mardi 28 février 2017

Fact checking

Après "fake news", il y a "fact checking". Le populisme se nourrit de nouvelles fausses, on va lui couper l'herbe sous le pied. 

Problème : Il paraîtrait qu'aux USA 89% des Républicains estiment que les journaux ne sont pas honnêtes (France Culture, lundi matin). Quelle efficacité pour le fact checking si l'on ne croit pas les "fact checkers" ?

Et pourquoi ? Peut-être parce que l'électeur du populiste a fait son propre "fact checking". Il constate qu'il y a eu un écart entre ce qu'on lui a dit et ce qui lui est arrivé. 

Karl Marx

Qu'est-ce que "Karl Marx" évoque pour vous ? Certainement pas "changement". Pourtant, il a voulu changer la société, une fois pour toutes. Et ce par la science. Marx était un technicien du changement.

Dialectique
Hegel : la France d'Ancien Régime est une société de coutumes (l'être est social) ; la Révolution lui substitue son antithèse : une société d'individus (électrons libres) ; utopie !, d'où chaos. Mais de là sort une France nouvelle. Hegel appelle ce conflit d'opposés "dialectique". Marx en tire une technique. Pour provoquer le changement, on applique au principe de fonctionnement de la société son antithèse. Son analyse : le "capital" domine le "travail" (le possesseur de capital exploite l'ouvrier) ; pour créer, par réaction, la société idéale, il faut renverser cette hiérarchie : "dictature du prolétariat" (du travail). 

Proudhon diverge
C'est souvent par confrontation avec d'autres idées que l'on comprend les caractéristiques d'une technique. En quoi Marx et Proudhon différent-ils ? Marx a cru que Proudhon faisait du Hegel. Car, pour Proudhon aussi, chaque situation obéit à un principe. Seulement, dit Proudhon, en comprenant et en utilisant correctement ce principe, on peut transformer la société pour le mieux, sans révolution. Exemple. Le groupe est capable de ce qui est impossible pour des hommes isolés (fabriquer des voitures...). A qui appartient la création collective ? Dans l'entreprise, c'est à l'entrepreneur. Proudhon aimerait que le bien collectif aille aux membres de la collectivité. Pour cela il faut, à la création du bien, une "pichenette" qui le fait tomber plutôt du côté collectif que du côté individuel. C'est le principe de l'économie sociale. (Mais aussi celui de la République : la "chose publique" (Res Publica) est propriété collective.)

Politique ou social ?
Proudhon et Marx illustrent 2 types de changements : social et politique. Marx : changer l'homme et la société. Proudhon : faire que la société marche bien, avec ses hommes tels qu'ils sont.  Proudhon : révéler des ressources insoupçonnées de la société.  Marx : nous métamorphoser. Camus était du côté Proudhon, Sartre du côté Marx. La disruption de la Silicon Valley, c'est Marx.

(Critique du praticien ? Ce sont des changements en "boucle ouverte", sans contrôle. Danger.)

Injonction paradoxale culturelle

La France n'arrête pas de produire des lois. Pourtant aucun Français ne les respecte ! Cela m'a longtemps troublé. Mais cela s'explique. Nous demandons des lois pour les autres. Quand on veut nous les appliquer, les raisons qui prouvent leur injustice nous crèvent les yeux. 

M.Sarkozy a joué de cette corde. Mes défauts montrent que je suis l'un des vôtres. Je suis sympathique. Pourquoi M.Fillon ne fait-il pas son coming out de Français ? 

(Pourquoi roule-t-on à droite ? Parce que ceux qui ont fait autrement sont morts. Les lois que la France applique ressemblent à celle-ci. C'est pourquoi nous commençons à résister au droit, afin de juger s'il est sérieux.)

lundi 27 février 2017

La systémique en trois minutes

S'il y a de l'ordre, et pas chaos, c'est parce qu'il y a maintien de l'ordre.

Cette constatation triviale a des conséquences colossales. Elle explique pourquoi notre vie paraît parfois incompréhensible. Pourquoi il y a des crises. Pourquoi nous pavons l'enfer de bonnes intentions. Surtout, cela peut nous éviter de le faire. Pourquoi n'est-ce pas enseigné ? 3 minutes de systémique :


Samson et Dalila

Une émission consacrée à Hedy Lamarr m'amène à l'histoire de Samson. (Elle a joué dans le film Samson et Dalila.) Un Freud contemporain aurait peut-être dit qu'il manquait d'affection. En effet, ses problèmes ne commencent pas avec Dalila, mais avec une première femme. Encore une fois, elle lui fait révéler un secret, qu'elle trahit. Et cela lance une vendetta qui se terminera comme on le sait. Mais il est surtout manipulé par Dieu. Car, en jouant sur sa faiblesse pour la femme perfide, Dieu l'amène à entrer au coeur du pays des ennemis. En ébranlant le temple philistin, Samson cause plus de morts que par n'importe quel autre procédé. C'est l'histoire de la bombe atomique de Boris Vian, avec quelques milliers d'années d'avance. En version jihadiste. On y voit aussi un dieu joueur d'échecs qui, comme les dieux grecs, est plus un surhomme qu'un dieu au sens où nous l'entendons. Mais avec une caractéristique culturelle juive : il est intelligent, et il sait que l'homme est le jouet de la femme. 

François Fillon et le Canard

On a peut-être tort de croire que le Canard enchaîné vient de découvrir François Fillon. Il le harcelait depuis longtemps. Pour dire que M.Fillon utilisait souvent les avions privés de l'Etat, notamment pour ses vacances en famille et ses déplacements à son domicile. Ce qui coûte bien plus que ce qu'ont touché Mme Fillon et ses enfants. 

Visiblement, c'est un homme qui mène grand train. Une femme au foyer, cinq enfants, un manoir, dont l'entretien du toit est ruineux, cinq chevaux... Pour un salaire, c'est beaucoup. De Gaulle, auquel M.Fillon semble se comparer, vivait difficilement dans sa maison de Colombey-les-deux-églises, car il n'avait qu'une retraite de colonel. Avait-il des chevaux ?

dimanche 26 février 2017

Dynamique et politique

Pourquoi les sondages se trompent-ils ? Peut-être parce que la politique est une question de dynamique. Ils la croient statique.

M. Macron va-t-il parvenir à récupérer le centre ? Non seulement la sensibilité Borloo, mais aussi la sensibilité Juppé ou Valls ? MM. Hamon et Mélenchon vont-ils, contre toute attente, s'unir ? La surprise leur donnerait sûrement un avantage décisif. Quant à M.Fillon, c'est un contre exemple. L'espoir qu'il avait créé a été torpillé par le Canard Enchaîné. Il semble résigné. Il n'a pas d'adversaire dans son camp et sa base de fidèles peut être suffisante pour passer au second tour. Ligne Maginot ?

Et Mme Le Pen ? Elle joue peut-être sur l'effet inverse, la dynamique du découragement. Si ses adversaires ne créent pas de dynamique, il y aura une dynamique d'abstention et elle aura une chance de gagner. 

Les psychologues le disent bien : "validation sociale" : l'homme va au secours de la victoire. Mais le hasard semble jouer un grand rôle dans le démarrage du phénomène. C'est pourquoi seuls "ceux qui y croient" vainquent. 

Glenn Gould

J'ai trouvé un enregistrement fantastique de Glenn Gould : des concertos pour piano de Haydn. (Je ne connais rien à la musique classique.) Jusque-là, je ne m'étais pas intéressé à lui, parce qu'il jouait Bach au piano. Or, mon opinion est que, si Bach avait connu le piano, il n'aurait pas écrit son oeuvre de cette façon. D'ailleurs, il n'y aurait peut-être pas eu de Bach.

Qui était Glenn Gould ? Un enfant prodige, un excentrique. Il chantonnait en jouant, il utilisait une chaise d'enfant au ras du sol, il ne sortait jamais sans casquette, manteau, écharpe, veste et gilet, même en plein été. Mais, aussi, il jouait de mémoire, ne faisait jamais de fausse note et pouvait reprendre indéfiniment le même morceau. Quand il jouait, il entrait en transe, ce qui explique peut-être ce qui précède. Il est mort de vieillesse à 50 ans. Il s'était gavé de médicaments. L'enfant n'est pas parvenu à devenir homme ? Ses dernières vidéos le montrent en Quasimodo, plié en deux sur son piano.

Contrairement au musicien ordinaire, il n'a eu aucun souci de sa carrière. Il a fui les concerts. De ce fait, il a pu faire ce qui lui plaisait : réinventer les auteurs qu'il interprétait. Bach en particulier. Il a d'ailleurs dit à un compositeur, qui lui avait dédié une oeuvre, qu'il allait lui révéler ce qu'il avait écrit. Peut-être est-ce pour cela que je l'ai aimé dans Haydn ?

C'était la vie de Glenn Gould, telle que je l'interprète...

