lundi 31 août 2015

Philosophie et mort de l'homme


Foucault aurait annoncé "la mort de l'homme", dit Michel Onfray. D'une manière générale la philosophie traditionnelle, depuis Platon, pense que l'idée est première. Que l'homme est déterminé, donc n'existe pas. Michel Onfray nie cette conclusion. 

Cependant, ne sommes-nous pas tout de même un peu déterminés par les lois de la physique ? Mais ces lois ont-elles une réalité ? Essayez de construire un pont, de lancer une fusée ou de diriger une sonde interplanétaire en utilisant les lois de la physique ! Elles donnent des idées générales, mais, pour en tirer du pratique, il faut avoir recours à l'empirisme. En fait, ce ne sont pas tant les lois qui sont en cause que ce sur quoi elles s'appliquent. Curieusement, je ne connais pas de gens qui l'aient remarqué. Prenons le cas des planètes. Henri Poincaré a montré que, pour connaître leur trajectoire, il faut connaître leur position avec une infinie précision, ce qui est impossible. Mais ce qu'il n'a pas dit est : qu'est-ce qu'une planète ? Les lois de la gravitation classiques s'appliquent au centre de gravité. Mais quel est le centre de gravité d'une planète ? Où commence une planète et où finit-elle ? La physique demande des frontières, alors que l'on est incapable de les déterminer. 

Un autre problème auquel je me suis intéressé cet été est celui des marées. Un cours de physique vous dira qu'elles ont une période de 12h25, résultat de la combinaison des mouvements de la terre et de la lune. Avec un petit coup de pouce du soleil. Quant au calcul de la hauteur d'eau, il faut inclure des phénomènes de résonance, qui dépendent de la forme du fond marin. 
Mais, à La Rochelle, fin août, les marées semblaient distantes les unes des autres de 12h30, et surtout cette durée changeait sans arrêt. Du coup, j'ai demandé son avis à Wikipedia. Réponse : la formule de calcul est semi empirique. Quant à la hauteur d'eau, le vent peut la faire varier d'un mètre... Dans cette affaire la question la plus intéressante est : que signifie "hauteur", comment la mesure-t-on ? Où ?...

Tout se déglingue

J'explique à un ami que mon dernier livre est écrit pour ceux qui trouvent que "ça ne marche pas". Il me dit :
Je fais un peu le même constat. Rien ne se passe plus comme prévu quand on fait ce qu'il faut faire pour que les choses évoluent comme on le souhaite. Je constate depuis quelques années que plus personne ne fait son boulot normalement pour résoudre les questions posées. Il y a une déresponsabilisation totale de tout le monde y compris du côté de l'administration. Les gens ne font que ce qui est facile et qui se voit (ex. La Police verbalise plutôt que de lutter contre l'insécurité, le comptable fait le résultat de l'entreprise plutôt que les opérationnels, la vision virtuelle l'emporte sur le réel, on lâche des fortunes à la Grèce sans espoirs de retour pour des raisons purement politiques, les candidats aux élections vendent des promesses jamais tenues, il faut se justifier des échecs en allant chercher des excuses chez les autres, etc.). Le Monde n'a plus confiance en lui-même, il ne sait plus résoudre les problèmes avec courage, tout est ventre mou, tout le monde se fout de tout avec égoïsme, etc. L'homme perd peu à peu sa réactivité face aux anomalies et injustices du Monde, il est de moins en moins combatif, sans doute parce qu'il est entouré d'inertie et de lâcheté, la canaille à plus de droit aujourd'hui que l'honnête citoyen... Et puis être un honnête citoyen devient une "tare"... Bref les valeurs s'inversent dans l'indifférence générale...
Et, je réponds :  
Lisez mon livre ! Solution : faire le deuil du passé + "résilience", un mot savant pour dire qu'il faut se donner des armes pour affronter cet environnement déglingué. Et ces armes sont avant tout un "écosystème" de gens de confiance.

dimanche 30 août 2015

Maudite Hillary ?

Hervé Kabla me transmet un article de Christophe Lachnitt sur Hillary Clinton. Hillary Clinton : candidate malgré elle. En le lisant, je me suis souvenu de ce que je disais d'HEC et de son concours : il y a plus de filles que de garçons qui tentent cette école, mais il y a plus de garçons que de femmes qui sont reçus. Si vous êtes un garçon vous avez 50% de chances de plus qu'une fille de réussir. 

Je crois que cela tient aux caractéristiques du mâle : il est stimulé par l'adversité. Il rate les examens, mais réussit les concours. Un effet imprévu de la sélection naturelle ? 

Quant à Hillary, elle me fait l'effet de la très bonne élève, incapable du coup de génie, ou du coup de folie, au bon moment. 

La Haine de Günther Anders

Günther Anders parle de la haine, et c'est inquiétant.

Dans la guerre moderne, on ne voit plus l'ennemi. Le soldat n'a plus besoin de haine pour se battre. Il devient un travailleur ordinaire. Quand Günter Anders écrit, il pense à la bombe atomique. Mais c'est encore plus juste aujourd'hui, si l'on considère la façon dont les USA modernes font la guerre. C'est, en quelque sorte, une opération médicale, pour le bien de l'humanité. Elle est menée par des drones, opérés par des employés de bureau.

Et pourtant, la haine n'est pas obsolète. Car nous avons besoin de haïr pour nous affirmer, ou même pour être. Alors, on nous invente des objets de haine... 

(ANDERS, Günther, La haine, Rivages poche, 2009.)

samedi 29 août 2015

Vive la banlieue !

L'autre soir, j'écoutais une émission de France Culture, Du grain à moudre. On interrogeait des réalisateurs de films vivant en banlieue. On leur demandait ce qu'ils pensaient des films tournés sur la banlieue. Eh bien beaucoup de mal. Ces films la montrent comme une sorte de champ de bataille, une zone de non droit, alors qu'il s'y trouve des gens très estimables et qui y vivent dignement. En outre leurs réalisateurs monopolisent les crédits à la création, et en privent les talents de banlieue. Le haine n'est pas un film sur la banlieue, mais le sentiment qu'ont les banlieusards vis-à-vis de son réalisateur. 

Mais, il y avait mieux. Ces gens semblent avoir fait contre mauvaise fortune bon coeur. Ils en reviennent aux fondements de l'art. Ils ne réalisent pas de films pour gagner de l'argent mais pour exprimer ce qu'ils ont dans le coeur. C'est ce que permettent le numérique et les copains. Et s'il y avait de l'espoir ? Et si le changement venait de la banlieue ?

(PS. j'ai trouvé le lien de l'émission.)

Et si l'homme pouvait voler ?

L’arrache cœur de Boris Vian. Des triplets découvrent qu’ils peuvent voler. Leur mère, voulant les protéger, les enferme dans une cage « pleine d’amour ». La société d’après guerre, peut-être parce qu'elle avait peur du retour du fascisme, nous a mis dans une telle cage. Elle a endormi en nous la capacité de voler, c'est-à-dire notre capacité à la liberté. Dernièrement, la cage s’est vidée d’amour, pour se remplir de haine et d’envie…

Camus, L’homme révolté. « Je me révolte donc nous sommes. » L’expression de la liberté, c’est vouloir créer une humanité dans laquelle il fait bon vivre, dans laquelle l’homme peut donner le meilleur de lui-même. Ce n'est pas prendre ses jambes à son cou. 

Comment réussir ? 

Se libérer consiste à « trouver sa voie », selon l’idée de la philosophie chinoise (Dao ou Tao). Et cela se fait par une enquête, qui permet de détecter des pistes, et par l’expérience, pour tester leur validité. C’est l’essence de la démarche scientifique. C’est un travail qui se mène au cœur des combats des sociétés. Découvrir sa capacité à la liberté est donc le « plus long chemin de soi-même à soi-même ». En effet, il passe par une odyssée dans le monde et ses problèmes.

Cette odyssée est pleine de pièges. Car c’est notre cerveau que la société a rendu captif. (Idée centrale de la philosophie des Lumières.) Elle y a implanté des idées qui conditionnent nos comportements. Et qui font échouer toute velléité d’évasion.

Cette odyssée doit nous préparer à ce que nous trouverons en sortant de la cage : la jungle et l’incertain. Le chaos, phénomènes catastrophiques et imprévisibles. Ce sont des dangers et l’occasion de se transformer, de se développer. Pour pourvoir y survivre, et les exploiter, il faut bâtir sa résilience. Et celle-ci est avant tout sociale. C’est une question d’écosystème (au moins humain). Un tissu de compétences complémentaires soudées par la confiance et solidaires. 

vendredi 28 août 2015

Elégant Bergson

"J'ai voulu rester parmi ceux qui demain seront des persécutés. Mais j'espère qu'un prêtre catholique voudra bien venir dire des prières à mes obsèques." écrit Bergson, dans son testament en 1936. 

