lundi 20 novembre 2017

Emploi et mort

J'entendais qu'il y avait beaucoup plus de cancers à Fos sur Mer qu'ailleurs. Ils sont causés par la pollution industrielle. Mais les habitants ne bougent pas, car l'industrie fournit des emplois. (France Info.)

Voilà un argument que beaucoup de monde a oublié. Le développement durable, et même la santé, est une question de riche.

dimanche 19 novembre 2017

Art moderne

Le livre précédent raconte une curieuse histoire. Celle de l'art moderne. Cet art serait une réaction à Picasso : comment être aussi célèbre que lui, sans talent ? Etrangement, c'est possible. C'est la société qui décide du succès d'une oeuvre. Et son opinion peut être gagnée par d'autres raisons que le talent.

Explication du capitalisme moderne ? La règle du jeu est l'influence. C'est susciter un effet de mode. On a remplacé le talent de création, d'invention, par le talent de communication. On est dans l'économie irréelle.

La mariée des célibataires

Cela démarre bien, et finit platement, en roman ordinaire. Années 60, monde d'Andy Warhol. Art business, argent, défonce, sexe, harcèlement, dépression, mort...

L'intérêt : l'étude anthropologique d'une contre culture qui a submergé le monde. Or, elle n'a rien de "contre". Non seulement elle est culture de gosses de riches, mais les hommes d'affaires la suivent de près. C'est des marges que sortent les bulles spéculatives.

On y apprend aussi que le père de Warhol et de l'art contemporain, c'est Marcel Duchamp. Il voulait être Picasso. (Il a d'ailleurs eu sa période cubiste.) Mais il n'avait aucun talent. Alors, il a dynamité l'art. C'est pourquoi il plaît autant à la nouvelle génération. L'art contemporain : un cri de révolte contre le talent, de gens qui en manquent ? Mais, le marché n'enrichit pas le talent, mais ceux dans lesquels il se reconnaît ?

(Et, un livre tout en professionnalisme américain. C'est bien écrit, c'est habilement construit, c'est intello - cela reprend la trame de Gatsby le magnifique... Mais ça manque de souffle et de génie.)

samedi 18 novembre 2017

Goncourt des lycéens

Il paraît que le Goncourt des lycéens est le prix littéraire qui rapporte le plus. C'est curieux, car les lycéens doivent choisir parmi 15 personnes sélectionnées par les jurés du Goncourt. (France Info dixit.) C'est donc un recalé du prix le plus prestigieux qui gagne le gros lot. C'est d'ailleurs probablement pour cela que le vainqueur est une femme.

Illustration de l'irrationalité humaine. Ce qui plaît dans ce prix, c'est probablement "lycéen". On imagine des gamins dénichant une oeuvre qui avait échappé à la pensée unique des vieilles barbes. Le livre en lui-même ne compte pas. Des miracles du marketing. Mais aussi, validation sociale, dirait Robert Cialdini : nous sommes des moutons de Panurge.

Mais encore, irrationalité de l'auteur. Il préfère certainement gagner le Goncourt des grands plutôt que celui des petits, quitte à y perdre de l'argent. Autre illustration de la "validation sociale". Il n'a pas sa tête à lui, il est conditionné par la pensée collective.

Hypocrisie

On dit de l'Occidental qu'il est hypocrite. Le "bourgeois bohème" en est l'exemple type. Tartuffe aussi. Cela paraît risible ou criminel. Mais c'est surtout rationnel. L'hypocrite a un avantage immédiat. Exemples :
  • Depuis 68, il est dit qu'il ne faut pas brutaliser l'enfant. Du coup, l'école de la 3ème République a été démantelée. Mais les élèves d'enseignants réussissent magnifiquement. Pourquoi ? Parce que les enseignants se comportent comme n'importe quel homme, ils veulent la réussite de leurs enfants, et ils connaissent les ressorts du système, alors que l'enseignement auquel ils participent fait échouer les enfants des autres. 
  • Les théories économiques affirment que le marché fait une meilleure allocation des capitaux que l'entreprise. Donc l'entreprise doit se vider de son argent pour le donner à ses actionnaires. Mieux, elles expliquent, "théorie de l'agence", que si le dirigeant n'est pas actionnaire, il ne va pas administrer l'entreprise dans l'intérêt de l'actionnaire. Bref, cette théorie conduit à ne plus faire d'investissement productif, et à supprimer des emplois, pour donner des dividendes aux dirigeants des entreprises et des fonds d'investissement. Le "marché", c'est eux. (Et, curieusement, ce sont des frères.)
L'hypocrisie est probablement rendue possible par la division des tâches, propre à notre société, dont parle Adam Smith. Tant que l'on ne paie pas pour les conséquences de ses actes, paroles et comportements ont intérêt à diverger. En tout cas, cela pousse à faire du "fact checking" : quels sont les intérêts immédiats que cachent les nobles théories dont on me parle ?

