lundi 21 août 2017

Chronique / Comment communiquer sur le changement ?

Principe. Tout d’abord, ce sont les actes qui parlent, pas les paroles. La communication du dirigeant est systématiquement interprétée à l’envers de ses intentions. Ce qui fait foi, c’est le bouche-à-oreille. Il est alimenté par quelques leaders d’opinion qui se méfient de la direction.

Exemple d'application pratique
Les livres de management appellent généralement la technique que j’emploie, la méthode du « stretch goal ». Il faut une bonne compréhension de la façon dont l’organisation perçoit sa situation, et en parle. Ensuite, on exprime le changement de manière indirecte, quantifiée, et hautement symbolique. Puis l’on doit laisser entendre pourquoi on va réussir. D’abord, parce que l’on a déjà fait des changements de cette difficulté. Et ensuite parce que l’on s’est dotés des moyens de conduite du changement adaptés.

L'astuce du stretch goal
Paradoxalement, plus un changement paraît difficile, plus il a de chances de réussir. C’est de là que vient le mot « stretch » : il s’agit d’un changement systémique.

dimanche 20 août 2017

Maçon

A une époque, j'ai fait beaucoup d'études sur la performance des forces de ventes. C'est un phénomène mystérieux. Les écarts sont quasi infinis : la plupart des gens ne peuvent rien vendre, d'autres font un minimum, certains rapportent énormément. Certes, il existe des "trucs", qui peuvent être compris et appris. Mais le facteur réel de succès n'est pas copiable. C'est identique à ce qui a fait un temps le charme de Bill Clinton. 

D'un autre côté, comme la conduite automobile, il y a certains métiers que presque tout le monde peut pratiquer. Je me demande, lorsque j'observe les médecins généralistes, si ce n'est pas leur cas. Tant ils sont encadrés. Il en est  probablement de même des dirigeants salariés d'entreprise. Cela explique d'ailleurs peut-être pourquoi ils sont aussi protégés : contrairement au commercial, la sélection naturelle ne leur convient pas. 

On en revient peut-être aux idées du philosophe John Dewey. C'est au pied du mur que l'on voit le maçon. C'est par la pratique de "l'expérience", que se forme le talent. 

Chronique / Comment planifier les actions du changement pour lever les résistances ?

Observation. La résistance au changement indique que le changement a été mal conçu ou passe à côté d’une question critique. Par exemple, lorsqu’un spécialiste de l’électronique grand public s’est équipé d’un progiciel de gestion, il n’a pas vu que le paramétrage du progiciel ne permettait pas de traiter le cas, quantitativement négligeable mais financièrement considérable, des grandes surfaces. L’équipe d’intégration à la fois ne connaissait pas le métier, et brouillait les signaux d’alarme qu’envoyaient les opérationnels. De ce fait ils étaient pris pour une manifestation d’obscurantisme.

Une méthode
Une idée est fondamentale pour bien mener le changement. Comme l’expliquent le livre The Tipping Point ou les traités de communication pour publicitaires, les groupes humains sont organisés en réseaux autour de leaders d’opinion. Peu nombreux, ils entraînent le reste de l’organisation. Si l’on conçoit et mène le changement avec ces « hommes clés », il se fera vite et sans difficultés.

samedi 19 août 2017

Allemagne

Le Financial Times du 17 août : "Deutsche Börse probe widens to all of top management - Prosecutors, state regulator and financial watchdog now examining German stock exchange". 

Les constructeurs automobiles allemands trichent, montent des ententes entre eux, les banques du pays sont dans un état précaire, du fait d'une gestion peu claire, la Bourse allemande a maintenant des ennuis... Et pourtant l'image de l'Allemagne n'est jamais entamée. C'est un modèle que la, ridicule, France doit imiter. 

L'opinion est-elle faite par la raison, ou par ce que pensent ceux qui ont le pouvoir ? Seulement, lorsque c'est trop loin de la réalité, cela alimente les mécontentements. Et favorise les courants politiques qui apportent de mauvaises réponses aux bons problèmes. 

Chronique / Mes méthodes de conduite du changement

A quelles méthodes faites-vous appel ?
Le type de technique que j’emploie ressortit au « changement planifié » de Kurt Lewin.

La technique classiquement utilisée par l’entreprise est le « changement dirigé ». C’est un changement imposé de haut en bas. Sauf s’il s’agit d’un changement simple, et bien compris (passage du franc à l’euro), il n’est pas adapté à la complexité de nos entreprises.

Le changement planifié est formulé et piloté par « en haut » mais part d’une mise en forme des idées qui viennent « d’en bas ». Surtout, ce sont les opérationnels qui ont la responsabilité de concevoir le plan de mise en œuvre du changement. De cette façon, chacun est dans son domaine de compétence et de responsabilité.

En pratique le changement est divisé en trois étapes. Préparation ; plan d’action ; mise en œuvre. La préparation se fait généralement par le biais d’un « projet périphérique ». Elle a pour but de comprendre l’organisation. Elle définit l’objectif quantifié du changement, les « hommes clés », la méthode pour le mener à bien, notamment la dizaine de sous-projets qui le constituent, le disposition d’animation du changement qui va détecter les amorces de crise et remettre le changement sur les rails, et le dispositif de contrôle de l’atteinte de l’objectif. Ensuite, un plan d’action détaillé est conçu avec les hommes clés. Finalement ce plan est mis en œuvre. Généralement par étapes de quelques mois. La gestion de projet, orientée résistance au changement, est fondamentale dans le succès de cette phase. Les deux premières phases doivent être courtes.

Quels outils utilisez-vous ?
J’utilise une boîte à outils de « méthodologies ambulatoires » issues des sciences du management ou des sciences humaines, mais je n’ai pas d’outil à proprement parler. Une méthodologie ambulatoire est une technique de résolution de problème classique (par exemple, analyse de la valeur, target costing, balanced scorecards, stratégie en environnement incertain, etc.) ramenée à ses deux ou trois principes fondateurs. Ce qui permet au décideur de « penser sur ses jambes ».

