vendredi 22 septembre 2017

Marché

M.Macron et la crise du logement. Il semble vouloir utiliser le mécanisme du marché pour la régler. Il l'avait déjà fait pour la question du transport, avec ses bus.

C'est ennuyeux. L'idée que le marché est une panacée a émergé récemment. Des travaux "scientifiques" ont essayé de prouver son efficacité parfaite. Rien dans l'histoire ne le laissait penser. Et l'application de cette idée a conduit à une succession de désastres, à commencer par ENRON, qui fut le champion de ce combat. Comme le montre les problèmes que suscite AirBnB, le marché provoque un trouble à l'ordre public, qu'il faut guérir par l'intervention de l'Etat.

Les USA sont pragmatiques et se sont rendus compte de leur erreur. Malheureusement la France, surtout ses hauts fonctionnaires, a généralement une guerre de retard. Elle s'enthousiasme pour des idées dont on sait qu'elles ne marchent pas. Espérons que les dégâts seront limités ?

Idées noires

Humeur du matin, de Guillaume Erner (France Culture). Toujours (du moins à chaque fois que je l'écoute), des idées noires. De quoi vous mettre en train pour la journée. Comment un ultra privilégié, qui ne connaîtra jamais le chômage et le déclassement, et à qui la radio donne un capital de marque  et des relations d'une valeur considérable, peut-il être aussi déprimé ?

Peut-être parce qu'il ne le sait pas. Il est isolé. S'il était au contact du reste de la population, il devrait ajuster ses propos aux inquiétudes de son auditoire. Ce faisant, il lui apporterait un peu de joie. Et, lui-même, en serait heureux. Nous sommes malades d'un lien social distendu ?

jeudi 21 septembre 2017

Jacques Livage

Jacques Livage, professeur au Collège de France, travaille sur une des disciplines qui a peut-être le plus gros potentiel économique : la chimie douce. C'est faire, quasiment sans énergie, ce qui demande ordinairement de grandes destructions. (Notamment le verre.)

Son succès est aussi celui des écoles de Chimie. En particulier de l'ESPCI. En dépit du fait que ce fut l'école de Pierre et Marie Curie, elle a toujours été considérée avec un certain mépris. Elle n'était pas assez mathématique et théorique. Or, au moment où les grandes écoles se trouvent à la fois au ban du classement de Shanghai, et dans un état financier précaire, elle leur fait un pied de nez. Car, non seulement ses chercheurs et diplômés ont décroché des prix Nobel (Charpack, de Gennes), mais surtout, ils ont déposé des brevets qui lui rapportent une montagne d'argent (Lewiner). Mieux, alors que l'on nous dit que, dans un monde régenté par Shanghai, il n'y a de salut que dans la taille, cette école est minuscule.

Et s'il y avait là une recette que notre super élite intellectuelle n'a pas comprise : faites de l'utile, Shanghai vous aimera, et vous serez riches ?

Egoïsme

Est-ce bon pour la santé d'être égoïste ? Mon observation me montre que l'égoïste tend à se replier sur lui-même. Il finit par n'être plus qu'un appareil digestif. C'est ainsi qu'il meurt. De son vivant, l'égoïste s'entoure, au fur et à mesure qu'il vieillit, de haineux et de médiocres. (Et peut-être aussi de quelques bonnes poires, qui prennent son état de plus en plus déplorable en pitié, et qu'il exploite.)

Je relie ces observations à un phénomène qui a gagné les USA il y a quelques temps. Soudainement, il est devenu honteux de dormir, et de prendre des vacances. Il fallait travailler le plus possible. Ces gens haïssaient les "paresseux", mais, en fait, ils se haïssaient encore plus eux-mêmes.

Peut-on trouver une logique derrière tout ceci ? Au moins, il semble qu'il y ait là un nouvel exemple d'énantiodromie. L'égoïste pense faire son bien, alors qu'il se détruit. La générosité est un égoïsme bien compris ?

mercredi 20 septembre 2017

Obésité

J'observais des jeunes filles. J'ai noté qu'elles se nourrissaient mal. Mais non parce qu'elles n'avaient pas de moyens. Mais parce qu'elles consacraient ceux-ci aux voyages. Crevant de faim, elles mangent des cochonneries. En revanche, si on leur propose un repas conventionnel gratuit, elles l'acceptent comme un dû. (Du parasitisme comme esprit du temps ?)

Et si toute la question de l'obésité était là ? Ce ne serait pas une histoire de moyens. La plupart des gens pourraient s'alimenter correctement. Mais, la manipulation ambiante (ou toute autre cause du même type) pousse le consommateur à économiser sur la nourriture, pour consacrer son argent à d'autres emplois. Du coup, il doit absorber du malsain. Cela mériterait une enquête.

Socialisme

Comment refonder le socialisme ? se demandait France Culture. On débattait du texte d'un penseur allemand (Axel Honneth).

Bizarrement, ce qui n'a pas été dit dans ce débat, c'est que quand le socialisme gouverne, cela ne donne rien d'enthousiasmant (je ne parle pas du communisme). Il produit même des effets inattendus. En particulier, il y a une sorte de paralysie du pouvoir (Munich) et une instabilité chronique. Plus étrangement, il coïncide avec des phases de corruption (Panama, etc.). Curieusement, le socialiste qui arrive au pouvoir tend à être un hypocrite : ses propos ne correspondent pas à son comportement, notamment vis-à-vis de l'argent. La SFIO, par exemple, était vue comme un (infect) parti de droite par beaucoup. La grande déréglementation actuelle, c'est Clinton, Blair et Schröder, elle est de gauche. Si elle a produit un Trump, c'est parce que le petit peuple constate que la gauche n'est pas bonne pour sa santé.

Un des invités de l'émission a exécuté sommairement le "pragmatisme" de M.Macron. Il avait peut-être raison. Mais le problème du socialisme est que c'est une idéologie inopérante. C'est peut-être cela son vrai problème : il cherche une formule mathématique pour la bonne marche de l'univers. Stresemann, qui a failli sauver la République de Weimar, et nous éviter Hitler, était un pragmatique. Dans les situations difficiles, il n'y a pas de bonne solution préécrite : il faut l'inventer, en se gardant au mieux des idées reçues. C'est cela le pragmatisme.