vendredi 17 novembre 2017

Vide

Personne n'aime M.Macron dit la radio publique. Elle ne devrait pas s'en réjouir, car cela ne sert pas son camps. En effet, il n'a rien à proposer. Ce qui est curieux est à quel point notre président a fait le vide autour de lui. Non seulement il a récupéré ce qui était un peu opérationnel dans les idées de droite, mais il a absorbé une grosse partie de la bien-pensance de gauche. Il a même capturé le dernier écologiste vivant.

Que reste-t-il à ses opposants ? La nausée. L'angoisse existentielle. La confrontation avec le néant, ou l'absurde. Autrement dit, le changement. Kurt Lewin le décrit comm un dégel. Glasnost en russe. Il faut mettre en cause les principes en lesquels on croyait. Et en chercher d'autres, plus efficaces. Si la situation s'améliore, ces nouveaux principes gèlent. Changement de phase. De jeune con, on devient vieux con. Il y a cinq ans pour cela. Peut-être dix.

Sapiens

Nous sommes homo sapiens. Le nom est bien trouvé, à condition de traduire sapiens par "de raison", et pas par "sage".

Car la raison, ce n'est pas la sagesse. Au contraire. Je soupçonne que la caractéristique première de la raison est collective. Elle permet à une masse d'hommes de se comprendre. Du coup, ils peuvent s'organiser, s'entraider. L'union fait la force. La raison a donné à homo sapiens un avantage concurrentiel de poids. Elle permet à l'espèce humaine d'être résiliente.

Paradoxalement, la raison a fait croire à l'homme qu'il était, au contraire, un individu, que la société ne comptait pas. Il en résulte des crises de folie périodiques. Or, si l'homme suit ce que lui dicte la raison, il ne fait que des erreurs. Le monde est par nature irrationnel. Pour autant, pour une humanité qui a un minimum d'humilité, la raison n'est pas inutile. Elle permet d'expliquer (ou plutôt d'approximer) l'incompréhensible a posteriori. Mais, face à l'incompréhensible, c'est surtout le groupe humain qui est efficace. Il s'adapte et pense bien mieux que l'individu seul. Et c'est la raison qui lui donne cette capacité.

(En quelque sorte, la fin de l'histoire pour la raison, c'est Internet. C'est une humanité qui a fait sa jonction, qui est une.)

jeudi 16 novembre 2017

Nouvelle droite

Que vouliez-vous qu'il fit ? - Qu'il mourut ! Le combat de Laurent Wauquiez n'est-il pas désespéré ? Mais, sauf à faire allégeance à M.Macron, quel autre choix ? Mélenchon, ou rien ?

En termes marketing, il existe peut-être un "positionnement" pour lui. J'ai noté que l'électorat qui a été fidèle à M.Sarkozy, contre M.Hollande, avait des valeurs très particulières. Valeurs "conservatrices" au sens des Versaillais de la Commune ou des résistants à la Révolution. Il serait peut-être plus juste de dire "possédants". Le combat de M.Wauquiez est celui des Catalans et Daesh : créer une communauté. Ce qui demande, semblent dire ces deux cas, un endoctrinement.

J'entendais une universitaire expliquer qu'il avait les compétences nécessaires. Il est ce dont déborde la gauche, et manque traditionnellement à la droite : un intellectuel. Cependant, il fait face à deux handicaps. Tout d'abord, la bien pensance de gauche pollue la parole de droite. Elle ne parvient pas à se décomplexer. Ensuite, les mouvements conservateurs n'ont pas laissé en France un bon souvenir.

Paris ne s'est pas fait en un jour. Travaillez, prenez de la peine... ?

