lundi 24 juillet 2017

Engagement

Dans son livre, M.Macron parle "d'engagement". Un terme vieillot. C'est celui qu'ont employé les intellectuels d'après guerre. Il a culminé dans "l'artiste engagé", qui désignait l'animateur de maison de la culture. Celui qui éduque les misérables. 

Ce qu'il entend par là n'est pas clair, pour moi. Il parle d'associations, lui-aussi... A moins qu'il pense surtout aux membres de son mouvement ? Vu ce que l'on en dit, ce serait pire que tout. Que l'animateur de maison de la culture, en particulier. 

A la réflexion, je me demande si la personne qui est "engagée" n'est pas celle qui donne son temps à la société, sans compter. Elle est "désintéressée". En conséquence, on peut trouver des "engagés" partout : dans les associations, dans l'entreprise, dans l'administration. "Executive" de Chester Barnard ? Les gens qui, selon lui, constituent la colonne vertébrale d'une société durable. 

Avons-nous encore des "engagés" ? Si oui, ils ont été jetés au bas de la société par l'individualisme triomphant. Peut-être que M.Macron espère créer un appel d'air ? Qui remettra cette hypothétique population à la place qu'elle n'aurait pas dû quitter ? 

Révolution

Sous la pression de mes proches, qui voulaient que je leur en fasse la synthèse, j'ai fini par lire l'ouvrage de M.Macron. Ce fut éprouvant. Quoi que court et bien écrit. C'est typiquement français : un système. M.Macron fait un panorama complet des problèmes de la France. Il en tire un réquisitoire poli, mais sanglant. Ceux qui l'ont pris pour un ami ont dû se mordre les doigts. De même il répond à ce qu'on dit de lui, et qu'il a entendu. 

Avoir raison avec Macron
Il m'a fait comprendre pourquoi on a préféré "avoir tort avec Sartre que raison avec Aron". L'homme a besoin de rêve. Tant pis s'il produit des Goulags. Dans le livre de M.Macron, on trouve l'existentialisme : comprendre l'âme de la France, et agir selon elle. Proudhon : chercher les forces qui sont à l'oeuvre, pourquoi elles produisent le mal, et comment leur faire faire le bien. Troisième voie, et deuxième gauche, aussi. Mais la société de ses rêves ne fait pas rêver. Il n'est pas "libéral" au sens "individualisme". Il appartient à une ancienne tradition française, qui reconnaît le rôle fondamental de la société pour assurer la liberté de l'homme. Mais il est libéral, au sens de M.Mélenchon : il veut faire entrer le pays dans un XXIème siècle, qui est aux antipodes de notre rêve multiséculaire. 

Président engagé
Ce livre est faussement simple. M.Macron a une solution pour chaque problème. Mais il ne l'exprime pas clairement. Surtout, il ne donne pas une ligne directrice commune qui permettrait de s'y retrouver. On dit que c'est parce qu'il ne sait pas où il veut aller. Et s'il avait, au contraire, en tête un plan minutieusement, et froidement, préparé ? Il en donne le calendrier : dix ans. Il veut faire non seulement changer la France, mais surtout l'Europe. Car l'Europe est le moyen pour la France d'affirmer sa souveraineté et de servir ses intérêts. Et l'Europe a perdu son âme. Quant à la France, il veut donner le pouvoir au bas, à "ceux qui font". C'est en bas qu'on est le mieux placé pour régler les problèmes d'en bas. Pas à l'Elysée ou au Palais Bourbon. Et cela est vrai partout : entreprise, administration, région. Il veut surtout libérer ceux qui "s'engagent". (Ceux qui contribuent, beaucoup plus que d'autres, à l'intérêt collectif ?) Cela ne signifie pas la disparition de l'Etat, au contraire. L'Etat doit combattre pour l'intérêt général. Ce qu'il ne fait plus. (Puisqu'il perd son temps à nous dire ce que nous savons mieux que lui.) Mais cela demande une réorganisation du pays de fond en combles. Il semble qu'il sache ce que cela signifie. Et qu'il s'y soit préparé. Façon main de fer dans un gant de velours ?

