dimanche 31 mai 2015

Administration : c'est le haut qui doit changer ?

L'administration a besoin d'une révolution managériale. C'est la conclusion à laquelle j'aboutis, à répétition. L'administration a des personnels très compétents. Elle peut se payer ce dont aucune entreprise n'a les moyens. Ce qui pêche, c'est la tête. Voici comment je modélise la question. 
  • Le haut fonctionnaire pense devoir sa légitimité à ses diplômes. Ce sont les mêmes que ceux de ses ancêtres, Or, ils étaient compétents. Première erreur. Ce n'est pas le diplôme qui fait la compétence. Les ancêtres avaient un savoir que n'avait pas le reste de la population. C'était la raison de leur légitimité. La formation que fournit l'ENA, surtout lorsqu'elle est suivie d'un total immobilisme intellectuel, n'est certainement pas ce qu'il y a de mieux pour produire un être humain digne de ce nom. 
  • Il se voit comme un entrepreneur. Il considère qu'il est entouré d'incompétents, de résistants au changement et au progrès. Son action managériale se limite à faire appel au consultant. Celui-ci applique des techniques, de type lean, supposées faire gagner en productivité l'organisation. C'est un retour au taylorisme le plus ringard. Il transforme l'or en plomb. L'être humain en machine. Du coup, le service public se dégrade. Le haut fonctionnaire se lamente : il a été trahi. 
Et s'il imitait l'entrepreneur ? Lui a une obligation de résultat. Son entreprise est finie si son marché n'achète pas ses produits. Et il fait avec ce qu'il a. Il s'adapte à ses équipes, parce qu'il sait que le contraire n'est pas possible. Et ce sont ces contraintes qui le rendent créatif. Le haut fonctionnaire devrait méditer l'exemple de Sloan et du Pont de Nemours

Technocratie et changement, 70 ans de rodéo

Donc, la technocratie est aux commandes. Je poursuis mon exercice de prospective. Comme le montre les travaux de John Kenneth Galbraith tout semble parfaitement organisé : « affluent society », appelle-t-il la société de son époque. Il n’y a que des esprits chagrins qui peuvent se plaindre. La suite de notre histoire, c’est 70 ans de rodéo. Non seulement la technocratie tient en selle, mais elle se métamorphose. Elle change pour ne pas changer.

Deadwood rodeo 1.jpg
Grand oral de l'ENA
« Deadwood rodeo 1 » par Gary Chancey — [1]. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.


Premier symptôme curieux : le « phénomène bureaucratique » dont parle Michel Crozier et quelques autres théoriciens d’après guerre. Une bureaucratie énorme, soviétique, se développe. Le modèle technocratique, c’est le haut qui commande, et le bas qui exécute. C’est le Taylorisme et « l’organisation machine » selon la formule de March et Simon. Et ce à tous les niveaux : de l’OS au médecin, ils appliquent tous des procédures. Le phénomène n’ira qu’en accélérant.

Puis 68. Révolte nihiliste. Pour mettre du piment dans son ennui ? Conséquence inattendue. Les théories gauchistes qui veulent libérer l’individu, suscitent un tel chaos dans l’enseignement, qu’elles provoquent une réaction technocratique. Dorénavant les « bonnes écoles » se méfient de la liberté et n’ont plus d’autre ambition que le diplôme, l’assurance d’une place dans la technostructure. Elles fabriquent des bourrins. C’est aussi, en réaction, le coup d’envoi néoconservateur. Les possédants se sentent attaqués.

72. Les limites à la croissance. Notre modèle de développement, par croissance matérielle, n’est pas soutenable. Il consomme plus qu’il ne produit.

Puis il y a les crises des années 70. Les USA accusent la bureaucratie. L’Etat doit s’alléger.  L’Europe privatise ses services publics. Elle découvre alors qu’elle a des monopoles. Zut. La grande entreprise doit devenir entrepreneuriale, lit-on dans tous les journaux de management. Mais, puisqu’elle est dirigée par des technocrates, elle se transforme technocratiquement : reengineering (l’entreprise pilotée par ordinateur), Lean (l’entreprise se vide de sa substance créative).

Années 80, la technocratie absorbe les thèses libérales. Le dirigeant, l’énarque en premier, s’auto proclame « entrepreneur » et gagne beaucoup d’argent. Il utilise « les mécanismes du marché » pour mettre ses équipes et ses sous-traitants, à qui il donne de plus en plus de son métier, « en concurrence parfaite ». Cela fait baisser leurs prix. Ce qu’il appelle « créer de la valeur ». Et plus besoin de faire de recherche, le marché crée l’innovation dit la théorie néolibérale. Mais, pour maintenir ces conditions de « marché », il a besoin de toujours plus de technocratie. Couches de management, juristes, acheteurs, contrôleurs de gestion, qualiticiens, progiciels de gestion, consultants… La grande entreprise n’est plus qu’un mécanisme de contrôle.

En 89, le mur de Berlin tombe. Bouffée d’air. Par le biais des supply chains, la technocratie occidentale exploite la main d’œuvre à coût nul et sans droits de l’homme de l’Est. En échange, elle transfère le savoir-faire occidental.