Process consultation

On fait changer les organisations et les hommes en améliorant leurs processus, dit Edgar Schein. Mais quels sont ces processus ? Edgar Schein en identifie quelques-uns. Par exemple, une organisation a un processus d'intégration de ses nouveaux membres. Seulement, moi, je n'ai jamais rencontré ces processus. J'ai essayé de voir si mes élèves se tireraient mieux d'affaire que moi, mais en pure perte.

Je pense que c'est Process consultation qui crée le processus. Un commerçant, par exemple, ne pense pas qu'il applique un processus de vente. La vente est sa vie. Il fait ce qu'il a été "créé" pour faire. Et c'est pour cela qu'il est efficace. Il n'a pas besoin de réfléchir pour agir. Lorsque ce qu'il fait ne va plus, il est tellement peu conscient du dit processus, qu'il va chercher des explications compliquées à ses maux. C'est alors que transformer ce qu'il faisait inconsciemment en un processus peut être utile pour l'aider.

En résumé. Quand ça ne va pas, c'est une bonne idée de penser processus. Seulement, il ne faut pas chercher un processus préexistant. Mais un processus à créer. Pour cela on a besoin probablement de quelqu'un qui va nous permettre de trouver le dit processus, et de l'explorer.

(Il est aussi possible qu'il y ait des endroits où les chemins ont été tracés. Par exemple, un enfant doué pour la course à pieds ne sera jamais un champion, s'il ne suit pas un processus d'entraînement. Mais ce sont rarement ces processus balisés qui nous posent des difficultés. D'ailleurs, dans certains cas, ils sont eux-mêmes le problème : avec eux il n'y aurait pas eu de jazz ; ils tuent la créativité.)

mercredi 15 novembre 2017

Papous

Les Papous est une émission de France Culture. Je l'écoute depuis 1986. Je pensais qu'elle avait démarré bien avant. Mais wikipedia prétend le contraire. Les Papous ce sont des exercices sur les mots. J'ai besoin d'un bruit de fond. Et celui que me fournit les autres radios ne me va pas. Ce que j'apprécie, de plus en plus, dans cette émission, c'est son calme. On n'y parle pas des malheurs du monde. Et on n'y dénonce personne.

To be or not to be 68
Drôle de mélange. 68 et anti 68. C'est anti 68, parce que tout y est une question de contrainte. Les Papous viennent de l'Oulipo. C'est la contrainte qui rend créatif. C'est aussi anti 68, parce qu'on y parle en alexandrins et en sonnets et que l'on cite Victor Hugo ou Corneilles. La culture de l'école républicaine de mon père est le matériau de l'émission. C'est aussi anti 68 parce qu'on n'y est pas entre normaliens philosophes, détenteurs officiels de la culture. C'est anar, au sens Brassens, ou Canard enchaîné du terme.

Mais c'est aussi 68. On y veille à défendre les femmes, les jeunes et les immigrés. Le noyau dur du groupe est fait de "vieux blancs". Les fameux anars. La nouvelle génération est celle des jeunes femmes. (Pas de jeune homme parmi les recrues.) Mais leur intelligence ne compense pas leur (notre) manque de culture. C'est Eva Almassy qui est le cocktail gagnant. Hongroise qui a fui le colonialisme soviétique, elle a une grande culture et un accent attachant, ce qui est capital quand on parle à la radio. Comme il est dit dans "My fair lady", seule une étrangère peut maîtriser aussi bien une culture. J'aimais la voix de Vassilis Alexakis (Grec). Mais je suis réservé sur le cas de Ricardo Mosner (Argentin). Accent peu compréhensible et humour absurde facile, à mon avis.

Cela en dit long sur la société ? La culture des jeunes est faible : l'émission pourra-t-elle durer encore trente ans ? Surtout, ce qui reste de cette culture est désormais entre les mains de la femme. L'inégalité a changé de camp. Mais aussi, l'émission explique peut-être pourquoi les peuples tendent à haïr les "outsiders". Ces derniers sont meilleurs que les premiers à leurs propres jeux, à leur propre culture. Cela s'explique certainement parce qu'ils en ont une vue extérieure. Ils ne lui sont pas intimement attachés, ils gardent la tête froide. La culture n'est pas un constituant de leur être, elle est un moyen, un véhicule, un jeu ?

(On pourrait dire, aussi, qu'il n'y a pas de minorités chez les Papous : immigrés ou non, on est entre blancs.)