Bref, on va voir ce que tout ceci va donner. Mais, si M.Macron ne rompt pas prématurément, nous sommes partis pour une intéressante aventure. 

dimanche 23 juillet 2017

Clean tech

J'aime à me vanter de mes études en Intelligence artificielle, il y a l'âge du Christ. Mais je viens aussi de me rappeler que j'avais été un précurseur des clean tech, et ce en 82. Déjà elles faisaient fureur. Mais elles avaient en autre nom. A l'époque, j'avais rédigé un rapport sur "l'énergie solaire". Et j'avais trouvé que la technologie faisait peu de promesses. En revanche il y avait beaucoup à gagner avec le bon sens (c'est fou ce qu'une aération naturelle bien conçue peut permettre de faire d'économies) ou des technologies rustiques. D'ailleurs, les esquimaux vivaient en consommant fort peu d'énergie, dans des conditions bien froides... 

Les clean tech sont revenues à la mode il y a quelques années. Un de mes anciens étudiants, étranger, en a été le grand analyste, pour de grands organismes financiers très internationaux et prestigieux. A un moment, il accompagnait des investisseurs du Golfe à la recherche d'entreprises propres à acheter. Puis, la mode a fait flop. Maintenant, il enseigne. 

M.Macron est l'armée

La démission du chef d'état major aurait été une erreur de M.Macron. A tort ou à raison, je pense que M.Macron ne fait pas d'erreur. Il a une stratégie. Et il exploite les événements pour la mener à bien. Un article me semble confirmer mes idées reçues : avec le général de Villiers s'achève l'élimination de l'équipe qui pendant 5 ans a fait la pluie et le beau temps pour notre défense. Le général, en tenant des propos malheureux, s'est fait piéger, je crois.

Dans son livre, M.Macron annonce qu'il va s'attaquer à l'administration. (Ce qu'il entend par là n'est pas clair, mais il s'attend à un affrontement sanglant.) Pour cela il s'est entouré d'une équipe qui peut tenir tête à ses oligarques. Lui même a un caractère totalement différent de celui de ses prédécesseurs, de Gaulle compris : il ne cède pas. Il l'a montré avec MM. Trump et Poutine, qui avait terrorisé, paraît-il, Nicolas Sarkozy.

Mais ce n'est rien en comparaison avec son prochain combat. Le combat du siècle, dirait un boxeur. C'est Mme Merkel. Elle a fait plier l'intégralité des machos allemands et a ridiculisé les Grecs et les Italiens, quand à nos précédents présidents, comme Circé, elle les a transformés en ses exécuteurs des basses oeuvres. Or, M.Macron veut la faire changer de politique. Sera-t-il à la hauteur d'un adversaire aussi formidable ?

samedi 22 juillet 2017

Surréalisme

M.Trump a quelque chose de déroutant. Il est interviewé par le New York Times. Parmi d'autres choses on lui demande ce qu'il retient de son passage en France. Eh bien, M.Macron aime lui tenir la main. Ensuite, il est admiratif du défilé du 14 juillet. En deux heures seulement, il a vu une quantité de militaires et d'avions. Voilà qui est admirable. 

Parfois, ce blog est sans voix. 

Pas clean tech

Les matériaux qu'utilisent la clean tech ne le seraient pas tant que cela, disait The Financial Times. Ils "pourraient créer des problèmes environnementaux" !

Il me semble que l'obstacle que rencontre le développement durable est que nous voulons corriger les torts de la technologie par plus de technologie. 

Selon une étude de Cambridge, sans changer grand chose, et avec une meilleure organisation de notre action collective, nous saurions réduire radicalement notre consommation d'énergie et émission de CO2. On pourrait arriver encore à mieux si l'on utilisait les forces de la nature au lieu de s'évertuer à la détruire. 

L'entrepreneur et l'argent

J'entendais un business angel parler de son expérience. Un entrepreneur vient le voir : c'est épuisant de chercher des aides de l'Etat, et les fonds de capital risque veulent récupérer leur mise... Voilà qui est typique du Français. Il ne se sent aucune obligation vis-à-vis de ceux qui ont investi leur argent dans son entreprise. Au contraire. 