Attention : il n'y a pas de "seule bonne méthode"
Il n’y a pas de seule bonne méthode. Il y a des techniques qui marchent pour certains et pas pour d’autres. Le changement est, SURTOUT, énormément, une question de circonstances.

vendredi 18 août 2017

Corée du Nord

Monsieur Trump "parle coréen" disait-on dans un débat de France Culture. Son discours, dans ses excès, ressemble à celui du dirigeant coréen.

Apparemment, comme en Syrie, cela a marché. Ce qui prouve que la Corée du Nord n'a rien d'irrationnel. Elle a un langage à elle, c'est tout. Ce qui est rassurant.

Chronique / Quels sont les objectifs de la conduite du changement ?

Je mets en oeuvre un changement, quel objectif dois-je me donner ? 

Le premier objectif est de construire un dispositif qui permet de s’assurer que l’on va atteindre le but que l’on s’est fixé. Par exemple, que tel nouveau logiciel va bien permettre de faire les gains de productivité que l’on en attendait lorsqu’on l’a acheté. On peut appeler ce dispositif une « boucle de rétroaction ».

Cela semble évident, mais ce n'est jamais fait. Par exemple, les entreprises achètent d'autres entreprises, ou installent des logiciels, sans s'assurer qu'elles vont bien obtenir ce qui justifiait l'investissement. (Les réformes gouvernementales sont laissées au lecteur comme exemple d'application.)

Tout est psychologie
En réalité, l’expérience montre que l’objectif ultime du changement est l’optimisme. Martin Seligman définit l’optimisme comme la capacité à être stimulé par l’aléa. Une organisation optimiste est ultra performante.

jeudi 17 août 2017

Demandeurs d'asile

Au premier trimestre, le nombre de demandeurs d'asile à l'Europe aurait beaucoup baissé par rapport à l'année précédente (47%). Pourquoi ? Principalement du fait d'une réduction importante du nombre de réfugiés syriens (ils seraient une vingtaine de milliers, en baisse de quatre-vingt dix mille). Rapport Eurostat.

J'entendais aussi dire que les Syriens quittaient les camps dans lesquels ils s'étaient réfugiés, pour revenir chez eux. Notamment à Alep. 

Leçon de démocratie ? La dictature n'est insupportable qu'à ceux qui ont tout ?

Chronique / A quelles crises les organisations sont-elles confrontées ?

On pourrait résumer ces crises par « panne de performance ». Les dirigeants décident. Mais ces décisions ne donnent rien, ou font perdre de l’argent. Par exemple, les études des universitaires montrent que la plupart des acquisitions sont des échecs, les fonds d'investissement ont un très mauvais rendement, la productivité de l’informatique est nulle ou négative (paradoxe de Maslow), etc.

(Deux éléments complémentaires. 1) il me semble que cette panne se voit dans les chiffres du PIB, qui ne bougent pas ; 2) les outils de performance du consultant ressortissent au "lean". Les spécialistes de ces techniques avec lesquelles j'ai travaillé, estiment qu'elles sont à bout de course.)

mercredi 16 août 2017

Sélection

Nous sommes fiers de Descartes, Condorcet et autres Pascal. Ce sont les géants sur les épaules desquels nous sommes perchés. Pourtant, à leur époque, la sélection du talent se faisait par la naissance. Idem pour nos grandes écoles. Le genre de sélection qui s'y pratiquait, aux origines, n'avait rien à voir avec ce qui se fait aujourd'hui. Et pourtant, ce sont leurs premières générations d'élèves qui ont fait leur réputation. 

Ce qui a fait Pascal, Condorcet ou Descartes, ce sont les acquis culturels de leur temps. Idem pour les grandes écoles : elles étaient les seules à détenir un savoir scientifique, qui était alors une innovation. Autre exemple : Bill Gates aurait déclaré que peut-être seulement cinq personnes auraient pu faire ce qu'il a fait, tant il s'est trouvé dans des circonstances favorables. (Ce qui ne diminue pas son mérite.)

Le rôle de la sélection humaine n'est donc pas de détecter le talent, elle en est incapable. Mais d'éviter les embouteillages. Il n'y a pas de place pour des armées de dentistes, par exemple. Seulement, le fait que notre "élite intellectuelle" se rue comme un seul mouton à la poursuite de la première mode qui passe, montre qu'une sélection excessive peut aussi avoir des effets pervers. Elle crée un esprit ritualiste et non pas rationnel. Pour les éviter, il serait bien de commencer par arrêter de se bercer d'illusions quant aux objectifs de la sélection ? 


Chronique / Pourquoi faut-il manager un projet de changement ?


Cela tient à une vérité évidente mais qui semble échapper à tout le monde. Les entreprises sont conçues pour  « produire ». C’est à dire faire toujours la même chose (par exemple fabriquer des voitures ou des médicaments qui respectent des normes…). Donc, elles doivent impérativement combattre tout aléa, tout changement. 

Ce qui fait que si le changement n’est pas managé, il échoue.

Chronique de l'été

Le principe des techniques de conduite du changement c'est l'interdépendance. Celui de notre époque, c'est l'indépendance. L'ayant compris, je me suis dit qu'il ne servait à rien d'écrire sur le sujet. Mais voilà qu'une revue me pose quelques questions intelligentes. Et si le vent était en train de tourner ?

En tout cas, je vais publier, en un peu modifié, quelques réponses que j'ai faites aux dites questions. Peut-être que cela sera utile à quelqu'un...

mardi 15 août 2017

Stage

Un ami, qui tentait de lancer une entreprise, me disait que les stages devraient être gratuits. Comme cela, il n'y aurait plus de difficultés à trouver un stage. Mais, alors, pourquoi ne pas faire payer les stagiaires ? Après tout avoir pu faire un stage est un avantage. 

Lorsque j'étais chez Dassault Systèmes, un de nos stagiaires nous a permis de décrocher un de nos premiers très gros contrats. Il avait conçu un module de cinématique, qui marchait, contrairement à celui de nos concurrents. Il y a quelques années une multinationale de la cosmétique m'a fait savoir qu'un de mes élèves ne pourrait pas venir en cours, car il était essentiel pour assurer la clôture de ses comptes. Ce à quoi j'ai répondu que mon université était flattée de former des gens irremplaçables. Il y a ici quelque-chose de paradoxal. Alors que les (vieux) dirigeants n'aiment que la jeunesse, disent que c'est d'elle que viennent les idées nouvelles, et licencient le vieux par wagons, le travail du jeune ne semble avoir aucune valeur. 

