaines, la dite application avait refusé une baisse de température. Cela semble à nouveau fonctionner. Mais pour combien de temps ? 

Lorsque j'étais programmeur, les normes de qualité parlaient de nombre d'erreurs par milliers de lignes. Et le moindre logiciel en contient des millions. Aujourd'hui, je ne suis même pas sûr qu'il existe encore des normes de qualité. La programmation est une question de force brute. On applique la loi du marché. Si le marché est mécontent, il proteste. Sélection naturelle. Dans ces conditions, mieux vaut ne pas représenter une partie insignifiante du dit marché, on ne vous entend pas. Ce qui est apparemment mon cas. 

2015 : désintégration

Un mot de 2015 a été "intégration". Et si c'était ce qui expliquait pourquoi parler d'immigration fait le succès des "populismes" européens ? L'identité de la France est associée à l'immigration, par conséquent l'immigration ne crée pas systématiquement de crise. Ce qui a changé, c'est que les moyens traditionnels d'intégration (l'école et l'entreprise) ne fonctionnent plus. La haine de l'Europe, n'aurait-elle pas la même cause ? Elle serait perçue comme une force de désintégration sociale ? 

Luc Ferry disait quelque-chose de similaire à l'émission Soft Power de France Culture. Il pensait que la (re) "régulation" était désormais la question critique de notre temps. 

Les doctrines de nos partis politiques de gauche ou de droite sont, depuis un demi siècle, la "libéralisation". Les dits partis vont-ils poursuivre dans la même voie ? Vont-ils se transformer ? Le peuvent-ils ?...

(De l'immigration et du modèle français : Le creuset français de Gérard Noiriel.)

lundi 28 décembre 2015

Ne diabolisons pas M.Hollande

Un scaphandrier échoue sur la plage d'une peuplade du Pacifique. Le scaphandrier fait des gestes désespérés. Il demande à ce qu'on le sorte de son scaphandre. Mais la peuplade pense qu'il est un dieu, ou le cadeau d'un dieu. Et plus il s'agite, plus elle croit que son dieu est content. Plus elle est heureuse. Et, quand il meurt, elle ne comprend pas pourquoi son dieu l'a abandonnée. Je ne sais plus où j'ai lu cette histoire. 

Et s'il en était de même avec M.Hollande, dans le rôle de la peuplade, et nous dans celui du scaphandrier ?

Et si M.Hollande était, simplement, ce qu'il est : un politicien ? C'est-à-dire quelqu'un qui vit dans un autre monde que le nôtre. Un monde où seules comptent les manœuvres électorales. Un monde où une élection justifie tous les moyens. Un monde où les "grands principes" dont parle M.Valls, les droits de l'homme en particulier, ne sont que des artifices susceptibles d'influencer les intentions de vote, comme la coupe de ses vêtements, la couleur de sa cravate, sa mine contrite lors d'événements graves, ou autre. Et si, pour ce président, pour tout président ?, gouverner ressortissait à de la magie ? Et si la vie quotidienne du Français et la manifestation des souffrances du scaphandrier lui étaient incompréhensibles ? Et si nous étions, pour lui, des abstractions obéissant à des impulsions curieuses ? Et s'il n'était pas un diable complotant notre fin, comme beaucoup le pensent ?

(Suite du billet précédent, concernant la théorie du complot. Voir aussi la question du "jeu sans fin" auquel se livre l'individu pris au piège d'un système.)

Faut-il croire les théories du complot ?

La systémique est une science du changement. Du coup, ce blog voit des systèmes, donc des complots, partout. Le complot, c'est l'intention de nuire. Or, ce blog constate aussi que l'on peut changer du tout au tout. Pas cohérent ! 

Des aspirations, pas des intentions ?
Tentative d'explication. Ce qui nous pousse, ce sont nos "aspirations". Ces aspirations s'expriment dans nos comportements. Mais l'aspiration ne produit pas seule le comportement. L'influence des circonstances a son mot à dire. Exemple : supposons que vous désiriez une société bien organisée. Et que vous constatiez sa "désintégration". Alors, vous pouvez également trouver votre bonheur dans le repli, nationaliste régionaliste ou autre, ou, au contraire, dans le "progrès", élan international.

C'est probablement ce qui s'est passé en 40. Pétain : le repli frileux ; les Trente glorieuses, le progrès universel. Même chose en Allemagne ou au Japon : du nationalisme agressif à l'internationalisme altruiste. Idem aux USA. Le New deal, c'est le passage du capitalisme sans complexes à l'Etat social.

Ne pas déduire les "intentions" du comportement, recette de conduite du changement ? 

(Plus frappant ? "Les racines intellectuelles du IIIème Reich" n'avaient pas grand chose à voir avec la pensée d'Hitler. Elle parut à certains comme un compromis acceptable, bien que triste, c'est tout.)

2015 : le partage

Parmi les mots de 2015, il y a partage. Economie du partage. Ce terme a pris une connotation inattendue. Contrairement à l'après guerre en "expansion", où l'on voyait son sort s'améliorer, et où l'on disait à ses enfants qu'ils vivraient mieux que soi, la croissance stagne. Depuis 50 ans, la société semble se miter : certains connaissent le déclassement, d'autres s'enrichissent, parfois massivement. "Partage" signifie maintenant se battre pour les mêmes ressources. Le partage se fait par la force. 

N'est-ce pas ce que montre déjà "l'économie du partage" ? Lorsque la ressource est rare et que Airbnb ou Uber font jouer l'offre et la demande, seuls les riches peuvent avoir un taxi ou un logement ?

Quid de l'avenir ? Scénario Athénien ? Quelques oligarques, une masse laborieuse et des esclaves ? Scénario victorien, pas très différent du précédent ? Ou, au contraire, gestion des "ressources partagées" en mode "bien commun", comme on le fait des ressources rares ? Forme de communisme ? Ou encore redémarrage d'une croissance non destructrice ? Economie de la connaissance, qui croit quand on la partage ?...

(Martine Aubry aurait-elle vu juste ? Mais en voulant nous imposer ses idées par la force, elle a échoué ? Dommage qu'elle n'ait pas lu Kurt Lewin ou cru en la démocratie ?) 

dimanche 27 décembre 2015

Le problème que pose la déchéance de nationalité

Voici ce qu'écrit Stefan Zweig, l'apatride, avant son suicide. (Le monde d'hier.) Lui qui s'était cru citoyen du monde. 

"Quelque chose de mon identité naturelle et de mon moi primitif et essentiel demeura à jamais détruit () j'ai aujourd'hui constamment le sentiment que je devrais témoigner une reconnaissance particulière à chaque aspiration d'air que je soustrais à un peuple étranger.

Et, un peu avant : "rien ne rend plus sensible le formidable recul qu'a marqué le monde depuis la première guerre mondiale que les restrictions apportées à la liberté de mouvement des hommes et généralement à leurs droits () Ce ne fut qu'après guerre que le nationalisme se mit à bouleverser le monde, et le premier phénomène visible qui s'en manifesta fut cette épidémie morale de notre société, la xénophobie : la haine ou, tout au moins, la crainte de l'étranger."