2007, nouvelle crise. On espère la « destruction créatrice ». Google va terrasser le mastodonte technocratique. Et même s’il ne fait que l'abattre sans les remplacer, ce sera un bien. Car, après le feu, il faudra bien que ça reparte de la racine. Mais, une nouvelle fois, la technocratie y voit un espoir : la transformation numérique va la rendre, par miracle, créative, et réduire sa propre technostructure.

Où en est-elle aujourd’hui ? Elle est devenue une oligarchie. De service public institué pour distribuer les fruits de la croissance, elle fait donner à plein son pouvoir de nuisance monopolistique. Elle vide la société de sa substance. D’où déflation. 

samedi 30 mai 2015

La FIFA ou l'enfer de la corruption

Pourquoi de tels scandales à la FIFA ? Parce qu'elle est en dehors des lois. Ce n'est pas une entreprise, elle ne dépend pas d'un Etat... On y fait ce que l'on veut. Résultat, on se répartit l'argent des pots de vin. Le président en donne une partie à ses organes nationaux, pour se faire réélire. Si la FIFA a aujourd'hui des difficultés c'est qu'un de ses composants est entré par mégarde sous le coup du droit américain. Lui ne pardonne pas. (Enquête de Vox.)

D'où une question philosophique. Comment l'homme se comporte-t-il en l'absence de contrôle social ? Beaucoup de courants libéraux, anarchistes, libertaires... répondent "bien". La FIFA semble les démentir. Même la théorie d'Adam Smith selon laquelle le mal fait le bien, paraît hors course. En fait, il est peut être plus juste de parler de société que d'hommes. Elle est composée de beaucoup de gens. Et le Far West est favorable à certains d'entre-eux. Ceux qui sont sans foi ni loi. Le rôle de la société est, avant tout, de maintenir l'individu dans un rôle, dans une position, où il est utile au groupe ? 

1945, les fées se penchent sur le berceau de l’humanité

Dans cette étape de mon raisonnement, essai de modélisation des organes qui constituent notre société. Par structuration des idées qui sont apparues dans ce blog. Cette partie est insatisfaisante. Ce qui compte, c’est l’esprit plus que la lettre. Bref, j’espère que le lecteur verra la lune et pas mon doigt…

Les constituants de la société
Sous composants
Commentaires
Les travailleurs de l’esprit
Humanistes

Ils cherchent l’épanouissement de l’homme. Pour eux la dimension sociale, « l’humanité », est critique. Erasme, La Boétie, Le mouvement radical français, Arendt et Camus, Lewin, le CNR et Stéphane Hessel…
Nihilistes

L’épanouissement de l’homme résulte d’un combat. Il faut détruire la société, pour reconstruire l’idéal. (Cf. Hegel / Marx / 68.)
Libertaires / laisser faire
Il y a dans la nature des lois qui permettent à l’individu de vivre sans supervision sociale. Laisser faire. Ce sont les héritiers des physiocrates des Lumières. Aujourd’hui, ils parient sur les lois du marché corrigées par les banques centrales (voir Hayek, monétarisme).
Les travailleurs de la matière
Luthérien
Arbeit macht frei. Glorification du travail « manuel » en contraste avec le travail « intellectuel », corrupteur. Luther s’est opposé à Erasme. On retrouve ici probablement les défenseurs de la dignité du peuple : PC, FN…
Les liens sociaux
Religion (culture)
C’est la structure implicite de la société. La culture d’une société est constituée par les règles implicites qui gouvernent les comportements de ses membres (par exemple la politesse). Nous sommes tous des garants de ses lois. Mais il peut y avoir spécialisation, qui conduit au prosélytisme. Par exemple, l’Eglise, les ONG, ou une société comme ENRON. Ici se trouvent les combattants du communisme et le Consensus de Washington.
Technocratie (normes)
C’est la structure explicite de la société. Elle est constituée de travailleurs de l’esprit, qui font respecter les règles de fonctionnement explicites de la société. Fonctionnaires, juristes, qualiticiens, contrôleurs de gestion… La technocratie ayant mis la main sur le système éducatif est désormais une question d’héritiers. Ses membres sont favorables aux thèses nihilistes ou libertaires (s’ils se perçoivent comme des entrepreneurs).
Marchands (échanges commerciaux)
Les marchands sont aux nœuds des réseaux d’échange. Leur Dieu est le marché, qu’ils instrumentalisent, mais qu’ils ne subissent pas. Ils rejoignent les théories du laisser-faire.
La propriété
Le capital productif / l’entrepreneur
Le capitalisme semble avoir produit le changement que l’on connaît parce qu’il a concentré entre quelques mains des moyens de production importants. La compétence de l’entrepreneur est de modifier les flux monétaires. Il manipule la société pour qu’elle ait envie d’acheter à ce qu’il invente (valeur monétaire).
La monnaie / le système financier
Dans un monde capitaliste, hyper interdépendant, ou tout est marchand, la circulation de monnaie joue un rôle déterminant. En effet c’est elle qui détermine la valeur des choses, et des êtres, et ce que ces derniers peuvent ou non faire. Les théories monétaristes (laisser-faire) modernes voient les banques centrales comme les régulateurs du marché.
Les possédants
Les possédants sont des héritiers. Ils défendent le statu quo. C’est la « première droite » de René Rémond, qui s’est opposée à la Révolution. C’est aussi le néoconservateur moderne. Ils se rattachent naturellement aux théories du laisser-faire libérales.