Il y a surtout effet pervers. Je me suis penché sur le cas d'une entreprise qui emploie beaucoup de stagiaires. Elle opère dans un secteur vraiment très prospère. Mais elle n'est pas rentable. Son chiffre d'affaires par personne n'est même pas la moitié de celui de la profession. Et si bien payer ses salariés forçait le dirigeant à justifier à ses clients le prix élevé de ses services ? Et si, en fin de course, il s'y retrouvait ?

Notre prison est un royaume

Une année de seconde au lycée Condorcet, avant guerre.

Tout le monde y portait un surnom. On est plus mal pensant qu'aujourd'hui : il y a le "nègre", le "Juif". Mais aussi le "royaliste", "bigloteux" (myope), les "sommeilleux" (endormis au fond de la classe), "rouquinoff" (roux), etc. Les enseignants et le personnel administratif aussi ont un sobriquet.

On les découvre, au cours du livre, moins sots et indifférents qu'on le croyait. Car, comme l'indique le titre, le lycée de ces temps oubliés était un univers clos. 

lundi 14 août 2017

Tourisme

Apparemment, le gouvernement voudrait qu'il y ait cent millions de touristes en France. Mais, ailleurs, où le tourisme a beaucoup cru ces derniers temps (Espagne), la population se révolte. Car le tourisme provoque de sévères désagréments. Particulièrement lorsqu'il est le fait des Anglais. (Une émission de France Culture, ce matin.)

Le libéral dit : le tourisme rapporte de l'argent, donc il est bon. Seulement, le tourisme rapporte à certains, et coûte aux autres. D'ailleurs, ceux qui ont le plus à gagner ne sont pas forcément des nationaux. En particulier, AirBnB prend 17% du prix de la location. Alors on répond : réglementons. Interdiction de posséder des résidences secondaires en ville, par exemple. (Cela se ferait à Amsterdam, selon l'émission.) D'où la situation actuelle de la France : à coups de réglementations faites par un corps législatif qui vit dans l'abstraction, on parvient à des aberrations. 

Echec et mat ? Il existe un troisième type de technique de conduite du changement. Il consiste à "organiser l'autonomie". C'est le "changement planifié". Après une analyse de la question, tirée par le bas, le haut met en place le dispositif qui permettra à ce même bas de réaliser le changement tout en en profitant. C'est la technique qui a été utilisée par les Américains pour mettre en oeuvre le plan Marshall, afin qu'il ait des effets positifs pour tout le monde, notamment pour eux. 

(Selon Kurt Lewin, ce changement est le changement démocratique. Entre dirigisme et laisser-faire, il y a une troisième voie.)

Montclar

Histoire d'un homme qui a besoin de souffrance et d'éloignement pour aimer. Et qui doit "se perdre pour se retrouver". (Une citation de Fénelon.)

Mais c'est aussi le portrait d'un aristocrate fortuné d'avant la grande guerre. Une époque, pas si lointaine, où le monde était dirigé par quelques milliers de gens extrêmement riches et fort cultivés, qui vivaient dans une société de rites compliqués.  Des étoiles inaccessibles, pour nos ancêtres vers de terre. C'est cette partie du livre, involontaire probablement, qui m'a intéressée. C'était un autre temps.

Le nôtre est toujours dominé par une petite clique. Mais c'est une clique de gueux. (Comme disait une vieille comtesse, de ce qu'elle pensait de lui, au mari de sa petite-fille.)

dimanche 13 août 2017

Anatole France

Qui lit encore Anatole France ? Et pourtant quel talent ! Plus personne ne sait écrire comme cela. C'est simple et élégant. Cela se lit d'une traite, et pourtant ce n'est pas sans profondeur. Et surtout, il n'y a aucune agressivité. "castigat ridendo mores", dans la tradition de Molière ? Une leçon que nos  littérateurs modernes pourraient méditer ? 

Et sa vie semble avoir été à la hauteur de son oeuvre. Il fut un des premiers à défendre Dreyfus. Ce qui demandait du courage. Il a été proche de Jaurès, plutôt de gauche, mais sans jamais tomber dans les excès, et les utopies, semble-t-il. 

Pourquoi l'a-t-on oublié ? Apparemment, il a suscité l'ire de ses successeurs. Aragon, notamment. Mais, eux-mêmes, que nous ont-ils laissé ? Plus destructeurs que créateurs ?

L'anneau d'améthyste

Humour léger. Anthropologie de la France de l'affaire Dreyfus ? Ou, du moins, de la haute société de province ? Il y a, d'un côté, ceux que le progrès du monde déboussole. Ils ne peuvent pas admettre que l'armée, pilier de leur univers, statique, puisse se tromper. La grande bourgeoisie juive est comme elle : elle est si bien intégrée au pays, qu'elle partage son antisémitisme.

L'autre bord, c'est celui de l'intellectuel, M.Bergeret. C'est un rêveur innocent aux moeurs pacifiques, (dangereusement ?) hors de la réalité. Il est convaincu qu'il existe "la Vérité". C'est en son nom qu'il a pris fait et cause pour Dreyfus. Il est, probablement, prêt à mourir en martyr pour elle.

Anatole France a été un des premiers dreyfusards, or sa description du Juif riche serait qualifiée aujourd'hui d'antisémite. De même, dans cette histoire, personne ne s'offusque que l'on puisse condamner un innocent, ou ne s'inquiète que l'on protège ainsi un espion (Estherazy), et donc collabore avec l'ennemi !

Ce qui se joue dans l'affaire Dreyfus, c'est l'affrontement de deux France, aussi irréalistes et ivres d'absolu l'une que l'autre ? Et pourtant, aussi bien l'une que l'autre, pleines de candeur.