Il était juif, et aurait aimé se convertir au catholicisme, mais il a jugé que ce n'était pas un moment approprié pour cela. 

Changer le nom d'une entreprise

Un ami a voulu changer le nom de l'entreprise qu'il dirigeait. Échec. Il a eu beau tempêter, les vieux réflexes sont revenus au galop. 

Je lui ai expliqué qu'il illustrait les travaux de Kurt Lewin. Si l'on veut modifier le comportement d'un individu, il faut changer celui du groupe !... Or, dans le cas d'une entreprise, le groupe est important, puisqu'il inclut les clients et que ceux-ci se préoccupent bien peu de leur fournisseur. 

Il me disait aussi que, contrairement à moi, il voulait détruire la culture de l'entreprise. Je pense que, ce faisant, il provoque une réaction de rejet de l'entreprise. Pour ne pas disparaître, elle corrige ses failles. Et elle l'éjecte. Médecine efficace. 

jeudi 27 août 2015

Méfiez-vous des diplômes

J’ai eu à me pencher sur la question des diplômes. J’ai découvert qu’il y avait une génération spontanée de grandes écoles. Toutes obsédées par leur classement. Car, en France, on se croit déterminé par le diplôme. Le diplôme exerce sur nous la même fascination que les phares de la voiture sur le lapin. Car, il y a toujours quelqu’un qui a un meilleur diplôme ou un meilleur classement que le vôtre. Et, à la fin, un inspecteur des finances parachuté met tout le monde d’accord.

Pour ma part, je crois que tous les diplômes se valent, à condition de ne pas y croire. Suggestion à l’étudiant  : la technique du « positionnement », sommet de l’art du marketing. 

Dans mon cours de marketing, je définissais le positionnement comme : « un avantage déterminant, soutenable sur le long terme, pour un marché suffisant ». Il s’agit de se placer en position de monopole sur une niche. 

Comment y parvient-on ? Par essai et erreur, en utilisant au mieux ses stages et autres expériences, en cherchant à la fois à déterminer ses forces, ses envies, et ce qui plaît au marché. C’est une combinaison de deux métiers : le vôtre et celui de votre industrie. Par exemple, un contrôleur de gestion de l’équipement automobile peut faire une très belle carrière. (Un des anciens PDG de Valeo est diplômé du Master dans lequel j’enseigne.) 

Ce genre de spécialisation conduit à un avantage qui permet de se garantir des parachutages. 

Talleyrand

Livre et homme surprenants. Talleyrand semble avoir surclassé tout ce que l'Europe a compté à l'époque d'hommes de pouvoir. Ce qui le définit d'abord est probablement qu'il est un joueur de whist, un ancêtre du bridge. Il est à la fois calculateur et impénétrable. Il sait attendre le bon moment, le moment où on ne l'attend pas. Cela aura fait de lui un négociateur exceptionnel, qui aura obtenu tout ce qu'il a voulu. Et ce, y compris dans des situations apparemment désespérées. Par exemple au Congrès de Vienne, où les puissances victorieuses ne veulent pas écouter la France, et qu'il saura diviser avant de les diriger. 

C'est aussi un visionnaire. C'est un libéral. Un "homme d'affaires" disent les plus grands hommes d'affaires anglo-saxons de son temps. Son modèle, c'est l'Angleterre, et il veut une Europe en paix. Très tôt il essaie de raisonner Napoléon. Ses victoires lui font peur. Il l'incite à être magnanime. Mais Napoléon a soif d'absolu. Alors, Talleyrand va changer de camp. Et, surtout, il va aller jusqu'à fédérer les adversaires de la France, qui tendent à se disputer. Il semble avoir obtenu ce qu'il cherchait. Car il paraît avoir été le père de l'Europe d'après 1815. Une Europe qui a connu un siècle de paix. Et une France bourgeoise. 

Si Talleyrand peut paraître un homme de notre temps par certains côtés, c'est avant tout un grand seigneur d'Ancien régime. Aîné traité comme un cadet d'une branche elle-même cadette, toute son ambition consiste à faire de sa "maison" une des plus prestigieuses de France. C'est après cela qu'il court. Et c'est ce qui le fera réécrire son histoire, à la fin de sa vie. Notamment en obtenant le pardon de l'église pour ses nombreuses fautes (à commencer par le fait qu'il a été un évêque, et qu'il s'est marié), sans rien lui donner en échange. 

Cette vie est peut-être une formidable leçon sur la nature humaine. Comme les anciens Chinois, Talleyrand pense que l'on ne peut pas s'opposer à la marche des événements. Alors, il faut savoir en tirer parti. Il fera donc, tour à tour, un pacte avec Bonaparte, bien loin d'être Napoléon ; puis, avec les puissances coalisées contre la France, comme on l'a vu, ce qui vaudra, en échange, à son neveu de se marier avec un des plus beaux partis d'Europe ; puis il amènera Louis XVIII sur le trône ; avant d'aider Louis-Philippe à y monter. Et, pour cela, s'il sait s'allier au vainqueur du moment, il ne se coupe jamais définitivement avec qui que ce soit. Il a des contacts partout, dans tous les camps. Et ce parce que, homme d'Ancien régime, il n'y a pas de frontière entre sa vie privée et sa vie publique. En particulier ses anciennes maîtresses, avec qui il gardera toujours des relations amicales, lui seront d'une grande utilité. Sa famille aussi, qui est du côté des émigrés, l'aidera. Et il se servira habilement de ses multiples relations avec une grande quantité de filous, et de financiers.

On l'a beaucoup critiqué, et pourtant, il a toujours eu le dernier mot. Il n'y a pas eu un professeur de moral qui n'ait eu un jour besoin de ses services, pour le sauver des conséquences d'un de ses vices. Sa plus belle négociation peut-être est avec le père du Duc d'Enghien. Talleyrand a joué un rôle de premier plan dans l'assassinat du duc. Pour la noblesse, c'est un crime odieux. Et pourtant le père du duc va avoir besoin de l'aide de Talleyrand, qui va en profiter pour lui soutirer son pardon, mais aussi lui faire adopter un des fils de Louis Philippe, auquel il va laisser une des plus grosses fortunes de France ! Peut-être était-ce la force de Talleyrand ? Il a eu le courage de voir la réalité en face. Il n'y a pas de héros, pas d'ange. Nous avons tous nos forces et nos faiblesses. Il a reconnu les siennes. Et il a joué de celles des autres. 

(De Waresquiel, Emmanuel, Talleyrand, Le prince immobile, Texto, 2015.)

mercredi 26 août 2015

Des actions, pas des paroles

Bergson : « n’écoutez pas ce qu’ils disent, regardez ce qu’ils font ». Mon expérience dit la même chose. Et l’anthropologie : ce que l’on fait, l’artefact, reflète les hypothèses fondamentales d’une culture, les lois inconscientes qui guident sont comportement collectif.

Un exercice que nous devrions tous faire : chercher ce qui se répète dans les comportements de ceux qui sont importants pour nous, afin de comprendre ce qui les détermine ?

Google : mauvais choix

Lorsque j'ai créé ce blog, j'ai choisi Google comme plate-forme. Ce choix n'était pas raisonné. Je voulais créer quelque-chose rapidement, et j'ai pensé que je trouverais certainement ce quelque-chose chez Google. C'était plutôt une mauvaise décision. Certes, cette plate-forme me semble plus facile à utiliser que les autres. Mais j'ai l'impression qu'elle est beaucoup moins vue. J'y reste, parce que, en fait, cela me convient. Je peux écrire ce que je veux dans une certaine discrétion. Je n'ai pas à perdre du temps à défendre mes idées en réponse à des commentaires qui ne les auraient pas comprises. 

En outre, cela m'a amené à utiliser Google+. Or même Google ne semble pas croire à Google+. Par exemple, lorsque j'utilisais Gmail ou Blogger, il y avait en haut à droite un "+christophe" qui m'envoyait, lorsque je cliquais dessus, sur mon compte Google+. Maintenant, il est devenu "christophe" et est inactif. D'ailleurs, par comparaison avec Facebook, bien peu de médias utilisent Google+. 

Google m'a toujours donné le sentiment d'une sorte de déglingue. Il vous propose un service. Quelques temps après il n'est plus disponible. C'est un peu comme si votre voiture, votre maison... partaient en morceaux sans vous prévenir, et sans que vous sachiez trop pourquoi. Tiens, les freins ne marchent plus... 

mardi 25 août 2015

Art et changement

Et si une société qui réussit était une œuvre d’art ? Ce que dit Boni de Castellane de la Tradition m’a rappelé les idées des anciens Chinois et d’Hannah Arendt.

Cela expliquerait peut-être pourquoi la notion de culture a une telle importance pour la gauche. Et si elle voulait nous prouver que l’histoire s’est arrêtée ? Mais est-ce le cas ? L’esthétique de banlieue et de shopping malls de notre société est-elle belle ? La bibliothèque Mitterrand ? Le « spectacle vivant » ?...  Mon travail sur le changement vient de ce que la plupart des choses que nous faisons « ne marchent pas » : société dysfonctionnelle, donc ?