On ne peut plus être apatride aujourd'hui. Pourquoi ? Peut-être parce que c'est le sort qu'Hitler a réservé aux Juifs. Et qu'on a estimé qu'un homme puisse priver un autre homme d'une partie de son être constituait un crime contre l'Humanité. 
Three years prior to the 1951 Refugee Convention, the Universal Declaration on Human Rights (UDHR) was adopted. this provides both for a right to asylum (article 14) and a right to nationality (article 15). The UDHR also expressly prohibited arbitrary deprivation of nationality, something which had affected many of the war-time refugees (Wikipedia)
Et si jouer avec la question de la nationalité demandait plus qu'un claquement de doigts présidentiels ?

(Remarques complémentaires :
  • M.Valls semble croire que les "grandes valeurs" sont vides de sens... 
  • Il s'agirait d'une manœuvre politicienne, qui aurait explosé au visage du gouvernement : il espérait que le conseil d'Etat refuserait la mesure.
  • Curieusement, lorsque j'entends  la radio parler des antécédents de la mesure, elle évoque Pétain, mais pas Hitler, pas plus qu'elle ne parle de la Déclaration universelle des droits de l'homme, qui a jugé qu'elle devait régler la question en urgence.)

2015 : diabolisation et laïcité

Diabolisation et laïcité, mots de 2015. On parle de "diabolisation" du FN, et on se demande si c'est efficace ou non. La laïcité est la solution au malaise du pays dit notre gouvernement. 

Curieusement ceux qui utilisent ces termes ne semblent pas comprendre qu'ils sont incompatibles.

Parler du diable, c'est nier la raison. C'est surtout un anti humanisme. Car c'est croire qu'il y a des bons et des méchants. Or, connaissez vous des gens qui se pensent "méchants" ? Vous est-il passé par la tête que vous pourriez être un méchant ? Donc, le seul moyen de savoir qui est quoi, c'est le jugement de Dieu, la guerre. Voilà pourquoi nos sociétés ont inventé la laïcité. La laïcité c'est poser en principe que l'homme est un miracle de la création. Pour protéger ce trésor, il faut éviter qu'il en vienne aux mains pour cause idéologique. Les croyances inaccessibles à la raison doivent rester à la maison. 

C'est peut être en France que ce changement a le moins bien réussi. 

Les mots de 2015

Je vais imiter Jeanne Bordeau. Jeanne Bordeau piste les tendances des mots. Elles sont révélatrices des évolutions de la société. Elle les montre sur ses fameux tableaux de mots, qu'elle exposera, comme chaque année, fin janvier.

Le mot a deux intérêts. Lui-même d'abord, pourquoi est il en vedette cette année ? Ensuite, la signification qu'on lui donne. Cette signification est trompeuse. 

Tout se passe comme si une bonne fée, la fée changement ?, nous indiquait le chemin du bonheur, et qu'une mauvaise, la fée réactionnaire ?, retournait les pancartes afin qu'en courant au bonheur nous revenions à notre point de départ. 

(Exposition de Jeanne Bordeau. Vernissage le 21 janvier. Ouverture de l'exposition au public les 23 et 24 janvier. Pour en savoir plus, joindre Joyce Cohen.)

samedi 26 décembre 2015

La logique de la philanthropie

Quelle est la logique de la philanthropie ? Donner en échange de la reconnaissance de l'ordre établi et de la supériorité naturelle du donateur ? Abandonner son droit à l'égalité pour un plat de lentilles ?

Intéressante idée entendue à la radio.

Petit traité de manipulation : timeo danaos... ?

Devons-nous nous méfier de ceux qui nous offrent un café ? Lorsqu'on lit ce blog, on pourrait le penser. 

Mais alors, et le médecin qui secourt la personne qui a un malaise sur la voie publique ? Et celui qui aide le stagiaire ou le nouveau, ou le maladroit ?... En fait, le don est un mécanisme de maintien de la cohésion sociale. Les anthropologues le disent. Mais, pour eux, il est associé à un contre-don, quasi immédiat. Or, il me semble que la forme de don la plus importante n'est pas de contre don. Tout ce passe comme si Dieu devait nous le rendre. 

On retrouve un des résultats des recherches de Robert Cialdini sur "l'influence". L'escroc de mon précédent billet a détourné  à son profit un processus vital pour la survie de la société. Ce qui est le signe d'une "pathologie sociale", au sens de Durkheim. Notre société est malade. Son système immunitaire se retourne contre elle.

Que faire ? Réapprendre à donner. Ce qui demande de construire un réseau de confiance. Et de commencer à trouver les raisons d'avoir confiance en soi. C'est ce qu'il me semble. 

Petit traité de manipulation : l'escroc

On m'a dit de publier mon "Petit traité de manipulation". Je n'ai pas obtenpéré, mais je le poursuis, grâce à un ami. Il m'a parlé de l'escroc. L'escroc ?  C'est celui qui vous invite à prendre le café, sans vous faire payer !

Très subtile. L'escroc joue sur nos faiblesses, pour nous voler. Cette faiblesse est peut-être notre pingrerie. Peut-être aussi notre solitude, mal de l'époque, et notre besoin d'un peu de chaleur humaine. Ou notre paresse. Ou peut-être encore notre lâcheté : il laisse entendre qu'il va faire pour nous ce qui nous paralyse, par exemple nous trouver des clients. Et il extirpe de nous une valeur que nous ne pensions pas y être : il nous prend notre temps, nos idées, il utilise notre réputation, il nous fait faire ce qu'il ne sait pas faire... 

Il est vraisemblable, comme le dit le psychologue Trivers, que l'escroc n'est pas conscient d'être un escroc. C'est le secret de sa réussite. Poussé par son intérêt, qu'il confond avec le bien, il exploite nos faiblesses ? Quand on lui montre son comportement, il devient fou-furieux, prêt à tuer : on piétine son honneur ? comme Tartuffe ?

La liberté, c'est le vol
L'escroc nous pose un défi existentiel ! Il nous révèle nos turpitudes. Madoff va nous le démontrer. Les gens qu'il a escroqués auraient été conscients de participer à une escroquerie. Ils n'avaient pas compris qu'ils en étaient les victimes. Nous sommes tous des petits escrocs, le maître escroc nous révèle notre nature. Et il fait de nous des criminels. Plus possible de lui échapper. Autre raison pour laquelle Montesquieu a écrit que le principe de la démocratie était la "vertu" ? En liberté, si l'homme n'est pas vertueux, il sombre dans l'abjection ? Impossible d'avoir la plus petite fissure ? 

Alors, si nous ne voulons pas périr de nos fissures, il faut vite les connaître ? Ou reconstituer un rien de lien social sain ? En attendant, payons nos cafés ? 

vendredi 25 décembre 2015

La philosophie, éternelle répétition ?

La pensée de Bergson parle de thèmes que l'on trouve chez Hannah Arendt. Elle les attribue aux Grecs. Par exemple les notions de bête de somme, état de l’homme moderne, et de vie contemplative, dimension perdue de l’existence présente, qui était son faîte selon les Grecs. Bergson dit aussi que, s'il plonge en soi, l'homme comprendra l'univers, puisque l'un et l'autre sont faits de la même pâte. Les Stoïciens et le Taôisme pensent comme lui. 