(Ce qui ne signifie pas que M.Macron est dans le vrai. Ce que lui reprochait l'invité était, justement, d'avoir une idée préconçue, d'être un faux pragmatique.)

mardi 19 septembre 2017

Aménagement du territoire

Un chapitre du livre de M.Macron m'a surpris. Celui qui parle d'aménagement du territoire. En effet, c'est un sujet sur lequel je n'ai aucune idée. M.Macron a un programme, étonnamment précis, et pas du tout dans la ligne de ce que j'ai l'habitude d'entendre. Voici ce que j'en retiens.
  • La fracture française, c'est le manque de mixité. Il faut ramener les déclassés à proximité de l'emploi, en faisant baisser le prix de l'immobilier par des constructions massives de logements, quitte à s'assoir sur la réglementation. (Avec le bénéfice de mettre un terme aux subventions qui ont produit une bulle spéculative.)
  • Stopper la désertification des campagnes par expérimentation, notamment en tirant parti des nouveaux télé métiers. Cependant, il faut quelques moyens qui favorisent ces éclosions (notamment de "communication rapide").
  • Constituer, de manière pragmatique et sans prendre en compte les subdivisions administratives, des zones géographiques économiquement cohérentes. Il leur faut un moteur. Soit métropole puissante, qui rend obsolète les départements. Soit, au contraire, département, faute de métropole. 
C'est la fin de la centralisation uniformisatrice.

Comme pour le reste du livre, la question qui se pose est : comment fait-on ? Il est possible que M.Macron ait une idée en tête. En tout cas, il se garde bien de la dire.

Obésité

Reportage effrayant. Obésité au Brésil. Le pauvre est quadrillé. Les multinationales de l'agro alimentaire lui font apporter à domicile leurs produits. Aucun n'y échappe. Cela donne des effets effroyables. Mais ce n'est pas plus mal qu'avant : ces gens crevaient de faim. Maintenant, ils crèvent de diabète. Et ces industries les emploient. L'Etat, de gauche ou de droite, est d'ailleurs en leur pouvoir.

Lorsque l'on parle de "crime contre l'humanité" est-ce de cela qu'il est question ?

lundi 18 septembre 2017

21ème siècle

Dans son livre, M.Macron dit que sa mission (au sens messianique du terme ?) est de faire entrer la France dans le 21ème siècle. Désobligeant ? Comme si la pays avait une tradition d'arriération mentale. D'ailleurs, il dit que nous avons manqué la révolution numérique.

Mais quel est ce 21ème siècle ? Où sont ses bienfaits ? Après guerre, l'Amérique nous émerveillait pas ses succès techniques et la richesse insolente de ses citoyens. Mais aujourd'hui ? La fameuse "révolution numérique" n'a produit que GAFA and co. Il a apporté peu de choses au monde. Sa principale caractéristique est une valeur de l'action qui ne s'explique que par une spéculation type 29. Quant au reste, la pensée scientifique qui tentait de guider la société a disparu, vaincue par le combat entre lobbys de toutes sortes, qui ne font que défendre intérêts et lubies par les techniques du lavage de cerveau. Nous vivons à l'heure du sophisme. Dans ce monde, tout est frelaté : l'éducation, la médecine, la science, la nourriture, la qualité de l'air, l'art, la religion... Même le riche n'a accès qu'à du médiocre. Mais il en est heureux, car il asservit l'humanité, et son talent.

Homme révolté
Ce qui a fait bouger la France, depuis peut-être qu'elle se constitue en nation, c'est une "certaine vision" du progrès, un enthousiasme pour l'avenir de l'humanité. C'est l'épuisement de cette vision, à mon avis, qui produit le blues du pays. Lui dire que s'il ne veut pas entrer dans le 21ème, c'est parce qu'il est trop bête pour en voir les beautés, me semble un hors sujet magistral.

Alors, nous ne pouvons que crever ? Je crois qu'il y a une vision qui serait digne de nous. M.Macron n'a pas totalement tort. Parce qu'elle est horrifiée par le spectacle du monde, la France, a construit une ligne Maginot. Du coup, elle a pris tous les coups, sans être capable d'en rendre aucun. A une époque où la règle du jeu est l'égoïsme et le parasitisme qui en est la conséquence, elle s'est laissée dépecer. La première révolution à faire, selon l'expression de M.Macron, c'est de se libérer de ces chaînes. Alors, il ne s'agira pas d'accepter le monde, mais de le faire changer. Pour quoi ? Comme le dit Camus, c'est en se colletant à la réalité que naîtra le projet de changement. Et cette fois-ci il y aura un changement, digne de nous : car il s'agit de faire sortir cette vision sans de Gaulle, Macron ou autre messie. Notre vocation nationale de descendants culturels de Gaulois, c'est le refus des chefs, c'est de penser par nous mêmes, en libertaires parvenant à une vision commune par confrontation de points de vue opposés. Nous ne sommes pas des révolutionnaires, mais des révoltés.

Gig economy

Le Financial Times s'intéresse à la "Gig economy", c'est à dire à l'économie créée par Uber et les autres, et qui est à base de petits boulots.


Je retiens une double astuce (mais il y a plus) : ce sont des entreprises qui n'ont pas à être rentables, parce qu'elles sont financées par le capital risque, dont la stratégie est de faire sauter les entreprises installées, puis d'appliquer une politique de prix monopoliste ; c'est une transformation (douteuse) de contrats de salariés en contrats de sous-traitance, donc pas de charges sociales (mais aussi pas d'achat de matériel).

Mais ce n'est pas la vidéo que j'ai trouvée le plus intéressant, mais un commentaire. Il disait, en substance : sales gauchistes, si l'on supprime la gig economy, il y aura des chômeurs.

Est-ce aussi évident qu'il y paraît ? Car un tel argument peut justifier n'importe quel emploi. En particulier l'effort de guerre d'Hitler. Je me demande si l'économie ne fonctionne pas comme le sang. Si l'argent ne va pas au bon endroit, la société dépérit. Une société de petits boulots est malade.

dimanche 17 septembre 2017

Aung San Suu Kyi

Depuis quelques temps la presse anglo-saxonne est critique vis-à-vis de Aung San Suu Kyi. Longtemps, elle fut considérée comme une sainte. De plus en plus, depuis qu'elle est parvenue au pouvoir, on lui reproche d'être un dictateur. En particulier de laisser massacrer une minorité religieuse.