Cependant, est-ce le chaos pour autant ? Et si ce qui ne marchait pas n’était pas fondamental, mais superficiel ? Et si les grands principes de notre société avaient changé sans que nous sachions encore encore les utiliser ? (A l'image d'un conducteur ordinaire à qui l'on donne une F1.)

Et si nous étions à la veille d’une nouvelle ère, d’une nouvelle œuvre d’art ?

Management interrogatif

Un collègue dit à un dirigeant qu'il devrait faire évoluer son mode de management de "pédagogico-directif" à "interrogatif". Comment manager de manière interrogative ? 

Le management interrogatif part du principe que, si c'est au dirigeant de choisir les problèmes que doit résoudre l'entreprise (par exemple : comment doubler la marge de nos affaires ?), il ne peut trouver seul leurs solutions. Il doit demander à son équipe de faire ce travail. Pour cela, il doit préparer une batterie de questions, aussi importante que possible, dont le thème est "pourquoi cette idée, qui semblait excellente, n'a pas marché". Psychanalyse de ses craintes. Et surtout, il ne doit accepter une solution que s'il est certain "qu'elle va marcher". Une façon de savoir si c'est le cas est de vérifier que la méthode proposée "a déjà marché".

Cette technique peut être appliquée en dehors du bureau, par exemple aux adolescents en crise. 

lundi 24 août 2015

Du déclin de la noblesse

Chateaubriand, Tocqueville, Boni de Castellane et Clint Eastwood auraient-ils quelque-chose en commun ?

Les trois premiers ont voulu montrer à la démocratie nouvelle, l’utilité de la noblesse. Les films du quatrième montrent que le plouc américain n’est pas un facho. Leur point commun, peut-être, est qu’ils utilisent les valeurs de l’adversaire pour se justifier. Ce faisant, ils les acceptent. Ce qui pourrait être le début de la défaite. Avec, si le cas de Boni de Castellane est général, la conséquence qu’accepter les valeurs adverses c’est faire leur jeu. Donc tirer contre son camp.

Un autre exemple de ce phénomène semble être celui de l’Eglise lors des Lumières. A partir du moment où elle a cherché à utiliser la raison pour se justifier, elle ne pouvait que perdre.

Leçon à garder en mémoire ?

Canons de beauté

On s'interroge souvent sur les raisons qui font que nous trouvons quelqu'un beau. La plupart des articles que je lis semblent vouloir démontrer que c'est une question de sélection naturelle. Le "beau" aurait un avantage. Par exemple il trahirait une bonne santé. 

En fait, il semblerait plutôt que la beauté soit une question de culture. Les faux cils, par exemple (voir dernier paragraphe de ce billet), sont mauvais pour la santé. Et un chercheur observe que la découverte de la statuaire grecque au 19ème siècle a eu une énorme influence sur l'évolution des canons de beauté modernes. (Article.)

Et si la caractéristique de la beauté était la mode ? Et si son principe était l'aléa, l'imprévisibilité, une sorte de "bon plaisir" d'on ne sait qui ? Et s'il ne s'agissait que de s'assurer de l'obéissance des individus à une société : ceux-ci exprimant par là le renoncement à leur libre arbitre ?

("La liberté est obéissance à la loi qu'on s'est prescrite". Rousseau.)

dimanche 23 août 2015

Conception participative : tendance ?

On veut construire un centre social au Kenya, dans un bidonville. On utilise la technique de la "conception participative" (participatory design). Il s'agit d'associer la communauté d'usager à la conception du centre. Ce qui signifie non seulement de demander à ceux qui vont l'utiliser ce qu'ils vont en faire et ce qu'ils en attendent, mais surtout de saisir les règles de leur culture, pour que le bâtiment les respecte. 
“the aim of participatory design is not to change the rich culture that already exists in Mathare, but rather to understand it deeply enough to design a space that is useful to and reflective of the community.” (Article de l'Université de Cambridge.)
Et si nous utilisions cette technique en France ? En tout cas, elle ressemble à ce que l'on appelle "changement planifié". Y aurait-il émergence d'une nouvelle tendance ? Après des décennies de changement dirigé, le haut imposant ses idées sans discussion possible, l'intelligence humaine serait-elle a nouveau reconnue ? 

Mémoires de Boni de Castellane

Boni de Castellane (1867, 1932) fut le dernier des grands seigneurs français. C’est celui qui a le plus fait pour laisser de la haute aristocratie un souvenir fascinant.

Je le trouve plus intéressant que Proust. Non seulement, il écrit fort bien, et court !, mais, alors que Proust a décrit une société, lui l’a créée. Il a fait de sa vie une œuvre d’art.

Car, je le découvre en le lisant, la caractéristique première du grand seigneur était d’être un esthète. Il créait des châteaux et des fêtes. Sa vie, jusqu’à ses plus infimes détails, était art. Et pour cela il faisait corps avec tout un peuple d’artistes, qu’ils soient veneurs, cuisiniers ou fleuristes. Il aurait pu définir le barbare comme le faisaient les Chinois : « celui qui ne connaît pas les rites ».

Boni de Castellane a voulu défendre la « Tradition » contre l’esprit de la « Révolution ». La Tradition, c’était l’Ancien régime comme création esthétique. La Révolution, c’était le chaos. « La Révolution avait fait sentir ses ravages dans les monuments aussi bien que dans les idées. Le mauvais goût était devenu l’expression du désordre mental après l’Ancien Régime. »

Champion de la Tradition, il va pourtant innover. Il épouse une héritière américaine. Il lance une mode. Il utilise la fortune de celle-ci pour acheter des châteaux et des objets d’art, et un yacht aussi grand qu’un bateau de guerre, pour organiser des fêtes d’un faste qui n’a d’égal que celui de Louis XIV. Mais sa femme, dont il choisit les vêtements, n’est pas sensible à l’honneur qu’il y a à participer à ce rêve, en dépit de sa basse extraction. Car elle est fière d’être ce qu’elle est. Elle divorce. Curieusement pour épouser le duc de Talleyrand, le cousin de Boni. Ce qui le laisse surpris, ruiné et désemparé. Mais il se reprend. Le marché de l’art apparaît. Les nouveaux riches vident les châteaux de leur mobilier. Boni de Castellane va tirer parti de son sens du beau pour gagner beaucoup d’argent comme intermédiaire.

Il sera aussi un parlementaire nationaliste. Il semble avoir vu plus juste que ses contemporains. Notamment, il aurait aimé une Autriche forte, et neutre, pour faire contrepoids à l’Allemagne. Mais, là aussi, il fut un homme politique inefficace. Probablement en partie parce qu’il a eu plus d’estime pour ses opposants (il dit beaucoup de bien de Jaurès et de Blum) que pour son camp. S’il est anti-dreyfusard, autre exemple, c’est parce que l’affaire fait du tort à l’armée.

Alors, « tout est perdu, for l’honneur », conclusion de sa vie ?, me suis-je demandé. Pas sûr. Car il a fait le jeu des forces qu’il dénonçait. Peut-être avait-il mal interprété la vie de son arrière-grand oncle, Talleyrand, qu’il voyait à tort comme un saint : il faut savoir plier ses principes à la réalité, mais, ce, pour servir un principe ultime ?

samedi 22 août 2015

Ce que le porno dit de notre société

Le porno semble avoir des choses à dire sur notre société. France Culture parlait il y a quelques temps de porno. Ce que je retiens :

Initialement, il était une réaction contre la "dictature morale" de De Gaulle. Le porno représentait 30% des entrées des cinémas. Il avait pignon sur rue, en particulier sur les Champs Elysées. La marée haute du porno, c'est Giscard, grand libéralisateur de la société. Paradoxalement, avec Mitterrand et la gauche, c'est la décrue. L'ordre moral s'installe. Il chasse le porno, mais aussi tout ce qui peut avoir une connotation sexuelle, du cinéma et de la télévision. Le porno se réfugie sur Internet. Il y fait l'objet d'une consommation effrénée. "Internet c'est la jungle". Plus aucune réglementation n'est possible. Et pourtant l'auto censure y règne. Le porno n'est plus que performance et violence, plus transgression des règles sociales. 

Autre aspect curieux : chaque culture aurait son porno. En France, le porno s'opposerait au refus du plaisir, grand combat de l'Eglise. Au Japon, le porno, c'est manifester ses sentiments, perdre le contrôle de soi. Le porno serait-il une soupape de sécurité ? 

The Economist résilié

The Economist a joué un grand rôle pour ce blog. Pourtant j'ai résilié mon abonnement. 