Bergson a aussi été l'homme de son temps. Bien des auteurs de l'époque ont écrit sur l'introspection, à commencer par Proust. Mais ce temps semble aussi être allé un peu loin vers le spiritualisme. Ne serait-ce que parce que l'Allemagne a cherché à régénérer le monde par l'expérience existentielle qu'est la rencontre du néant (CF. Heidegger)...

Bergson inutile ?
Est-ce l'invention qui doit faire la gloire du penseur, ou l'utilité ? La pensée mondiale semble osciller entre des pôles opposés, il convient de rester entre Charybde et Scylla. Pour l'homme ces pôles sont peut être le matériel et le spirituel. Bergson a réagi au Kantisme qui transformait l'homme en chose. Ce qui était utile.

C'est d'ailleurs comme cela que je vois mes travaux. Rien de neuf. C'est dit depuis des millénaires. Mais on a oublié. C'est grave. 

(Question : y a-t-il "progrès" ? Redécouvre-t-on toujours les mêmes idées ? Nous appauvrissons-nous ? Ou nous empilons : les anciennes idées utilisant comme échasses les nouvelles découvertes ? Pour ma part j'entends "progrès" au sens des Lumières : la maîtrise progressive d'une innovation : la raison. Ce serait le sens d'une histoire qui n'aurait pas de sens. Dans ces conditions l'originalité de Bergson serait, peut-être, sa définition de la durée et du temps. Réaction aux concepts scientifique, elle n'aurait pu être sans la science, le progrès.)

La pensée et le mouvant de Bergson

Bergson, La pensée et le mouvant (GF-Flammarion)C’est l’histoire du marteau et des clous. Si vous avez un marteau, vous voyez des clous partout. De même, le langage et la raison sont des outils. Et pourtant ils ont transformé notre vision de la réalité, pour qu’elle leur ressemble. Du coup nous sommes esclaves de ce qui devrait nous servir. Et nous sommes amputés de la meilleure partie de nous-mêmes. 

Le rôle du philosophe, c’est de nous rendre cette partie, essentielle, de notre identité. Le tableau suivant tente de donner une idée de ce dont il s'agit :


Science
Métaphysique
Celui qui l’étudie
Scientifique
Philosophe
Objet
Pratique / manipuler la matière
Se développer soi
Méthode
Analyse (par l’Intelligence), porte sur l’extérieur
Intuition (de l’Esprit), porte sur l’intérieur
Principe
Immobilité / stabilité
Changement / mobilité
Nature du temps
Temps = espace (pour la science, le monde est un film cinématographique)
Durée réelle
Recherche
« L’idée générale », le concept, ce qui est commun (exemple : l’Homme, alors qu’il n’existe pas deux hommes qui se ressemblent)
Le particulier (le phénomène) - mais qui amène à l'universel

Science et métaphysique ne s’opposent pas, mais sont complémentaires, toutes deux procèdent par expérience. Elles se retrouvent à leur frontière commune.

Cependant, ce que dit Bergson peut avoir des conséquences colossales pour la science. Et, pour le peu que j’en sais, sa théorie paraît tout à fait conforme avec ce qui est observé. Mais ceci est une autre histoire.

Quelques thèmes qui me paraissent importants :

Le changement
Le monde est changement continu et permanent. « Elan de vie. » La meilleure image que j’ai trouvée pour exprimer cette idée est la dualité onde, matière en physique. En quelque sorte, tout homme apparaîtrait comme matière, mais serait une onde. Changement permanent, insaisissable, et surtout insécable. Chaque homme serait une fréquence de la lumière blanche, l'univers en changement. Nous serions tous les composants d’un changement général.
Image incorrecte, cependant. Car il y aurait création permanente. Le présent n’est donc pas déterminé par les informations contenues dans le passé. L’onde de ma métaphore se transformerait de manière imprévisible. Alors que Kant a inventé le passé pour justifier son a priori selon lequel seule la science permet de connaître. D'où des concepts inutiles, et ne correspondant à rien dans la réalité, tels que le néant ou le chaos. Le passé serait contenu dans le présent. Ce que nous masquerait le fonctionnement de notre cerveau : son rôle est de sélectionner les souvenirs utiles à l’action.
Cette création permanente aurait pour résidu la matière et les habitudes. Ce sur quoi agit l’intelligence.

La durée
La vraie durée est intérieure. La vie est une invention permanente. Par contraste, la science n’a pas de notion de durée. Elle procède à un découpage en instants immobiles. Ce qui est rendu nécessaire par sa fonction : l’action sur la matière.

Le langage
Le langage  n’est fait que d’idées générales, de concepts, de conventions. On a cru que cet univers était la réalité. On en a tiré métaphysique et (fausse) religion. Mais, comme chez Gödel, un tel système ne peut produire que des paradoxes. Les querelles sur le sexe et des anges et tous les drames qui en ont résulté viennent de là.

L’intuition
L’intelligence agit sur la « vérité » (ce qui est efficace). L’intuition comprend la réalité. L’intuition, c’est aller en soi, se comprendre. Mais c’est aussi comprendre l’univers car nous sommes faits de la même pâte que l’univers. 
Contrairement à l’intelligence qui juge, mais ne comprend pas, l’intuition permet, elle, la réelle compréhension. L’intuition doit décrire ce qu’elle perçoit par d’autres procédés que ceux de la science. Elle procède par image, métaphores, et par descriptions multiples et changeantes. L’intuition parle à l’intuition. L’intuition naît de l’absorption de tout ce que l’on sait d’un sujet, notamment de la science.
La science dessèche, elle transforme l’animé en inanimé, en concept. Au contraire, l’intuition revivifie la vie. Elle apporte la joie. 

Le philosophe
Le philosophe, comme tout homme ?, serait porteur d’une intuition fondamentale, qui lui serait propre. Sa vie consisterait à la préciser sans jamais parvenir à l’atteindre, en utilisant le vocabulaire de son époque.

L’éducation
Notre éducation nous déforme. Elle nous fait voir un monde artificiel. Elle détruit notre intuition. Il faut éviter le contact précoce avec concept. Il faut faire, fabriquer. Il faut s’approprier les œuvres humaines par l’expérience et l’intuition.

(BERGSON, Henri, La pensée et le mouvant, GF Flammarion, 2014.)

jeudi 24 décembre 2015

Le cadeau est anti économique !

Pour la science économique, le cadeau est une stupidité. Ses études montrent que nous donnons ce que l'on ne veut pas. Le mieux est d'offrir de l'argent. (Réflexion de France Culture ce matin.)

Bonne idée. Je te donnes 100€, et tu me les rends. Ça c'est de l'échange. Décidément, l'économiste est grand ! Lui, au moins, personne ne peut douter de son utilité. 

Et ma pratique du cadeau ? J'ai toujours offert des cadeaux délibérément inutiles. Cette inutilité est un message. En rompant avec les rites sociétaux, elle dit quelque chose du sentiment que j'ai pour la personne. Et cela a été efficace. J'ai compris que mes sentiments n'étaient pas partagés. Maintenant j'enquête pour savoir ce que l'on veut. C'est souvent de l'argent, effectivement. Mais ce peut aussi être ce que la personne s'imagine que les rites sociaux imposent d'offrir. Dans l'ensemble, j'ai fait de grosses économies. Je n'ai plus de plaisir à offrir. Je calcule. 