Le phénomène n'est pas neuf. Il en a été de même avec Alexandre Soljenitsyne. On l'a beaucoup encensé lorsqu'il était un opposant à l'URSS. Jusqu'à ce que l'on découvre qu'il était beaucoup plus éloigné des valeurs de l'Occident que ne l'était l'Union soviétique. Mais, au moins, lui n'a pas eu le pouvoir.

Enseignements ? Peut-être que l'Occident croit un peu trop que ses valeurs sont universelles. Alors que ce qui compte pour l'homme, c'est probablement les valeurs de ses parents. Mais, surtout, les valeurs de l'Occident ne sont pas d'un grand secours dans les périodes de crise. C'est peut-être une leçon des printemps arabes. En Malaisie, si je comprends bien, la minorité s'est radicalisée. Il y a un conflit interne. Dans ces conditions, la solution la moins risquée pour un gouvernement est la force.

(D'ailleurs, c'est celle que nous employons avec notre propre terrorisme, alors que l'on pourrait argumenter qu'il est le fait d'une minorité maltraitée.)

Vol

Histoire. Une personne hérite de ses parents. Ses proches trouvent normal de profiter de cette fortune qu'il n'a pas méritée. Curieusement, il ne leur viendrait pas à l'esprit de contester le prix d'une chambre d'un hôtel appartenant à un multimilliardaire français ou américain. En outre, ils sont beaucoup plus riches que lui. Il n'a pu que très peu cotiser pour sa retraite, alors qu'eux sont des fonctionnaires. (Il faut de l'ordre de 3m de capital pour toucher 5000€ de retraite par mois.)

Morale de cette histoire ? Probablement, personne ne fait de raisonnements aussi compliqués que ceux-ci. Ce qui nous pilote est "greed and fear", comme disent les Anglo-saxons. Pour le reste tous nos arguments ne sont que des sophismes qui visent à justifier nos intérêts. Pour éviter les méfaits de cet égoïsme, la société nous lave le cerveau et nous y fait entrer des principes du type : c'est une loi de la nature de payer une chambre d'hôtel.

samedi 16 septembre 2017

Obus

"Les obus et les décorations tombent au hasard sur le juste et l'injuste." dit André Maurois cité par Jean-Jacques Auffret.

André Maurois avait une haute opinion du hasard. Car les obus et les décorations sont inversement corrélés. En 14, on aurait dit que c'était les planqués qui récoltaient les décorations, et le petit peuple des poilus, les obus. Il y a peu de chances que les choses aient beaucoup changé.

La Rochelle

A La Rochelle, les commerces sont beaux (bien que les enseignes soient les mêmes qu'à Paris), et les commerçants serviables. J'ai parfois l'impression que la vieille ville est un "shopping mall".

Et si cela venait de la culture protestante de la ville ?

vendredi 15 septembre 2017

Conférence

CONFERENCE UN AUTRE REGARD #2

Intelligence Artificielle & Big Data - Mardi 3 octobre 2017
CONTACT - INSCRIPTION

unautreregard@saretec.fr

Paresse innée ?

"Lorsqu'un petit enfant crie et ne veut pas être consolé, la nourrice fait souvent les plus ingénieuses suppositions concernant ce jeune caractère et ce qui lui plaît et déplaît ; appelant même l'hérédité au secours, elle reconnaît déjà le père dans le fils ; ces essais de psychologie se prolongent jusqu'à ce que la nourrice ait découvert l'épingle, cause réelle de tout." (Alain, Propos sur le bonheur.)

Voilà un des principaux enseignements que j'ai tirés de mon travail en entreprise et, plus généralement, des épisodes de ma vie. Les causes que nous attribuons à nos malheurs sont quasi systématiquement fausses. Pour trouver les réelles, il faut faire une enquête véritablement scientifique. Ce qui est compliqué, car, il faut se battre tout du long contre les a priori. (Du moins en ce qui me concerne.)

(En fait, nos explications spontanées ont peut-être une logique : elles nous brossent dans le sens de la facilité. Comme l'alcool, elles flattent nos faiblesses.)

IA, Big Data : mythes et réalités

J'ai placé chez Slideshare le livre blanc de Jean-François Marcotorchino. C'est le regard d’un mathématicien sur ce que l’on appelle aujourd’hui « Intelligence artificielle et Big Data ». Ce mathématicien a une double légitimité : celle d’avoir été longtemps acteur dans l’univers industriel (IBM et Thales) et chercheur académique et enseignant universitaire en France et en Europe.

Que dit-il ? Que, pour le moment, nous sommes en train de vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Même si l’ours est gravement blessé, il est loin d’être mort. Nous ne sommes pas capables de réaliser toutes les promesses que l’on nous a faites et que l’on est en train de nous faire. Plus précisément, utiliser les techniques d’I.A. et de Big Data demande de se confronter à cinq « antinomies », qui en limitent singulièrement la portée : « pour l’avenir, l’évolution réelle se trouve obérée par cinq problématiques structurelles. Toute réflexion devra d’une manière ou d’une autre en tenir compte et essayer de les résoudre au moins celles qui sont les moins ambigües si l’on souhaite réellement déboucher sur des ruptures. » Faire un pas vers cette innovation de rupture demandera des mathématiciens de très bon niveau. Or, beaucoup des nôtres, qui étaient et sont encore parmi les meilleurs au monde, nous quittent petit à petit appelés par les sirènes dollars ou yuans.

Cependant, les techniques dont parlent les journaux ne sont pas les seules qui puissent nous concerner. En effet, il y a eu « démocratisation ». Des outils extrêmement puissants sont maintenant accessibles par quasiment n’importe qui. C’est là que se trouve, pour la grande majorité des entreprises, donc pour l’économie, le levier d’un changement potentiellement radical.

jeudi 14 septembre 2017

Esprit des lois

Les lois sont elles justes ? C'est une question que l'on se pose souvent, et qui ne me semble pas avoir de solution. En effet, qu'est-ce que la justice ? Et surtout une justice absolue ?

Il me semble que le billet précédent (John Rawls et Paul Ricoeur) apporte une solution intéressante à la question. Une société est basée sur des principes. Globalement ces principes sont perçus comme "justes" au sens où chaque individu arrive à mener sa vie sans difficulté insurmontable. En revanche, ces principes peuvent se contredire. Et alors la société ne fonctionne plus.

C'est peut-être bien là que se joue la réelle conduite du changement. Elle consiste à observer les fondations de la société, et à chercher les évolutions qui les menacent, afin de les réorienter correctement.