Cette résiliation n'a pas été d'ailleurs sans un curieux incident. En juillet, j'ai reçu un mail de The Economist me disant que, comme je l'avais demandé !, mon abonnement était automatiquement renouvelé. Or, j'avais pris grand soin de ne pas cocher l'option du renouvellement automatique. Du coup, je suis allé regarder sur le site du journal ce qui figurait sur mon espace abonné. J'ai découvert alors que je n'avais plus la possibilité de choisir le système de renouvellement, ou même de voir les choix que j'avais faits. J'ai donc envoyé un mail au service compétent pour lui annoncer mon intention de mettre un terme à mon abonnement. Le jour d'après ma volonté était faite. Ce qui est à mettre au crédit de The Economist. 

Pourquoi ai-je quitté The Economist ? Pour une raison paradoxale. En fait, je le lisais parce que nous ne sommes pas d'accord. Depuis 150 ans, au moins, il milite pour le libre échange comme alpha et omega du bonheur humain. Ce qui me semble nous promettre un monde bien triste. Un monde de boutiquiers. Mais un blog se nourrit de contradictions. Ce qui ne me convient plus, c'est que, contrairement à ses principes, The Economist s'est mis à manipuler l'information pour qu'elle aille dans le sens de ses préjugés. Par exemple, il s'est livré à un exercice particulièrement malhonnête intellectuellement en ce qui concerne la France. Autre exemple : M.Poutine. Que The Economist le présente, avec la France et M.Chavez, comme le grand Satan, ne me dérange pas. Mais qu'il ait annoncé, dès que des sanctions ont été décidées contre lui, que sa politique conduit la Russie à la ruine, alors que l'on peut constater que ce n'est pas le cas, est beaucoup plus grave. Qu'on l'aime ou pas, M.Poutine est probablement remarquablement pragmatique et a compris que la Russie était un petit pays qui doit jouer avec plus fort que lui. Et il le fait, me semble-t-il, plutôt habilement. On ne peut pas en dire autant des USA. 

vendredi 21 août 2015

Complot islamique

Il semble que le complot islamique fasse recette. En gros, il semble que l'idée soit la suivante : l'Islam est un complot pour subvertir le monde. Et les Islamistes modernes se sont attelés à la tâche. A cela peut s'ajouter une tirade sur la décadence de l'Occident. 

S'il y a décadence de l'Occident, c'est probablement dans l'indigence de ce raisonnement qu'on peut la voir. En effet, qu'a fait l'Islam en 15 siècles, sinon se déchirer en guerres intestines ? Et qu'en est-il aujourd'hui ? Le plus grand ennemi de l'Arabie Saoudite, c'est l'Iran. 

Je me demande si ce type de théories ne reflète pas nos propres fantasmes. Si nous le pouvions nous ferions un grand massacre purificateur ? 

Des vertus sociales du sadomasochisme ?

Et si le sadomasochisme était l'esprit de la société russe ? (Au sens "esprit des lois" de Monstesquieu.) Une émission, déjà ancienne, à la gloire d'Arielle Dombasle m'a fait aboutir aux pages wikipédia de Robbe-Grillet et de sa femme. Cette dernière serait une grande prêtresse du sadomasochisme. Ce qui en était dit m'a rappelé La fin de l'homme rouge. D'où la question : et si bourreau / victime était une posture culturelle ? 

Et si les cultures reposaient sur un type de relation interpersonnelle qui assure leur cohésion ? La société anglo-saxonne pourrait confirmer la règle. Et si la schizophrénie, telle qu'étudiée par Bateson, était son principe ? On dit quelque-chose, mais on fait autre chose. C'est pourquoi l'Indien constate que le Cowboy a une "langue fourchue". C'est aussi le sens des travaux d'Edgar Schein sur la culture. Et c'est peut-être une explication du succès mondial de l'Américain. Nous l'avons cru sur parole...

Y a-t-il quelque-chose de juste derrière cette idée fantaisiste ? Si oui, ces principes sociaux produisent-ils des sociétés saines ?

jeudi 20 août 2015

Soigner la dépression, pour les nuls

Gargoyles on a mosaic in the Museum Capitolini.png
"Gargoyles on a mosaic in the Museum Capitolini". Licensed under Public Domain via Wikimedia Commons.

La question de la dépression est une problématique centrale dans l'étude du changement. De ce fait, j'en suis arrivé à observer la dépression autour de moi. C'est étonnant à quel point c'est un phénomène répandu. Et ce qui est plus surprenant encore est que notre société le juge exceptionnel, voire pathologique. Voici quelques constatations et observations que j'ai faites :
  • Définition (Seligman). Elle est essentielle pour bien prendre le problème. Dépression = être abattu ("décidément, je suis nul") par l'imprévu. Opposé : optimisme = être stimulé par l'imprévu ("décidément, la vie est plus amusante que je le pensais").
  • La dépression est un phénomène naturel. C'est la première phase de l'apprentissage, et même de la pensée, et de la philosophie ! L'homme découvre que ce à quoi il croyait "ne marche pas". Il y a dégel de ses certitudes, recherche, plus ou moins aléatoire, de nouvelles règles d'action, et reconstruction, si ces règles donnent de bons conseils. Si "ça marche". 
  • Attention, j'insiste sur "aléatoire" ! La raison est l'ennemie de la dépression. La raison nous demande de suivre des règles. Or, si nous sommes dépressifs, c'est parce que ces règles ne fonctionnent pas. Nous ressemblons à la tête de lecture d'un électrophone qui rencontre une saleté. Il faut que nous sortions du sillon dans lequel nous sommes coincés. C'est un acte créatif, non rationnel. 
  • Ce qui cause la dépression est notre modèle d'interprétation semi inconscient des événements. Nous avons tous dans la tête une modélisation du monde. Quand quelque chose nous arrive, nous-nous racontons une histoire ("cette fille m'a souri, parce qu'elle me trouve irrésistible" - alors qu'elle n'a peut-être même pas souri, et qu'elle ne m'a pas vu). Une action en découle. Si ce modèle d'interprétation conduit à des actions qui "ne marchent pas", c'est la déprime. Pour soigner la dépression, il faut analyser ce que l'on a pensé avant l'action qui a mal tourné, ou avant le sentiment d'abattement que nous venons d'avoir, et se demander s'il n'y aurait pas eu d'autres façons de faire et qu'est-ce que cela aurait donné en termes d'action. Si l'on arrive à faire émerger un modèle alternatif d'interprétation du monde, conduisant à des actions qui réussissent, on se recode. 
  • Point important. Le processus de recodage est douloureux, il s'apparente généralement au mouvement d'une mouche contre une vitre. Il faut donc avant tout de l'énergie pour le mener à bien ! De l'avantage de la tête de lard sur l'intello. Or, une dépression parvenue trop loin c'est une accumulation de défaites, d'échecs destructeurs. Cela produit ce que Martin Seligman nomme "learned helplessness", en anglais. C'est vouloir rester dans son lit. Pour reprendre de l'énergie, il faut casser ce cercle vicieux, en faisant des "petites" actions banales (par exemple faire le ménage...). La réussite, même modeste, recharge les batteries. La dépression n'est pas un phénomène linéaire mais une question de cercles vicieux ou vertueux
  • Attention, encore. Il y a de bonnes et de mauvaises recharges. L'usage excessif de l'alcool ou dépenser ses ressources en emplettes sont des pièges à éviter...  
  • Encore plus important. Il ne faut pas croire au miracle, au traitement qui fera de nous des optimistes définitifs. Nous sommes tous plus ou moins cyclothymiques. En fait, cela n'a rien d'anormal d'avoir des périodes de doute ou d'euphorie. Ce qui l'est c'est ce que la société attend de nous. Elle nie la dépression. La norme pour elle, c'est le légume. Et c'est parce que la société nie la dépression qu'elle en a fait une pathologie sociale. A mon avis, un des points essentiels dans le traitement de la dépression est d'apprendre à se connaître, à s'extraire des idées reçues, et à expliquer son comportement comme étant normal, voire une force. "J'ai des périodes de dépression, pendant lesquelles je me recharge, et voilà ce à quoi je dois faire attention à ces moments" (par exemple : comme je doute de moi, je suis susceptible au mauvais conseilleur). Idem pour les périodes d'enthousiasme débridé.  

La fin du village

Enquête sur l'évolution d'un village de Provence. Travail d'anthropologue.

On ne sait pas trop pourquoi, mais tout s'est "déglingué". Au départ, il y avait une petite communauté villageoise pauvre, mais dont la vie avait un sens. Aujourd'hui elle se retrouve dans la situation d'une tribu primitive après l'arrivée de l'homme blanc. 