(Pourquoi "l'anneau d'améthyste" ? C'est un anneau d'évêque. Celui qui tire les marrons du feu est un prêtre qui deviendra évêque, en trompant les ennemis de ses convictions. Machiavélique Eglise ?)

samedi 12 août 2017

Spintronics

Les data centres consomment 3% de l'énergie mondiale et émettent 2% des gaz à effet de serre. Et nous devrions produire 50 fois plus de données d'ici 2020 ! Peut-être va-t-il falloir s'intéresser à la question ?

Arrive "spintronics", la combinaison de la superconductivité et de l'usage des propriétés du spin de l'électron. Si l'on maîtrisait tout cela, le problème serait réglé. Mais est-ce possible ? (Article de l'université de Cambridge.)

Déterminisme

Jacques Attali est un prévisionniste. Comme lui, nous pensons que l'avenir est déterminé. Paradoxalement, nous croyons aussi au libre arbitre, qui nie le déterminisme.  Kant disait qu'il n'y avait pas de libre arbitre, mais qu'il fallait agir comme s'il y en avait un. Ce qui est paradoxal. Bergson résout plus ou moins la question en renvoyant les deux dos à dos : la vie est faite de sortes de "big bangs". Il s'y passe des choses imprévisibles. Exit le déterminisme. Exit aussi le libre arbitre : ces "big bang" sont les moments de création, ils sont involontaires, par définition. 

Je suis un peu du côté de chez Kant, et de son paradoxe. Il semble que l'on ait un genre de choix entre aller de l'avant et se replier sur soi et crever. Sans "élan vital" (Bergson) on ne peut rien faire. Mais, avec, on peut rater. C'est comme au loto : pour gagner, il faut jouer. Mais la plupart des joueurs perdent. C'est le mystère du "big bang". Seulement, sur la durée d'une vie, on peut rejouer souvent, ce qui nous donne une forte probabilité de réussir. Et, dans tous les cas, jouer fait passer le temps. 

Mais l'avenir peut devenir prévisible, il suffit pour cela de couper les pattes de l'élan vital. Alors, plus de moment créatif. Travail du prévisionniste ?

Tempête sur la ville

La Russie d'avant la révolution ? Comme chez Tolstoï, un Tsar, des nobles, des moujiks ? Pas ici. Un village, des artisans et des petits bourgeois obtus. En face, une petite cour des miracles de pauvres désoeuvrés. Désoeuvrés, mais pas incultes : on y trouve un poète et une sorte de philosophe, porteurs d'idées de changement. Mais ces pauvres se livrent une lutte fratricide. Ce qui est fatal au vent de liberté qui s'était levé. 

Visiblement, un roman à clés. Gorki a été le grand écrivain du stalinisme. On a même renommé Nijni Novgorod en son honneur. Il a eu une vie qui ressemble à celle de Jack London : des débuts dans les bas fonds, mais un succès littéraire et une fortune précoces (ce qui semble signifier qu'il était éduqué). 

vendredi 11 août 2017

Nouvelle vague

Curieusement, la nouvelle vague du cinéma a été accueillie à bras ouverts. Le ministre Malraux, par exemple, attendait tout de la jeunesse. Or, cette jeunesse voulait tout casser. C'est en substance ce qu'expliquait une émission de France Inter. 

Michel Rocard disait que 68 avait été une révolte contre les "petits chefs". Mais ces petits chefs auraient-ils été bienveillants ? En croyant faire le bien, ils ne s'attendaient pas à susciter la colère ? Leur mal était, alors, peut-être, de n'avoir rien vu venir car ils était trop sûrs d'eux pour faire attention à leurs enfants ?

Georges Brassens

68 n'aimait pas Brassens. Mais, Brassens était un rebelle, comme les jeunes d'alors, non ? Brassens, c'était Villon, la culture française. Le rock américain, lui, était tout ce à quoi l'on aspirait, en 68 : une  musique dans laquelle on parle de soi. Voilà ce que j'ai entendu dire, en substance, des sentiments qu'il avait éprouvés, à un homme de culture. (Chez France Culture.) 

Les Lumières, la Révolution, et la gauche, ont longtemps dit que c'était la culture qui donnait la liberté. Parce qu'elle permettait de penser. D'où notre obsession de l'éducation. 68 a renversé cette idée. L'homme étant né parfait, la culture l'aliénait ?

(Explication aussi de la "nouvelle vague" ?)

Existence

Existence ou essence ? Qu'est-ce qui est premier ? Question de philosophe. Les existentialistes disent que l'on devient homme : l'existence est première : l'homme cherche des valeurs qui vont fonder son jugement. Mais, s'il les reconnaît, c'est qu'elles devaient préexister ? Contradiction ou problème mal posé ?

Nous sommes contradictoires : on peut avoir la religion de ses parents et la rationalité de l'école. Nous sommes ce que nous avons tiré de notre existence. Mais cette expérience commence immédiatement. Nous avons des valeurs, donc. Mais pas universelles. Non seulement elles sont contradictoires, mais elles sont incapables d'expliquer ce que nous voyons dès que nous sortons des conditions dont nous les avons déduites. Du coup, nous devons reconstruire un équilibre. Nous devons changer pour ne pas changer. Ce faisant nous apprenons à vivre en société. Nos erreurs sont le moteur de notre vie. C'est aussi notre apport à la société : c'est une part de réalité que nous sommes les seuls à connaître. 

(L'existence est un changement, donc. Mais difficile à expliquer : nos valeurs sont constitutives, elles résident, pour ainsi dire, au niveau de l'atome, si l'atome existait.)

jeudi 10 août 2017

Objets connectés

D'après ce que j'entends, les entreprises qui déploient des réseaux de communication (Lora ou Sigfox) pour objets connectés sont inquiètes. Elles ont besoin de millions d'objets pour pouvoir vivre. Or, au mieux, il y en a des milliers. Les applications de masse, publiques ou industrielles, se font attendre. 

Pourquoi ? Bulle spéculative ? Les financiers se sont convaincus de l'intérêt du concept alors qu'il ne correspond à aucun besoin brûlant ? Peut-être même, fait-il peur ?...

(Ericsonn, lui, dit qu'il va y avoir des "milliards" d'objets connectés, grâce à l'adoption de nouvelles normes et aux Chinois...)