(Ces "évolutions menaçantes" viennent en partie de groupes d'influence qui cherchent à pousser leur avantage. Le rôle de la société, suivant la formule d'Aristote, est probablement de contenir ses forces pour maintenir "l'intérêt commun".)

Discrimination positive

Paul Ricoeur juge ainsi la discrimination positive, qu'il a vue à l'oeuvre aux USA (affirmative action) :
On ne peut pas ne pas évoquer ici la thèse de John Rawls selon laquelle le premier principe de justice, qui pose l'égalité de des individus devant la loi, est lexicalement prioritaire par rapport au second principe, qui demande que dans les partages inégaux prévale la loi de maximisation de la part minimale, autrement dit la protection des plus faibles.
Pour ma part, je crois que le problème de la discrimination positive vient de ce qu'elle ne s'applique pas à tout le monde de la même façon. Aux USA, par exemple, un enfant de riche sera riche quoi qu'il arrive. Il n'a pas besoin pour cela d'être éduqué. Néanmoins, il le sera, parce que les études sont payantes et qu'il peut se les payer. En revanche, perdre une bourse pour l'université peut être un drame pour un "petit blanc". Ceux qui font les lois sont aussi ceux à qui elles ne s'appliquent pas, du fait de leur position sociale et des avantages qu'elle apporte. Et si le second principe de Rawls était la conséquence du premier ? 

mercredi 13 septembre 2017

Sélection

Entre l'écrit et l'oral d'un concours, une de mes connaissances a été déclarée handicapée. Du coup, elle a gagné plus de 1000 places dans le classement du dit concours. Ce qui lui a permis de travailler dans une entreprise prestigieuse et, je crois, de devenir un des premiers spécialistes des options financières. Probablement un homme riche.

La sélection est une prédiction auto-réalisatrice : on ne peut pas savoir si ceux qui ont été sélectionnés étaient compétents, puisque ce sont les seuls à avoir accès à certaines formations et certains postes.

mardi 12 septembre 2017

Adagio d'Albinoni

L'adagio d'Albinoni ne serait pas d'Albinoni ! Il serait d'un certain Gaziotto, dit wikipedia. Il aurait été composé en 1945, à partir de quelques éléments harmoniques venus d'Albinoni (que l'on n'a pas retrouvés).

Ce qui explique peut-être son succès. Gaziotto l'a écrit dans le goût de son temps. Et le nom d'Albinoni lui a donné le mystère d'un génie qui traverse les âges, qui fait les marketing victorieux.

Mais n'en est-il pas de même de toute la musique italienne baroque qui nous a submergés dans les années 60 ? Relecture moderne d'oeuvres qui parlaient à une autre culture, d'un autre temps ? Idem pour toute musique ? Elle pourrait nous apporter quelque-chose si nous avions l'humilité de chercher à nous transporter à son époque, alors que nous la trahissons pour la rendre accessible à notre paresse intellectuelle ? L'interprétation moderne de la musique est à l'ancienne, ce que le fast food est à la nourriture ?

Révolution nationale

Le paradoxe de Vichy est que c'est une régime honni, mais qu'il semble avoir fait la France moderne. J'avais déjà vu cette idée chez Pierre Rosanvallon, je la retrouve chez Marc Olivier Baruch. C'est l'amorce de la France technocratique. En même temps, il aurait fait passer nombre de mesures que la démocratie était incapable d'adopter. 

En fait, il semble qu'un grand virage technocratique, mondial, se soit amorcé dans les années 20, et que la France l'ait pris pendant la guerre. Curieusement, alors que l'on a l'impression qu'il n'y avait que deux fronts en présence, les partis "démocratiques" et l'extrême droite, et que le premier aurait gagné, c'est une troisième force qui aurait tiré les marrons du feu : la technocratie ?

(Il y a des gens qui parlent, et qui remplissent les livres d'histoire, et d'autres qui agissent ?)

lundi 11 septembre 2017

Autant en emporte le vent

J'entendais dire qu'un débat fait rage sur Internet : faut-il interdire Autant en emporte le vent ? N'est-ce pas l'apologie de l'esclavage ?

Mais toute l'antiquité fut esclavagiste. A commencer par les inventeurs de la démocratie. Faut-il effacer notre histoire ?

Et si les intellectuels qui font l'opinion étaient pris dans ce que Paul Watzlawick appelle un "jeu sans fin"?

Immigration

Faut-il avoir peur de l'extrême droite allemande ? Un reportage du FT sur cette question.

On y apprend que cette extrême ne l'est pas tant que ça. Il y a un rejet quasi épidermique de l'extrême droite en Allemagne. Y compris des gens qui appartiennent au parti extrémiste... Ce qui ne ressort pas de l'information que nous recevons en France.

Par ailleurs, l'élément déclencheur de la montée de l'extrémisme n'est pas l'immigration, comme je l'entends à la radio, mais (comme en Angleterre ?) un excès d'immigration. Dès que le niveau d'immigration baisse, ce type de parti recule significativement.

Comme quoi, pour éviter les conflits, il faut se méfier des jugements à l'emporte pièce ?

dimanche 10 septembre 2017

Changement et souffrance

La réforme du droit du travail est évidemment inefficace disait-on chez France Culture (du grain à moudre, vendredi il y a deux semaines). En effet, pour que ce soit efficace, il faut que ça fasse hurler. Or les syndicats n'émettent pas plus qu'une protestation de principe.

Voilà qui me semble mal pensé. En effet, il y a des changements qui ne font pas hurler, pensons à l'euro, mais qui ont des conséquences massives. La plupart des grands changements qui ont fait notre temps sont de cette nature. Il existe aussi des bons changements indolores. Je me demande en particulier si les USA n'ont pas éliminé l'endettement public par le laisser-faire. (C'est-à-dire en évitant de suivre les conseils de rigueur de Mme Merkel et des économistes.) Et il y a la création de l'Europe, par Schumann et Adenauer, qui a mis un terme à des siècles de guerre.

Quant à M.Macron, ses réformes promettent la flexibilité que demande le patronat et donnent un pouvoir accru aux syndicats. Tout le monde est content. Pour le reste, il fait le pari que, ce faisant, il va créer les conditions de la transformation de l'entreprise.

Service public

France Info et France Culture étaient bloqués par une grève. D'après Le Figaro, elle était due à quatre techniciens victimes d'une "injustice" (dont je n'ai pas compris la nature).