Première transformation. La ville s'installe à la campagne. Des cadres des grandes villes proches y achètent une maison puis une forme de jet set "globale" y établit un pied-à-terre. Inflation de l'immobilier. Le loisir remplace le travail. Seconde transformation. Révolution culturelle ? Deux composants : la "culture" et l'écologie. Les associations culturelles, subventionnées par la mairie, se multiplient. Elles tentent de prendre en main la communauté, de lui apprendre comment penser. On voit apparaître un moment un conseil municipal des enfants... Étrangement, ce projet, qui semble de gauche, parle comme l'entreprise : aussi bien pour les vieux de l'EHPAD, que pour les enfants, il est question de "qualité" et on applique les sciences du management ! (Gestion de production ?)

Quand cette utopie rencontre la réalité, plus rien ne fonctionne. Et surtout, plus rien n'a de sens. Il y a à un extrême de la société des nouveaux riches, qui étalent leur raffinement de parvenus, et considèrent le Provençal comme un primitif que l'on fréquente pour montrer sa largeur de vue. L'autre extrême est fait de déclassés, au chômage, qui n'ont plus goût à rien, et qui vivent d'une forme de mendicité publique. Les enfants sont déboussolés par le divorce. Leurs parents ne leur donnent plus de repères. Ils se déchargent sur l'école, dont la mission est quasi impossible. D'autant que la réussite scolaire est devenue une obsession. Ce qui conduit, paradoxalement, à priver l'enfant de liberté, et d'épanouissement. Par ailleurs, dans ce monde d'irresponsables, tout est source de conflit et d'appel à la gendarmerie. Le curé est considéré comme un GO de Club Med. On fait garder ses vieux et ses enfants par les organisations publiques. Et l'hypocrisie est partout, d'abord chez les bien pensants. Et cela fait le lit du FN. Car, les valeurs traditionnelles de la communauté (la chasse, par exemple) sont étiquetées "mal". Que peut faire l'exclu dans ces conditions ? Sans compter que l'école monte ses enfants contre lui. 

Bien sûr, il y a toujours de bonnes volontés dont l'initiative permet de compenser les pires égarements. Mais, comment remettre notre société en marche ? Il est facile de démolir, mais bien plus compliqué d'en imaginer une nouvelle. 

(LE GOFF, Jean-Pierre, La fin du village, Gallimard, 2013.)

mercredi 19 août 2015

Internet et filtrage de l'information

Il y a une décennie, on faisait des découvertes sur Internet. Par exemple, j'ai trouvé le site d'un professeur américain spécialiste de la Chine ancienne. En quelques références, j'ai appris ce que je sais sur la civilisation de ce pays. Aujourd'hui, le mieux que je puisse espérer est trouver ce que je cherche. 

Contrairement à ce que l'on nous dit, la caractéristique d'Internet n'est pas la quantité d'informations que l'on reçoit, mais sa valeur. Internet c'est une masse de déchets sans intérêt. Le problème que cela pose est le filtrage. Hier, il était fait par les journaux. Mais, aujourd'hui, eux aussi ont été victimes du syndrome Internet : ils nous disent ce que l'on entend partout.

Les réseaux sociaux me servent à filtrer l'information. Pas avec beaucoup de succès. Google+, pour commencer. Je me suis abonné aux flux d'information de quelques titres internationaux. Mais, même là, il y a peu d'intérêt. D'ailleurs, j'ai découvert que l'offre était plus étendue sur Facebook que sur Google+, réseau que je n'utilisais pas jusque-là. Finalement, ce qui marche le mieux est la liste de blogs qui figure sur mon blog. Il y apparaît la dernière publication d'un des sites que j'ai sélectionnés. C'est encore là que j'en apprends le plus. 


L'histoire à rebrousse-poil

Et si c'était à l'époque des cent jours, dans une moindre mesures à la Restauration, que s'étaient formées les passions de la France moderne ? 

A ce moment se joue un changement. La France va-t-elle devenir une monarchie parlementaire, pacifique, sur le modèle de l'Angleterre ? Pour cela, il aurait fallu que le roi prenne la tête de la nouvelle élite ayant émergé du règne de Napoléon. Mais, s'il abandonne l'ancienne noblesse, s'il accepte l'Etat centralisé, séduit par la puissance qu'il lui donne, il ne croit pas devoir sa légitimité à l'avenir, mais au passé. Quant aux nobles, ils estiment qu'ils ont triomphé, qu'on leur doit des rentes et que tout va recommencer comme dans un avant fantasmé. Ils se font haïr. Mais, même les nouvelles élites n'ont pas l'esprit anglais. Si elles doivent leur succès à leur effort, elles ne rêvent que de servir l'Etat. Que de privilèges ? (Notre élite serait-elle servile, par nature ?) 

Cela va se traduire dans une sorte de mythe du conflit, voire de la guerre civile. Les élites n'arrêteront pas de rejouer la Révolution. Ce mythe fondateur de la nation a deux caractéristiques : la restauration, collaboration avec l'étranger, et la trahison. D'un côté, il y a ceux qui revendiquent le droit (l'ancienne noblesse), de l'autre ceux qui recherchent la gloire (la nouvelle élite). Et tout ceci serait symbolisé par les cent jours. Waterloo n'est plus la juste rétribution de la folie meurtrière d'un tyran, c'est l'événement fondateur d'une nation martyre. 

Le plus curieux est que ce discours n'est pas le reflet de la réalité. Celle-ci est pragmatique. Ce qui me fait dire qu'une particularité de notre pays, ou de ses élites ?, semble être de s'enflammer pour des idées. Malheureusement, celles-ci conduisent souvent à des actions regrettables, ou a une irresponsabilité qui l'est tout autant. 

(WARESQUIEL, L'histoire à rebrousse poil. Les élites, la Restauration, la Révolution, Texto, 2014.)

mardi 18 août 2015

Pourquoi les génies sont-ils incompris ?

Je lis pas mal, et c'est un gros effort. En effet, pour arriver à saisir ce que dit l'auteur d'un ouvrage, il me faut m'adapter. Je dois parvenir à percer ses préoccupations. En quelque sorte à penser comme lui. Et, pour cela, il faut de "l'anxiété de survie" soit haute. Il faut que je le prenne au sérieux. Je dois considérer que mon effort en vaut la peine. Quels sont mes critères de choix ? Ils ont été longtemps sociaux. Je lisais parce que la société me disait que cet auteur était important. Petit à petit, au fur et à mesure que j'accumule du savoir, je m'intéresse à des inconnus.

Je me demande si ce phénomène n'explique pas la raison pour laquelle on ne découvre souvent un auteur qu'après sa mort. En effet, la découverte demande que quelques personnes respectées parviennent à lire l'oeuvre, lui trouvent un intérêt. Puis, on ne sait comment, influencent la société. Pour parler comme un économiste, il faut une vie pour que le "marché" parvienne à mettre une valeur sur les travaux les plus importants. Autrement dit, ce n'est probablement pas l'enrichissement personnel qui motive le génie... 

(Et ceux qui font fortune en une vie ? Pirates et autres spéculateurs ? Faux génies, vrais escrocs ?)

Cercle vicieux numérique

Il y a quelques temps j'écoutait débattre des experts sur la façon de redresser une entreprise traditionnelle qui a été "disruptée" par le numérique. J'en retiens, à tort ou à raison, que l'entreprise en question, qui a réalisé une "transition numérique", a maintenant un problème de notoriété. Celle-ci tenait à des publications papier. Mais ces publications ont été arrêtées car pas rentables ou pas au goût du jour. 

Il me semble aussi retirer du débat qu'aucun modèle économique numérique n'est durable. Les valorisations actuelles ne reflètent rien de plus qu'un effet spéculatif. On va se réveiller, demain, en découvrant que le "rasage gratuit" qu'on nous a promis n'avait pas de réalité. Mais qu'y avoir cru a fait des dégâts irréparables.

Dans ces conditions, la bonne stratégie n'est-elle pas de transformer l'entreprise en "start up", de jouer sur l'effet de mode pour faire grimper sa valorisation, et de la revendre avant que la bulle spéculative n'éclate ? Quitte à réinvestir l'argent gagné dans un nouveau projet entrepreneurial traditionnel ? 

Une autre stratégie est probablement d'essayer d'étaler la tempête. Par exemple, je crois que certains journaux, comme Le Monde, seront sauvés par le prestige de leur nom, et par l'irrationalité qu'il suscite chez les gens riches. On se réjouira peut-être un jour de la clairvoyance de leur dernier investisseur survivant. Mais on aura oublié que la montagne d'investissement qui y aura été englouti aura accouché d'une souris (de papier ?). 

(Quant à la raison de la spéculation, je soupçonne qu'il y a trop de cash et pas assez d'emploi productif pour ce cash. Curieusement, cela produit un effet spéculatif qui détruit l'existant. Donc cercle vicieux : le cash liquide ce en quoi il pourrait s'investir !)

lundi 17 août 2015

Bénéfice des vacances

Chaque année à cette période, je m'interroge sur la fonction des vacances. Question importante : quel est le bénéfice des vacances ? Qu'est-ce qui fait que certaines "vacances" en sont et d'autres pas ? 