Le plus intéressant est de voir comment tout a commencé.
Après guerre, accord général pour dire « jamais plus cela ». Il faut créer des « conditions » dans lesquelles l’homme n’aura plus la tentation du totalitarisme.

Mot d’ordre : progrès. La technocratie va prendre tout le monde de vitesse. Elle organise la reconstruction de la société et la diffusion de l’innovation technologique. Les travailleurs de l’esprit protestent, ils y voient une menace totalitaire (cf. La route de la servitude de Hayek ou l’œuvre d’Arendt). Les possédants (néoconservateurs) trouvent injuste que l’on fasse profiter le peuple de la prospérité. Mais ils ne pèsent pas lourd dans l’élan qui emporte le monde. D’autant que beaucoup de gens y trouvent leur compte. Les travailleurs de la matière sont prospères. Les combattants du communisme (les religieux) pensent gagner leur bataille, et convertir le monde, par « massification » d’une classe moyenne de petits possédants. Ce qui crée un marché colossal pour le capitalisme. Eh puis, il y a une forme de paix. La tentation totalitaire semble s’être éloignée.

Jusqu’à ce que le modèle flanche. Alors, les mécontentements, qui étaient muselés, fusent à nouveau. Chacun prêche pour sa chapelle. 

vendredi 29 mai 2015

L'imprimerie nationale réussit sa transition numérique

Le miracle de Carlyle
En cherchant un article sur l'imprimerie nationale et le fonds Carlyle :
La polémique est lancinante ­depuis que l'Etat a acquis ­pour 376,4 millions d'euros (325 millions hors taxes) auprès du fonds d'investissement américain Carlyle ces bâtiments situés rue de la Convention à Paris, à deux pas du pont Mirabeau. Quatre ans auparavant, l'Etat avait vendu l'Imprimerie nationale à ce même Carlyle pour 85 millions d'euros, comme l'a révélé fin juin le Canard enchaîné. Différence : 291,4 millions d'euros.
J'en trouve un autre dans lequel son dirigeant se vante d'avoir réussi sa transition numérique. C'est probablement grâce à cette fameuse transition que je peux maintenant suivre les aventures de mon passeport. Un SMS m'a averti le 27 mai que l'Imprimerie nationale l'avait libéré. Elle le séquestrait depuis le 29 avril ! Il faut désormais presque trois mois pour obtenir un passeport. J'ai fait une demande de rendez-vous le 9 mars pour déposer les pièces nécessaires. J'ai obtenu le rendez-vous le 16 avril ! Et encore, il fallait savoir que l'on devait prendre rendez-vous par Internet. Le plus amusant est que l'on m'a demandé de refaire ma photo. Ça ne passera pas : on ne voit pas votre cou. Je refais donc la photo au photomaton du coin. J'ai le temps. Résultat : non seulement je suis hirsute et sombre sur la photo, mais le traitement qu'on lui a fait subir pour l'insérer dans le passeport me rend quasiment non identifiable. Et elle est coupée au niveau du cou.

Il est étonnant à quel point les services publics sont devenus inefficaces. Et encore en croyant se réformer pour le mieux. Ce n'est pas une question personnel, la relation client est excellente. C'est même du gâchis de voir des gens aussi bien pris dans un processus taylorien digne du 19ème siècle. Le mal vient des processus, donc du management. Serait-il temps que nos hauts fonctionnaires arrêtent d'incriminer la résistance au changement de l'administration, et qu'ils comprennent que son problème, c'est leur incapacité à jouer leur rôle de dirigeant ? 

Le rêve de nos pères

Etape clé de mon travail de prospective : prendre conscience d’où nous venons. Et de ce que cela signifie. 

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Le monde d'après guerre
"Goldenes-Zeitalter-1530-2" by Lucas Cranach the Elder - Unknown. Licensed under Public Domain via Wikimedia Commons.


A la Libération, l’humanité a fait un rêve. Elle a conçu une utopie sans précédent. Elle s’est prise pour Dieu. Elle a cru que la science avait mis un terme à l’histoire. Qu’il était possible de créer le paradis sur terre. Un paradis qui serait purement humain. Totalement isolé des contingences naturelles. L’homme devenait architecte. Il concevait un monde idéal. Puis le réalisait. Aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest, les commissariats au plan ont dirigé les nations. Les citoyens sont devenus des exécutants de leurs plans.

Ce processus avait probablement deux moteurs. D’une part il fallait reconstruire un monde détruit par la guerre. Ensuite, la guerre a été une source sans précédent d’innovations. Il fallait en faire profiter la planète. L’agent du changement a été la technocratie, la bureaucratie. Partout, aussi bien entreprise qu’Etat, elle est devenue monstrueuse. Et elle a mené un changement dit « dirigé ». C'est-à-dire de haut en bas.