Je me suis demandé ce qu'auraient fait ces quatre techniciens s'ils avaient travaillé dans une centrale atomique. Le Français pense généralement que le service public vaut mieux que l'économie de marché, pour beaucoup de services. Mais notre culture se prête-t-elle au service public ?

(à suivre.)

samedi 9 septembre 2017

Avenir de l'Angleterre

Et si l'Angleterre reprenait son déclin d'après guerre ? Ce déclin qu'a ébranlé Mme Thatcher ? Voilà le scénario qu'envisage le Financial Times. Ce serait une évolution sans crise, qui éroderait progressivement les moyens des Anglais, à l'image de ce qui s'était passé lors des trente glorieuses. L'avenir de l'Anglais, c'est d'être pauvre.

Il y a une autre tendance, qui me frappe. Avant l'entrée des Européens de l'est dans l'UE, la France considérait comme immigrés uniquement les ressortissants de ses anciennes colonies. J'ai l'impression qu'en Angleterre, c'est exactement le contraire. L'Angleterre veut arrêter le flux européen, mais pas celui de son empire. Et il me semble que l'Angleterre a aussi une place à part dans le coeur de cet empire. Et si, finalement, elle se faisait phagocyter par lui ? Et s'il en faisait une sorte de dépendance un peu poussiéreuse, mais aimée, un genre de momie ?

Discrimination positive ?

Nouvelle animatrice de France Culture, le matin. Accent étranger, et maîtrise du français qui ne semble pas parfaite. Etait-ce le meilleur candidat pour occuper ce poste ? France Culture ferait-il de la discrimination positive ? Ou ai-je un mauvais esprit ?

vendredi 8 septembre 2017

Technique Macron ?

SNCF : vos dettes en échange de vos régimes spéciaux, sachant que l'ouverture à la concurrence va vous mettre dos au mur ? Est-ce ce que M.Macron dit aux syndicats de la SNCF ? Comme dans Le parrain, il leur fait "une proposition qu'ils ne peuvent refuser" ? Est-ce ainsi que M.Macron négocie ?

Et si la déréglementation des transports, qui vient de l'Europe, n'avait eu pour seul objectif que de tordre le bras des "régimes spéciaux" ?

(Régimes qu'un management de technocrates lâches avait concédés en échange d'une paix sociale que leur incompétence managériale les rendait incapables d'obtenir par des moyens traditionnels ?)

SNCF

La SNCF doit se préparer à l'ouverture de son monopole à la concurrence. Le gouvernement va reprendre sa dette. (Article du Point.) Questions : 
  • L'ouverture à la concurrence est-elle une bonne idée ? En Angleterre elle a produit un désastre. 
  • Si l'Etat reprend la dette des entreprises publiques, ne risque-t-on pas de s'enfoncer dans des siècles de rigueur budgétaire ? 

Régimes spéciaux

M.Macron veut s'en prendre aux régimes spéciaux. Etrange, il semble chercher la provocation. Sa loi sur le droit du travail ne lui fait-elle pas déjà courir assez de risques d'un mouvement social ? Penserait-il que les gouvernements précédents ont eu peur de leur ombre ?... 

Les régimes spéciaux créent certainement des inégalités criantes. Cependant, il ne faudrait pas que leur suppression aligne l'ensemble des non riches sur les conditions les plus mauvaises. Il va aussi falloir trouver un moyen de recréer une prospérité qui donne un peu d'ascension sociale à l'ensemble de la population. 

jeudi 7 septembre 2017

Démocratie

Aristote ne semblait pas penser le plus grand bien de la démocratie. 
Les déviations des constitutions qu'on a indiquées sont : la tyrannie pour la royauté, l'oligarchie pour l'aristocratie, la démocratie pour le gouvernement constitutionnel. Car la tyrannie est une monarchie qui vise l'avantage du monarque, l'oligarchie celui des gens aisés, la démocratie vise l'avantage des gens modestes. Aucune de ces formes ne vise l'avantage commun.
Mais vivons-nous vraiment à l'ère de la démocratie ? 

J'en suis arrivé à penser que ce qui semble marcher en France est un régime relativement dirigiste. Un peu à l'image de ce qui se passe dans l'entreprise. Les phases démocratiques sombrent rapidement dans le chaos. On y nage dans l'idéologie et on y perd le sens de "l'avantage commun", effectivement. 

Et ailleurs ? Le monde anglo-saxon, nous dit-on, est une vieille démocratie. Je crois plutôt, avec Marc Bloch, que c'est une oligarchie. Les pouvoirs politiques représentent une poignée de riches. Les parents étant du côté des biens, et les enfants de celui des idées.

"Démocratie" : slogan publicitaire ? 


Démocratie française

Un ami libanais était surpris. Il croyait la France une vieille démocratie. (C'est pourquoi elle s'était toujours permise de donner des leçons au monde, n'est-ce pas ?) Or, la République n'a véritablement commencé qu'après la guerre de 1870. Elle a été interrompue par la guerre de 14 puis par celle de 40. Et 58 a été un tournant dirigiste. 

Les périodes réellement "démocratiques" ont été chaotiques, avec des successions accélérées de gouvernements, des multiplications de scandales et des affrontements entre extrémistes. Les dernières décennies en ont été une illustration atténuée. La France est-elle une démocratie ?

mercredi 6 septembre 2017

Robespierre

M.Mélenchon se réclame de Robespierre. J'entendais M.Onfray lui faire remarquer que Robespierre avait été un boucher. En fait, il ne disait pas que le propre de Robespierre était la vertu. Pour lui la vertu était sa capacité à distinguer le bien du mal, et donc de pouvoir décider de qui massacrer. 

Etrangement, Montesquieu fait aussi de la vertu le principe de la démocratie. Mais, je pense qu'il entend par là qu'en démocratie l'homme n'a aucune contrainte physique, il en est laissé à son jugement. Il doit faire le bien, alors que rien ne l'empêche de faire le mal. 

Ce qui est un fait que j'ai souvent observé. Dans une situation, nous trouvons souvent le mot qui caractérise ce qu'il faut faire. Seulement, nous l'interprétons à l'envers de son sens. 