L'Américain veut gagner beaucoup. Il a les mêmes intérêts que l'investisseur. Ce qui est suffisant pour faire leur bonheur collectif. 

(Une étude européenne montrerait qu'il n'y a que dans 21% des cas que l'investisseur retrouve au moins sa mise. Dans 50% il récupère moins du quart de son investissement. En France, le taux de rendement du capital risque était de 1,6% il y a quelques années. Soit à peu près l'inflation. Il s'est un peu amélioré récemment.)

vendredi 21 juillet 2017

Changements

J'en suis arrivé à penser que trois changements expliquant notre situation actuelle :
  • La massification de l'enseignement. Je crois que l'objet de ce changement a été de nous donner à tous les mêmes armes intellectuelles. C'était probablement la conclusion du projet républicain. L'aboutissement de 1789. Ce qui n'était pas prévu c'est que cela serait fatal à notre système éducatif, et susciterait une inadaptation de l'offre d'emplois à la demande. 
  • La régionalisation. On voulait équilibrer Paris et la province. Mais l'Etat ne s'est pas allégé. Je lisais récemment que les collectivités territoriales se sont mises à imiter l'Etat ! D'où excès global. 
  • L'euro. Il s'agissait d'arrimer l'Allemagne à l'Europe et d'installer définitivement la paix en Europe. En outre, il semble qu'il y ait une rationalité économique à une monnaie commune entre zones qui font beaucoup de commerce ensemble. Mais cela a eu pour conséquence de nous faire perdre en compétitivité, avec chômage et désindustrialisation corrélatifs. 
Tout cela illustre notre façon de conduire le changement : sans imaginer que nos actes puissent avoir des conséquences. Pourtant il n'y avait aucune fatalité à ce que ces changements tournent mal. 

Rationalité

On m'a enseigné que les marchés financiers étaient parfaits. Conclusion : il fallait vider l'entreprise, inefficace, de son argent, pour le donner à l'actionnaire. Cet actionnaire s'est révélé ne pas être tout à fait le marché. C'était le fonds d'investissement et le dirigeant à bonus. Non seulement les entreprises ont procédé à des licenciements massifs (on représentait les dirigeants américains avec une tronçonneuse), mais elles ont cessé d'investir. Leur développement n'est plus durable. 

Pour justifier cette théorie, on a inventé le fait que l'homme était totalement rationnel. Démontrer que ce n'était pas le cas a valu au moins un prix Nobel et a fondé l'économie comportementale. Le marché n'est pas rationnel, et il ne s'adapte pas immédiatement à une information nouvelle. La meilleure façon de le prouver est d'ailleurs que la théorie a résisté, dans l'opinion, aux preuves qui l'ont infirmée. Elle faisait les affaires de beaucoup de gens. Les mythes sont là pour soutenir le statu quo, me dira l'anthropologue. La science étant importante pour notre culture, il est naturel qu'elle soit manipulée pour justifier l'esprit du temps. 

C'est peut-être ce que notre culture a de particulier. Elle a créé la "science" dont le principe est de résister à la manipulation. Elle est anti-mythe. L'individualisme, qui tend à la manipulation pour l'intérêt personnel, a sécrété son antidote : la science ? 

jeudi 20 juillet 2017

Science fiction

Je me demande si la recette de la science-fiction n'est pas de nous projeter dans le passé, par l'artifice de l'anticipation. Le passé, c'est rassurant, parce qu'on sait comment il finit. Voilà pourquoi la science fiction est aimée ?

Mais l'avenir n'est pas concevable, selon moi. Car, l'homme co évolue avec son environnement. Ce qui paraissait inhumain à nos ancêtres, est notre quotidien. Il est probable qu'il en sera de même demain. 

(Il y a peut-être une autre forme de science fiction. Par exemple 1984, ou Le meilleur des mondes, ou les ouvrages d'Asimov. Cette science fiction ne nous parle pas de passé, mais de présent. Et de ce qu'il a de dangereux. Elle corrige les moeurs.)