Ses moteurs épuisés, l’humanité s’est retrouvée dans le lac. Mais ce n’est pas ce qui doit nous faire peur. Le danger, c’est « l’énantiodromie ». En édifiant un monde totalitaire, nous avons voulu nier la réalité première de la nature. A savoir l’incertitude et la liberté. Or, vouloir aller contre la nature produit un formidable retour de balancier. Nous pouvons nous attendre à des moments difficiles.

Les limites à la croissance nous avertissent-elles de ce qui va nous arriver ? Depuis les années 70, le mécanisme de développement s’est retourné. Au lieu de construire il détruit. Mais, plus il crée de pauvreté, de chômage, de guerre, de pollution… plus on demande de croissance… 

jeudi 28 mai 2015

Le Président Hollande au Panthéon

J'ai entendu dire que M.Hollande avait donné un grand discours au Panthéon. Il y faisait entrer quatre grands hommes. 

Quand j'écoute parler de la vie de ces gens, je me demande ce que j'aurais fait à leur place. Ce qu'ils ont eu d'admirable est qu'ils sont restés humains. Ils n'ont pas vacillé. Ils n'ont pas baissé la tête. Ce sont les révoltés de Camus. L'enseignement que j'en tire, c'est le doute. Celui d'être capable de tenir le choc. M.Hollande en arrive à une conclusion diamétralement opposée. Au fond, c'est celle du prêtre. Il est le bien, et nous sommes le mal. Et l'exemple du martyr des saints doit nous pénétrer de nos fautes, et nous faire renoncer à toute revendication, à notre libre arbitre. 

Pourtant, il y a bien des différences entre eux et lui. A commencer par le petit calcul. Deux hommes, deux femmes. Pourquoi ? Parce que l'idée reçue du moment est un égalitarisme forcené. Or, leur caractéristique à eux, ces grands, ces humbles, a été de donner sans compter. D'ailleurs que peut-on trouver de commun entre ce qu'il fait et ce qui a été leur combat ? Et si l'homme qui instrumentalise leur vie au profit de sa notoriété était l'agent de la destruction de leurs idéaux ?

Retournement du mythe de la résistance ? Eux furent les faibles qui ont tenu tête au fort. Lui c'est le fort, qui impose sa volonté au faible ?

Le monde en crise, essai de prospective

Pour pouvoir parler de changement, il faut savoir dans quelle situation on se trouve. Je consacre 5 billets à une analyse des forces qui jouent sur le monde depuis la Libération. Afin d’essayer de savoir ce qui se passe aujourd’hui.

Modélisation
Ma tentative de modélisation se fonde sur des idées centrales en anthropologie et en théorie de la complexité. A savoir que la société est faite « d’organes », qui ont des « fonctions ». Mais, cela peut produire un effet pervers que le sociologue Robert Merton a appelé « détournement de but ». L’organe oublie qu’il est membre d’un corps. Il croit qu’il est essentiel. Il en résulte un conflit et une crise. Le symptôme en est ce que Dostoïevski a appelé le « possédé ». L’organe produit des illuminés qui n’ont plus de libre arbitre. Ils sont aux mains d’une idéologie : le jihad. L’organe tente de coloniser le corps. (Cancer ?)

Tout savoir sans rien payer, un résumé des 5 billets
Mes conclusions. Il y a eu perte de solidarité entre les organes de la société mondiale. La technocratie, le modèle soviétique !, a gagné. Elle est devenue autonome. L’histoire de nos 70 dernières années est celle d’un cercle vicieux. La technocratie refuse de changer. La technocratie, Etat et grande entreprise, asphyxie le monde. Elle crée la crise. Elle y réagit par un processus toujours plus technocratique qui nous asphyxie toujours plus. Le phénomène est étrange. La crise provoque des révoltes. A chaque fois, la technocratie les récupère pour se renforcer !
Le discours libéral pour commencer. La technocratie l’a absorbé. Elle s’est transformée en monopole servant ses intérêts. En oligarchie. Dans ce modèle, l’homme, de créateur de connaissances, est devenu rouage, facteur de coût. La technocratie nous considère, collectivement, comme une machine. Et elle nous forme pour l’être. Notre Education nationale n’a pas d’autre objectif que de produire des technocrates. Et ce en réaction au chaos des idées soixante-huitardes.
Où cela va-t-il nous mener ? Impossible de le dire. Ce qui est sûr est que nous connaissons une crise de notre modèle social, mondial, sans précédent. Dennis Meadows, un des auteurs des Limites à la croissance, pense justement qu’une catastrophe est probable. En tout cas, il serait sain que l’homme retrouve son statut de créateur, que les organes partagent à nouveau un sentiment d’appartenance au corps social, et que la technocratie redevienne un bien commun au service de l’humanité.
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« 1984-Big-Brother » par Frederic Guimont ; Original uploader was ChemicalBit at it.wikipedia1984comic.com (former Art Libre licence stated here) ; Transferred from it.wikipedia. Sous licence FAL via Wikimedia Commons.