M.Macron et le changement

Et s'il y avait quelque-chose qui changeait avec M.Macron ? Ce blog dit que le politique ne sait pas conduire le changement. Exemples à l'appui. Mais avec M.Macron, cela change. A l'étranger, il semble, seul contre tous, mener un combat. Il paraît jouer habilement des forces en présence. Ce qui signifie qu'il les connaît. Et qu'il a un projet bien mûr en tête. En France, les négociateurs de la "loi travail" semblent, eux aussi, suivre un processus bien préparé. Ils reçoivent les syndicats séparément. Ils dévoilent une partie du projet à la fois... Le gouvernement aurait-il pris, enfin, au sérieux la mise en oeuvre du changement ? Enfin, est-il convaincu, que l'on ne gouverne pas par décret ? 

En tout cas, il ne semble pas que, pour le moment, ce type de changement soit celui qu'ait tenté ses prédécesseurs, et dont parlent mes livres. C'est un changement qui ne touche qu'aux structures, et pas à la vie des citoyens. Du moins, c'est ce qu'il me semble. Son idée est, probablement, que la société peut se transformer favorablement si on la place dans des conditions correctes. Créer ces conditions est un changement relativement plus simple que celui qui consiste à modifier en force le fonctionnement des entreprises, ou la vie des Français, comme on a longtemps voulu le faire. 

(à suivre)

mardi 5 septembre 2017

Monteverdi

Monteverdi ? Un musicien important. Peut-être le lien entre Renaissance et Baroque. Quant-à ses oeuvres, qui les connaît ?... 

On entend souvent parler du "jugement de l'histoire". Mais l'histoire n'a pas un jugement très stable. C'est ce que dit wikipedia. En effet, Monteverdi a connu des siècles d'effacement avant d'être redécouvert récemment. 

Comment l'histoire se fait-elle une opinion ? Qu'est-ce qui appartient à l'admiration ? Qu'est-ce qui vient d'autres considérations (par exemple, provoquer la génération de ses parents, trouver un débouché à ses talents de musicien hors d'un marché encombré, voire suivre la meute) ? Et si le "jugement de l'histoire" n'était qu'un sophisme de plus ayant pour objet de nous faire croire ce que l'on veut nous faire croire ? 

Penser

M. Bergeret, le doux rêveur héros d'Anatole France, est considéré comme un être subversif par la société provinciale : il est soupçonné de "penser". Que veut dire penser ? 

Probablement ne pas approuver aveuglément les idées communément admises. (Idées qu'il doit bien être difficile de nommer, puisqu'il est interdit d'y penser.) Ce qui ne veut pas dire tout rejeter, façon nihilisme. Plutôt, repérer les contradictions de la société, signaux d'une menace imminente.

lundi 4 septembre 2017

Soda

Que veut dire "soda" ? me suis-je demandé. Soda, c'est "soude" en anglais. Parce que l'on mettait du bicarbonate de soude dans les boissons sucrées pour les rendre gazeuses.

Pas très ragoutant ? Et pourtant, c'est la drogue qui nous transforme en obèses.

Cela illustre peut-être une des constations des hommes de marketing : la signification d'une "marque" correspond à l'expérience qui lui est associée...

Science et société

L'homme est un égoïste capable de prendre des décisions parfaites. Modèle de la pensée économique, ultra nobélisée.  Ce qui est idiot. Quant à la pensée de gauche, elle est fondée sur la défense d'un "exploité" (Rom, Islamiste...) que, par ailleurs, elle combat parce qu'il ne partage pas ses valeurs. Voilà pourquoi "élite" est devenue un terme de dérision ? Mais que fait la science ? 

Daniel Cohn-Bendit l'avait compris : c'est le pouvoir qui fait l'opinion. Et c'est pour cela qu'il l'a voulu. Les organes de pouvoir, qu'ils soient l'entreprise ou l'intelligentsia, émettent une opinion qui reflète leurs intérêts. Ce sont donc une justification du statu quo ; un refus d'adaptation au fait social ou naturel.

Schumpeter pensait que le propre du capitalisme, c'était la crise. N'est-ce pas plutôt cet autisme qui est à l'origine des crises ? Nous nions la nécessité d'un changement permanent ? Ou de notre interdépendance ? 

(Mais le capitalisme est peut-être, aussi, le résultat de l'égoïsme. L'homme croit qu'il est le seul à mériter de vivre. Il veut rassembler les richesses collectives entre ses mains. Ce faisant, il transforme le monde. Mais en provoquant des cataclysmes.)

Droit du travail : les bénéfices

Si je devais noter la conduite du changement de l'élève Macron, je lui donnerais 0. La transformation du droit du travail est un changement sans objectif quantifié. L'exemple type de ce qu'il aurait fallu faire aurait pu être donné par la loi des 35h : j'ai dix pour cent de chômeurs, si je réduis de 10% le temps de travail, je n'ai plus de chômeurs. Mais la loi des 35h n'a pas été présentée ainsi. Elle était un acte de foi. Et c'est pour cela qu'elle a échoué. Eh bien, la loi sur le travail est aussi un acte de foi... 

Plus curieux. M.Macron est un grand communicant manipulateur n'est-ce pas ? Mais qui a entendu parler des bénéfices de la loi ? Au mieux on nous explique que c'est ce que réclame le MEDEF. Mais qui a la moindre estime pour la sagacité du MEDEF ? Y compris, d'ailleurs, pour gérer ses propres intérêts. 

La pente est raide, et les freins ont lâché...
L'acte de foi est un changement incontrôlé. Son succès dépend de nous. Il est donc extrêmement compliqué de savoir comment il va tourner. Quelques observations en vrac :
  • A chaque fois que je demande à un dirigeant quel a été son plus gros casse-tête, il me répond : le premier recrutement. En effet, un mauvais recrutement, ce peut être la faillite, et la poubelle. (C'est tellement vrai que j'ai préféré rester seul.) La loi soulage-t-elle cette difficulté ? Non. 
  • Curieusement, je ne crois pas que l'intérêt de la loi soit la flexibilité, mais de permettre à l'entreprise de faire ses lois. En effet, le droit français, social ou autre, est extrêmement complexe. (D'autant qu'il s'est mis à délirer.) Même pour un spécialiste. Il est donc intelligent pour un dirigeant de proposer à ses employés un "contrat social" construit sur le bon sens de son métier. Puis de faire valider ce contrat par les services compétents. Quitte à le modifier. 
  • Il semble que l'on puisse remplacer des blocs d'employés dépassés par d'autres blocs plus à jour. Je dis, alors, attention : il faut être capable de reformer les dépassés, sans quoi nous le serons tous rapidement. Or, la formation professionnelle est peut-être ce qui marche le moins bien en France. 
  • La question à cent milliards est : cette réforme va-t-elle créer une masse d'emplois ? Je crois que la question est systémique. Cette mesure peut-elle renverser la logique actuelle de réduction de coûts, déflation et chômeurs, en une logique d'investissement dans le métier de l'entreprise ? Cela pourrait survenir si patrons et employés se castagnaient sur les intérêts de l'entreprise. Alors, quelques idées intelligentes leur percuteraient-elles peut-être le cerveau. Or, il se trouve que c'est exactement les conditions qu'essaie de créer M.Macron. Mais, quoi qu'il arrive, il faudra du temps avant que ce nouveau mode d'interaction entre dans les moeurs de l'entreprise...
En résumé, ce changement de type "acte de foi" n'est pas celui dont parlent mes livres. Pour qu'il réussisse, il faut (logiquement) un miracle. Or, si les miracles surviennent rarement, ils ne sont pas impossibles.  Il nous reste un espoir. 