Je me demande ce que cela révèle de notre société. 

Libérez les patrons !

L'entreprise libérée, de quoi s'agit-il ? D'autonomie. Si l'employé est autonome, sa capacité créatrice sera libérée. L'entreprise s'enrichira. 

Ce qu'il y a de curieux dans cette idée, c'est qu'elle sous entend que le dirigeant ne crée rien. Il est là pour organiser. Et si la libération de l'entreprise libérait, avant tout, le dirigeant ? Car si elle est autonome, il n'a plus à s'en occuper. Or la plupart des dirigeants sont des entrepreneurs, pas des gestionnaires. Leur talent c'est de créer des sociétés ! Et s'ils en créaient d'autres ? Ou, s'ils faisaient du "build up" : apporter la force de leur entreprise à des acquisitions en série ?... 

Or la France est pleine de créateurs. Quasiment tous les patrons de PME... Et, pour eux, que signifie "libérer l'entreprise" ? Simplement, apprendre à déléguer... 

mercredi 23 décembre 2015

Ethique et gouvernement

Il y a quelques temps, un journaliste de France Culture citait Max Weber et son analyse de l'éthique (Le savant et le politique). Il m'a semblé qu'il voulait justifier le fait que le gouvernement soit passé de l'éthique de la conviction à l'éthique de la responsabilité, à la suite des attentats du 13 novembre.

L'éthique de la conviction, c'est être piloté par des principes, auxquels on sacrifie tout, et surtout les autres. l'éthique de la responsabilité, justifie le moyen par la fin. Pour ma part, contrairement au journaliste, mais probablement en accord avec Weber, il me semble qu'il faut les deux. Si l'on n'a pas de conviction on n'est rien. La responsabilité, c'est atteindre ses objectifs grâce à ses convictions. Car ces convictions sont aussi une aide à la décision, un moyen de traiter une question. "La démocratie est le pire des régimes, à l'exception de tous les autres" dit Churchill, par exemple.

Comment arrive-t-on à avoir des convictions ? Peut-être, comme Churchill, en bataillant avec les éléments, pour savoir ce qui tient et ne tient pas. Ou peut-être ce à quoi on tient suffisamment pour pouvoir tout lui sacrifier ?

Les forces qui transforment la France

La population française regorge d'idées et d'initiatives de toutes sortes. Les gens sont pragmatiques, astucieux, inventifs. Là est notre véritable richesse. Leurs projets répondent à des besoins réels et non à des lubies d'idéologues. C'est à la base de notre société que réside notre plus grand potentiel de développement économique. En quelques mois, au moins un million d'emplois pourraient être créés. Alors qu'attendons-nous? (Bernard Chokrane, dans le Figaro.)
Le pouvoir, gauche droite, est un couvercle de conservatisme sur une société pleine de potentiel, dit-on de plus en plus. Apparemment, il y aurait (au moins ?) deux types de forces venant d'en bas. Le FN, pour commencer. Un mouvement associé au refus du monde tel qu'il est devenu, avec peut-être le désir d'en découdre. Ses membres ? Des victimes de la "désintégration" de la société, ou des personnes à qui elle fait peur ? 

La seconde tendance aurait quelque-chose de Podemos. C'est la génération Internet. Elle est individualiste et ouverte au monde, elle veut réussir, et, peut-être, gagner de l'argent. Mais elle a probablement aussi des idéaux désintéressés. Les règles de la globalisation lui agréent, mais les potentats lui bloquent le passage. Et elle les trouve incompétents.

Et le système de protection sociale dont on dit qu'il est notre particularité ? Il se peut qu'il n'y ait plus que le gouvernement qui croit que le Français y est attaché. Peut-être que la "flexisécurité" est ce que demande l'esprit du temps ? Un Etat qui ne soit plus une ligne Maginot, mais qui encourage l'initiative ? 

mardi 22 décembre 2015

Emmanuel Macron et la French tech

French Tech, terme que je viens de découvrir, mais qui semble sur toutes les lèvres. Si j'en crois ce que j'ai vu récemment, les entreprises "anciennes" voudraient participer au mouvement. Même des relativement petites. Et si, d'un seul coup, il y avait des financement pour les start up ? Et Emmanuel Macron semble avoir parfaitement compris les règles du marketing à l'Américaine. 

Quand l'esprit cartésien prend la dimension correcte d'un problème il est généralement beaucoup plus efficace que ses équivalents étrangers. La French Tech va-t-elle être une success story ? 

2005 : l'année où la France a basculé ?

La chute de la France date du référendum européen de 2005. La France a voté non, ses gouvernants n'en ont pas tenu compte. En reniant les règles de la démocratie, ils ont scié la branche sur laquelle ils sont assis : ils n'ont plus aucune légitimité. Après cette première entorse, ils s'enfoncent dans une spirale de compromissions de plus en plus gigantesques. Le bœuf après l’œuf. Ou Kerviel en politique. Voilà ce que me disait, en substance, un interlocuteur. 

J'ai trouvé ce raisonnement élégamment systémique.

(Si la démocratie est enterrée, qu'est-ce qui va lui succéder ?) 

Pouvons-nous Podemos ?

Pourquoi n’avons-nous pas de Podemos, se demande-t-on ?

Qu’est-ce que Podemos a de désirable ? C’est un « mouvement citoyen », il vient d’en bas, et il est emmené par des jeunes. Alors que nous sommes dirigés, d’en haut par des vieux. En fait, ce n’est pas une question d’âge. Chez nous les jeunes hommes politiques sont vieux ! Droite, gauche, écolo… ce sont des politicards. Ils font carrière. C’est cela dont on ne veut plus. Même notre mouvement protestataire, le FN, est vieux. Il est refermé sur soi. Son projet, c’est le refus. C’est « nan ». Alors que Podemos, apparemment, va de l’avant.

Pour qu’émerge un Podemos français il faudrait, probablement : 1) une aspiration partagée par les jeunes d’un projet qui leur ouvre le monde ; 2) une capacité d’auto organisation de groupes locaux (qui semble antinomique avec la culture française) ; 3) un leader neuf et intelligent. Il est aussi possible que le chômage serve Podemos. Il met à sa disposition des gens mécontents, désœuvrés et bien formés.

lundi 21 décembre 2015

La France refuse la réalité

L'écrivain Dominique Manotti disait que la France refusait le réel. (A voix nue de France Culture, la semaine dernière.) Elle l'a remarqué en ce qui concerne la police. Il n'est pas accepté de rapporter que la police se livre à des petites magouilles (trafic de drogue, viols, etc.). En revanche on peut en dire des horreurs, à condition qu'elles soient fausses. Par exemple que l'on extrait des présumés malfaiteurs de l'hôpital où ils sont soignés pour les flinguer. Aux USA, ou en Allemagne, les policiers écrivent ce qu'ils voient. 

N'ai-je pas observé ce phénomène ? Il semble que ce que j'écris sur l'entreprise française peut être dit en tête à tête mais pas dans un livre ou en conférence.