Comment changer ? Aussi bien le néolibéralisme que 68, que les autres mouvements de remise en cause du système existant, partent d’idées justes. Ce sont des réactions contre le totalitarisme. Mais leur aveuglement leur fut fatal. Ils n’ont pas vu plus loin que leurs intérêts catégoriels. Ce qui a provoqué une contre-réaction violente. Pour mener le changement, il faut, avant tout, prendre conscience de notre dépendance aux autres. Ce qui exige, paradoxalement, de nous libérer du diktat de « l’organe » auquel nous appartenons. Liberté. Mais aussi de la pensée unique qu’essaie de nous imposer le totalitarisme technocratique. 68 n’a pas eu totalement tort. Mais il faut aussi pouvoir jouer avec les ressorts du système.

mercredi 27 mai 2015

La révolution du SMS

Je me demande s'il n'y a pas une hiérarchisation dans notre communication numérique :
  • Le SMS est utilisé pour les messages essentiels, qui doivent être vus immédiatement. 
  • Le mail, c'est la logorrhée. On bombarde et on est bombardé. On ne lit plus, ou superficiellement. 
  • Les réseaux sociaux : pour le trivial. 
Il y a aussi les "méta données", avec qui nos terminaux communiquent. Ce qui intéresse particulièrement les services secrets. 

Comment les entreprises peuvent-elle exploiter cette information ? Et, celle à laquelle elles ont accès a-t-elle de la valeur ?

L'entrepreneur crée-t-il de la "valeur" ?

"Créateur de valeur". Voici un mot qui a fait irruption dans notre vocabulaire. Le "créateur de valeur" est l'incarnation du bien, nous dit-on. Mais que signifie cette fameuse "valeur" ? Et si c'était l'exploitation d'une confusion entre deux sens de "valeur" ?
  • Valeur - argent. C'est le prix d'un service ou d'un produit. 
  • Valeur - utilité. C'est quelque chose qui est important pour moi. 
Une théorie fameuse aux USA affirme que ces deux valeurs sont identiques. Le marché attribue une valeur monétaire optimale à tout ce qui a une utilité. Bien entendu, c'est stupide. L'air ne me coûte rien, alors que sans lui je suis mort. Idem pour l'affection, l'amitié, la reconnaissance sociale nécessaire à la création de mon identité, l'attention qui me sauve la vie, ou même le bénévolat du responsable d'association. Le sel de la vie n'a pas de valeur monétaire.

Dans ce débat, le plus intéressant est la définition "d'entrepreneur". L'entrepreneur est un créateur de valeur monétaire. Contrairement à ce que dit la théorie du marché, le marché n'est pas en réorganisation permanente. Les flux monétaires sont rigides. Ils sont liés à nos usages culturels. Nous sommes formés pour consommer ceci plutôt que cela. Ils évoluent par rupture, et non continûment. L'entrepreneur est avant tout un "leader d'opinion monétaire". C'est un homme de communication, de marketing et de changement. Pas un créateur. Il nous convainc que nous devons changer nos usages. Que nous devons accorder de la valeur argent à quelque-chose qui n'en avait pas. Et cela peut lui demander une vie. C'est pour cela qu'il fait plus souvent la fortune de ses héritiers que la sienne propre.

Et voilà pourquoi nous consommons autant de cochonneries. La tchatche ayant un rôle dominant dans la création de valeur monétaire, et peu de gens ayant une vocation pour le martyr, elle profite rarement à ce qui est réellement utile. Plutôt à ce qu'il est facile de nous faire entrer dans la tête. 

mardi 26 mai 2015

La psychologie de Pétain

J'écoutais le Procès Pétain, de France Culture, donc. Ce que j'en ai retenu est que Pétain a probablement voulu faire en 40, ce qu'il avait fait à Verdun : protéger le Français. 

C'est surprenant, de la part d'un militaire. D'ailleurs, il a été considéré par l'armée comme peu digne d'elle. Sa carrière fut lente et peu glorieuse. Il termine colonel. C'est la guerre de 14 qui en a fait un héros. Elle le tire de la retraite. Et lui apporte une rapide série de promotions. 

Mais c'est peut-être aussi l'illustration d'une caractéristique humaine : nous sommes singulièrement inadaptables. Comme "l'homme qui aimait les femmes", nous rejouons sans arrêt la même histoire. 

Europe : nettoyage ethnique ?

