mardi 23 mai 2017

François Mitterrand

Qui était Mitterrand ? On l'a dit "florentin", mais c'est plutôt à Talleyrand qu'à Machiavel qu'il me fait penser. C'était un homme de réseau, d'abord. Comme Talleyrand, il avait des amitiés partout, dans tous les camps. Et il leur était fidèle. Il n'y a pas de réseau sans fidélité. C'est ce qui fait son étonnante capacité à rassembler, la recette de son succès. En contrepartie, il est demeuré ami de gens peu recommandables, et jusqu'au bout, il a fleuri la tombe de Pétain. Ce n'était pas un homme de "ou", mais de "et". Il a été à la fois de Vichy et résistant. 

Sa force semble, indéniablement, un pouvoir de séduction hors du commun. Ce fut aussi un tacticien étonnant. Dès ses débuts il est vu comme retors et dangereux. Et, pourtant, il excelle dans l'alliance. Son coup de génie est celle qu'il noue avec les communistes. On a oublié que, en ce temps, ils sont à la fois ostracisés (cinquième colonne de Staline) et la plus puissante force politique française. Son destin bascule le jour où de Gaulle décrète l'élection du président au suffrage universel. Mitterrand se dresse contre de Gaulle. Il devient le héraut de la résistance au général. Il comprend, surtout, que la présidence est pour lui : l'élection à deux tours, lui permet de liquider les communistes au second. De Gaulle obtient le contraire de ses intentions : Mitterrand fait triompher une politique des partis. Et le FN en prime ! FNUMPS, c'est lui. Finalement, ce fut un incroyable narcissique. Sa présidence a été celle du Roi soleil : constructions de prestige, et dépenses somptuaires. Puis, dans les deux années finales, il s'absorbe dans la perspective fascinante de sa mort. Nous ne comptons plus. 

Cependant, comme Talleyrand, il avait une exigence de respectabilité, ce qui, très tôt, l'a amené à réinventer son passé, et à mentir sur lui. Mais, contrairement à Talleyrand, il n'a pas été un visionnaire en termes d'évolutions sociétales. Il s'adapte après coup. Il est d'une famille de la haute bourgeoisie conservatrice. Il est croix de feu. Il est haut fonctionnaire de Vichy (son emploi lui a été trouvé par sa famille), puis il sera ministre quasi permanent de la 4ème République. Il est alors très colonialiste (l'Afrique est l'avenir de la France). Il est aussi ministre de la justice, à une époque où l'on applique les méthodes industrielles au massacre et à la torture, en Algérie. Il donne son accord à beaucoup de décapitations, d'ailleurs. Et il ne comprend rien à 68. Mais il devient marxiste parce qu'il estime que c'est le moyen de gagner les voix du peuple. Cependant, il a des convictions après coup. Peut-être se convainc-t-il des histoires qu'il nous raconte ? D'où des moments de rigidité, désastreuses pour nous. C'est notamment ce qui arrive au début de son premier mandat. Contre l'avis de Rocard et de quelques autres, mais avec l'assentiment d'Attali, il a procédé à une politique quasi collectiviste, particulièrement à contre temps. La France, notamment le chômage et le déficit, a plongé. On peut se demander si elle s'en est relevée. 

Au de la du bien et du mal
Abjecte ? L'auteur ne semble pas loin de le penser. Mais est-ce une bonne façon de juger ? La politique de Mitterrand a été maladroite en Afrique, plus heureuse en Europe, dont il a été un bâtisseur, mais c'est surtout notre pays qu'il a métamorphosé. Qu'on les aime ou non, il a balayé la France d'après guerre par les idées de gauche. Il a donné un nouveau souffle au pays. (Destruction créatrice ?) Or, il n'y avait que lui qui pouvait rassembler les opposés, et utiliser la puissante et inquiétante force communiste, pour mieux la liquider. Et c'est peut-être les histoires de Mendès-France et de Rocard qui appuient le mieux cette thèse. En effet, tous deux apparaissent, dans ce livre, comme des "gens bien". Ils ont des convictions, du talent, et, eux, voient juste. Seulement, leur intransigeance les écarte du pouvoir. L'auteur traite Rocard de "pirate qui reste au port". Et cela, je pense que Mitterrand l'avait compris. Au delà du bien et du mal, c'est l'homme qui a changé la France ?

(WINOCK, Michel, François Mitterrand, Folio Histoire, 2016.)

lundi 22 mai 2017

Slideshare

Slideshare, est-ce que ça marche ? 