Il me semble que la réponse est : se vider la tête. Nous devons accumuler plein de stress et de déchets psychologiques toxiques qui usent notre capacité à affronter l'aléa. Il faut éliminer tout cela, pour pouvoir retrouver le goût à la vie sans lequel on ne peut être efficace. (Ce que j'exprime par la formule : "il faut vivre pour travailler".) 

Comment se vider la tête ? Il y a le sport. La course à pieds est très efficace. Dommage que je ne puisse plus la pratiquer. Il y a aussi les livres. Le bon livre classique à la fois un profond, bien écrit, mais qui ne rappelle pas les tracas quotidiens. A l'époque où Dassault subventionnait mes séjours au Club Med, je vidais la partie anglaise de la bibliothèque du village qui m'accueillait. Ce qui surprenait les "GM". Car, probablement, chacun a sa façon de se retaper. 

Talleyrand en Amérique

"Le jour ou l'Amérique posera son pied en Europe, la paix et la sécurité en seront bannies pour longtemps". Voici ce que dit Talleyrand, qui vit aux USA de 1794 à 1795.

Le livre dont je tire cette citation ne justifie pas cette déclaration inquiétante de quelqu'un qui, par ailleurs, était apprécié des Américains, ne serait-ce que parce qu'il était jugé comme un homme d'affaires exceptionnel. (de Waresquiel, Emmanuel, Talleyrand, le prince immobile, Texto, 2015.)

dimanche 16 août 2015

Les USA ont-ils gagné la guerre ?

La bombe atomique n'aurait pas été la cause de la reddition du Japon. Avant de lancer leurs bombes atomiques, les USA avaient rasé 66 villes japonaises. Et cela n'avait nullement ému le pouvoir japonais. D'ailleurs, il n'en restait plus à démolir. L'armée était encore très forte, et conquérir le pays aurait demandé aux USA des sacrifices inacceptables. Ce qui a fait céder le Japon, c'est l'entrée en guerre de l'URSS, avec qui il avait un pacte de neutralité. Les Russes pouvaient entrer par le nord du Japon, qui était peu défendu, et refaire le coup de l'Allemagne. La fable de la bombe atomique arrangeait à la fois les Japonais et les Américains. Et c'est pour cela qu'on l'a crue. (L'article.)

Comme en Europe, l'intervention de l'URSS semble avoir été décisive. Or, on ne le dit pas. Cela montre peut-être deux caractéristiques des USA : ils ne tolèrent pas les pertes humaines ; mais, pour cette raison ?, ils sont particulièrement habiles à tirer les marrons du feu, à manipuler les autres nations. Et ce y compris l'URSS ?

Le sens des mots

Un des exercices favoris de certains types d'intellectuels est d'expliquer le monde par la racine des mots qui le décrivent. C'est curieux. En effet, je ne pense pas qu'il soit démontré que cette racine nous soit connue, et donc nous influence. Il me semble que, généralement, nous déduisons le sens du mot de son contexte. 

Prenons le cas de normal, comme dans "président normal". Acception courante de "normal" : conforme aux habitudes. Mais, alors comment expliquer "école normale", ou la "normale" en mathématique (= perpendiculaire). Voici ce que dit le dictionnaire du CNRTL :
Étymol. et Hist. 1. a) Ca 1450-65 verbe normal «régulier» (Charles d'Orléans, Ballade, CXXIIIi ds Poés., éd. P. Champion, t.1, p.198); b) 1839 soirée normale «conforme aux habitudes, sans surprise» (Balzac, Béatrix, p.49); c)1834 état normal (Id., E. Grandet, p.633); 1823 anat. (F.-G. Boisseau, Pyrétologie physiol., p.17); 1878 ne pas être dans son état normal (Ac.); 2. 1753 math. ligne normale (Saverien, Dict. univ. de math., t.2, p.72); 1759 math. subst. fém. (De Lalande, Tables astron. de Halley, II, 31 ds DG); 3. a) 1790 écoles ... normales (Le Moniteur, t.3, p.126); 1885 la Normale (Vallès, J. Vingtras, Insurgé, p.82); b) 1803 «qui sert de modèle, de règle» (Boiste). Empr. au lat.normalis «fait à l'équerre», employé en b. lat. au sens de «correspondant à la prescription», d'où «conforme à la règle». Dans l'expr. école normale, l'adj. a le sens de «qui sert de modèle» d'apr. le sens du lat. norma (v. norme) «ligne de conduite, prescription».

samedi 15 août 2015

La déchéance du pavé

Qu'il s'agisse des Champs Elysées, de la place de la République, du Jardin André Citroën, de la promenade des cygnes, la qualité des pavés qui ont été utilisés est pitoyable. Ils sont récemment posés et pourtant déjà cassés, fendus... 

Exemple d'une France qui veut péter au dessus de son cul ? Ou modèle de l'actionnaire roi ? Le producteur du dit pavé a convaincu l'Etat qu'il pouvait faire mieux avec moins, et s'est enrichi sur son dos ? Autre idée ?

Génération Y

Qu'est-ce que la génération Y ?, se demandaient des amis. Wikipedia explique qu'il s'agit des gens nés entre 1980 et 2000. Et que Y pourrait signifier "why ?". Qu'est-ce que j'en observe dans l'échantillon peu significatif des jeunes que je rencontre ? 

L'idée peut-être que c'est le résultat de la massification de l'enseignement supérieur. Ils ont été élevés hors sol. Ce sont des gens de théorie. Deux caractéristiques me semblent, mais je ne prétends pas à la rigueur scientifique, être les leurs :
  • Une absorption sans aucun esprit critique des idéologies à la mode, théories à la fois de gauche et de droite. On a donc un curieux mélange de théorie du genre, de mariage pour tous, de globalisation, de carriérisme, d'argent comme mesure de la valeur... 
  • Une incapacité totale à faire. Un besoin de guides. Ils semblent ne pas avoir eu de parents, et en avoir un grand besoin, à un âge où on est supposé s'en être affranchi. 
Tout aussi peu scientifiquement, je vois le bon côté de cette génération. Je pense que sa force est de ne pas être cynique. Elle a quelques nobles idéaux. Pour peu qu'elle trouve des personnes qui lui donnent un coup de main pour devenir autonome, elle les réalisera peut-être. 

vendredi 14 août 2015

Incompréhensions

Ce que j'écris me semble ne pas être comprise. Pourtant mon sujet devrait nous intéresser : comment faire marcher ce qui ne marche pas. Et j'essaie d'être simple, amusant, dense... C'est curieux : j'ai consacré des années de mon existence à quelque chose auquel le marché accorde la valeur 0. Ou moins. 

En fait, ce n'est pas tout à fait juste. 
  1. Les éditeurs considèrent que "j'ai un style". Au sens littéraire du terme. Ce que j'écris les étonne et leur plaît. 
  2. Les "grands" universitaires me prennent pour l'un des leurs. Malheureusement ils sont en voie d'extinction. Et ils ne forment pas un marché. 
  3. Quelques praticiens du changement ont apparemment adopté certains de mes ouvrages comme livres de chevet. Ils lisent, ils relisent, ils annotent. 
  4. Quant à mes étudiants, ils considèrent spontanément que ce que j'écris est incompréhensible. Mais lorsque je leur fais faire un exercice noté, ils m'en font une analyse épatante.
Le changement est une question d'anxiétés de survie et d'apprentissage.
  • 1 et 2 ont une faible anxiété d'apprentissage. Ils sont habitués à décrypter. (Ce qui est aussi mon cas.)
  • 3 et 4 ont une forte anxiété de survie. 
Reste le gros du marché. Il se peut que j'écrive sur un sujet qui n'intéresse pas. Ou que je ne dise pas ce que l'on veut entendre. Je l'ai d'ailleurs remarqué chez des amis. Ils ne comprennent rien à mes livres, et pourtant je peux leur montrer qu'ils les mettent en application. En fait, ils font quelque chose en pensant en faire une autre. Mais ce n'était pas le résultat qui comptait pour eux. Je tue leurs illusions.

(Autre modélisation. Ce que j'écris correspond peut-être à un changement dans la pensée ambiante. Or, le changement fonctionne par réseau de leaders d'opinion spécialisés. Dans cette hypothèses ceux qui peuvent comprendre mes livres sont ces leaders. Cible étroite, et difficile à atteindre, vu l'état actuel de l'édition ?)

Le philosophe et le scientifique

En écoutant parler M.Onfray de la vie de Vladimir Jankélévitch, je crois comprendre que sa philosophie correspondait à ce que lui, individu particulier, pensait. J'en suis arrivé à me dire que c'était le propre du philosophe. C'est le syndrome Platon : ce que j'ai dans la tête est forcément juste. Ce qui le conduit à généraliser des idiosyncrasies. 