L'Angleterre et la Grèce, suivis de la Hongrie et de la Suède pourraient quitter l'Europe. Début de la fin, se demande Jean Quatremer ? Il y a, comme il le dit, deux scénarios particulièrement évidents :
  • La débâcle. (Avec crise mondiale à la clé ?)
  • Qui ne tue pas renforce. L'Europe actuelle est un projet anglais. C'est l'Angleterre qui a voulu faire de l'Europe un marché, pour bloquer sa consolidation. Mais aussi pour renforcer le camp anglo-saxon, en lui attachant solidement l'Europe de l'Est et la Turquie, et en affaiblissant ses ennemis, notamment la Russie. Ce qui semble en cause, aujourd'hui, est ce modèle. Cela pourrait produire un noyau européen fort, qui ne serait plus associé aux arrières-pensées anglo-saxonnes. Et pacifier les relations de cette Europe noyau avec ses voisins. 
Paul Krugman a un autre scénario : la Grèce sort, et se redresse. Les Européens se demandent s'ils ne devraient pas suivre son exemple.

lundi 25 mai 2015

Elections en Espagne

Après les élections grecques, françaises et anglaises, voici les élections espagnoles. Une tendance se dégage-t-elle ?
  • Grèce : on casse tout. Le pouvoir aux amateurs. Apparition d'un modèle repoussoir. 
  • France et Angleterre. Pas de changement. Les sondages se trompent. Les partis traditionnels font des scores de partis traditionnels. 
  • Espagne. Intermédiaire ? Comme en France et en Angleterre, les partis traditionnels se défendent plutôt bien et conservent le haut du pavé. Concernant les protestataires, les sondages s'égarent. Mais les dits protestataires jouent maintenant un rôle décisif. Ce qui convient mieux à un parti  inexpérimenté que la situation de Syriza. 

Absurde, paradoxe et changement

Parler d’absurde fait penser à Camus et peut-être aux Existentialistes. En fait, l’absurde vient des philosophes grecs et de Platon, en particulier. L’absurde, c’est découvrir que ce à quoi l’on croit dur comme fer est faux. C’est en cherchant de nouvelles fondations à sa vie que l’on trouve la « vérité » disaient les Grecs. C’est pour sortir de l’absurde que l’homme pense. La philosophie naît en réaction à l’absurde.

D’où la technique du paradoxe. Il y a paradoxe lorsque quelqu’un, une société, la nature… ne se comporte pas comme il le devrait selon vous. Ce qui signifie que vous lui prêtez une logique qu’il n’a pas. Si vous détectez un paradoxe, vous devez mener une enquête. Enquête, mot clé, est l'esprit de la science. C'est chercher une modélisation, une logique, une "vérité", qui permettrait d’expliquer le phénomène curieux. Puis en déduire une expérience. Expérience, mot clé. L’expérience est ce qui permet de tester la justesse de vos idées. 

Le paradoxe est le moteur de la philosophie et de la science, et la technique première de conduite du changement.  

(Tout ceci a des bases identiques à la théorie de la complexité : la vie est un état de la "matière" à la fois organisé et capable de changer. Entre inerte et chaos. Cette organisation est son "sens" du moment, sa "vérité". La "vérité" est donc à la fois absolue dans l'espace, mais relative, dans le temps, puisqu'elle change. En termes de changement, on dit la même chose depuis 2500 ans ?)

dimanche 24 mai 2015

Séminaires sciences et pratique du changement

Le changement est entré dans les pratiques. Cependant, les enjeux sont grands et les pressions sont fortes sur ceux qui le portent. Et s'il était temps de prendre du recul par rapport à sa pratique ? D'analyser ce qui marche et pourrait être amélioré ? De partager l'expérience d'autres praticiens ?... Pour en sortir bien armé et confiant en soi ? Idée de départ d'un programme de séminaires / stages / formations selon l'expression que vous préférez. Je l'ai mis au point avec Benjamin Bouchet de Skill and Service.

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Nous sommes à deux pas d'ici
« P1090582 Paris II salle Favart rwk » par Mbzt  Travail personnel. Sous licence CC BY 3.0 via Wikimedia 

Selon la nature du besoin, nous proposons des stages d'un ou deux jours. Fil directeur et stimulant: l'enquête que je mène depuis quelques décennies. Elle a deux axes :
  • Une analyse méthodique des travaux que la science (l'humanité) a consacrés au changement. Qu'est-ce que les sciences ont à dire sur le changement ? Conséquences pratiques ?
  • Une collecte systématique d'exemples pratiques du changement en "organisation" (public / privé), par ceux qui le mènent, partout où ils sont. 
Théorie et pratique, ma marque de fabrique. Travail sur des cas, d'abord tirés de mes enquêtes, pour chauffer la salle, puis venant de l'expérience des participants ; la science comme "méthodologie ambulatoire", outil qui guide l'action. N'attendez pas de leçons. Vous apporterez autant que vous recevrez, du groupe. Notre idéal ? Le participant qui vient avec une question qui le préoccupe, et qui repart optimiste, avec un plan d'action qui lui plaît. 

Pour petit groupe de six ou huit personnes, dans un lieu agréable à Richelieu-Drouot. Des renseignements ? Le programme est ici. Et mail de Benjamin Bouchet.

Pourquoi je ne vaux rien - introduction à la théorie de la valeur

Je peste contre Google. L'interface de saisie de ce blog est jurassique. Comment une entreprise qui jette les milliards par les fenêtres peut-elle consacrer aussi peu de moyens à l'une de ses applications ? Si j'en juge par mon expérience du développement, un développeur motivé aurait pu arriver au même résultat en pas beaucoup plus d'un an. Peut-être moins. Et c'est à ce moment que j'ai compris mon erreur. J'ai une vision de la valeur qui n'est pas celle de Google. Pour moi, la valeur est une fonction linéaire de mon temps de travail, qui ne vaut pas plus que celui d'un autre. Pour Google, il y a des génies dont la minute est hors de prix. 