J'y mets quelques documents, très irrégulièrement, et j'ai des résultats qui me surprennent. En termes de vues, c'est l'affichage sur mon blog qui amène le gros du trafic. Ainsi, la "méthode Münchausen", un précurseur de l'entreprise libérée, a été vue plus de 115.000 fois. Viennent ensuite, pas loin, le rapport sur les ERP, de 2002 !, qui ne semble pas avoir vieilli, et mon recueil de cas sur le changement (mis en ligne plus récemment). Les ERP ont été téléchargés près de 600 fois ! Quant à la méthode pour rédiger des business plans, plus de 4% des vues conduisent à un téléchargement. Idem pour le cours de marketing B to B. Ce qui est surprenant, compte-tenu de sa taille (celle d'un livre de cours). 

GM&S

GM&S ou les mauvaises habitudes qui reviennent au galop ? Un sous-traitant de l'automobile boit la tasse. Il appelle à l'aide le gouvernement. Celui-ci décroche son téléphone. PSA et Renault obtempèrent. L'affaire est résolue. Mais il y a des tas d'entreprises qui ont crevé, et des tas de gens qui se font virer. Pourquoi le gouvernement n'intervient-il pas pour eux ? Décidément, Macron ou pas, la France c'est le clientélisme ? 

En tout cas, c'est un nouvel exemple d'Heuliez. La sous-traitance a un tout petit nombre de clients. Michel Crozier, dans son étude de l'organisation bureaucratique de la société française, disait que ces entreprises servaient de "tampon" à la rigidité de l'Etat. Mais, aujourd'hui, nos ex "champions nationaux" ne se sentent plus d'obligations vis-à-vis de ceux qui dépendent d'eux. Sont-ils encore français ? C'est une particularité de chez nous. En Allemagne, et surtout au Japon, il y a dépendance étroite, mais sentiment d'obligation. Le donneur d'ordre sait que sa performance dépend de son écosystème, et il fait ce qu'il faut pour que celui-ci s'améliore. Dans les pays anglo-saxons, c'est la loi de la jungle, mais les règles sont claires. Chez nous, c'est le pire des deux mondes. Et c'est cela qui n'est pas durable. Certes il y a un début de changement. Valeo en est l'exemple type. Faurecia, aussi, mais dans une bien moindre mesure. Si le gouvernement pouvait comprendre cela, et faciliter les conditions d'une transition vers un modèle un peu moins suicidaire, on aurait fait un grand pas. 

Ecole libre

Hier j'entendais l'émission Rue des écoles, de France Culture, traiter du cas de l'enseignement primaire. On y disait que le gouvernement semblait ne rien connaître à la réalité et qu'il prenait des mesures qui mettaient les enseignants en injonction paradoxale. Chaque cas était particulier, en termes d'enseignants, de classes, d'élèves... il fallait laisser à chaque établissement la capacité de s'adapter aux conditions qui lui sont propres. 

En écoutant cela, j'ai pensé que si l'on s'oppose aux lois de M.Macron sur le principe, on les réclame en pratique. 

dimanche 21 mai 2017

Intelligence artificielle

On nous répète que nous vivons à l'heure des machines, et qu'elles vont remplacer l'emploi. Mais pourquoi ne dit-on pas aussi que l'Intelligence artificielle, dans les années 80, a été une mode, et un désastre sans nom. Qu'est-ce qui a changé ? Expliquez-moi. J'ai fait une thèse de MPhil sur la question, et je vis au milieu de quelques-uns des meilleurs experts du sujet. 

Il y a quelques temps, je participais à une conférence. On y a expliqué que La Poste avait gagné 40% en productivité, sur une dizaine d'années, du fait de la seule menace de l'innovation. Et s'il en était de même de l'Intelligence Artificielle ? Et si sa seule utilité était de faire peur ? Une façon d'extraire encore plus d'argent de la société ?

Méthode

Une amie me parle de sa fille. A l'école, elle ne comprenait rien en maths. Elle choisit une formation littéraire. Et fait des études de philosophie. Ce qui la force à un gros travail de structuration de son raisonnement. Il est victorieux. Conséquence inattendue : les maths ne lui posent plus de difficultés. Ce qui lui manquait était la méthode. 

Une (très grosse) faille de notre éducation nationale ? 

samedi 20 mai 2017

Google : agence de communication ?

Un "cadre à haut potentiel", lors de sa préparation à l'exercice de ses futures responsabilités parcourt le monde et va chez Google. Surprise : tout le monde y est jeune. Car personne ne parvient à y rester. 

Un ami y a passé des entretiens. Ingénieur, visionnaire, à sa place partout dans le monde, travaillant jour et nuit, il semblait fait pour Google. Il a fuit : il y a retrouvé les conditions de travail dont il avait constaté qu'elles ne marchaient pas ailleurs. Pour lui Google est une "boîte de pub". Ses revenus viennent des annonces Internet. Pour le reste, Google gaspille son argent dans des investissements stupides. 