Une formation scientifique donne une vision différente des choses. Elle dit que ce que l'on a dans la tête est une intuition. Sans intuition, il n'y a pas de science. Et que pour qu'elle prenne le statut de "vérité", il faut qu'elle soit prouvée. 

Pas facile de prouver quoi que ce soit, mais l'essayer a au moins le bénéfice de nous éviter la tentation du sophisme.  

(Lucien Jerphagnon observe que chaque école philosophique correspond à des circonstances particulières. Et Max Weber placerait les philosophes modernes du côté des politiques, et pas des savants.)

jeudi 13 août 2015

Entrepreneur : quelle erreur éviter ?

Voici l'erreur qui est fatale à le plupart des entrepreneurs. L'entrepreneur attend qu'un produit soit au point pour le vendre. Et il ne se vend pas, parce que le marché n'en veut pas. Un produit doit se concevoir avec le marché. Voici ce que dit un article de la Harvard Business Review, qui présente une méthode pour ce faire. 

Cela fait longtemps que j'ai compris cela. Et, d'ailleurs, j'utilise une méthode de mise au point d'un nouveau concept qui me semble bien supérieure à celle de l'article. C'est d'ailleurs là que se trouve quelque-chose qu'il n'a pas vu. 

Car ma méthode donne des résultats épatants pour les autres, mais pas pour moi. Pourquoi ? Parce que l'entrepreneur a un atout qu'aucun universitaire n'a repéré, et que je n'ai pas. Il a une détermination inébranlable. Il croit à son produit, avec la foi du charbonnier. L'imposer au monde est sa mission. Il peut y consacrer des années de sa vie. Et c'est cette détermination qui le fait réussir, bien plus qu'une méthode. 

Flaubert

Flaubert, tel que je ne l'attendais pas. Sorte de Cyrano, force de la nature, gaulois, paillard, le coeur sur la main, fidèle en amitié et en admiration, formidable travailleur, missionnaire monomaniaque de l'art auquel il a tout donné. Sa vie en particulier. Elle n'a pas très gaie. Il a consacré énormément de temps à son oeuvre, ce qui l'a empêché de voir ses amis autant qu'il l'aurait certainement aimé, mais aussi d'avoir une famille. Mauvaise santé, il finit ruiné par un neveu et une nièce qui ne méritaient certainement pas une affection aveugle. Mais, il a peut-être été puni par là où il a pêché. Car, il a voulu donner un confort bourgeois à cette nièce, alors qu'il décriait le bourgeois. Et il a été à l'origine d'un ratage à la Bovary. 

Il est, en quelque-sorte, le pendant de Tocqueville. Il décrit la transformation de son époque. La chute de Napoléon, c'est la fin de l'héroïsme, la massification de la bourgeoisie. Sa caractéristique : la bêtise, l'idée reçue. Il est consterné. Mais il existe une contre-poison : l'art. Alors, il va consacrer son existence à la création d'une oeuvre d'art. En particulier, il va transformer la bêtise en art (Madame Bovary, L'éducation sentimentale, Bouvard et Pécuchet). Grâce à la fortune familiale, il pourra longtemps vivre comme un rentier, ou plutôt comme un moine, et éviter de se compromettre dans des emplois alimentaires. Chaque oeuvre lui demande des années. C'est un travail énorme. Il écrit des pages, pour ne garder qu'une ligne. Il vérifie tout, il amasse une documentation monstrueuse, il va jusqu'à faire des voyages dangereux (notamment en Orient) pour nourrir son inspiration... 

Il aura peut-être aussi été une sorte de Don Quichotte. En effet, l'art aussi se transforme. Il n'est plus élitiste comme il l'aimait. Il devient marchandise. 

(Winock, Michel, Flaubert, Folio, 2013.)

mercredi 12 août 2015

Wikipedia à but lucratif ?

Fin de l'utopie libertaire de Wikipedia ? Il semblerait que, de plus en plus, ses articles soient rédigés par des spécialistes rémunérés pour promouvoir tel ou tel intérêt. Et plus Wikipedia veut se défendre en durcissant ses règles, plus il décourage les bénévoles et fait le jeu des professionnels. (Article de The Atlantic.)

La question qui risque de se poser bientôt est : quel a été, dans le domaine de la connaissance et des encyclopédies, le résultat de la "disruption" numérique ? Qu'est-ce qui a remplacé l'existant, détruit ?

Expérimentation animale

Impact du stress sur l'apprentissage de l'oiseau. Une expérience. Voici comment on s'y prend pour la mener :
For the study, the research team took 13 broods of zebra finch hatchlings and fed half of the chicks in each brood with physiologically relevant levels of the stress hormone corticosterone dissolved in peanut oil, and the other half – their control siblings – with just plain peanut oil. The chicks were treated each day for 16 days from the ages of 12 days old.
Ce qui pose quelques questions :
  • Est-ce bien naturel de procéder ainsi ? Les conditions de l'expérience ne risquent-elles pas de biaiser son résultat ? 
  • L'expérience n'est pas gratuite, les expérimentateurs ont une idée derrière la tête (If developmentally stressed birds occupy more central network positions and follow many others around, this might make them especially efficient spreaders of disease, as stressed individuals are also likely to have weakened immune systems). Cela peut expliquer sa bizarrerie. Mais ne risque-t-on pas de trouver ce que l'on cherche ? 
  • Quid de l'attitude de l'expérimentateur à la nature ? Se servir de la nature comme un moyen et non une fin, ne risque-t-il pas de nous jouer de mauvais tours ? Science sans conscience ?

mardi 11 août 2015

Jankélévitch et l'ironie

Michel Onfray parle de V. Jankélévitch. Découverte. Jankélévitch serait à Sartre ce que Socrate est à Platon. Ce qui caractérise Jankélévitch, comme Socrate, c'est l'ironie. Cette ironie est le doute qui s'insinue gentiment au milieu des certitudes, pour encourager l'homme à penser. 

Ce qui m'a rappelé P.Watzlawick et la systémique. L'ironie semble être le procédé qui, en respectant les règles d'un système, produit une contradiction. Et, justement, permet de se libérer du système. (Exemple classique : si tu dis la vérité, tu seras brûlé, si tu mens, tu seras pendu ; répondre je serais pendu fait disjoncter le bourreau. Ce qui montre que mensonge et vérité ne sont pas des lois de la nature.)

Le système semble être la maladie de la raison. C'est croire que le monde obéit à des règles. Et devenir l'esclave de ces règles. C'est l'aliénation ? Et l'ironie serait-elle le moteur du changement ? Tant qu'il y a de l'ironie, il y a de l'espoir, la société humaine sera capable de se transformer judicieusement ?  

(Ce qui m'a fait aussi réfléchir à l'humour juif. Et si c'était la réaction naturelle de gens devant naviguer au milieu de normes qui ne leur sont pas favorables ? L'ironie permet de refuser leurs conséquences aliénantes, sans, pour autant, se rebeller ? C'est accepter des règles comme nécessaires à la marche du monde, tout en niant leur justification métaphysique ?)

Professionnalisme des banques

Il y a quelques temps, avec deux autres cabinets, j'ai monté un GIE. Nous avons donc cherché à ouvrir un compte. Le leader du groupe nous propose de choisir entre les banques de son cabinet. Pourquoi pas ? Il est séduit par le dynamisme d'un jeune chargé de compte. Nous le suivons. Mais voilà que celui-ci donne sa démission. Impossible de joindre son chef, qui se désintéresse de notre cas. On se rabat donc sur la seconde banque. On s'inscrit. Surprise, lorsque l'on demande un chéquier, on découvre que l'employé a enregistré "Cabinet Christophe" au lieu de "Cabinet Montparnasse". En fait, ce sont les coordonnées de mon cabinet. Si bien que je reçois les relevés de comptes du GIE... 

A une époque où la banque est supposée attirer "les meilleurs", voilà qui est déconcertant. On a là la caricature de la pire des administrations du passé. En outre la banque loin d'être le héros de l'économie de marché dont on nous parle tant semble se foutre de l'entrepreneur. Et si la banque n'avait fait que profiter de sa situation dans l'économie pour nous rançonner ? Et si son discours sur l'excellence n'étant là que pour masquer cette manœuvre ?

lundi 10 août 2015

Le taxi est-il un entrepreneur ?

Reflux de la "révolution numérique" ? Ce qui fait la force d'Uber n'est pas tant une innovation technologique qu'une interprétation de la loi. En effet, il considère ses taxis comme des entrepreneurs. Ce qui lui évite de payer des charges sociales, mais aussi les frais de déplacement, et les pour-boire (?). Cela serait contesté. Uber ferait l'objet d'une "class action" par ses taxis.