Du son dans mon salon

Du son dans mon salon. Drôle de nom. C'est le projet d'un homme des Beaux arts. Il invite dans son salon, effectivement, des musiciens. Il enregistre un morceau. Il les interviewe. Et, tout ceci est bénévole. Pourtant, le concept pourrait être celui d'une chaîne TV : un Chancel ou Drucker aurait pu créer un salon sur un plateau télé des années 80. Pour recevoir de jeunes artistes. En outre, la qualité de la réalisation est aussi bonne, voire meilleure, que ce que l'on voit à la télé. (Site.)

Vus ses invités, qui ont une forte notoriété sur YouTube, l'émission est probablement une étape du parcours promotionnel de l'artiste français montant. Le Jean-Louis Foulquier du web ? 

Evolution de la société, aussi ? Alors que, d'un côté, il y a une classe qui fait de l'argent avec de l'argent, il existe tout un monde du gratuit. On y vit d'amour (de l'art) et d'eau fraiche. Et de système D.

(Mais, comme chez la Boétie, c'est peut-être ce qui se trouve entre ces deux univers qui est le plus intéressant. Ce sont les salariés de l'industrie de la culture, privée ou publique. Ils arguent de leur manque de moyens, et de l'inhumanité du capitalisme, pour ne pas payer le talent de leur prochain.)

mercredi 9 août 2017

Voiture autonome

On nous disait : développons le nucléaire, on trouvera bien une solution au traitement des déchets radioactifs. Ne serait-il pas la même chose pour la voiture autonome ? Et si l'on considérait dès maintenant les problèmes qu'il faudra résoudre ? Imaginons qu'il y ait un accident. Qui est responsable ? Le fabricant de voitures ? Ces accidents sont-ils impossibles ? Aujourd'hui, quand une pièce est défectueuse, on retire la voiture qui l'utilise de la circulation.
Toyota a annoncé mercredi le rappel de 7,43 millions de voitures dans le monde pour un risque d'incendie lié au système électrique des lève-vitres sur plusieurs modèles, un nouveau coup dur pour le numéro un japonais de l'automobile et sa réputation de fiabilité. (Le Point 10 octobre 2012)
Imaginons qu'un bug affecte le logiciel de 7 millions de voitures autonomes : combien de milliers de morts d'un coup ? On a changé de type de risque. C'est le phénomène Titanic : votre risque d'accident n'est pas indépendant de celui d'un autre homme ; il est corrélé. Et, bien sûr, il y a la question des objets connectés : et si un virus informatique se communiquait à tous ? 

Peur de Big Data

Pourquoi la surveillance de la NSA ? Les "fake news" ? Parce que tout nous est dans Internet. Non ?

Nous ne sommes pas des digitaux
Qui aurait pu déduire de leurs propos ou de leur vie ce qu'allaient faire ceux qui ont voté ou refusé la confiance à Pétain ? Pour le psycho sociologue Kurt Lewin, nous ressemblons aux particules atomiques : nous sommes faits de forces opposées. On ne peut pas connaître les réactions de l'homme, si l'on ne connaît pas ces forces internes. Et elles ne se révèlent que dans le changement. (Ce que fait la physique en cassant des particules.)

Et, lorsque l'on ne change pas ? Comme l'automobiliste, on suit des routes tracées par d'autres. Observer son parcours, vous en dira peu sur lui.

(Cette idée est aussi au fondement de l'existentialisme.)

mardi 8 août 2017

Marché autonome

Est-ce que la voiture autonome vous fait rêver ? La génération de mes parents a rêvé de voiture, ce n'est plus le cas.

Dorénavant, ce n'est plus le besoin du consommateur qui tire l'entreprise, mais l'inverse. Comme l'entreprise a un marteau, elle nous voit en clous. Elle est issue d'Internet, elle veut tout lui "aliéner", auraient dit Hegel ou Marx. Elle emploie de très gros moyens pour nous convaincre que l'avenir est à son image. Mais, le "progrès" peut-il être décrété, sans qu'il corresponde à une aspiration spontanée de la société ? 

Changement

Un maître d'école racontait son émerveillement lorsqu'il sent qu'un enfant est sur le point de savoir lire. Miracle du changement. 

Je pensais qu'il y avait quelque chose de similaire dans ma vie. C'est le moment où un dirigeant prend conscience qu'il doit déléguer. Et peut-être, aussi, qu'il en est capable. 

Peut-être est-ce ma mission ? Mais, contrairement à l'enseignant, je n'ai pas de méthode infaillible pour réussir. 

(Si j'en crois les statistiques : de plus en plus, il est dans mon cas...)

lundi 7 août 2017

Venezuela

Lorsque l'on critique le gouvernement vénézuélien, issu d'Hugo Chavez, on dit d'ordinaire : attention, il va être remplacé par des ultralibéraux, sous domination américaine, dans la tradition sud-américaine. C'est peut-être juste, mais vues les conditions de vie du peuple, tout semble meilleur que sa situation actuelle. 

A moins qu'il n'y ait M.Mélenchon ? Après tout, il serait certainement plus présentable que le dirigeant vénézuélien. Et nous retrouverions ainsi une vieille tradition française : longtemps les cadets du Roi de France ont cherché la couronne de moindres pays : Pologne, Espagne... 

Marie Octobre

Film de Julien Duvivier, de 1959. Huis clos. Un réseau de résistants se retrouve 15 ans après la fin de la guerre. L'un d'entre-eux est un traitre. Mais qui ? 