Et si Google était une agence de communication, plutôt ? Et si sa force était de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ? 

Le Havre

Notre premier ministre a été maire du Havre. Voici ce qu'en pense une de ses administrées :
Eh bien il n'a pas non plus récupéré le Havre dans un état idéal, il est arrivé en 2010 et il a mis en place le tramway, beaucoup de commerçants ont fermé en ville à cause des diverses décisions d'aménagement de la ville et les 500 ans du Havre ont coûté 22 millions, il me semble, à la ville alors que nous avons déjà des dettes. Il jette un peu l'argent par les fenêtres. Surtout que tout ça il l'a fait pour rendre le Havre plus attractif. 5 ans après la ville a toujours la même image. Je ne le considère donc pas comme un bon maire.
Exemple d'un changement sans contrôle ? Erreur fatale. Espérons que notre premier ministre se sera fait la main sur sa ville ?  Au Havre, la patrie reconnaissante ? 

vendredi 19 mai 2017

Brigades du Tigre

Les Brigades du Tigre étaient un feuilleton de ma jeunesse. J'aimais les voitures, et les costumes d'époque. Mais j'imaginais que les histoires avaient été inventées, pour montrer notre pays mieux qu'il n'avait été. 

Eh bien non. Les Brigades du Tigre sont peut-être bien une illustration dont devraient s'inspirer les pssionarias du numérique. Début XXème, la France est victime d'une vague de criminalité. En 1907, Clémenceau (le Tigre), y réagit non seulement en dotant la police de moyens, mais surtout en lui donnant ce que la science a de meilleur. Cependant, au lieu de le faire à la manière numérique, par nettoyage ethnique de l'espèce humaine, il le met à la disposition des individus. Et il a raison car la technologie moderne ne fonctionne pas encore très bien. Par exemple, les voitures tombent en panne. Si bien qu'on les équipe de porte-vélos, de façon à pouvoir continuer une poursuite, en cas de panne. Puis on invente le mécanicien. Et ce n'est pas que de la technique, on forme aussi le policier à la savate. Aujourd'hui, on parlerait de "performance" : le changement fut massivement efficace. Des dizaines de milliers de criminels sont capturés en peu de temps. La France a peut-être bien été le pionnier mondial de la police moderne

Voilà ce qui fait la force de notre modèle jacobin ? Une idée fixe partagée, un leader visionnaire et pragmatique, honnête et compétent, qui sait "organiser l'autonomie", et alors la motivation du Français et son système D font des miracles. Qu'y a-t-il de jacobin, là dedans ? "Organiser l'autonomie" : un mode efficace de coordination, dirigé d'en haut, mais qui laisse la liberté, et la motivation, au bas. Car, lui aussi, est honnête et compétent. 

Gouvernement

Que penser du nouveau gouvernement ? Je m'attendais à plus de gens de droite, histoire de désorienter la droite. Mais, en y regardant bien, il semble qu'il y ait une répartition de postes très mathématique : les hommes, les femmes, les politiques professionnels ou non, et les partis politiques. Pour arriver à un tel résultat, le président et le premier ministre ont dû utiliser un algorithme d'optimisation... 

L'Etat entreprise
Mon premier sentiment a été qu'il s'agissait d'un gouvernement de gens sérieux, de "gens qui font". 
J'ai aussi entendu dire que le gouvernement était organisé comme une entreprise. Il y a même une DRH au ministère du travail. (Ex DRH de mon premier employeur.)
Pour ma part, j'aurais tendance à regarder le gouvernement sous l'angle du changement. Classiquement, on divise un changement en sous-projets. Ensuite, on répartit les ressources suivant les caractéristiques du projet : 
  • il doit réussir (coeur du changement), 
  • il ne doit pas rater (provoquerait, par contamination, la faillite de tout le changement), 
  • pas prioritaire. 
On assigne à ceux-ci les gens qui ont les compétences pour les mener à bien. Il est recommandé de ne pas attaquer tous les sujets de front. Procéder par "domino", qui va entraîner le reste.

Pour passer à l'application de ces principes, il faudrait regarder en détails les plans du gouvernement : droit social, Europe, formation professionnelle, rendre le moral aux forces de l'ordre, etc. Vais-je le faire ?

(Avec une difficulté : le gouvernement n'a pas précisé le changement qu'il cherche à réaliser. Il dit beaucoup de choses, mais il n'y a pas d'indicateur simple et clair de succès. A moins que ce ne soit "rendre la confiance"...)