Et s'il y avait du bon là dedans ? Et si toutes les théories du complot et autres monstruosités que l'on raconte sur nos gouvernants et sur nous mêmes étaient fausses ? Et si nos difficultés ne tenaient qu'à quelques tripotages de second ordre ? Et si tout le monde pensait plutôt bien, mais agissait plutôt, un peu, mal ? Une sorte de banalité du mal à la Hannah Arendt, version française ?

(Si ce que dit Dominique Manotti de la police est vrai de la politique, ce que nous prenons pour une exception serait la règle. Tous les hommes politiques auraient un comportement à la DSK ou à la Cahuzac. Ces derniers soit auraient été malchanceux, soit auraient poussé le bouchon un peu trop loin.)

La gloire de Polytechnique

La devise de Polytechnique : Pour la Patrie, les sciences et la Gloire. Le non polytechnicien y verra peut-être un genre de Travail, Famille, Patrie. Il aurait tort...  

Car la devise aurait été donnée, en 1804, par Napoléon (c'est ce que l'on trouve en utilisant le moteur de recherche de Google, mais Serge Delwasse penche pour Lacuée). Je me suis demandé ce qu'elle exprimait pour ses contemporains :

Le CNRTL dit que "patrie" signifiait initialement "Terre des ancêtres, pays natal". Il précise ensuite : "[Pendant la Révolution, considérée comme une pers., une divinité incarnant les idées nouvelles] Autel, culte de la patrie". 
Quant à "les Sciences", il est écrit dans le Robert : "(1787) les sciences où le calcul, l'observation ont une grande part : mathématiques, astronomie, physique, chimie, sciences naturelles".

Ces termes auraient donc été tout neufs ! Le polytechnicien comme homme nouveau, comme missionnaire d'une religion révélée ? 

Finalement : "gloire". C'est un des termes les plus anciens qui soient. Hannah Arendt fait de la gloire la motivation de l'élite grecque, élite qui préside à l'avenir de la cité. La gloire, c'est marquer l'histoire de son action, c'est le désir de l'immortalité. C'est donc le refus du calcul mesquin. C'est l'anti homo oeconomicus. C'est peut-être un terme ancien, mais on demeure chez les missionnaires. Et, d'ailleurs, l'ancienne école polytechnique ressemble à un couvent. 

Question : reconnaît-on le polytechnicien moderne dans cette définition ? 

(Ces constatations expliquent-elles pourquoi nos grandes écoles sont si laides alors que les universités étrangères sont si belles ? L'étudiant français est un moine missionnaire du vrai savoir, il doit avoir l'humilité du génie ?)

dimanche 20 décembre 2015

La tentation du parti unique

La gauche et la droite fraternisent, dit-on. C'est étrange. Dans les années 70, après une ère de consolidation, il y a eu deux partis de gauche et deux partis de droite. Puis plus qu'un de chaque côté. Puis, maintenant, un seul en tout ? On vient de loin. A l'époque de Clemenceau et de Jaurès, il y avait quasiment un parti par personne !

Curieusement, plus les partis s'unissent, moins ils ont de soutien populaire. Allons-nous être gouvernés par un parti unique rejeté par 90% de la nation ? 

La France politique est elle incapable de trouver un juste équilibre ? Soit c'est l'anarchie, soit c'est la pensée unique ? Le mot démocratie ne serait-il pas français ?

(Revers de la même pièce : le Français croit qu'il est le seul à détenir la Vérité ?)

Libérer l'entreprise, c'est systémique

La "libération" de l'entreprise est un changement d'attitude au management. Chaque action doit être repensée. C'est un changement systémique. Exemples ?
  • Technique de management. Non libérée : directive. Libérée : interrogative. Au lieu de demander ce que vous savez faire, vous posez des questions dont vous cherchez la solution. 
  • Mise en place d'un système d'information. Non libéré, c'est mission de conseil. Libéré, c'est formation.
  • Et le dirigeant ? Non libéré : gestionnaire. Libéré : créateur.

samedi 19 décembre 2015

La croisade donne un sens à la vie

Le Front National et l'Etat Islamique, même combat, dit Gilles Kepel. Des deux côté on aspire à la croisade, histoire de retrouver un sens à sa vie. Ce sont des alliés de fait. 

Les mille et une nuits expliquent que la croisade ne fut pas une époque de haine, mais d'estime réciproque. Le combattant respecte son ennemi. La gloire de l'un dépend de la bravoure de l'autre. 

Curieusement, Mme Le Pen aurait mal pris la comparaison. N'aurait-elle pas dû en être heureuse ? Elle fait rêver le peuple. MM. Hollande et Sarkozy, non. (Est-ce pour cela qu'ils essaient de lui piquer un peu de son attirail de Jeanne d'Arc ?)

Qu'est-ce que la vie ?

Je me demande si le sens de la vie n'est pas de lui chercher un sens. Il faut trouver une source de motivation, une envie, et les moyens de faire ce qui motive. C'est en cela que l'on ne naît pas homme, on le devient. 

D'où plusieurs conséquences. Tout d'abord, on démarre avec des idées fausses. Peut-être parce que ce sont des idées qui ont été justes pour nos antécédents, mais depuis eux le monde a changé. On découvre donc que ce que l'on croyait normal ou juste ne l'est pas. C'est l'absurde, ou le dégel, ou le néant, ou autre crise existentielle. Mais, nous sommes tous des entrepreneurs : nous nous créons. Pour certains, la construction de soi se fait par l'économie : c'est l'entrepreneur selon la définition officielle.

Finalement, le rôle de la société est de nous permettre d'être des entrepreneurs. Donc de pouvoir chercher le sens de notre vie en tous sens, sans pour autant sombrer au premier mouvement malheureux. Le rôle de la société est de nous garantir de la pauvreté ?

(La raison de ma conclusion est ici.)

vendredi 18 décembre 2015

Je dédicace mon dernier livre

Skill and Service organise une séance de dédicace de mon livre. Le 2 février 2016, 18h, au bistrot Favart, 1 rue Favart, Métro Richelieu Drouot.

De quoi parle mon livre ? Cliquer ici.

Pour s'inscrire ? C'est gratuit et c'est ici.



Mystères de Linkedin

Linkedin me montre l'image de quelqu'un que je connais, je clique. Ca ne marche pas. Je reclique. En fait ça avait marché, le second clic lance une invitation à quelqu'un que je ne connais pas... et qui l'accepte. D'ailleurs, j'accepte quasiment toutes les invitations, à condition que je ne sente pas qu'il s'agit de quelqu'un qui veut me vendre ses services. Je vois Linkedin comme une façon d'avoir accès à un lectorat sérieux pour quelques billets que j'affiche de temps à autres. Je n'ai pas d'autres usages. 

Je me demande si la plupart des réseaux Linkedin ne sont pas faits de cette façon : de gens qui ne se connaissent pas. Mais ils ont tout de même en commun le fait qu'ils ont le même type d'emploi et fait le même type d'études. 

Qu'est-ce qu'un pauvre ?

Il y a dans Poor Economics une définition du pauvre. Le pauvre est celui qui ne peut pas être un entrepreneur. En effet, il a tellement peu de réserve de résilience que le moindre aléa le fait basculer dans l'abîme. 