Cela m'a rappelé ma jeunesse. J'étais furieux parce que mes collègues faisaient des carrières fulgurantes alors qu'ils produisaient des programmes qui ne marchaient pas. En fait, je viens de comprendre que, contrairement à moi, ils ne mesuraient pas leur valeur par leur production. La "valeur" était une qualité qui leur était propre. Elle était innée. Par conséquent, comme Google, tout ce qu'ils touchaient valait cher, que cela marche ou non. Et tout ce qui venait des autres ne valait rien. D'ailleurs je partageais leur point de vue. J'ai conçu des produits qui auraient pu être à l'origine d'entreprises. Mais cela m'avait semblé tellement facile que je ne voyais pas ce que cela pouvait bien valoir. En revanche je ne pouvais pas admettre que tout le monde ne fasse pas comme moi. J'étais monté à l'envers. 

Mais, là où il y a eu coup de génie, c'est que tous ces gens sont parvenus à faire payer 1000 ou plus ce qui pour moi aurait valu 1 ou moins. Il y a eu une inflation colossale, à côté de laquelle une grande partie de la population est passée. Elle a été dévaluée. Avec moi. 

samedi 23 mai 2015

Leçon de prospective, par The Economist

Il y a quelques temps, par un très élégant raisonnement, The Economist a prévu que le prochain cabinet Israélien serait modéré. Et c'est le contraire qui s'est produit. 

Enseignement ? Il vaut mieux éviter de chercher à prévoir l'avenir. 

Ecole Centrale : ancêtre des écoles de management ?

En regardant l'histoire de l'Ecole Centrale de Paris j'ai découvert une idée.

Les Saint Simoniens pensaient qu'il y avait une Science de l'industrie. L'Ecole Centrale avait pour but de mettre au jour et d'enseigner cette science. Ce n'était donc pas qu'une science de la technique, mais aussi une science de la gestion. C'est probablement pour cela que, si j'en crois Jean-Pierre Schmitt, le premier cours français de gestion de production, partant des recherches de Taylor, a été donné à Centrale. Et Taylor a été le premier à se nommer "consultant en management". 

Si l'ingénieur français a été conçu comme polytechnicien ou pluridisciplinaire, c'était peut-être parce que l'on voulait qu'il soit un manager complet, et non un spécialiste d'élite. Un homme de la complexité systémique et non du cheveu coupé en 4. Une personne capable de reconnaître et d'encourager le talent de l'autre et non de l'infantiliser par sa prétendue supériorité. Ce modèle, qui est, au fond, celui du MBA, pourrait-il renaître ?

Pistes :
  • Sélection : probablement un esprit très particulier, un as de la résolution de problèmes complexes, dans l'incertain. Peut-être même une forme de leadership. Mais pas, nécessairement, un orfèvre de l'équation bien posée. Les grandes écoles ne doivent pas recruter "l'élite scientifique" française. 
  • Processus de formation : favoriser l'initiative, plutôt que le conformisme.
  • Sciences et techniques : les fondamentaux nécessaires à comprendre l'esprit, pas le détail.
  • Sciences de l'homme, ça existe, et c'est premier. Ce qu'a compris le MBA.
(Tout ceci se trouve assez loin des idées de Pierre Veltz.)

vendredi 22 mai 2015

Réforme des collèges : que signifie "élitisme" ?

Notre gouvernement veut combattre l'élitisme ? Je crois qu'il y a une confusion sur ce terme, qui brouille actuellement ce que l'on comprend du débat sur la réforme des collèges.

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Si j'en crois ce que j'entends, l'éducation nationale, dont nous avons longtemps été si fiers, est en faillite. On n'y apprend plus rien. Et ce, au moins depuis 68. Alors, les parents cherchent à sauver leurs enfants de la débâcle. Pour cela ils ont repéré quelques filières, qui fournissent de bonnes conditions de travail. Notamment les fameuses "bilangues" (pourquoi pas bilingues ?). Ce n'est donc pas le fait d'enseigner le grec ou le latin, l'allemand et l'anglais qui compte. Le gouvernement l'a bien compris. Et il ne veut que personne puisse échapper au naufrage. 

Curieusement, il existe des îlots qui semblent protégés définitivement du réformateur. Ce sont quelques lycées de beaux quartiers, officiellement "d'élite", et les écoles privées. Pourquoi ? Parce qu'aussi bien à gauche qu'à droite nos politiques y ont leurs enfants, êtres d'élite ? 

Gouvernement de Possédés ?

La réforme des Collèges semble révéler quelque-chose qui ne va pas de soi. Ce qui pourrait gouverner notre gouvernement est l'idéologie, non la volonté de survie propre au politique ordinaire. Notre gouvernement est le porteur du bien ? Et il va l'imposer par le fer et le feu ?