L'action juridique en cours pose d'intéressantes questions. La première est : y a-t-il une "classe" : les conducteurs d'Uber ont-ils quelque-chose en commun ? Il me semble aussi qu'il faut se demander ce qu'est un entrepreneur. Ou, peut-être, pourquoi a-t-on voulu protéger certaines catégories d'humains ? Parce qu'elles avaient besoin de protection ?! L'entreprise que crée l'entrepreneur est une assurance sur la vie, et notamment sur la vieillesse, il n'en est pas de même d'un emploi ? D'ailleurs, aux USA, l'entreprise a promis des retraites à ses salariés pour attirer et conserver des personnels qualifiés... Uber prospérerait-il sur la précarité et le court terme ?

(On apprend qu'il y a 53 millions de travailleurs indépendants aux USA, un tiers de l'ensemble, et qu'Uber vaut 51md$.)

Le changement : bon programme politique ?

Il y a eu les Existentialistes, les Structuralistes, les Nouveaux philosophes... J'ai l'impression, en écoutant Michel Onfray, que la pensée de chaque génération de philosophes a été motivée par la volonté de s'opposer à la précédente, de prendre sa place. C'était une question de carrière, voilà tout. J'ai vu la même chose dans l'entreprise : la motivation de beaucoup de décisions, par exemple acheter tel ou tel logiciel, n'a rien à voir avec l'intérêt collectif. Cela sert l'ascension d'un ambitieux, qui veut scier la branche sur laquelle son chef est assis. 

Nos hommes politiques nous parlent de "changement". On s'est habitué à attendre le salut d'une réforme radicale. Mais avons nous raison ? Toutes les réformes ont raté. J'en suis arrivé à penser que les intentions d'après guerre étaient excellentes. En particulier leur humanisme. Ce qui n'a pas marché était la façon de les mettre en oeuvre (technocratique). Ou, peut-être, était elle adaptée à une phase de reconstruction, mais pas à notre ère de stabilité. Toutes les réformes qui ont été tentées, quant à elles, reflétaient une idéologie. Peut-être même un sentiment opposé à celui des pères du monde des trente glorieuses : la haine de son prochain. L'Allemagne me semble illustrer ce qui s'est passé. A l'origine de ses difficultés, il y a l'absorption de l'Allemagne de l'Est qui rate. Mais les causes du problème sont interprétées comme une perte de compétitivité. Cela autorise la remise en cause du modèle social du pays. Mouvement qui va s'étendre à l'Europe. 

Notre responsabilité est peut être de ressusciter l'esprit d'après guerre et de se demander comment faire fonctionner correctement les institutions qu'il a essayé de construire. 

dimanche 9 août 2015

N'utilisez pas un ordinateur pour prendre des notes !

Nouvelle victime de la révolution numérique : l'apprentissage. Apparemment, prendre des notes sur un ordinateur conduit à reproduire mot pour mot ce qui est dit, sans le comprendre. Ce n'est pas le cas avec une prise de notes manuscrite. Voilà ce que conclut une étude qui a l'air très sérieuse.
Their research shows that when you only use a laptop to take notes, you don’t absorb new materials as well, largely because typing notes encourages verbatim, mindless transcription.
Encore plus fort ? Ne pas prendre de notes du tout. C'est comme cela que procédaient Henri Poincaré et Jean Jaurès.

Népotisme et politique

Etre "parent de" en politique. Emission de France Culture samedi dernier. Intéressante comparaison entre la France et les USA. 

En France, être "parent de" est très mal vu. Pas aux USA. On l'oublie en France, mais la politique aux USA ne se réduit pas à la présidence de la fédération. Ce n'est pas que la famille Bush contre la famille Clinton. Certains maires, certains gouverneurs... sont extrêmement puissants. Et il existe des dynasties locales, qui ne sont pas sans rappeler les dictatures bananières. Un maire pouvant passer sa vie au pouvoir, sans opposition crédible. Jusqu'à ce qu'un de ses descendants le remplace. 

Hypocrite démocratie ? Car ce qui est compliqué en politique n'est pas se faire élire, mais parvenir à être candidat à une élection. Or il est infiniment plus facile pour un "parent de" (ou un "ami de") d'être candidat que pour vous ou moi. 

Dans ces conditions, pourquoi les Américains tolèrent-ils mieux le népotisme que nous ? Je me demande s'il n'y a pas du culturel là-dedans. Les grandes familles françaises ne tendent-elles pas à être haïssables ? Elles défendent des avantages acquis. Comme celles d'ancien régime, elles croient tenir leur légitimité d'un "droit" inné. Elles ne produisent que des "fruits secs". Aux USA, ces familles savent que rien n'est définitivement acquis. Donc, elles soignent leur image. Surtout, elles font fructifier le talent de leurs membres les plus brillants. Ce sont leurs représentants. Gestion de marque ? 

samedi 8 août 2015

Capitalisme et changement

Mon billet concernant les lentilles de contact pose la question suivante : beaucoup d'inventions ne sont-elles pas inutiles ? Voire dangereuses ? Ne nous évitent-elles pas une adaptation que nous aurions été capables de réussir ? Et ce pour nous faire payer, au centuple (par une infection), notre faiblesse ? 

La raison d'être de la lentille est principalement esthétique. Et l'esthétique est imposée par la société. Or, quelle est la raison de ses choix ? Ne sommes-nous pas assez forts pour refuser un diktat infondé ? Pour accepter de porter des lunettes ? De suivre l'exemple du roi et des nobles d'ancien régime, qui affichaient leur mépris pour les conventions qu'ils n'avaient pas acceptées ? 

Et si un des moteurs du "capitalisme" (faute de terme plus exact) était de nous prendre par nos faiblesses ? De chercher à nous épargner des épreuves, des changements, qui constituent le parcours même de réalisation de l'être humain ? Et, en conséquence, s'il nous infantilisait ?

Plus curieux. Ce qui nous permet de passer les épreuves formatrices de la vie me semble essentiellement être l'aide de la société. La société semble donc à la fois l'exécuteur des basses œuvres du "capitalisme" et le remède à son action. Et si tout l'art du "capitalisme" était de manipuler la société pour qu'elle nous impose des normes que nous ne savons pas respecter sans ce que produisent nos entreprises ? (N'est-ce pas la fonction de la publicité de réaliser cette manipulation ?) Et s'il était temps de se demander quels intérêts la société doit servir ? Et de lui donner des principes "humanistes" ? Ce qui est le rôle de la politique. 

Mémoires sur la cour de Louis XIV de Primi Visconti

Mémoires d'un aventurier italien, noble mais pauvre, qui porte un regard d'anthropologue sur la cour de Louis XIV. Dix années à la cour. 

Par rapport aux mémoires du duc de Saint Simon, aux Historiettes de Tallement des Réaux ou aux lettres de Mme de Sévigné, il n'y a rien ici de nouveau. L'intérêt du livre est peut-être la façon dont l'auteur est entré à la cour, et semble avoir vécu, comme elle, aux crochets du roi et de la  nation. Justement, comme un anthropologue. Il doit son succès à ce qu'il est perçu comme un devin. Lui, ne prend pas ses talents au sérieux. Comme les devins modernes, ses prévisions sont un mélange de bon sens, de renseignements précis, et de bluff. Il se trompe d'ailleurs parfois, mais on ne lui en tient pas rigueur. Surtout, on lui fait dire ce qu'il n'a pas dit. Comme celui de l'anthropologue, son cas montre probablement que toute société possède une place pour les extraterrestres. Ils ont une fonction. En particulier, celle de diffuser des informations utiles aux plans de certains. Mais aussi d'amuser. Ou de faire rêver, pour mieux accepter la réalité ?

Et la société de Louis XIV ? Le roi est dans la première moitié de son règne. Pour le moment tout lui réussit. Il fait la pluie et le beau temps en France, et même en Europe. Il a asservi les nobles dont la faveur et les revenus tiennent à son bon plaisir. Ils mènent une vie frivole. Ils passent leur temps à jouer gros, à se ruiner, et à médire. Ce monde pourrait, par ailleurs, donner une leçon de liberté de mœurs au soixante-huitard. Homme et femme y ont la plus grande liberté. Tout ceci est ponctué d'épisodes guerriers. Louis XIV se bat, en effet, contre l'Europe. Moyen d'occuper sa noblesse ? De lui donner l'impression qu'elle a une utilité, pour mieux la faire sombrer dans la décadence ? En tout cas, le pouvoir est entre les mains d'une technocratie bourgeoise, totalement dévouée au roi, d'un côté le clan Colbert, de l'autre Louvois et le clan Le Tellier. Diviser pour régner. Ce livre est peut-être aussi l'histoire d'un changement dans l'histoire de France. Louis XIV, qui vivait au milieu d'un harem, exige de plus en plus de sa cour une conduite irréprochable. Mme de Maintenon apparaît en fin de livre. Elle ne semble pas avoir été la cause mais la conséquence de ce revirement, qui tient, peut-être, à une aspiration à la rédemption d'un roi qui possède la foi du charbonnier. 

(VISCONTI, Primi, Mémoires sur la cour de Louis XIV, Tempus, 2015.)