Il y a là une sorte de mécanisme d'optimisation : la société amène le pauvre juste à la limite de flottaison. Retour à Marx ?

jeudi 17 décembre 2015

La dépression du patron de PME

Phénomène bien connu dans le développement d'une entreprise : crise lors du passage de la phase lancement (petite équipe), à la phase gestion (entreprise structurée, qui tire le maximum de son avantage concurrentiel). Moment critique que peu d'entreprises réussissent. Ce qui est moins connu, c'est qu'elle peut s'accompagner d'un comportement suicidaire.

Cela semble se passer ainsi. Lorsque l'entreprise commence à connaître ses premières difficultés, réflexe humain, le dirigeant cherche un coupable. Il devient impossible pour son personnel. Ce qui, indirectement, ruine ses affaires. Il fait un diagnostic faux : il est un créateur, pas un manager, il ne comprend pas que lorsque son entreprise atteint une certaine taille, il doit trouver une compétence qu'il n'a pas.

Peut-être perçoit-il que c'est lui le problème. Mais, il ne veut pas se l'avouer. Question d'amour propre. Après tout, en France, le manager (le haut fonctionnaire inspecteur des finances) est mieux vu que le créateur (parvenu peu honnête et sans éducation).

Quelque psychologue aurait-il étudié ce phénomène ? 

(Je me demande aussi si on ne le voit pas ailleurs. Par exemple, les problèmes de l'Allemagne sont venus de l'intégration de l'Allemagne de l'Est. Or, au lieu de traiter la cause, elle a attaqué les conséquences. Non seulement elle s'en est pris au modèle social issu de Bismarck, mais aussi à sa capacité d'investissement industriel, qui est le cœur de son succès économique. Et s'il en était de même de la crise actuelle ? Erreur de diagnostic suivie d'une auto-destruction ?)

Star Wars : I am a follower ?

Nouvel épisode de Star Wars. Comme la plupart des James Bond, ou le Seigneur des Anneaux, c'est le type de film qui me laisse indifférent. Il ne suscite aucune émotion, aucun intérêt. Si je le vois, c'est par conformisme, sous la pression sociale. 

J'entendais l'autre jour un patron de start up dire que nous étions tous des "followers" et que l'entreprise devait exploiter au mieux ce phénomène. Je me demande si ce n'est pas la stratégie qu'emploient beaucoup d'entreprises, notamment à Hollywood : créer une dynamique sociale qui vous pousse à consommer sans envie. Les forces sociales écrasant l'individu : curieuse contradiction avec le thème du film ?

(PS. Hervé Kabla a vu le film et semble confirmer mon impression. Son analyse.)

Charisme et présence d'esprit

Le charisme serait corrélé à la présence d'esprit :
It's unclear exactly why and how mental speed facilitates charisma. But, as the researchers write, "access to a wider repertoire of social responses within an appropriate response window would seem to be a likely candidate." (l'article)
Ce qui m'a rappelé ce qu'écrit Edgar Schein dans Process Consultation. Le succès est une question de "processus", de comment on fait quelque-chose. Celui qui pense vite sait, probablement, vite comment faire ce qu'il faut pour réussir dans une situation donnée. En particulier nous séduire.  

mercredi 16 décembre 2015

Le régime chômage ne serait pas déficitaire ?

les règles d'indemnisation en vigueur ont en fait permis un excédent de plus de 58 milliards d'euros depuis 1990 pour le régime de droit commun (...) Si la caisse unique qu'est l'Unedic est déficitaire, c'est parce qu'il existe en réalité non pas une seule, mais cinq assurances chômage. (...)  Le droit commun, qui concerne 95 % des salariés affiliés à l'Unedic, doit être distingué du régime spécial des intermittents du spectacle et de celui des entreprises d'intérim. Ces deux régimes engendreraient respectivement un milliard de déficit par an à cause de leurs règles spécifiques.
Il y aurait aussi la question du service public, et d'autres régimes spéciaux, qui cotisent peu. « Une assurance qui n'assure pas les gens sans risque est très coûteuse et risque de faire faillite ».

Indirectement l'article semble dire que les 95% sont les pigeons du gouvernement, et que la dénonciation de la générosité du système chômage n'est là que pour leur faire prendre des vessies pour des lanternes (quand on veut tuer son chien, on l'accuse de la rage ?) ; il pose, surtout, la question de savoir pour qui gouvernent nos hommes politiques.

Process consultation revisited d'Edgar Schein

Afficher l'image d'origineLes filles vous résistent ? Physique disgracieux ? Et si c'était une question de processus ? Et si vous ne saviez pas vous y prendre ? Voilà le message de ce livre : si ça ne marche pas pour vous (ou pour votre entreprise) c'est une question de "comment", de processus. Ce n'est pas la faute des autres, pas plus que ce n'est dû à vos capacités limitées. Et surtout, ce "comment", vous l'avez en vous. Mais vous ne le savez pas.

Comment le trouver ?  Il vous faut un donneur d'aide. Le donneur d'aide n'est pas un plombier. Les processus ne sont pas des tuyaux. Son rôle est de vous aider à mener l'enquête, à trouver ce qui ne va pas, et à y remédier. Votre objectif c'est à nouveau de réussir, d'être heureux. Il rend possible une discussion avec vous même. La relation d'aide est un travail entre égaux. Le donneur d'aide ressemble à l'équipe d'un chirurgien, qui lui donne les outils dont il a besoin au fur et à mesure que l'opération avance.

Le bon donneur d'aide ? Quelqu'un dont vous avez constaté que son aide vous était utile ! Les techniques qu'il emploie ? Le feedback, il vous dit comment il vous voit, et le dialogue, il s'agit de « suspendre » ses réactions instinctives pour décoder ce qui les provoque. C'est l'exercice qui permet à plusieurs personnes de se comprendre, réellement. Principe commun : on ne travaille pas sur soi, mais sur des questions abstraites, des sortes d'équations mathématiques : les processus. 

Quels sont ces processus ? Ils peuvent être liés à l'individu : l'homme interprète les événements selon des modèles câblés dans son cerveau, puis en déduit une action ; si l'action échoue, c'est que le modèle est incorrect ; il faut alors l'analyser et le faire évoluer. Ils peuvent aussi être liés à la vie en groupe : les groupes ont des processus de résolution de problèmes et de décision, des processus de construction et d'entretien. 

Comment démarrer ? Mettre en place un processus d'aide ! Le donneur d'aide doit se faire accepter comme donneur d'aide. Il doit prouver qu'on peut lui confier ce que l'on ne dit à personne, même pas à soi. Il doit savoir poser des questions. Il doit comprendre les mécaniques de relations inter personnelles. En particulier, il ne doit jamais vous faire perdre la face.

SCHEIN, Edgar H., Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

mardi 15 décembre 2015

Borderline

Spectacle de la Beirut Dance Company, vu à l'UNESCO. Et commentaire décalé, comme d'habitude. 