(Références : wikipedia, et plusieurs vidéos YouTube. On y voit de touchants Canadiens tout surpris que leur nation ait pu produire un génie. Jusqu'à sa mort Glenn Gould fut un trésor vivant pour son pays. Je note aussi que le piano personnel de Glenn Gould sonnait comme un clavecin : le désaccord entre nous n'est peut-être que mineur.)

Benoît Hamon et l'appareil

Benoît Hamon semblait avoir retrouvé les accents de la gauche des années 60 / 70. Elle disait, en substance : si vous n'avez pas ce que vous désirez, c'est à cause d'une injustice. Nous allons la corriger, et vous serez heureux. De ce fait, il n'y avait plus de contre argumentation qui tienne : globalisation, endettement, compétitivité, balance des échanges, Mme Merkel, etc., ces considérations matérielles n'étaient que des conséquences et pas des causes.

Puis plus rien. M.Hamon ne s'occupe plus que de M.Mélenchon. Et si M.Hamon n'était qu'un homme d'appareil ? Et s'il n'était bien que dans le monde confiné des jeux d'influence partisans, et pas en tribun pour meeting populaire ? 

samedi 25 février 2017

Proudhon

La fiche wikipedia de Proudhon décontenance. Proudhon semble un type bien. Une de ces rares personnes qui ne plient jamais. C'est la figure même du libertaire. Il vit une existence de prison et de misère, pour ses idées. Mais ce n'est pas l'anarchie à bombes. C'est, au contraire, un homme d'ordre. Un homme d'ordre qui est un défi permanent à l'autorité ! Une sorte de Gandhi qui pense réconcilier la société sans violence ; que la prospérité du pauvre est bonne pour le riche ; qui est, donc, contre la révolution, mais qui subit le sort des révolutionnaires, parce qu'il s'oppose encore plus à leurs adversaires. Et, de ce fait, qui se met tout le monde à dos. Bref, une leçon de liberté. 

Et cet homme admirable a été antisémite et misogyne à un degré rarement égalé. 

Vous me direz que je suis un homme de mon temps. Que je juge avec des critères qui n'avaient pas cours alors. C'est peut-être bien le noeud du problème. Proudhon a été un homme de son temps, et de son milieu, lui aussi. Il a cherché à universaliser un modèle de société qui lui était familier. Ce qui n'est certainement pas original. 

Auto amnistie

L'autre jour j'entendais Eva Joly dire que nos députés venaient de voter une loi qui les amnistiait. Une loi du type de celle qui avait mis les Roumains dans la rue. 

Je n'avais pas compris de quoi il s'agissait. L'affaire Fillon semble l'expliquer. Le parquet financier aurait demandé d'ouvrir une instruction, pour éviter que ce qui est reproché à M.Fillon ne soit prescrit. (D'après France Info, hier.) 

M.Bayrou parle depuis longtemps "d'une politique propre". Mme Joly, ministre de la justice ? 

François Hollande

Autour de moi, on loue François Hollande. Incroyable. Explication. Depuis qu'il est en préretraite, il multiplie les rencontres avec le petit peuple. Et on le découvre tel qu'on le disait avant son élection : simple, amusant et pertinent. Un ancien collègue a tenté une explication de sa défaite. Il n'a trouvé que : "un charisme de moule". Qui dit mieux ?

Et si son problème venait de ce qu'il n'a pas été tel qu'il est ? La France est inquiète, et il s'est montré distant. Un reportage disait que la force du maire FN était sa présence parmi ses électeurs et d'infimes attentions,  n'est-ce pas ce qui a manqué à M.Hollande ? On ne lui demandait pas des solutions brillantes, il n'y en a pas, mais de montrer qu'il nous entendait, et qu'il ne préparait pas dans l'ombre quelque projet machiavélique ? Il a voulu faire président, alors qu'il aurait dû faire François Hollande ? On peut dire tout le mal que l'on veut de M.Trump, mais il fait du Trump.

Cela rejoint de "grands théorèmes" du changement, que l'on oublie trop souvent :
  1. Sur la communication. Il y a deux critères qui définissent une communication efficace : honnêteté et compétence. Le premier écrase le second. Et si, en jouant un rôle, M.Hollande nous avait convaincu qu'il n'était pas honnête ? 
  2. Sur le changement. On lance le changement "à la manivelle". Tout le monde a les yeux braqués sur les mécontents. En conséquence, il faut identifier ces mécontents et chercher à leur rendre le sourire. Quand c'est réussi, tout le groupe se met en marche. C'est un travail extraordinairement ingrat. On y rencontre toute l'irrationalité, voire la stupidité, de l'espèce humaine. Cela donne envie de se flinguer. Mais quand ça marche, l'effet est miraculeux.

vendredi 24 février 2017

Candidats anti système

On parle de candidats "anti système". Mme Le Pen et MM.Macron et Mélenchon. La gauche gouvernante serait un "système" ? Avec le discours sur les élites, et sur l'inégalité devenue héréditaire, il y a retournement de ce qu'elle dit être. Et le "système" est un moyen d'asservissement. Aliénation aurait dit Marx. Seulement, il ne s'attendait pas à ce qu'on lui retourne l'insulte.

Jadis, nos affaires se réglaient par la violence. C'était simple. Mais depuis qu'il y a la société, "l'injonction paradoxale" a remplacé la hache. Les armes nouvelles sont psychologiques. Elles font des invalides de l'égo. Elles mettent sous "l'emprise" de l'autre. Et les culpabilités sont impossibles à établir, car les manipulateurs savent rarement ce qui fait leur avantage. (Dieu, pensent certains.) Ce n'est pas une histoire de gauche et de droite, mais une guerre de l'homme contre l'homme. 

Que peut-on contre ce type d'arme ? Impossible de séparer Jeckhill et Hyde. Il faut mettre un terme à la guerre. L'humanité doit comprendre qu'elle a besoin de tous ses talents pour être durable.

De quoi Macron est-il le nom ?

De quoi Macron est-il le nom ? se demandaient des journalistes. Emmanuel Macron déprime beaucoup de mes proches. Mais quel est son programme ? se demandent-ils. M.Macron me semble bien plus qu'un programme. 

Retour aux sources
Voici ce que je déduis des lectures qui alimentent ce blog. La République française a été traditionnellement dirigée par des Radicaux. Leurs idées étaient celles de la Révolution, pacifiées. C'était le gouvernement du peuple par le peuple. Ce sont eux qui ont fait la France actuelle. Ou celle que l'on regrette. Ils avaient un programme, ils l'ont appliqué. Il y a des changements qui réussissent ! Mais leur succès a été tel qu'ils ont épuisé leurs idées. Ils n'ont pas su trouver un second souffle. Cela a changé avec de Gaulle. Il jugeait la France radicale instable, et lâche. Il était d'accord avec son programme, mais la France avait besoin d'un homme providentiel pour fonctionner. Il a bâti la 5ème République sur le modèle monarchique. Car la monarchie, c'est l'alliance du roi et du peuple contre les classes privilégiées. Les fameuses élites. Sur ce, Pompidou et Mitterrand décident de changer le système de l'intérieur, sur un modèle anglo-saxon, gauche, droite. Dans un premier temps, il a fallu unifier chaque camp. Ce qu'ont fait Mitterrand et Chirac. On en est là aujourd'hui. L'émergence d'un mouvement "ni gauche ni droite", ou plutôt portefeuille à droite et cœur à gauche (nous sommes tous des Bobos !), est un retour aux sources. 

M.Macron a senti venir l'opportunité. Saura-t-il l'exploiter ?

jeudi 23 février 2017

Kenneth Arrow

Kenneth Arrow est décédé le 21 février. C'était un économiste fameux. 

Il se trouve que j'ai lu quelques-uns de ses travaux. Voici comment j'interprète sa vie. C'était un homme de gauche, qui a voulu démontrer par les mathématiques que ce qu'il croyait était juste. Ce faisant, il a lancé, ou contribué à, une mode qui a balayé l'économie. Désormais elle a été une question de théorèmes. L'économiste n'était plus un charlatan, mais un vrai scientifique. Scientifique au sens où l'entendait la technocratie. Quelqu'un qui dit la loi. Sa parole était d'autant plus indiscutable que le jargon mathématique était impénétrable, et qu'il masquait des hypothèses indigentes.

Curieusement, Arrow a utilisé les travaux de Condorcet, mais il a aussi retrouvé son esprit. Condorcet croyait, avec les Lumières, qu'il y avait des lois naturelles que la raison pouvait percevoir. Il en résultait un modèle que l'expérience pouvait paramétrer. Condorcet pensait, par exemple, avoir résolu le problème des "trois corps" (calcul exact de la trajectoire de trois corps, Terre, Lune, Soleil, soumis à leur attraction respective). Or, Poincaré a montré que ce problème n'avait pas de solution. De là, la théorie dite "du chaos". Ce qui est heureux pour nous. Car les Lumières nous voulaient déterminés. Marionnettes.

Avec Arrow, c'est peut-être le dernier homme des Lumières, le dernier des "modernes", qui disparaît.

(NYT sur le même sujet.)