dimanche 3 septembre 2017

Egalité

La Finlande serait parvenue à une quasi égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, ai-je entendu. Comment ? 

Par le congé parental. Il est ouvert à un parent, n'importe lequel, et un seul. 

ce qui est curieux, c'est que l'on ne se demande pas l'impact que peut avoir sur l'enfant le choix de son éducateur des premières années. Or, si mon père s'était occupé de moi, je suis à peu près certain que je serais totalement différent. Suis-je unique ? 

Changement

On s'approche du cinquantenaire de 68. Il serait intéressant de se demander ce qu'a été 68. Une contre révolution ? La révolution est un changement. 68 a refusé le changement. Il a affirmé que l'homme naissait fini, et que la société le torturait. Par exemple. 

La vie me semble une succession de changements crispants. Parce qu'ils peuvent rater. Exemple : la lecture. Généralement on parvient à lire, mais pas toujours. Surtout, on ne sait pas pourquoi quelqu'un réussit ou non. C'est un miracle. Il devait en être de même pour les chasseurs primitifs : la plupart parvenaient à se tirer d'affaire, mais pas tous. En outre, ces changements nous transforment. Nous ne sommes pas les mêmes avant et après. Surtout, comme me le disent parfois les dirigeants : je ne sais pas ce que je dois faire, mais il faut changer. Et ils sont inquiets. Beaucoup de changements ne ressemblent ni à la lecture, ni à la chasse : ils n'ont pas de nom.

Droit du travail : les risques

Que penser du nouveau droit du travail ? Deux billets de réflexion sur le sujet. On commence par les risques. 

Craintes
Curieusement, ce que l'on entend, exclusivement, c'est une crainte. Elle est unique. Elle est exprimée, principalement, par M. Mélenchon. On a peur que la réforme nous amène une généralisation de l'emploi précaire à l'anglaise (mais aussi à l'allemande, ou à l'américaine). Et ce par destruction des conditions actuelles du salariat. Le dirigeant (forcément mauvais) va imposer à l'employé un cercle vicieux de dégradation de ses conditions de travail, et de vie. La France de Dickens. 

Est-ce possible ? Il n'y a que M.Mélenchon qui puisse se prononcer sur le sujet. Pour ma part, je ne peux juger qu'à l'usage. En revanche, la loi en elle-même n'a rien de révolutionnaire. Son esprit est que l'on ne peut pas régler notre sort "d'en haut". C'est à l'entreprise de faire sa loi. Et ce par contrat. Qu'il faut probablement entendre comme un "contrat social" à la Rousseau, plutôt que comme un contrat de vente à la Faust. C'est la démocratie directe. Beaucoup de révolutionnaires, parmi les plus redoutés, approuveraient. Mais il y a déséquilibre entre le patron et les salariés ! tonne M.Mélenchon. Le contrat ne peut fonctionner entre inégaux. Je pense qu'il y a plusieurs cas. Et, il est dommage que l'on ne s'en soit pas rendu compte. 

D'abord, il y a les multinationales, et les grandes entreprises. Elles sont peu nombreuses, mais elles représentent une part majoritaire de l'emploi salarié. Elles sont armées jusqu'aux dents pour réduire les salaires. C'est même devenu leur raison d'être. Il y a donc danger. Seulement, il n'est pas évident que le texte leur simplifie outrageusement la vie. On peut imaginer que notre ministre, ex DRH, a fait une législation pour son ancienne entreprise (Danone). Or, celle-ci n'a pas une image effroyable. 

Nous sommes responsables
Surtout, ce qui compte est l'esprit du temps. Car une loi ne veut rien dire en elle-même. ce qui compte est ce que l'on en fait, cher M.Mélenchon. 

Le danger, c'est une mesure qui accélère un mouvement mauvais. En particulier celui qui a consisté à transformer méthodiquement la masse salariale en bonus de quelques managers, banquiers ou consultants. Mais ce mouvement reflue. Les blocs régionaux se replient sur eux-mêmes, donc le risque de délocalisation baisse ; M.Macron essaie d'unifier les régimes salariaux européens ; on parle de plus en plus de marché (européen) intérieur... Il est de plus en plus dans l'intérêt de l'entreprise d'avoir des salariés riches que des chômeurs. Surtout, cet esprit tient à celui des employés. Si les grandes entreprises ont pu comprimer leurs effectifs, si l'on a pu parler de suicide et de risques psycho sociaux, c'est parce que le lien social s'est dissout. Les employés ont amplifié les tendances délétères qui venaient de leur direction. Or, celles-ci n'avaient rien de fatal. Il se trouve que j'ai pris part dans ma jeunesse à un mouvement social, qui s'est achevé en vote. Les mesures proposées par la direction ont été refusées à 95%. 

L'union fait la force
C'est exactement ce type de mécanisme dont parle la loi. Et qui me permet d'en arriver à la PME. En effet, la démocratie locale est favorable au "meneur". S'il existe dans l'entreprise des personnes capables d'avoir une vision stratégique, n'oublions pas la massification de l'enseignement supérieur, elles sauront monter des coalitions avec lesquelles les dirigeants devront composer. Et ce type de phénomène surviendra d'autant mieux que l'entreprise sera petite. Ou peut-être moyenne. 