Ce qui me frappe dans ce spectacle c'est le bonheur de vivre de la troupe. Et pourtant, difficile d'imaginer existence plus précaire. Car le Liban ne subventionne pas la culture, ou ce type de culture, et le marché ne lui est pas favorable. Ce qui force ses membres à faire plusieurs boulots. D'ailleurs, il faut beaucoup du courage pour promouvoir un art occidental au Moyen-Orient...

Mais cette culture a-t-elle été imposée au Liban par le colonialisme occidental ou est-elle, un peu ou beaucoup, la sienne ? Je me suis déjà posé la question l'an dernier : le bassin méditerranéen a toujours été un lieu d'échanges et les valeurs grecques, qui sont à l'origine des nôtres, y ont vécu heureuses et partagées...

De Gaulle et la COP 21 ?

La COP 21 interloque. Du moins les gens que je connais. Même les écolos tendance Larzac ne semblent s'agiter que pour la forme. Des mots. Incontrôlable. On soupçonne vaguement, un coup de pub politique, genre "du pain et des jeux". (Ou des jeux, pour faire oublier l'absence de pain.)

Et si c'était une "crash stratégie" ? La "crash stratégie", expression d'un collègue, est l'idée fixe qui vous fait rater alors que vous aviez réussi. 

On dit que Mitterrand imitait de Gaulle, et que Hollande imite Mitterrand. Et si la COP 21 était le retour d'un de Gaulle fantasmé ? La France reçoit le monde, et lui fait faire le bien. En outre, c'est conforme à ce que l'on dit motiver la France : le progrès de l'humanité. Ou crash stratégie ?

(Résultat triomphal, ici.)

lundi 14 décembre 2015

Démocratie et totalitarisme

Le FN, c'est le totalitarisme dit-on. Hannah Arendt, discerne deux totalitarismes : le nazismes et le communisme, façon Staline. Comment la démocratie s'est-elle comportée vis-à-vis d'eux ? 

Le communisme était porteur d'une idéologie inquiétante. Après tout, c'était un parti révolutionnaire, qui annonçait un grand soir qui aurait été fatal à bien des gens. Et il avait des précédents : les régimes soviétiques ou maoïstes, qui étaient passés aux actes. Et pourtant, on l'a traité avec les plus grands égards. On ne lui a jamais dit qu'il était totalitaire. Et il a disparu. La démocratie à son meilleur ?

Et le nazisme. On est d'accord aujourd’hui pour dire que les partis démocrates allemands lui ont fait la courte échelle. Non seulement, ils ont cru pouvoir le manipuler, mais surtout ils ont été incapables de régler la crise qui sévissait dans le pays et qui était son moteur. Curieusement, nos partenaires étrangers ne sont pas loin de penser que c'est ce qui se passe en France. D'ailleurs, M.Mitterrand n'a-t-il pas rendu de grands services au FN, par ambitions politiques ? Et aujourd'hui, quelle est la leçon que les partis de gouvernement vont tirer de cette élection : face au FN, je gagne à tous les coups ? La démocratie au crépuscule ? 

Le nationalisme a tout de même gagné

Le nationalisme a-t-il perdu les élections ? Quand il est français, oui, mais, pas quand il est corse ! Les nationalistes sont premiers en Corse (35,6%). Le FN, significativement ?, y fait un faible score (9%).

Que penser de cette curieuse nouvelle, qui semble laisser tout le monde indifférent ? Quel est le programme des nationalistes corses ? Article des Echos :
Notre démarche, qui va bien au-delà des nationalistes, est de montrer que ce pays est bien davantage qu’une simple circonscription administrative mais une nation.
Plus précis : 
  • "Renaissance économique." Cela ressemble fort à de l'autarcie : "maîtriser les transports, donner la priorité à l’agriculture, à la pêche et au tourisme de qualité, tendre vers l’autonomie énergétique et investir dans la recherche et l’innovation". 
  • "Sur un plan plus dogmatique, ils revendiquent la « corsisation des emplois », la préférence corse aux emplois à compétences égales."
Est-il significativement moins "diabolique" que celui du FN ?...

(PS. Un chroniqueur de France Culture, le 15 décembre matin, a fait une véritable déclaration d'amour au dirigeant nationaliste : à y perdre son latin ?)

Le FN progresse

Le Front National me semble encore avoir progressé. Et pourtant, il a quasiment tout ce qui a un pouvoir d'influence contre lui. Qu'est-ce que cela signifie ? Ses électeurs sont-ils porteurs du mal, comme l'affirment nos élites dirigeantes, ou des êtres humains ? Jusqu'à quand une partie de la population peut-elle être privée de voix ? Jusqu'à ce qu'elle soit la majorité ? Je me demande si nous ne ferions pas bien de sortir de l'idéologie et du prêt à penser, pour, simplement, écouter ce qui se passe. 

Je m'interroge. Est-ce que cette forme d'incommunicabilité ne vient pas d'une "fracture sociale" qui se serait encore accrue depuis J.Chirac ?

Dans cette histoire, il y a quelque chose d'extrêmement préoccupant. Les procédés de nos gouvernants sont de moins en moins démocratiques. Peut-être devraient-ils réfléchir à deux fois, avant de scier la branche sur laquelle ils sont assis ? Si nos politiques ne croient pas à la démocratie, qui y croira ? Peut-être devraient-ils se dire qu'elle doit avoir, si l'on cherche bien, les moyens de résoudre tous les problèmes ?

(PS. J'ai lu après avoir écrit ce billet que le FN avait eu 6,6m de votants.)

dimanche 13 décembre 2015

Mon adresse sur Google Maps


Tout ce que dit Google Maps de mon cabinet est faux. Où est-il allé cherché ces informations ? Je me le demande. Qu'arrivera-t-il lorsque, demain, il gérera nos assurances, ou informera le KGB de notre comportement ? 

(Et de quoi je me mêle ?)

Lutter contre la déprime, petits trucs

Voir petit c'est se recroqueviller. C'est ne jamais avoir assez pour encaisser l'aléa.
Et c'est ne pas pouvoir saisir le hasard heureux qui permet de grandir, en se réduisant à un cadre dont on ne peut sortir.

Solution ? En faire trop. Entre deux choix, prendre la solution excessive.
Par exemple. Acheter trop.
Une autre idée : imprévu et folie ?

samedi 12 décembre 2015

Classe moyenne et démocratie

Les élections américaines se jouent sur le thème de la classe moyenne. Depuis Aristote, on pense qu'elle fait la stabilité d'un pays. Aux USA, elle a fondu. Le phénomène est compliqué à combattre car il est difficile à caractériser. Dans ce qui, avant, était des groupes homogènes, tout se passe comme si on en avait pris à certains pour donner à d'autres.

Par exemple, les vieux s'en tirent beaucoup mieux que les jeunes. Mais il y a beaucoup de vieux pauvres, et une minorité importante doit retrouver un travail, y compris au delà de 75 ans. Il y a une prime démesurée au diplôme, mais seulement pour certaines universités, et les employés de la fonction publique (les enseignants, par exemple), sont dans la misère, eux aussi doivent chercher un job d'appoint. Et attention aux dettes contractées pour payer ses études. On gagne bien dans l'informatique, à condition de ne pas être dans une start up qui fait faillite. D'une manière générale, l'accident est toujours au coin de la rue, et peut couler les carrières les mieux parties. (Sauf, probablement, pour ceux qui appartiennent à des familles riches.)

