mardi 14 mars 2017

Bergson

Ce qu'il y a de surprenant chez Bergson, c'est la puissance de son raisonnement. Sur l'insaisissable
il bâtit des démonstrations quasi mathématiques. (S'il n'avait pas choisi la philosophie, il aurait probablement été un des grands mathématiciens de son temps.)

Il voit l'évolution comme une lutte entre la matière et l'esprit. Le "progrès" (au sens progression) se fait lorsque l'esprit parvient à 
s'échapper. Ne pas confondre esprit et intelligence. L'intelligence n'est qu'un outil de manipulation de la matière. Bergson cherche donc à aller là où se trouve le rayonnement "divin" (faute d'un meilleur terme), en plus ou moins affaibli. Donc au delà de la raison. Il y a des gens qui y ont accès. Ce sont, par définition, les mystiques. Et comme c'est ce rayonnement, "l'élan vital", qui est aussi amour, qui est à l'origine du "progrès", ce sont ces mystiques qui sont les agents du changement. Ce sont des gens d'action. (Jeanne d'Arc.) Mais, comme ils ne sont peut-être pas assez mystiques, ou assez nombreux, le progrès ne fait que des sauts de puce, et ne parvient pas à être continu. Cependant, chaque mystique laisse une trace de ce qu'il a fait (textes religieux, etc.). Le commun des mortels ne le comprend pas. Mais un nouveau mystique fera renaître cette pensée à partir de sa trace. La religion chrétienne aurait le potentiel d'être une religion "dynamique", c'est-à-dire adaptée au "progrès". (La religion classique, "statique", est le contre-poids à une intelligence fabricatrice, qui, sans cela, fabriquerait un désert.)

Vivre comme un dieu
"L’humanité gémit, à demi écrasée sous le poids des progrès qu’elle a faits. Elle ne sait pas assez que son avenir dépend d’elle. A elle de voir d’abord si elle veut continuer à vivre. A elle de se demander ensuite si elle veut vivre seulement, ou fournir en outre l’effort nécessaire pour que s’accomplisse, jusque sur notre planète réfractaire, la fonction essentielle de l’univers, qui est une machine à faire des dieux."
La machine a la capacité de nous asservir, comme aujourd'hui le smartphone, mais aussi de nous libérer. L'humanité, dégagée de préoccupations matérielles, pourrait disposer d'une puissance mystique telle, qu'elle saisirait l'élan vital, et se confondrait avec lui ? (Elle serait amour, donc.) En attendant, Bergson s'est intéressé à tout ce qui était en dehors de la raison, en espérant y trouver "la lueur de l'au-delà". Ce que sa raison avait prouvé à Bergson, c'est qu'être Dieu était possible ? Et il a voulu en faire l'expérience ?

(Il y a un piège dans son oeuvre. Les termes qu'il emploie n'ont pas le sens qu'on leur donne ordinairement. Il les utilise parce qu'il n'a pas mieux pour nommer ce qu'il cherche à modéliser.)