Comme souvent, un film est l'occasion de faire passer des messages subliminaux. Ce réseau est un échantillon représentatif de la société française. Du tenancier de maison semi-ouverte au financier, en passant par l'avocat ou le fonctionnaire... La guerre a uni ce que la société oppose. Mais, ces résistants ne sont peut-être pas si bien que cela. Y compris leur chef, mort en martyr. Ne serait-ce que, pour pouvoir résister, il fallait être accepté par la société, donc, au moins un peu, collaborer. Et ils étaient tous fauchés, comment se fait-il qu'ils soient riches, maintenant ? Où ont-ils trouvé leur argent ? Comment se fait-il, aussi, qu'ils se déchirent, alors qu'ils étaient prêts au sacrifice ? 

dimanche 6 août 2017

Nanterre en 68

Le philosophe Paul Ricoeur était doyen de Nanterre en 68. Nanterre était une filiale nouvellement créée de La Sorbonne. D'ailleurs, Paul Ricoeur en a posé la première pierre. Paul Ricoeur et quelques autres y avaient demandé leur mutation pour échapper à l'arrogance de la mafia normalienne, qui dirigeait la maison mère, et aussi à la déshumanisation d'une Sorbonne-usine. Ils pensaient y trouver une ambiance de province et pouvoir s'occuper de près de leurs élèves. Mais les choses n'ont pas tourné comme prévu. Et Paul Ricoeur est parti enseigner aux USA. Où il est entré dans les pas d'Hannah Arendt. 

Comment voit-il 68, à Nanterre ? Du fait de sa situation, la faculté est fréquentée par deux types de populations. Des étudiants modestes des "banlieues", et des fils de famille du 16ème et de Neuilly. Les premiers sont communistes, pour eux l'université est le moyen de l'ascension social. Les autres sont gauchistes. Ils ont déjà tout. Ils vont détruire l'Université. 

A ceci s'ajoute un autre mouvement. En 68, l'Université était vue comme le maillon faible de la société. De là aurait pu partir le changement. Mais de Gaulle l'a bloqué. Alors, l'Université s'est retournée contre elle-même. 

(Un de mes voisins enseignait à Nanterre en ces temps. Il a d'ailleurs gardé quelques vifs souvenirs de Cohn-Bendit, qui tagait les murs, à côté de sa classe. Son témoignage me semble rejoindre celui de Paul Ricoeur.)

Thermodynamique du capitalisme

Phénomène observé à la fois à Athènes, dans l'Angleterre victorienne et l'Amérique moderne. Le riche fait signe au pauvre : si vous faites fortune, je vous accueille comme mes égaux, vous et vos descendants. De ce fait, la classe de riches vit dans l'oisiveté, en se nourrissant de l'effort des pauvres qui cherchent à se hisser à son niveau. L'immigré est, par excellence, un pauvre idéal. Il vient explicitement recueillir la récompense de son talent. Ainsi que l'oligarque, qui y trouve une protection pour l'argent qu'il a soutiré ailleurs. 

Tout cela ressemble à la thermodynamique. Le rendement d'un moteur dépend de l'écart entre la source chaude et la source froide. Le capitalisme, lui, semble se nourrir de l'inégalité entre riche et pauvre. 

(La particularité de la France est de trouver qu'il est injuste que tout le monde ne soit pas soumis aux mêmes règles. Pour avancer, elle a besoin d'une stimulation autre que l'inégalité. Diffuser le bien universel, réaliser le "progrès"...)

Paul Kagame

Le dirigeant du Rwanda est réélu avec 98% des voix. Dans ma jeunesse, on disait qu'il n'y avait que par trucage et terreur que l'on arrivait à de tels chiffres. Ce que l'on disait dans ma jeunesse n'était peut-être pas scientifique... 

Il semblerait que l'on soit reconnaissant à Paul Kagame d'avoir sorti le pays du génocide et de lui avoir donné la prospérité. Son idéal serait le modèle, semi dictatorial, de Singapour. 

Ce qui rappelle que la démocratie ne va pas de soi. Et elle ne va pas de soi parce qu'elle n'est pas systématiquement capable d'assurer les conditions qui lui permettent de réaliser ses principes. Que 0,1% de la population dispose de tous les biens n'est pas démocratique. Qu'une autre partie de la population soit tellement désorientée qu'elle ne vote plus n'est pas démocratique, non plus. 

samedi 5 août 2017

Prolétariat

Il y a quelques années, j'ai ouvert ma porte à un vendeur de posters. Il se révèle qu'il cherche un emploi, et qu'il sort de prison. A l'époque, je travaillais pour un cabinet d'études de marché. Je lui propose d'entrer en contact avec ses centres d'appel. Il me répond, en substance : j'ai essayé, c'est insupportable. 

Une de mes cousines m'appelle. Elle est en année de césure d'une bonne école de commerce. Elle vient de décrocher un stage dans une Start up de Londres. Quelle aventure ! Elle va être payée 800€ par mois. Et cela pour vendre au téléphone les produits de la société. Bien sûr, il y a le coût de la vie à Londres, mais c'est une Start up... (Un ami fait une très belle carrière de directeur commercial pour des éditeurs de logiciel internationaux : il appelle ses quatre-vingt collaborateurs, des commerciaux, des "robots".)

Il y a quelque chose de paradoxal dans la révolution numérique. C'est qu'elle n'a rien de numérique. Elle a fait ressurgir le prolétariat. Amazon emploie des magasiniers en masse, Uber donne une nouvelle vie au taxi, les livraisons se font maintenant à vélo, les éditeurs de logiciel emploient des légions de "vendeurs assis", qui passent leur existence au téléphone dans des sweat shops modernes... Mais ce qui me semble fascinant, et difficile à expliquer, c'est ce mouvement ancien, que l'on ne semble pas parvenir à stopper, qui conduit à exploser le travail en des tâches stupides, et de payer des gens au dessous de ce qui leur est nécessaire pour vivre. Une mécanique à créer la pauvreté, qui semble au coeur de notre système. 


Moustique

Le moustique tue plus que l'homme. C'est un vecteur pour maladie. Tout viendrait d'un changement. L'invention de l'agriculture au néolithique aurait bouleversé les écosystèmes, et le co développement des espèces. Ce qui aurait provoqué des vagues d'épidémies. Puisque l'homme est entré dans un monde auquel il n'avait pas eu le temps de s'adapter.
(La méthode scientifique, France Culture, 23 juillet 2017.)

L'homme a adopté une méthode de développement particulière : il agresse. Et c'est la réaction qu'il suscite qui le fait avancer, en agressant l'agression... (Ce qui est la thèse du rapport du Club de Rome, par ailleurs.) La question que l'on pose maintenant que l'on a découvert ce phénomène est : est-ce durable ?