Faibles hommes

Pourquoi l'homme est-il si souvent le pantin de sa femme ? Une amie, mère d'un garçon et d'une fille, formule l'explication suivante. La mère tend à décharger son fils de tous les soucis. En revanche, elle est en conflit avec sa fille. Résultat : une femme qui a une volonté de puissance et qui s'est entraînée à la guérilla, et un homme désarmé et sans grands désirs. Comme dans le film de Don Siegel avec Clint Eastwood, les proies ne sont pas celles que l'on croit ? 

Facteur clé de succès

Le concept le plus important de stratégie ? Le "facteur clé de succès" ou FCS. Le bon sens nous dit que le stratège doit être un visionnaire. Mais, qui a déjà réussi à décrypter l'avenir ? Le FCS est plus fruste et plus subtil : si nous ne savons pas où aller, nous savons souvent ce que nous devons absolument faire. Nous avons une sorte d'obsession. J'ai rencontré des champions du FCS, et ils étaient efficaces.

Application à l'Europe. Il n'est pas clair où doit aller l'Europe. En revanche ce qu'elle doit faire l'est : elle doit décider vite, et d'une seule voix. Décider bien est secondaire. Or, une fois que le choix est fait, le mettre en œuvre est relativement simple : il existe des techniques bien connues qui permettent à un groupe de décider vite. D'ailleurs, quand elle le désire, l'Europe les utilise.

(C'est aussi un concept décisif en contrôle de gestion. En complément, il faudrait peut-être prévoir un mécanisme qui frappe les parasites : les nations qui utilisent leur pouvoir de nuisance pour en tirer des avantages personnels.)

mercredi 22 février 2017

Culture d'Uber

Une brillante employée d'Uber dénonce ses mœurs. Le "high performer" a tous les droits. Ce qui fait fuir les femmes, en particulier, mais pourrait aussi avoir des conséquences sur le comportement des conducteurs.

Edgar Schein explique que la culture d'une entreprise est une interprétation de ce qui fait réussir son fondateur. Dans un article, contemporain de la faillite d'ENRON, Jennifer Chatman (Berkeley) dit : "Si la culture de l'entreprise accepte la tricherie comme un moyen d’avancement, elle tendra à conserver des employés qui sont à l’aise avec l’idée de tricher, y compris vis-à-vis de leur société."

Mesurer un changement

Un jour, à l'époque où je faisais des études de marché, on m'a demandé si les fenêtres en bois avaient un avenir. Quand on interrogeait le Français, il en sortait "plutôt oui". Cependant, lorsqu'on lui demandait les caractéristiques idéales de sa fenêtre, il donnait celles de celle en PVC. Mes clients et moi en avions déduit que le sort du bois était scellé. 

J'ai réutilisé systématiquement cette technique. On constatait à chaque fois que le déclaratif n'était pas utile. ce qui l'était étaient des facteurs comportementaux sous-terrains, souvent inconscients. Ces facteurs ne produisaient pas forcément le changement. Ils le faisaient si on savait les mettre à profit. Toute l'histoire de M.Trump ?

mardi 21 février 2017

Ecole de voile

La France domine les grandes courses à la voile. Cela n'a pas toujours été le cas. La gloire de Tabarly est d'avoir ébranlé le joug anglais sur la Transat. Idem en Handball. La France semble devenue invincible, alors qu'elle n'était rien il y a une trentaine d'années.

La théorie du "cluster" s'oppose à celle du marché. La créativité est une question d'écosystème pas de concurrence brutale. Copions-nous ! Piquez des idées à l'autre, profitez gratuitement de son savoir. L'autre se repaiera en récupérant ce que la fauche a suscité d'idées neuves chez vous. Le tout  crée une dynamique stimulante. C'est comme cela qu'a avancé la recherche scientifique.

Comment lancer le phénomène ? Pour la voile, il y a eu Tabarly, pour le Handball, un entraîneur, Michel Costantini. Il semble qu'il y ait toujours une figure marquante. Dans les deux cas, on a une personne qui a duré, qui a gagné, exceptionnellement longtemps. Car il faut, aussi, avoir le temps de susciter un mouvement d'entraînement qui survive, et permette de créer l'infrastructure qui va former les nouveaux champions. Il y a eu des champions de tennis en Suède, en Allemagne, en Espagne ou en France, mais il n'y a pas eu création d'une école durable. Finalement, l'interventionnisme est à manier avec précaution. En protégeant son industrie de la machine-outil, une des meilleures du monde, la France l'a tuée. Et elle s'est ruinée en plans calculs ou autres. Bref, mystère.

Etre et néant

Vieux numéro de Scientific American : les phénomènes naturels. Plus la science essaie de les cerner, plus ils sont insaisissables. L'arc en ciel, par exemple. On est incapable de l'expliquer précisément. 

Question de l'être et du néant, si cher à la philosophie ? Le monde "n'est" rien. Du moins il "n'est rien" par rapport à une définition implicite "d'être". Mais est-ce la bonne ? En effet, les phénomènes naturels, ça marche. L'arc en ciel, la foudre, la pluie, la neige, l'amitié... on ne sait peut être pas très bien ce que c'est, mais ce que nous en savons nous permet de nous débrouiller, et c'est ce qui compte. Entre l'être et le néant, il y a la vie ?

lundi 20 février 2017

La résistance au changement

La résistance au changement est un cas de "framing". Selon que l'on présente un fait d'une façon ou d'une autre, nous en tirons des conclusions différentes. On vous dit "résistance au changement", vous pensez volonté de nuire, arriération, refus du progrès, etc. Mais si l'on dit que les organisations, les entreprises en particulier, sont faites pour faire très bien toujours la même chose, donc résister au changement, cela vous paraîtra évident.

La résistance au changement est une propriété normale des organisations. Si on le comprend, on verra que c'est aussi un moyen de les faire changer. En effet, faire bouger une organisation est une question de motivation. Or, la résistance au changement est une motivation négative. Il suffit d'en comprendre la nature, pour la renverser. 

Raspoutine

Raspoutine n'est pas ce que l'on nous a dit. (Emission de France Culture.) C'était probablement un mystique qui a fait l'objet d'une mode dans la haute société russe. Mais il n'a pas eu d'influence sur les événements. Sinon, peut-être, dans le sens de la prudence paysanne. 

Remarque amusante : pourquoi a-t-il pu vivre dans le faste, alors que l'impératrice lui mesurait chichement ses revenus ? Pour la même raison qu'une vedette de cinéma n'a nulle part besoin de payer !

Eva Joly

Je n'avais pas compris le lien entre la nationalité, norvégienne, d'Eva Joly et sa profession. Je l'ai entendu parler, en particulier de M.Fillon et, surtout, de l'inquiétante corruption du système politique français. Elle m'a fait penser à un ami suédois. Et à une anecdote. Un jour, je me trouvais à la cafétéria du Petit Palais avec 3 amis. Deux d'entre-eux, des provinciaux, décident d'aller faire des achats de Noël et laissent leurs affaires à leur place. Sur ce des touristes suédois surviennent. Ils nous montrent du doigt comme des contrevenants : nous semblions occuper quatre places à deux. Or, le restaurant était vide. En quoi les gênions nous ? Eh bien, c'est cela un Nordique :  il ne tolère pas les écarts à l'ordre, même les plus petits. Et il les dénonce, même à l'étranger. J'ai vu soudain pourquoi le comportement de M.Fillon était inconcevable pour Mme Joly.

Comment Eva Joly a-t-elle pu supporter la France aussi longtemps ? L'amour de notre pays ? En tout cas, je me suis demandé s'il ne faudrait pas qu'il y ait des Nordic Lawyers comme il y a des French Doctors. On ferait appel à eux, ils terroriseraient nos hommes politiques et les maintiendraient dans le droit chemin. En échange ils profiteraient de notre climat. Bienfaits de l'Europe. 

dimanche 19 février 2017

Boris Bergman

A voix nue (France Culture) me fait découvrir Boris Bergman. C'est un parolier et un écrivain qui a eu un succès fou. D'origine russe, il est anglais, a fait le gros de sa carrière en France et est marié à une Japonaise. Portrait même de l'homme libre ? me suis-je demandé. Contrairement à beaucoup d'entre nous, il ne semble pas empêtré dans les liens sociaux. Il va où le vent le pousse, et là où il a envie de s'arrêter, il est apprécié. 

Son talent est peut-être celui de l'anthropologue. Il ne se fait pas prendre au piège d'une culture, mais il en voit les beautés. Par exemple, il y aurait des rythmes propres à la culture russe ou cockney, ou autre. On les retrouverait dans l'expression orale et la musique des groupes humains correspondants. Ses oeuvres semblent avoir joué sur le transfert d'une culture dans une autre de ces rythmes pour créer des effets nouveaux. Tous anthropologues ?

Le politiquement correct attaqué

M.Fillon dit qu'il faut mettre les adolescents en prison, et qu'il faut aimer la police. Et ce au moment de l'affaire Théo. M.Macron affirme que l'on n'a pas traité la manif pour tous avec considération. 