En résumé, les prévisions de M.Mélenchon sont auto réalisatrices. Il n'y a pas de grande fatalité grecque à l'oeuvre. Il n'y a pas de déterminisme marxiste en marche. Tout dépendra de ce que nous ferons de ces mesures. Si nous décidons que le mal capitaliste aura le dernier mot et que nous devons sauver notre peau en trahissant nos petits copains, eh bien, effectivement, il aura gagné. Mais nous pouvons aussi nous emparer des intérêts de notre entreprise. Et choisir ce terrain pour notre discussion avec le "patron". 

samedi 2 septembre 2017

Chirac 67

Jacques Chirac parle de chômage. On est en 1967. Il est secrétaire d'Etat à l'emploi. Il est inquiet. Le chômage a cru de 120.000 à 190.000. Curieusement, son discours est presque en avance sur celui de M.Macron. Lui aussi parle d'un emploi moderne qui exige de l'adaptation, de la formation, et que la flexibilité.

Cela m'a laissé perplexe. Les économistes expliquent qu'un chômage aussi faible bloque le mécanisme du marché du travail (il est quasi impossible d'embaucher).
Comment se fait-il qu'un discours aussi pertinent, l'amorce de la flexisécurité ?, ait donné si peu ? 68 ? Ou n'était-ce que de belles paroles ? Mais aussi : et si le chômage n'était qu'une question de réaction ? Un pays qui le craint comme la peste, sait prendre les mesures nécessaires pour le faire cesser ?...

Paul Ricoeur

Livre d'entretiens avec Paul Ricoeur. Un moyen facile de découvrir l'oeuvre d'un philosophe fameux ?

Paul Ricoeur est un phénoménologue et un hermémeute. En quelque sorte, il met en équations les invariants de la nature, grâce à l'étude des textes. Il a quelque-chose du rabbin : son travail a-t-il un intérêt pratique, ou est-il un pur jeu d'un esprit ultra-subtile ? Car son jugement a laissé à désirer. Avant guerre, il est pacifiste. Ce dont il se repend. Il passe cinq années dans des camps allemands. Peu rancunier, il va y poursuivre son étude des philosophes allemands. Plus tard, il sera pris au dépourvu par les événements de 68, à Vincennes. Il décampera pour rejoindra Hannah Arendt, qu'il cite beaucoup, aux USA. C'est pour cela qu'on le connaît peu. 

Curieux homme. Il est à la fois croyant (protestant) et rationaliste (philosophe). C'est cette opposition, à laquelle il tient, qui semble le pousser dans la vie. Il met ses convictions à l'épreuve des problèmes et des faits. Et cela fait progresser sa pensée. C'est un homme de concepts, qui les "clarifie". A chaque problème, il semble chercher ses principes constitutifs. Par exemple au bon fonctionnement de la société, ou à la laïcité. Avec quelque-chose de surprenant : d'ordinaire on reproche aux universaux d'être totalitaires, lui dit qu'ils se limitent les uns les autres. Alors, ses oeuvres, quelle utilité ? Peut-être qu'on ne peut pas le savoir sans les avoir lues ? Peut-être cachent-elles une "parole forte", pour celui qui saura la comprendre, comme il dit de la Bible ? Ou que leur seule existence est la preuve de leur utilité ? Comme pour l'oeuvre d'art, selon lui : sa singularité fait son universalité ? 

vendredi 1 septembre 2017

Start up

Comment évaluer le potentiel d'une "Start up" ? Dois-je investir ? C'est la personnalité des dirigeants est, de très loin, le facteur majeur de succès. En particulier, ils doivent être capables de se réinventer sans cesse, au fur et à mesure qu'ils découvrent que le marché n'est pas ce qu'ils croyaient. (Ce que disent les investisseurs.)

En fait, j'observe que ce qui compte surtout est ce que veut "être" le fondateur. En effet, son projet n'est qu'une partie de lui-même...

Or, ce qu'il veut être est culturel... Exemple américain. Je ne crois pas que les Américains aiment particulièrement l'argent. S'ils veulent faire fortune, c'est une question de statut social. D'ailleurs, comme l'observe déjà Tocqueville, quand ils ont réussi, ils prennent généralement leur retraite. (Exemple : Bill Gates.)

Et le Français ? Un dirigeant d'une association, qui gère pour des entrepreneurs leurs activités administratives, disait qu'initialement on avait pensé que la collaboration entrepreneurs / association ne durerait que le temps du lancement de l'activité. Or, elle est devenue définitive. Les entrepreneurs ne voulaient pas créer une entreprise, mais exercer l'activité qui leur plaisait, sans les contraintes de la grande entreprise. Ce que veut le Français, c'est être libre. Un problème pour l'investisseur ?

Le régime de Vichy

Au fond, toute l'histoire de Vichy tient peut-être à ce que l'Etat major, qui a été incapable de préparer l'armée à la guerre, s'empare de la direction du pays après la défaite ! Pétain est convaincu que la France est porteuse du mal. Il doit la régénérer. Et si, juste ou non, c'était une faute grave pour un général d'avoir de telles pensées ? Et si le boulot d'un général était, d'abord, de s'assurer que son armée est au point ? Et, ensuite, de ne jamais s'avouer battu ?...

En tout cas, Pétain pensait cela. Alors, il semble qu'il se soit évadé de la réalité. Il paraît avoir oublié la guerre, et cru qu'il avait carte blanche pour réformer le pays. Pour cela, il fallait une souveraineté qu'il n'avait pas. D'où la nécessité de se donner l'illusion de la posséder, en précédant les désirs de l'occupant... C'était la "collaboration", l'illusion de participer à la construction d'une Europe nouvelle, avec l'Allemagne. La "révolution" que voulait Pétain a très vite tourné court. Vichy a été un chaos bien plus terrible que celui qui l'avait précédé. La majorité des Français a vite perdu ses illusions quant au régime et a cherché à traverser l'épreuve sans trop de casse. 

Curieusement, alors que Pétain en voulait aux fonctionnaires, c'est à son époque que leurs effectifs ont commencé à enfler. L'Etat et l'économie, désormais planifiée, ont été pris en main par des technocrates d'élite, l'inspection des finances, déjà, et polytechnique. Ils admiraient l'efficacité allemande. C'est peut-être là l'héritage qu'il nous a laissé. Après une tentative calamiteuse d'en revenir à la IIIème République, avec la IVème, La France d'après guerre est sortie de Vichy. 

(Baruch, Marc Olivier, Le régime de Vichy, 1940-1944, Texto, 2017.)