Illusions perdues

Un spécialiste du redressement d'entreprise a proposé à mes étudiants (des diplômés d'une des meilleures formations en contrôle de gestion) un emploi de chauffeur de sa voiture, le temps qu'ils trouvent un poste digne de leurs diplômes. C'était payé le SMIC. 

Je pense qu'il estimait que cela plairait à un étudiant ambitieux. Car, à ses côtés, il entrait dans l'intimité de la direction d'entreprise, dans la résolution des problèmes d'une telle complexité, et d'une telle richesse, que seule une infime minorité de gens y est confrontée. 

Tout cela est très américain. Celui "qui en veut" est prêt à tous les sacrifices pour prendre l'aspiration qui l'amènera aux sommets. 

L'emploi n'a pas trouvé preneur, mais beaucoup de gens ont cru à ces promesses. Et elles ne se sont pas réalisées. Elles ont, simplement, permis une gigantesque déflation de salaires. Car les réseaux relationnels ont remplacé les ascenseurs sociaux.

vendredi 4 août 2017

Polxit

Et si la Pologne sortait de l'Union européenne ? Curieusement, les Polonais, qui haïssent les soviétiques, semblent aller vers un régime non démocratique, qui les laisserait seuls face aux Russes. L'Europe ne paraît pas avoir une excessive tendresse pour eux. 

Comment en sommes-nous arrivés là ? Si je reprends les notes de ce blog, il y aurait eu une méprise qui s'est transformée en cercle vicieux. Les Polonais pensaient rejoindre les USA, et pas l'Europe. Ils se sont nourris de généreuses subventions européennes, mais sans nous en être reconnaissants. Surtout, ils sont devenus une "low cost country". L'Allemagne en particulier y a délocalisé son industrie. Les Polonais les plus diplômés, ou les plus dynamiques, ont fui le pays, pour occuper des emplois low cost dans des pays high cost (l'Angleterre, notamment). D'où mécontentement des natifs, et Brexit. 

La chute du mur de Berlin a fait du Polonais un sous-homme ?
Tusk spoke to reporters and questioned Poland’s future in the European Union. Visibly agitated, he warned about what he described as Poland’s weakening position within the bloc. “It smells like an introduction to an announcement that Poland does not need the European Union and that Poland is not needed for the EU,” he said, adding, “I am afraid we are closer to that moment.” (Politico)
(Les mécanismes d'intégration européens n'ont pas toujours fonctionné ainsi. Ils visaient, au contraire me semble-t-il, à uniformiser les niveaux de vie, en permettant à chaque nouvel adhérent de rattraper le niveau technologique du groupe. C'était, je crois, la logique du Plan Marshall.)

Parrain

Différentes personnes me disent que M.Macron conduirait le changement comme dans le film La parrain. A coups "d'offres que l'on ne peut pas refuser".  

On ajoute que ce n'est pas un homme bien. Car ce sont des méthodes peu démocratiques. Cependant, les méthodes démocratiques ont déjà été utilisées. C'était celles de ses prédécesseurs. Et elles n'ont pas donné de résultats très démocratiques. Serait-ce pour cela que M.Macron a des moyens de pression sur beaucoup d'hommes bien ?

Perfide Albion

On dit que les négociateurs anglais du Brexit sont désorganisés. Connaissant la légendaire perfidie anglaise, c'est louche. Et s'il y avait là un plan machiavélique ? Justement un moyen de "diviser pour régner" (expression qui a deux traductions en anglais) ? L'essence même de la britanitude. 
Brussels fears British chaos is part of a cunning plan: Is Britain’s strategy to pretend not to have a strategy? Diplomats in Brussels who know British negotiators to be canny and usually top-of-the-class can’t believe the U.K.’s surface-level aimlessness is the full story. “In September they’re going to swamp us with [position] papers on the fault lines — exactly the issues where they know we [the EU27 countries] are divided,” predicted an EU diplomat. Jakob Hanke and David Herszenhorn have the full story. (Politico)

jeudi 3 août 2017

Fils à papas

Des analyses ADN montreraient que chez certains singes et félins, les enfants ne sont pas de leur père. En s'accouplant avec un grand nombre de mâles, la mère leur laisse entendre que l'enfant est d'eux. Ce qui les conduit à le protéger. (La méthode scientifique de France Culture.) 

Illustration inattendue de la théorie du gène égoïste. Et justification darwinienne des thèses féministes ? (Mais quel va être l'impact du test ADN sur l'évolution ?)

Montparnasse

La SNCF est chaos. Un incident technique infime a mis hors d'usage la Gare Montparnasse. Surtout, les naufragés de la SNCF sont perdus sans information cohérente. 

Rien d'exceptionnel. Ma vie de banlieusard me fait rencontrer régulièrement ce type de problèmes. Et, en un an, j'ai subi deux incidents quasi identiques, sur des trajets longs. L'un à la Gare d'Austerlitz et l'autre à Montparnasse. 

Y a-t-il un conducteur dans la rame ?
Espérons que la crise aura du bon ; qu'elle forcera la direction de la SNCF à affronter ses démons. Je soupçonne qu'ils sont doubles. Le premier est lié à son équipement. La SNCF a fait l'impasse sur l'investissement. Il faut peut-être y voir la conséquence de l'injonction paradoxale dans laquelle elle vit : les élus veulent qu'elle en fasse toujours plus, en lui donnant toujours moins. (Au motif que comme elle est "évidemment" mal gérée, l'injection de méthodes de management modernes ne peut que lui faire faire des miracles.) Mais, l'injonction paradoxale n'est pas fatale. Lorsque l'homme veut résister à ce qu'il trouve mauvais, il sait très bien le faire. La SNCF n'a pas été une grande résistante. Le second, probablement lié au premier, semble une question de management. Apparemment, le personnel est laissé à lui-même. (Il y a quinze ans, un haut fonctionnaire de la SNCF me la décrivait, selon ses termes, en "bateau ivre".)

Conclusion ? Il est tentant de penser que ce qu'il faut à la SNCF, c'est un pilote dans le train : quelqu'un qui ait le sens des responsabilités. Un meneur d'hommes, cheminots et hommes politiques.