Tactique Trump ? On attaque le politiquement correct ? Double intérêt 1) il ne représente peut-être qu'une minorité de l'électorat ; 2) il est défendu par les médias : s'en prendre à lui fait parler de soi ? 

Crime contre l'humanité

La colonisation est un crime contre l'humanité, dit M.Macron. Curieusement, personne ne s'est demandé ce que cela signifiait. 

La notion d'humanité est récente. Chaque groupe humain semble avoir toujours pensé qu'il représentait à lui seul la race humaine. Et donc que les autres hommes étaient une race inférieure, ou une étape primitive de l'évolution. D'ailleurs beaucoup de noms de peuples signifient "les hommes", ou quelque-chose d'approchant (Pakistan : le pays des purs ; l'Empire du milieu : c'est le milieu qui fait fonctionner le monde...). 

La notion de crime contre l'humanité serait née en réaction aux crimes nazis (cf. Stéphane Hessel). Mais "humanité" était une idée des Lumières. Les France républicaine et radicale ont colonisé, notamment l'Europe, au nom de l'humanité !  Il s'agissait de libérer les peuples de leurs chaînes. Et l'on ne faisait que suivre l'exemple du Christianisme et de l'Islam. Ils apportaient la vraie foi. D'ailleurs, les missionnaires ont précédé les colons, et leur ont survécu. Quant aux colons, comme le montre Camus et comme on l'a vu aux USA, en Australie, au Canada et ailleurs, étaient généralement de pauvres diables. 

C'est donc depuis peu que la colonisation est un crime contre l'humanité. Sommes-nous criminels ? La soft power, la conquête par l'influence (sournoise) de la culture, est-ce une forme de colonisation ?...  Ce n'est pas en faisant de l'explication de texte que l'on fait parler de soi !

samedi 18 février 2017

Hamon président ?

Si M.Hamon s'alliait avec M.Mélenchon, il y aurait trois candidats au même niveau d'intention de vote : MM.Fillon et Macron, et lui. Le hasard aurait son mot à dire. M.Hamon aurait une chance de réussir. 

Serait-il élu face à Marine Le Pen ? Il a choisi une option de course très utopique, conforme à ce qu'attend un noyau capital de l'électorat de gauche. L'électorat de droite, qui n'en pouvait plus de M.Hollande, pourtant parti très à droite, peut-il accepter d'être privé d'alternance ? Vote sanction ? Une Mme Le Pen dépassant les 40% semble difficile à imaginer. Sauf pour les marchés financiers.

Qui est Emmanuel Macron ?

Weber semble avoir formulé la question que nous pose M.Macron. Ethique de responsabilité ou éthique de conviction ?

La fiche wikipedia de M.Macron montre un homme de conviction. On y voit même une sorte de quête spirituelle extrêmement originale dans le monde politique. Il a fait des études de philosophie aux côtés des plus grands, après une formation scientifique, il a participé à Esprit... Il semble s'inscrire dans une "troisième" voie propre à notre culture, entre capitalisme et communisme. Ce n'est pas le militant sorti du rang ordinaire. 

Considérer la colonisation comme crime contre l'humanité est cohérent avec ces convictions : Humanité est une invention des Lumières, et Clémenceau était farouchement opposé à la colonisation. Mais agiter un terme aussi fort avec toutes ses menaces implicites s'apparente à une provocation.

Art du Trump ? Quelque-chose qui ressemble à une sortie de route, mais qui permet de faire parler de soi, et touche une sensibilité de l'électorat, ou plutôt d'un électorat décisif pour l'élection, que personne n'avait vue ? Cela révélerait un talent exceptionnel, et inattendu. 

(A suivre)

Le somnambule

On n'écrit plus de livres comme cela. Le héros, un chrétien tourmenté, n'existe plus. (C'est un livre à la Mauriac, en fait.) Et pourtant, c'est une histoire éternelle. Un homme pris entre ses aspirations, les prescriptions de sa foi, les grandes idées du temps (existentialisme, communisme, christianisme missionnaire), et qui essaie d'affronter toutes ces contradictions en les regardant en face. Mais est-il intellectuellement honnête ou est-il victime d'une illusion ? Est-il un somnambule ? Une question que nous pourrions nous poser.

(Pierre-Henri Simon semble avoir été tourmenté par quelques problèmes : on retrouve ici quasiment les mêmes sujets, et les mêmes personnages que dans Les raisins verts.)

vendredi 17 février 2017

Tversky et Kahneman

Le plus vite vous découvrez que Tversky est plus intelligent que vous, le plus intelligent vous êtes. Voilà le test d'intelligence que l'on trouve à la page Tversky de wikipedia en anglais.

Les psychologues Amos Tversky et Daniel Kahneman ont conçu une série d'expériences qui montrent que l'homme est irrationnel. Exemple ? La décision que je prends dépend de la formulation du problème que l'on me pose. (A quoi tient la peine de mort...) Ce faisant ils ont réalisé le Graal de la science : une théorie dont on peut tester les prévisions. C'est ce que les économistes, leurs ordinateurs et leurs mathématiques ne parviennent pas à faire. Et c'est pour cela que Daniel Kahneman a reçu le Nobel d'économie en 2002. (Tversky est mort en 96.) 

Mais leurs travaux n'ont pas eu les résultats escomptés. L'économie classique, celle qui guide les décisions de nos gouvernants, repose sur l'hypothèse que l'individu est rationnel. Elle aurait dû s'effondrer. Or, elle ne s'est jamais aussi bien portée. En revanche, une nouvelle branche de l'économie est née : l'économie comportementale. Grâce à elle il est possible d'influencer les populations (effet "nudge", par exemple) pour que leurs comportements satisfassent l'économie classique. Un peu de manipulation, cela vous rend une population rationnelle. Dans le test d'intelligence, remplacez "Tversky" par "gouvernant". 

La bourse vote Marine ?

Vue de l'extérieur, du moins des marchés financiers, Mme Le Pen serait susceptible d'emporter les présidentielles. Notre pays a-t-il l'art de donner une image désastreuse de lui-même ?

Ce que dit le Financial Times :
French bond trading soars on fear of populist wave 
French bonds are being traded at volumes not seen since the eurozone crisis as the tumultuous presidential election race has divided investors over whether France will deliver the world’s next populist upset. For more, go to: https://www.ft.com/content/0f1fdff6-f469-11e6-95ee-f14e55513608

Désinformation

La désinformation fait-elle élire un président ? Particulièrement quand elle touche Internet, et est le fait d'espions russes ? Certains l'ont dit, pour l'élection de M.Trump. Mais cela ne semble pas prouvé. Ce qui pourrait avoir fait du mal à Mme Clinton, c'était ses emails cachés. Idem pour M.Fillon : ce qui l'endommage, c'est l'interprétation qui est faite de vraies informations.

Autrement dit, si vous êtes un espion russe qui veut couler un adversaire, le mieux n'est pas la désinformation, mais de trouver une information honteuse, que vous ne diffuserez pas sur Internet, mais que vous enverrez aux médias traditionnels, qui la vérifieront soigneusement, ce qui la rendra crédible. Méthode Snowden.

Et si c'était cela qui faisait peur à nos hommes politiques ?

(A noter que même l'information honteuse n'est pas fatale : tout dépend ce que l'on en fait. M.Trump l'a montré. En outre, beaucoup de candidats aimeraient que l'espion russe s'intéresse à eux : cela signifierait qu'ils comptent pour quelque-chose.)

jeudi 16 février 2017

Marks and Spencer

Marks and Spencer ouvre des magasins en France. Il les ferme, et licencie. Il ouvre à nouveau. A nouveau, il ferme, il licencie. Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? Sortez les clowns ? Il n'en a pas toujours été ainsi. Marks and Spencer fut une institution anglaise. Il proposait des produits excellents ayant, grâce à la standardisation, donc aux volumes produits, un rapport qualité prix exceptionnel. Ainsi, la classe laborieuse pouvait vivre au dessus de ses moyens. Elle y voyait une récompense à sa participation à la prospérité anglaise. Marks and Spencer était ce que le modèle sociétal anglais avait de meilleur. 

Cette histoire évoque ce que produit un management gestionnaire. Il ne comprend rien au marché et au métier. Aucun projet, aucune ligne directrice. La carrière du dirigeant peut s'arrêter du jour au lendemain. Il vit de coups, de bluff. Ce qui produit des allers et retours entre croissance externe et restructurations. Tant pis pour l'intérêt de l'entreprise. Et même pour sa pérennité.

(Si j'en crois Wikipedia, Marks and Spencer était dirigé par un virtuose du management international, le type d'homme qui passe de multinationale en multinationale et accumule les prix de management. Il serait remplacé par un dirigeant venu de l'intérieur...)

Théo

J'ai mis du temps à comprendre que "Théo" était probablement un enfant d'immigrés. Des invités de France Info parlaient de la question des maltraitances que la police fait subir aux minorités (il y a une semaine). J'en ai tiré un sentiment désagréable d'injustice et d'impuissance à résoudre cette question. 