D'où l'impression que nombre de gens "méritants" sont devenus pauvres. Ce n'est plus le rêve américain, "the land of opportunity". On se bat pour un même gâteau ? Pas étonnant que cela nourrisse les ressentiments ? D'où Trump ?

La France serait-elle, elle aussi, face à ce phénomène ?

L'article du Financial Times dont viennent ces réflexions est ici

Thatcher, Merkel, Le Pen : Europe, affaire de femmes ?

Thatcher et Merkel ont façonné l'Europe. Thatcher c'est le libéralisme, qui a gagné l'Europe. Merkel, la chape de plomb de l'austérité. Pénitence à l'échelle du continent. Elles dépassent de la tête, des épaules, et des chaussures, tout ce que la politique compte de personnel. L'Europe est et a été à leur botte. Comment expliquer une telle domination ? 

Quand on les compare au mâle politique, ce qui frappe chez elles est leur cohérence. Alors que le premier est une girouette, un bambin arrogant, vaniteux, criard et inconséquent, elles ont des principes auxquels elles ne dérogent pas. Elles les illustrent par leur comportement. Elles ne gesticulent pas, ne se perdent pas en discours, elles agissent. C'est la définition de l'autorité : un comportement qui illustre des principes forts, des principes auxquels on croit plus qu'à sa vie. Elles se battent peut-être moins pour leur ambition que pour la collectivité. Le terme de leur action venu, elles ne s'accrochent pas au pouvoir.  

Potiches
Elles ne doivent ni leur succès à leur physique, ni à leurs diplômes, ni à leur situation sociale. Elles le doivent à leur travail, à cette détermination increvable, qui font qu'elles vont patiemment dans la direction qu'elles ont choisie. Et ce, y compris pour Mme Thatcher, qui n'a pas cette image. Elles ont quelque-chose qui les rend insensibles à le souffrance, et au découragement. 

D'où tiennent-elles cette autorité naturelle ? Vertus de la femme et surtout de mère ?

Et Mme Le Pen ? Certes, elle porte une idée qui contredit les combats de MMme Merkel et Thatcher : la dissolution de l'Europe. Mais elle pourrait bien avoir les mêmes caractéristiques qu'elles. Ce que ses concurrents ne devraient pas sous-estimer. Serait-elle indestructible ? Croit-elle, contrairement à eux, à ce qu'elle dit (ce que sent l'électeur) ? Est-elle prête, contrairement à eux, à périr pour ses idées ?
Impossible égalité des sexes ? L'un ne peut que dominer l'autre ? L'Europe à l'aube du maternalisme ?

vendredi 11 décembre 2015

COP 21 : du vent ?

Je ne sens pas un grand enthousiasme pour la COP 21 autour de moi. Réchauffement climatique : est-ce très sérieux ? Ce grand rassemblement : peut-il donner quelque-chose ?...

Et si le problème existentiel de l'humanité n'était pas tant une question d'effet de serre que de durabilité de son modèle économique ? Or, les riches disent aux pauvres : si vous faites comme nous, nous allons tous disparaître. Les pauvres leur répondent que, s'ils veulent sortir de la pauvreté, il doivent avoir des industries, du ciment et du charbon... C'est certainement pour cela que les Républicains américains nient le changement climatique : lutter contre lui mettrait au chômage leurs électeurs, qui sont pauvres. 

Une solution à ce dilemme serait que les riches trouvent un moyen durable de s'enrichir. Les pauvres pourraient les copier sans arrières-pensées. 

(Sur ce sujet, voir les idées de Sylvie Brunel.)

Disparition de la classe moyenne américaine ?

Tout est dit en un graphique ? Evolution de la répartition des revenus américains en 44 ans.
L'article est ici.

jeudi 10 décembre 2015

Que faire face à la surveillance numérique ?

Devenez invisible ! me propose mon anti-virus. La surveillance numérique fait peur. On tend à y répondre par l'anonymat, en évitant de laisser une trace numérique de ses opinions, etc. 

Mais, ce que les services secrets observent, ce sont les meta données. Ils veulent savoir avec qui parlent vos objets connectés. Le risque est alors que les ordinateurs des dits services secrets en tirent des conclusions fausses. D'ailleurs, le plus inquiétant, pour eux, est celui qui ne laisse pas de traces. Celui-là a certainement quelque-chose à se reprocher. Ou peut-être à reprocher à notre société...

Et si la conduite la plus sage était d'écrire ce que l'on pensait ? Quitte à être condamné, au moins que cela le soit pour ses opinions ?  

Arguments environnementaux

Si l'on ne fait rien, des îles vont disparaître, ai-je entendu dire des activistes environnementaux. Ce qui va ruiner la vie de sympathiques Indiens en pirogues. Il faut agir vite !

L'écologiste ne voit-il pas les gens qui se font massacrer ? La misère qui l'environne ? Comprend-il à quel point ses arguments donnent de lui l'image d'un gosse de riche ? 

mercredi 9 décembre 2015

Le vote des abstentionnistes

Ceux qui ne votent pas, s'ils votaient, voteraient comme ceux qui votent. (Article.)

Cela m'a semblé curieux. Mais peut-être pas tant que cela. On les représente généralement comme des dépressifs qui ont abandonné la lutte. Mais peut-être ne sont-ils pas si inertes qu'on le dit. Peut-être que si ce que votent leurs contemporains ne leur convenait pas, ils iraient voter ?

FN révélateur d'un besoin de changement ?

France Culture s'interroge sur les raisons des succès électoraux du FN. Voici comment je modélise ce que j'entends :

Thème
Le problème
La solution FN
Autre solution
Intégration
Société en jachère, désœuvrée, no future, guerre de tous contre tous, d'où constitution de communautés en conflit.
Rejet Islam / immigration
Une société « normale », où chacun a une place, un rôle, un emploi... (La mission de l’Education Nationale était traditionnellement d’assurer cette intégration.)
Europe
Impose le modèle social ci-dessus, qui cause le désordre. Impose l’intérêt de lobbys.
Rejet de l’Europe
Utiliser l’Europe pour promouvoir les intérêts de ses constituants.

C’est un rejet du « libéralisme » entendu au sens de « laisser-faire ». Définition de gauche : la société opprime l’individu, elle ne doit plus rien lui imposer. Définition de droite : chacun pour soi, logique du marché qui veut la concurrence.

C’est aussi une inversion du mouvement du changement. Après avoir été imposé du haut vers le bas, le bas veut se faire entendre.

La transition est périlleuse. En effet le haut, « les intérêts spéciaux », risque de prendre peur. Or, il a un formidable pouvoir de nuisance.
  • Les forces de la pensée (intellectuels, presse) diabolisent tout ce qui ne dit pas comme elles, faisant ainsi le jeu des extrêmes en empêchant la recherche de politiques durables. 
  • La finance est internationale, et elle abat les contrevenants.  
Mais tout ce monde n’est pas idiot. Il peut comprendre, comme il l’a déjà fait par le passé, qu’il vaut mieux lâcher un peu, voire ce qui n'a aucune valeur pour lui, que tout perdre, en jouant à l’apprenti sorcier.