(PS. Article du Monde, qui semble partager mon point de vue..." SNCF : une pagaille peut en cacher une autre", article du quatre août.)

Changement

Un dirigeant me disait qu'il n'avait jamais trouvé personne avec qui il puisse parler de son expérience du changement. Il était heureux d'avoir enfin rencontré quelqu'un qui le comprenne. Et moi, me comprend-on ? 

Depuis 15 ans, je rencontre des journalistes. Et nous nous livrons à un dialogue de sourds. Ils ne saisissent rien à ce que je leur dis. Jusqu'à ce qu'ils me parlent de leur situation personnelle. Ils vivent un calvaire... Ils aimeraient que je les aide. Mais pas écrire sur mon travail... 

Peut-être qu'il y a quelque-chose de honteux à parler de changement ?

mercredi 2 août 2017

Jeux olympiques

On le lisait depuis longtemps : Paris et Los Angeles allaient organiser les prochains jeux olympiques. Plus personne ne voulant faire les frais d'un tel événement, le comité olympique ne pouvait pas se permettre de perdre un des deux candidats. Maintenant, c'est confirmé. Paris a les jeux. 

Et s'il fallait s'en réjouir ? La Mairie de Paris plus forte que Keynes ? Creuser le déficit du pays, n'est-ce pas un stimulant supplémentaire à la remise sur pieds, en urgence, de l'économie nationale ? 

Etat négociateur

Je lisais que La Poste s'intéressait à une banque italienne. L'Etat italien n'a-t-il pas là un otage dans la négociation STX ? En fait, la France et l'Italie se tiennent par la barbichette. Hier l'Italie refusait l'entrée d'Air France dans le capital d'Alitalia, maintenant c'est la France qui fait des difficultés à Fincantieri. Au passage, tout le monde a à y gagner : chaque gouvernement est loué par son opinion pour défendre les intérêts nationaux.

Camouflet aux précédents présidents ? C'est peut-être une règle du jeu qui n'a pas été suffisamment respectée par l'Etat français. Tendance générale ? Notre gouvernement, à l'intérieur ou à l'extérieur, semble avoir choisi la voix de la négociation. Mais, apparemment, en sachant se placer en situation de force. 

La journaliste Anne Fulda, écrit que c'est son talent de négociateur qui a fait la fortune de M.Macron chez Rothschild... (Il a été le plus jeune associé de Rothschild, et ce n'est pas uniquement à son entregent d'inspecteur des finances qu'il doit sa promotion.)

Egoïsme

Ayn Rand (billet précédent) a du bon. Sa défense forcenée de l'égoïsme force à s'interroger. Il semble admis qu'il est bien d'être altruiste. Mais que signifie "altruisme" ? De quel droit peut-on se mêler des affaires des autres, par exemple ? Les mettre sous tutelle ou les expédier dans un asile psychiatrique soviétique, par exemple ? Une des fortes motivations du colonialisme français fut altruiste, aussi. 

L'altruisme a un autre aspect dont on parle moins : c'est l'attente que l'on a vis-à-vis de la société. Si je dois l'aider, je m'attends à ce qu'elle m'aide. Tentation à l'irresponsabilité. L'égoïsme, au contraire, me demande d'être responsable de moi-même. On ne me doit rien. Je n'ai pas à me lamenter d'un sort injuste, par exemple de mes parents. Car, je peux changer les choses, ou moi. 

Un égoïsme extrême, comme l'altruisme, mène à des contradictions. Tout est une question de mesure, de "juste milieu" à la Aristote. En tout cas, s'il faut se méfier des idées lorsqu'elles se veulent absolues, elles sont utiles lorsqu'elles forcent à penser. Et, pour cela, elles ont besoin d'être pures et caricaturales ?

mardi 1 août 2017

Ayn Rand

Ayn Rand est vénérée aux USA. Elle est inconnue en France. France Culture en parlait la semaine dernière. Ayn Rand a défendu un marxisme inversé. Les pauvres volent le riche. Que le riche fasse la grève générale, et les parasites crèveront. Elle est la pasionaria de l'égoïsme : l'altruisme est le mal absolu. Ce que n'a pas dit l'émission, c'est qu'Ayn Rand avait toutes les caractéristiques du pervers narcissique. En particulier, elle tendait à prendre les gens pour des choses. Notamment son mari. 

L'intérêt de l'émission était de montrer qu'il serait idiot d'en rester là, de condamner ou d'approuver sans chercher à comprendre. Ayn Rand et son message résonnent avec la culture américaine, en particulier. Là-bas, il y a effectivement un affrontement entre élan créatif et carriérisme cynique, entre Start up libertaire et bureaucratie monopoliste. Mais, ce ne sont peut-être que deux faces d'une même pièce : Ayn Rand se désolait que son oeuvre n'ait pas attiré autour d'elle les démiurges dont elle parle ; elle même, si j'en crois l'émission, a fait appel à la sécurité sociale, dans sa lutte contre le cancer.

Ayn Rand illustre un autre aspect de cette culture : le professionnalisme. Elle n'a pas fait oeuvre de philosophe mais d'écrivain. C'est une sorte d'Alexandre Dumas, qui n'aurait écrit que deux livres. Ce qui lui aurait demandé des décennies d'un travail de recherche minutieux. Ces livres sont des caricatures de la société. Il n'y est question que de bons et de méchants. On n'y trouve pas d'enfants, de handicapés, ou de naufragés de la vie. Amérique ? Les créateurs d'entreprise y sont des porteurs de quelque chose qui s'apparente pour eux à la vérité. Ils ont énormément travaillé pour parvenir à la perfection. L'enrichissement n'est pas leur motivation. Mais il est la récompense naturelle de leurs efforts. Un clin d'oeil de complicité que leur fait Dieu. 

Sucre

Il y a quelques temps j'entendais Idriss Aberkane parler de sucre à Jacques Attali. (France Culture.) Le sucre serait une drogue comme l'alcool, mais plus dangereuse. Aussi, il nous aiderait à vivre dans un monde de stress. 

Dis moi où tu habites, je te dirai ce que tu consommes ? Voilà pourquoi les soft drinks sont nés aux USA ? Améliorons la société et nous mangerons de manière équilibrée ?