Mais les bavures de la police tuent régulièrement des non minoritaires. En outre, quand on l'agresse, ce qui est fréquent, puisqu'elle assure le maintien de l'ordre, le journaliste traite froidement ses pertes. Elle ne fait que son travail. Les invités de France Info disaient qu'étant blancs, ils ne risquaient pas la discrimination policière. Ils oubliaient qu'ils ne vivent pas dans les banlieues où l'on casse tout pour manifester son mécontentement. Même si celui-ci est légitime, la situation est peut-être difficile à vivre.

Le policier est un homme. Le peu de considérations que l'on a pour lui ne l'encourage-t-il pas à se faire justice ? Comme dans un film de Clint Eastwood ? D'où bavure ? Et si elle était avant tout le résultat du mauvais état de la société ? Et si accuser la police était un moyen de nous masquer nos responsabilités ? 

Avenir d'Israël

Les faucons israéliens se seraient réjouis de l'élection de M.Trump. Mais, depuis, M.Trump a eu besoin du contrepoids saoudien aux Iraniens, et a changé sensiblement ce qu'il dit de ses intentions vis-à-vis d'Israël. Voilà ce que j'ai entendu.

Sachant à quel point Israël dépend des USA ; que les USA veulent se replier sur eux-mêmes et réduire leurs subventions militaires ; que le pays est seul et petit dans une région qui lui est hostile, peut-il réellement se réjouir d'être entre les mains d'un Donald Trump qui ne suit que ses intérêts ?

Comment parler à ses enfants

"On pensait qu'on allait faire un malheur, mais on est tombé sur un os. On nous a fermé la porte, mais on est passé par la fenêtre..." Je travaille avec des entreprises. La communication intérieure qui donne les meilleurs résultats est celle qui parle de revers. C'est paradoxale, et ce n'est pas une habitude française. Cette communication qui montre la débrouillardise face à l'adversité crée des communautés optimistes, que rien n'atteint. 

Le 8 d'aviron dans lequel je ramais dans ma jeunesse était un peu comme cela. On n'arrêtait pas d'avoir des problèmes, mais on n'était jamais à cours d'idées. L'ambiance était excellente. 

Et si l'on appliquait ces principes à la famille ? Que se passe-t-il aujourd'hui ? Les parents disent au gamin, fais-ci, fais-ça. Comme s'il était idiot et eux omniscients. Et si, au contraire, ils lui donnaient le spectacle de leurs démêlés avec l'imprévu ? De comment ils se tirent de l'adversité ? Ne serait-ce pas la meilleure des leçons sur la vie ?

mercredi 15 février 2017

L'attrait de Marine

France Culture interviewait des explorateurs qui se sont aventurés dans les communes du FN. Cela m'a fait penser à un film de Rohmer. Arielle Dombasle est une Parisienne qui découvre la campagne et s'extasie "oh, une vache...". Là, c'était plutôt "oh un Français".

Qu'est-ce qui fait la séduction d'un maire FN ? Curieusement, ce sont des attentions infimes. Ses électeurs se sentent considérés ? C'est aussi quelqu'un qui est présent, que l'on voit (le maire ordinaire vivrait-il dans une tour d'ivoire ?). Le nouvel électeur FN n'a pas d'opinion politique très ferme, semble-t-il. Il illustre peut-être bien ce que dit mon cours sur la communication : votre communication est efficace, si elle donne de vous une image d'honnêteté. Il semble, effectivement, que ces nouveaux électeurs pensent que Marine et Marion "y croient". Elles ont une fraîcheur bienvenue. Rien à voir avec le politicien frelaté. Et, peut-être, pour cela, ils leur pardonnent quelques errements ? 

Le plus surprenant, pour les participants de l'émission, était qu'une jeune homosexuelle puisse voter FN. Explication : quand elle cherche du travail, on lui préfère des Roumains. Ce qu'exprimait aussi l'interview était à quel point les journalistes de France Culture, eux, sont attachés aux idées. Rassurez-nous, Marine Le Pen n'a renoncé qu'en apparence aux thèses de son père, disaient-ils. Elle valse bien avec des Nazis, à Vienne. C'est bien le Diable, cette femme ! Mais est-ce important pour celui qui est en difficulté ? Et s'il préférait un Satan qui a de l'empathie, à une machine intellectuelle qui le méprise ?

La confession d'un enfant du siècle

La liaison de Musset avec George Sand est l'inspiration de ce livre. Il  lui a d'ailleurs demandé de lui retourner les lettres qu'il lui avait envoyées, pour s'en servir de matériau. Mais en changeant l'intrigue. Il n'est plus l'enfant immature que George Sand materne. Mais un être supérieur et révolté que l'histoire a privé de la gloire qu'il méritait. (La fin des guerres napoléoniennes a fait des gens de son âge une génération perdue, dit le premier chapitre.) A la recherche de l'amour absolu, il côtoie des "créatures", et  sombre dans la débauche. Jusqu'à ce qu'il trouve la pure "Brigitte la Rose" (la rosière), qui, accompagnée d'un chevreau, soigne le pauvre, au cœur d'une campagne idyllique. C'est Rousseau. Il la soumet aux pires tourments (ils ne sont rien à côtés de ceux que subit le lecteur), avant de comprendre qu'il est l'incarnation du mal, et de s'éloigner sur le soleil couchant. 

Le héros n'arrête pas de verser des "torrents de larmes". C'est insupportable et interminable. Mais c'est un acte de bravoure. C'est la description des états d'âme, quasiment à la minute, d'un malade de jalousie. Que l'on ait pu se délecter d'un tel livre indique à quel point nos mœurs ont changé.

mardi 14 février 2017

Qu'est-ce qui va décider de l'élection présidentielle ?

Quels sont les facteurs qui vont peser sur l'élection présidentielle ?

Il y a l'affaire Fillon. Avant elle, il semblait que M.Fillon allait priver Marine Le Pen de second tour. Maintenant, il est probable qu'un seul candidat conventionnel passera le premier tour. 

Ensuite, il y aura le facteur "vote utile", ou "vote bonne conscience". Max Weber appelle cela "éthique de responsabilité" et "éthique de la conviction". Si le second gagne, c'est que le pays ne va pas si mal que cela. Ses intérêts passent derrière ses principes. 

Pas de bonheur sans souffrance

"Ces sentiments sont opposés dans la représentation verbale alors que, dans l'anatomie, les voies du bonheur et du malheur sont voisines". (Boris Cyrulnik) La neurobiologie montre que bonheur et malheur sont "un couple d'opposés" : l'un va avec l'autre. Il est donc illusoire de rechercher le bonheur parfait. Car, il n'existe pas dans l'absolu, dit Boris Cyrulnik.  

B.Cyrulnik tient à ce que toutes les disciplines médicales se parlent. L'homme est complexe, la spécialisation est dangereuse. Or, les travaux de M.Seligman ne me semblent pas en accord avec les siens. M.Seligman étudie la dépression. Ce que nous faisons ne marche pas. L'optimisme, c'est l'inverse. Dans ces deux cas, il semble donc qu'il y ait une souffrance absolue, ou un bonheur absolu. 

Mais il est possible que le mécanisme dont parle B.Cyrulnik soit lié à la résilience et l'apprentissage. Explorer le monde, c'est courir à la limite du précipice. On a besoin de signaux d'alarme ? Une fois que l'on s'est installé dans l'univers que l'on a exploré, d'autres mécanismes entrent en jeu ?

lundi 13 février 2017

Pouvoir des mots

Pourquoi est-ce que Confucius pensait qu'il n'y avait rien de plus important que de donner une définition juste aux mots ? Parce que les mots sous entendent leur mise en oeuvre. Et que certaines définitions de changement, par exemple, s'opposent au changement... 

Cela fait du bien de dire du mal

J'ai entendu parler d'une étude scientifique qui montre que médire est bon pour la santé. (Des journalistes pensaient que cela expliquait pourquoi les Républicains disaient autant de mal de M.Fillon.)

La médisance est une technique que j'emploie, depuis mes débuts. J'encourage les gens que je rencontre dans mes missions à me dire tout le mal qu'ils pensent de ceux avec qui ils travaillent : cela me fait gagner du temps. En fait, ce qu'ils expriment ainsi c'est leur frustration. Et, en l'analysant, on découvre qu'elle révèle un problème, ou "déchet toxique", et que ce problème, s'il est bien posé, a une solution simple et efficace.

Comprendre que l'on n'est pas entouré d'incompétents malhonnêtes est une des grandes déceptions de la vie. Mais on s'y fait. 

Du scandale comme test d'optimisme

M.Macron, homme à abattre, pour les prochaines élections ? Va-t-il être victime d'un scandale ? 

Le scandale a du bon ! Il permet de voir ce qui se cache derrière une apparence. Quelqu'un comme M.Sarkozy a subi du Fillon puissance 13 sans en être affecté. Il répond à l'attaque, par une attaque plus violente, façon "crocs de boucher". Idem pour MM.Le Pen, Trump ou Clinton.  Mais chacun a un registre qui lui est propre. Il correspond à l'homme. 

C'est que le psychologue Martin Seligman appellerait un "test d'optimisme". Le scandale permet de savoir ce qu'un homme fait face au pépin. L'optimiste est stimulé, ses forces sont décuplées ! Martin Seligman a même établi une corrélation entre optimisme et succès, dans tous les domaines qu'il a étudiés : de la vente d'assurances, à l'éducation, en passant par les jeux olympiques. Toutes les professions à risque, pilotes d'essais, pompiers, PDG, sont optimistes !

(Quant à M.Fillon, le test semble le montrer un tantinet dépressif. Il ne ferait pas un bon vendeur d'assurances.)

dimanche 12 février 2017

Pierre Bergounioux

Un Corrézien célèbre, c'est rare. Mais un Briviste, est-ce un vrai Corrézien ? Surtout un homme de la ville ? Brive, c'est le sud, et déjà la richesse de la Dordogne. La Corrèze de mes ancêtres, c'est celle des hameaux de paysans perdus dans le vert des cartes. 

Pierre Bergounioux est un amoureux des mots. Il dépensait les trois quarts de ses premiers salaires en achat de livres ! Et c'est un normalien qui est demeuré enseignant de collège. Cela ne se fait plus des gens comme cela. 

Il a parlé à l'émission "à voix nue" de France Culture du désastre qu'a été le "collège unique". Jadis il existait une filière professionnelle (quelque-chose qui ressemblait à ce qui se fait en Allemagne ?). Elle a été fondue dans l'enseignement général. (Réforme Haby, 1975.) Mais ceux qui auraient dû la fréquenter n'étaient pas armés pour les conditions d'enseignement qu'ils ont trouvées dans la filière générale. La réforme qui se voulait démocratique a donné l'envers de ses intentions

(L'ancien système sélectionnait aussi des étudiants du "peuple" pour les envoyer dans la filière générale. C'était "l'ascenseur social". Je me suis demandé si, eux aussi, n'ont pas été victimes de la réforme Haby. En effet, ils ont trouvé au collège unique des conditions de travail moins favorables que celles de l'ancienne filière générale. Ils se sont perdus dans la masse.)

Baraka Trump ?

Le menu de M.Trump : Fast food. Il est persuadé qu'il a une génétique de surhomme.

Y a-t-il un lien ? Il y a une théorie chez les riches Américains, selon laquelle s'ils sont riches, c'est du fait de la sélection naturelle, qui a retenu leur génome.

On apprend aussi qu'il ne dort pas, qu'il ne fait pas d'exercice physique, et qu'il n'a pas d'autre intérêt que son activité professionnelle.

samedi 11 février 2017

Enrichir le patron

Une de mes batailles perdues. Faire comprendre à l'entrepreneur français qu'une entreprise doit être rentable. Qu'est-ce qui bloque ? Le patron français se contente de peu. Mais, se sachant précaire, il impose des conditions de misère à ses sous-traitants et à ses employés, il ne paie pas ses stagiaires, il tire tout ce qu'il le peut l'Etat, et là il fait preuve de génie, et il fait des entorses à la légalité. 

Mais, il faut du cash pour résister aux aléas de la vie. Surtout, être un entrepreneur, c'est chercher sans cesse du neuf, ce qui demande d'avoir des moyens d'investir. Et cet investissement, c'est, aussi, bien payer ceux avec lesquels on travaille : parce qu'on les a amenés à un tel niveau de compétence qu'ils sont bien supérieurs à ce que l'on trouve ailleurs, et qu'ils nous font donc gagner beaucoup d'argent. 

Interrogez un entrepreneur allemand, voilà ce qu'il vous dira. Mais il ne s'arrêtera pas là. Tout son effort consistera à maîtriser un savoir-faire unique. Et c'est pour cela qu'il peut imposer des prix élevés à ses clients. Parce qu'il est fier de son entreprise. Ce qui fait la pauvreté de l'entreprise française, c'est le manque de confiance en soi de son dirigeant. Voilà mon opinion.

Inoxydable Marine

M. Fillon coulé et Mme Le Pen pas touchée ? Pourtant ils font l'objet des mêmes soupçons. Des journalistes se posaient ces questions. Et je me les étais posées aussi.

Ils ont eu une idée intéressante : Mme Le Pen est le Robin des Bois de l'Europe, elle la vole, pour en faire profiter des intérêts français. Elle est cohérente. Pas M.Fillon.

J'avais envisagé d'autres théories. Moins subtiles.
  1. Effet Trump. Anti système. Inversion des valeurs. 
  2. Capital de marque. Il est difficile de changer l'image que l'on a de quelqu'un que l'on connaît bien. M.Fillon étant peu connu, la premier fait qui l'atteint le définit. 
  3. Diabolisation de Mme Le Pen. Ses partisans ont accepté l'image que ses adversaires donnent d'elle. Ils savent qu'elle déjeune de petits enfants... Alors 300.000€.

vendredi 10 février 2017

Le changement ça s'apprend, en vidéos

Je me lance dans une série d'ultra courtes vidéos. Thème : "le changement, ça s'apprend".

Qu'est-ce que j'entends par là ? Que faut-il apprendre ? Si vous voulez le savoir, cliquez ici :

Science de la pensée

L'oeuvre des penseurs modernes a souvent une origine ridicule, dit une étude. Par exemple celle de Foucault résulte d'une révolte contre une société qui l'empêche d'être heureux. Or, sur le tard, il découvre aux USA des conditions de vie idéales. S'il les avait trouvées plus tôt, son oeuvre, qui a secoué le monde, n'aurait pas été écrite. 

Il en est de même du marxisme. Il repose sur la "dialectique", pour changer le monde, il faut opposer à son principe, son inverse. Cette idée d'un gamin (Marx l'a découverte lorsqu'il étudiait Hegel), a été absorbée sans aucune critique par des milliards de personnes, dont certaines se disent des surhommes. 

Et si la science des idées, et des sociétés, consistait à nous débarrasser des développements compliqués qui nous masquent les prémices, stupides, sur lesquelles sont construites les théories qui nous mènent par le bout du nez ? 

L'autobiographie de Mark Rutherford

Curieux petit livre, remarquablement traduit par Pierre Leyris. 

19ème. Un jeune pasteur d'une secte calviniste s'interroge sur la religion. Sa vie, de misère, est un parcours initiatique dans une Angleterre rurale qui n'est pas sans rappeler la France de Flaubert, avec ses Homais et son peuple obtus. Mais aussi avec, de ci de là, des miracles d'humanité. Une forme de sainteté ?

Chemin faisant, il se pose à lui des problèmes pratiques, qui sont aussi les nôtres. Une aide à la vie.

jeudi 9 février 2017

Qu'est-ce que la religion ?

Dimanche matin, j'entendais France Culture parler d'Islam. Qu'en sait-on, que l'on se dise croyant ou non ? L'Islam c'est la nourriture Halal, c'est le voile, c'est le Jihad. 

L'abbé Grégoire pensait que la mission du Christianisme était de changer les moeurs par l'exemple édifiant du comportement de ses adeptes. Ce n'était pas une religion de gouvernement. Il n'a pas été entendu. Les Nazis disaient qu'une nation se construisait "contre". Il semble que c'est ce que les religions modernes ont à nous proposer. 

Qu'est-ce que la valeur ?

De nos jours, les gens connaissent le prix de tout, et la valeur de rien. (Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Grey.) ("Nowadays people know the price of everything and the value of nothing.")

Problème du moment, à nouveau ? Des intérêts puissants ont affirmé que le rôle du marché était de fixer un prix, et que le prix était la mesure exacte de la valeur. Ne faudrait-il pas faire l'inverse ? C'est à dire chercher ce qui a de la valeur pour nous, et faire ce qu'il faut pour que son prix ait quelque chose à voir avec cette valeur ? 

mercredi 8 février 2017

Définition de changement

Changement : quelle est votre définition de ce mot ? 

Ressemble-t-elle à ce que l'on en entend ? "le changement c'est maintenant", "on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve", "la vie c'est le changement", "le Français résiste au changement"...

Avez-vous remarqué ce que toutes ces définitions ont en commun ? Elles sous-entendent que c'est aux autres de changer ! Ce sont des invitations à l'impuissance. Ce que nous disons sur le changement suppose qu'il ne nous concerne pas. 

Et maintenant, Paul et Virginie. On y fait naufrage. Virginie se noie parce qu'elle n'a pas voulu se dévêtir. Eh bien, le changement c'est cela : des circonstances nouvelles et des réflexes (culturels) inadaptés. Nous sommes tous des Virginie. Et il y a pire : c'est que d'autres nous voient comme nous sommes, ridicules, et ils en tirent parti. 

Et si tout ce qu'il y avait à savoir de changement, c'était une définition ? 

Droite et justice

Hier j'entendais une porte-parole de M.Sarkozy dire que la justice en avait contre la droite. 

C'est peut-être vrai. Mais je constate que M.Sarkozy a des moyens de défense formidables. Ils font pièce à une justice, qui, si elle lui en veut, semble remarquablement impuissante. Surtout, c'est ennuyeux qu'un ancien président critique la justice. Que compte-t-il faire ? Juger les juges, et faire un tri ?

mardi 7 février 2017

Tous communistes ?

La littérature du demi siècle dernier montre une division sociale radicale. Chaque partie de la société recevait une éducation qui la spécialisait. En particulier, "l'élite" avait une pensée incompréhensible par le peuple. Tout ceci a changé. On comprend aujourd'hui l'élite d'hier. Et on découvre qu'elle s'est heurtée à des difficultés qu'elle n'a pas surmontées. 

Changement ? Massification de l'enseignement. Et si cette massification avait été le vrai communisme ? Et s'il n'y avait plus d'élite, à proprement parler ? Et si le bien commun, par excellence, de l'humanité c'était la raison ?  Et si, désormais, plus ou moins bien mais suffisamment pour qu'elle ne fournisse plus un avantage concurrentiel à certaines classes sociales, elle était partagée ?

Le droit social change

On l'ignore, mais les gouvernements successifs poursuivent une action cohérente de transformation du droit social. C'est son esprit même qui a changé. Dorénavant, dans certaines limites, l'entreprise peut créer le droit qui lui convient. Ce n'est plus la collectivité qui le fait pour elle. 

En jeu, il y a beaucoup plus que la durée de travail.  Une interview de Maître Anziani.

Tabarly

Jean-Louis Etienne a passé un an sur le bateau de Tabarly. Tabarly, le marin des temps héroïques, a été éliminé par les Poupon, les régatiers assistés par ordinateur. J'ai relu ce que disait Alain Colas d'une traversée avec Tabarly. Là aussi, pas de moteur, pas d'instruments, même pas de prévision météo. Ils se retrouvent dans un cyclone, jetés contre une côte. Tabarly fait mettre toute la toile, ce qui couche le bateau, qui parvient ainsi à se sortir des hauts fonds. Puis c'est la haute mer. Il va traverser des vents de 160km/h, mais jamais Tabarly n'hésite. Problème, décision immédiate. On l'interroge à son arrivée. On croyait qu'il avait disparu. Il n'a rien à dire. Il n'y a rien d'autre à faire que ce qu'il a fait. 

Comme quoi, l'homme crée des conditions qui sélectionnent les hommes. Et éliminent les Tabarly.

lundi 6 février 2017

Perte de mémoire

Livre après livre, je découvre une cohérence dans la pensée mondiale d'avant et d'après guerre. En particulier, il y a une vision du changement et de comment le mener, que l'on retrouve chez Bergson, Proust, Virginia Woolf, le courant pragmatique,etc. et qui aboutit à des techniques de mise en œuvre pratique chez Watzlawick ou Lewin, par exemple, techniques dont on a fait un usage intensif, partout. Car il y a eu un temps où l'on réussissait nos changements.

Pourquoi la science a-t-elle régressé ? Lorsque les années 60 me reviennent en tête, je vois la prospérité et la facilité. Les inquiétudes d'Hannah Arendt ou de Camus me paraissent incompréhensibles. Comment pouvaient-ils produire une pensée aussi noire alors que tout allait bien ? Surtout si on regarde les temps présents, leurs crises, leur chômage de masse et leur déclassement. La génération de la guerre n'est pas parvenue à nous transmettre ses préoccupations. Tout allait bien, tout était facile. Nous nous sommes insérés dans ce bien être, sans chercher à comprendre d'où il venait et ce qu'il demandait pour être entretenu.

Transformer le vin en eau

"Si nous voulons faire d'un homme un buveur d'eau, nous devons d'abord éveiller en lui la faculté d'être tenté par des plaisirs que la sobriété avive. Le seul fait de prêcher l'abstinence aura peu d'effet ou point d'effet." L'autobiographie de Mark Rutherford.

Une leçon à méditer ?

dimanche 5 février 2017

La rédemption de François ?

Si vous étiez François Fillon, que feriez-vous ? 

Je retrouve dans son cas une situation à laquelle je suis régulièrement confronté. Une de mes frustrations. Ce qui empêche un dirigeant de décider d'un changement, même face au gouffre béant, c'est que ce changement est de sa faute. Il m'a fallu du temps pour comprendre ce qui se jouait. Car, ce n'est pas une question de turpitudes. C'est pire. L'homme n'a pas été à la hauteur de l'image d'infaillibilité qu'a le dirigeant dans notre culture. En fait, lui, l'élite de la nation, a fait des erreurs ridicules. Le dire, c'est perdre la face. Vis-à-vis de soi, surtout. Mieux vaut mourir. 

Que fait-on dans ces cas là ? Si l'on reprend le cours de la pensée de la personne, on n'y trouve rien de coupable. Il n'a pas été un héros, certes, seulement un homme comme vous et moi, et tous ses collègues. C'est dans l'analyse du changement que tout se joue. Ce qui compte c'est que le changement proposé par le dirigeant soit perçu comme décisif. 

Et cela marche. Le Français sait que son dirigeant n'est pas un surhomme. Il est prêt à tout pardonner. En revanche, il est surpris et admiratif lorsque celui-ci est capable d'une décision brillante. Or, oui, le dirigeant français peut être à la hauteur de sa légende ! Alors, M.Fillon ?

M.Trump et la justice

M.Trump décrète une loi. Un juge s'y oppose. Il élimine le juge. Un second s'y oppose... Cela me semble illustrer la nature même de la résistance au changement. Ce qui résiste au changement dit "dirigé", c'est-à-dire imposé par un être qui se croit omniscient, c'est la culture du groupe humain (au sens anthropologique du terme). Et la justice est la caractéristique marquante de la culture américaine. M.Trump donne la tête la première contre ce qui fait l'Amérique. S'il gagne, les USA ne seront plus que l'ombre d'eux-mêmes. 

M.Trump me semble aussi montrer ce qui arrive à celui qui parvient au pouvoir. Comme MM.Sarkozy et Hollande, il oublie ce qui a fait son succès. Brutalement, il croit que le pouvoir donne tous les pouvoirs. Eh bien non. Le gouvernant est élu pour être le serviteur de la nation, pas son maître. 

La tentation de François

Sans en parler à personne, François Fillon aurait augmenté, significativement, ses revenus. La raison n'en est pas claire. Il a une famille nombreuse, une femme au foyer, un château, et peut-être des loisirs dispendieux (c'est un pilote de course, d'après ce que j'ai lu). Il semble, aussi, convaincu d'être la droiture faite homme. Un modèle de vertu chrétienne, peut-être. En outre, la manoeuvre semblait inoffensive. C'était un peu comme exploiter astucieusement les dispositions d'une loi pour diminuer ses impôts. En conséquence, il n'a pas dû comprendre qu'il commettait une infraction. Voici ce que je retire de ce que je lis ou entend. 

Cela m'a rappelé une remarque faite par une étudiante marocaine : dans son pays, les trottoirs sont encombrés, le piéton ne peut pas y circuler, alors qu'il est illégal de marcher dans la rue. Que faire ? Nous sommes probablement tous des François Fillon en puissance. Il faudrait envisager de construire une société dans laquelle puisse vivre autre chose que des saints et martyrs. 

Jean-Louis Etienne

Jean-Louis Etienne est dyslexique, et pauvre. Il a tout pour être éliminé par le système scolaire. Et pourtant, par des chemins détournés, il fait des études brillantes. On découvre même qu'il est excellent en mathématiques, et il réussit l'internat en chirurgie, et l'apprentissage technique qu'il a suivi devient un atout : la chirurgie, c'est de la mécanique. 

Je me suis demandé si son cas était exceptionnel, ou si l'Education nationale faisait un grand gaspillage de talents. Et surtout si elle n'en fait pas de plus en plus : il aurait peut-être moins de chances d'être médecin aujourd'hui qu'hier... Mais, après tout, il n'y a rien de mal à être un artisan. 

D'autant qu'il n'a pas été médecin, mais aventurier. Là, je le trouve un peu conquérant de l'inutile. C'est un héros de Jules Verne né trop tard. Mais, s'il n'a rien apporté à la science, au moins semble-t-il avoir été heureux. Peut être qu'affronter des conditions extrêmes provoque une sorte de jouissance ? Soudainement, il faut vivre dans l'instant, il faut être attentif à tout, sur le qui vive, sous peine de l'erreur fatale. La vie s'arrête. On la goûte seconde par seconde... ? On vit ?

(A voix nue, de France Culture.)

samedi 4 février 2017

Potiche

Il semble que Mme Fillon ne savait pas qu'elle gagnait des mille et des cents. Son mari ne l'en informait pas. Pourtant, si je comprends bien, elle a un diplôme d'avocat. En Angleterre, les avocats sont considérés comme étant l'élite intellectuelle du pays. 

M.Fillon n'est visiblement pas un partisan farouche de l'égalité homme femme. Peut-être est-ce cela être un vrai conservateur ?

Trained incompetence

Beaucoup d'entreprises ne connaissent pas leur marché. Elles ont du mal à fixer un prix correct, qui leur permette de vivre et de faire de la recherche. D'où besoin de fonds extérieurs. Lorsque je parle d'études de marché, on m'explique que l'on manque de moyens, ou qu'il y a peu de bonnes méthodes.

En fait, par "étude de marché", je pense à rencontrer les gens qui sont susceptibles d'acheter, pour comprendre qui ils sont, et en quoi le produit peut leur être utile. Enquête que n'importe qui peut faire.

Morale. Problème général. Trained incompetence, disait Veblen. Notre formation nous fait perdre notre instinct.

(Qu'est-ce que ça donne une étude de marché ? Des choses évidentes. Par exemple que la phase de conception d'une voiture, c'est un an et demi d'essais et d'erreurs et six mois de réalisation. Donc qu'un outil de CAO qui s'adapte aux modifications, sans demander beaucoup de travail, fait énormément gagner. (Ce que n'avait pas compris un de mes employeurs.) Quant à la fixation des prix, l’étude doit expliquer comment les clients jugent un prix d'achat. Une fois que l'on a trouvé leurs critères de décision, c'est gagné. D'ailleurs, le premier problème à résoudre est de savoir qui est mûr pour l'achat, et qui ne l'est pas. On s'acharne généralement sur des gens qui ne veulent pas acheter. C'est pour les séduire que l'on casse ses prix. Et que l'on compromet la pérennité de sa société. Bref, bon sens.)

vendredi 3 février 2017

Corruption

Revue de presse de France Info. Les journaux étrangers parlent de la "corruption" endémique en France. Et cela au sujet de l'affaire Fillon. 

Je ne sais pas si notre pays est plus corrompu qu'un autre. En tout cas, il traîne un sacré handicap. Combien cela coute-t-il en termes d'économie et de chômage d'être perçu comme un peuple ridicule ?

(PS. Apparemment, la question de la corruption en France serait le fait des élites plutôt que celui de la population. Raison : la cinquième République donne beaucoup de pouvoir à des personnes qu'elle ne contrôle pas.)

George Sand

Le noble, digne de ce nom, était au dessus des lois. Il se moquait des mésalliances comme d'une guigne. C'est ainsi que George Sand descend d'un roi de Pologne, et du Maréchal de Saxe (son arrière grand père). Mais, une femme devait se libérer doublement. Car elle était réputée mineure. La liberté, c'était le couvent ou le mariage. Surtout le mariage avec un homme âgé, comme l'avait fait sa grand mère. Elle avait été heureuse en ménage, et avait pu gérer à sa guise la grande fortune de son défunt mari. George Sand s'est mariée jeune. Mais elle a vite satellisé son époux. En grande partie parce qu'elle a rapidement gagné beaucoup d'argent. Toute sa vie elle a été un auteur à succès. Les femmes de toutes conditions se reconnaissaient dans son existence. Mais elle a trimé comme un forçat. Jusqu'à sa mort. Elle n'arrêtait pas d'écrire. Elle y était obligée, car elle dépensait tout ce qu'elle gagnait pour nourrir tout un monde qui dépendait d'elle.

Elle a aussi multiplié les liaisons. Généralement avec des hommes très jeunes et totalement immatures (Jules Sandeau, Alfred de Musset, Chopin), qu'elle traitait en mère. Et elle a eu un fils, dépendant et immature. Et une fille rebelle. Elle fut aussi une "communiste". Pas au sens de Marx, mais plutôt de la très ancienne tradition des communes françaises. Peut-être voulait-elle la liberté pour tous ? D'ailleurs, elle n'a pas eu d'état d'âme à demander à Napoléon III sa clémence pour ceux qu'il avait condamnés. Elle l'a obtenue. Elle ne fut pas féministe, non plus. Elle pensait que c'était un combat d'arrière garde. Ce qui comptait était de sortir les pauvres de la misère. Et, en ce temps, leur condition était abjecte. 

Biographie d'une femme libre ? Ou, ce n'est pas la loi qui vous donne la liberté, mais vous ? 

(Quant au scandale du sous-titre, je ne le vois pas : George Sand était bien intégrée dans la société de son temps. Elle, Musset, Chopin et les autres étaient ce que l'on appellerait aujourd'hui des "people".)

jeudi 2 février 2017

Vaccin Trump ?

M.Trump est-il un pitre ou faut-il en avoir peur ? Sa page wikipedia en fait un entrepreneur peu pertinent. Contrairement à Warren Buffet, qui voit les actifs sous évalués, M.Trump est un taureau. Il attaque ce qui s'agite devant son nez. Ce n'est pas un homme de l'immobilier comme on le dit, mais quelqu'un qui est attiré par ce qui brille : le sport, les concours de beauté, les casinos. C'est un m'as-tu vu. Il fonce la tête la première, et il se casse le nez. C'est un champion du procès, même relativement à la culture américaine. 

M.Trump rompt l'équilibre international. D'où dilemme du prisonnier. Le monde va-t-il s'appauvrir ? Scénario Louis XIV ? Louis XIV attaque l'Europe, qui se coalise contre lui. Statu quo. La France se ruine. L'Amérique a aussi été le fauteur de trouble mondial. Chaos maker. M.Trump n'est-il pas l'occasion pour beaucoup de retrouver la paix et de se reconstruire ? M.Trump comme vaccin ? Souche atténuée qui permet de se guérir d'une affection beaucoup plus grave, l'Amérique ?...

Mon métier

Mon métier ? Il est d'accompagner des experts d'un domaine "technique". Quand l'entreprise ou la société veulent faire quelque-chose de neuf (réduire le chômage), elles l'expriment de façon "technique" (durée de travail). Elles trouvent donc une solution technique (réduire le temps de travail). Mon rôle est d'adapter cette solution à la réalité humaine, puisque la technique en fait abstraction. Et que la nature de la réalité humaine étant systémique, elle ne peut que faire échouer la solution, qui ne l'est pas. 

(Je n'ai pas travaillé à la question des 35h, mais la réduction du temps de travail se retrouve dans toutes mes missions. C'est le problème de toute entreprise, et de tout changement : comment faire du neuf avec mes ressources existantes, saturées par nature ? Le patron de start up ou de PME est particulièrement concerné. Il est quasiment toute la ressource de son entreprise !)

(Réponse à un ami, sommité d'un "domaine technique".)

mercredi 1 février 2017

Maurice Chevalier

Léo Marjane trouvant Maurice Chevalier indigne d'elle, je me suis penché sur la vie de ce dernier. Wikipedia, lui consacre un véritable roman. Spectacle par spectacle, salaire par salaire. 

Son père, puis son frère aîné quittent sa mère lorsqu'il est enfant. Si bien qu'il doit très vite gagner de l'argent. Il a une vocation pour le spectacle. Mais il met du temps à percer. Seulement, lorsque l'on commence à 12 ans, mettre du temps peut faire qu'à dix huit ans vous êtes une vedette. 

En fait, Maurice Chevalier est un "pro" à l'Américaine. (A moins que ce ne soit l'inverse : les Américains sont dépositaires d'une tradition de professionnalisme qui a existé chez nous ?) Il met au point son personnage en cherchant ce qu'il y a de mieux ailleurs, en particulier en Angleterre. Aujourd'hui, on dirait qu'il fait de la RetD. Pendant la guerre de 14, il est prisonnier en Allemagne. Pour tuer le temps, il demande à un prisonnier anglais de lui apprendre sa langue. C'est grâce à cela qu'il fera une carrière triomphale à Hollywood (où il a son étoile). Mais McCarthy l'empêchera de la reprendre après guerre. En tout cas, même l'accent français qu'il avait en parlant anglais était probablement soigneusement travaillé. 

Curieusement, contrairement à son image de scène, c'était un homme extrêmement anxieux, sujet à la dépression, qui avait peur d'oublier son texte, a eu des problèmes avec la drogue et l'alcool, et, a fini par une tentative de suicide. 

Trump et Fillon

On reproche à M.Trump de placer sa famille à des positions de pouvoir. Mais on découvre que M.Fillon a lui aussi employé sa famille, et que beaucoup de politiques font de même. Et que ce n'est pas illégal. D'ailleurs, il n'est pas sûr que M.Trump paie sa famille, en revanche il la fait travailler. On soupçonne que M.Fillon fait l'exact inverse. 

"Banalité du mal" ? Quand les gens bien commencent à faire de petites entorses à la morale, ils perdent ce qui faisait leur légitimité et ouvrent la porte aux virtuoses du populisme ?  Honnêteté et politique : c'est sans nuances ?

(J'ai entendu dire que l'administration européenne interdit ce type de pratique. Comme quoi la si décriée UE a tout de même un peu de bon.)