Nos gouvernants seraient-ils des "possédés" au sens de Dostoïevski ? Des nihilistes, au sens de Camus (et de Dostoïevski) ? Ou cela mène-t-il, selon Dostoïevski ?
Or, il y avait là un grand troupeau de pourceaux qui paissaient sur la montagne ; et les démons Le priaient qu’Il leur permit d’entrer dans ces pourceaux, et Il le leur permit. Les démons, étant donc sortis de cet homme, entrèrent dans les pourceaux, et le troupeau se précipita de ce lieu escarpé dans le lac, et fut noyé. Et ceux qui les paissaient, voyant ce qui était arrivé, s’enfuirent et le racontèrent dans la ville et à la campagne. Alors les gens sortirent pour voir ce qui s’était passé ; et étant venus vers Jésus, ils trouvèrent l’homme duquel les démons étaient sortis, assis aux pieds de Jésus, habillé et dans son bon sens ; et ils furent saisis de frayeur. Et ceux qui avaient vu ces choses leur racontèrent comment le démoniaque avait été délivré. (Évangile selon saint Luc, ch. VIII, 32-37.)

jeudi 21 mai 2015

Malheureux ingénieur

Témoignage d'un diplômé cinquantenaire du MIT. Transmis par Hervé Kabla. Tous les diplômés de son âge sont exceptionnellement prospères, sauf les ingénieurs ! La star du Lisp (langage d'intelligence artificielle des années 80) est payée comme un trentenaire, et tous sont dans des conditions peu glorieuses, et encore moins assurés de leur avenir. Et, il parle d'une séance de retape du MIT. Les chômeurs se sont abstenus.

Voilà qui en dit long sur notre société. Ce sont les professeurs et les juristes qui se sont enrichis. Ils ont des jobs assurés et la retraite à portée de main. La technocratie ! Les productifs, les ingénieurs en particulier, ont subi les foudres du marché. Ce qui a permis de "créer de la valeur" par réduction salariale. C'est comme cela que la technocratie voit les choses. 

Mais aussi, avez-vous entendu tout ce ramdam sur l'excellence ? Saclay, où sont regroupées toutes nos grandes écoles d'ingénieurs, va rivaliser avec Stanford et MIT, nous dit-on. Mais qu'est-ce que cela signifie rivaliser avec un MIT qui produit du chômeur ?  Ingénieur de grande école : élite de la nation, ou mouton bon à tondre ?

Réforme des collèges : les ambitions du gouvernement ?

Réforme des collèges. S'il y a changement, il doit-y avoir objectif du changement. Quel est-il ? Interview de M.Valls : "acquisition des fondamentaux", "autonomie", "égalité". Fondamentaux = apprendre à lire et à compter ? Parce que le collège n'y parvient plus. Et égalité = on va mettre le paquet sur lire et compter, le reste c'est secondaire ? 

Or, quel était l'objectif qu'avaient donné les Lumières à l'éducation ? Apprendre à penser. Parce que liberté = liberté de penser par soi-même. Et c'est uniquement comme cela que l'on atteindra l'égalité. C'est pour cela que l'on a fait la Révolution. Les principes du système éducatif français remontaient à Ferry, qui lui même les devait à Condorcet. C'étaient les piliers idéologiques du régime. Un siècle de réflexion de nos plus beaux esprits poussés par les plus nobles idéaux. 

M.Valls emploie ces mêmes mots avec des significations diamétralement opposées. Et se dit radical. L'idéal des Lumières a été vidé de son sens par un élégant mouvement gauche droite en 68. Tout est à l'envers. Les grands esprits scientifiques ont été remplacés par la paresse intellectuelle de politiciens d'appareils et de penseurs à la mode et la quête de la liberté par celle du laisser-faire. 

C'est déprimant, mais intéressant. Notre système éducatif a peut-être eu une faiblesse. Mais c'était ceux qui voulaient le détruire qui ont été les plus rapides pour le réformer. Leurs solutions étaient toutes prêtes. Il en est probablement comme cela dans tous les changements. Et maintenant le mystère : comment la création peut-elle succéder à la destruction ?

mercredi 20 mai 2015

Pierre Laval et la collaboration

Procès de Pétain sur France Culture. Témoignage de Pierre Laval. Si mes souvenirs sont bons, il justifie ainsi sa ligne de conduite de 40 : 1) la France a perdu c'est un fait ; mais 2) l'Allemagne ne pourra pas contrôler l'Europe sans une France docile et qui lui apporte son prestige. Tirons en parti habilement. 

Cela m'a surpris a plusieurs titres. 1) Cela semble dire que si la France avait refusé de collaborer, l'Allemagne aurait pu plier bien plus rapidement que ça n'a été le cas. 2) Notre gouvernement ne fait-il pas un raisonnement curieusement similaire, aujourd'hui ? Mais les prémisses de son raisonnement, la victoire de l'Allemagne, sont-elles justes ? 

(En tout cas, la stratégie de Pétain et Laval a peut-être réussi : ils ont probablement évité à la France des moments très difficiles. Pas de gloire, mais pas de péril non plus. Et aussi typique façon française de prendre des décisions : par une personne seule, à partir d'un raisonnement aussi élégant et bref que douteux. Tout simplement un sophisme.)

La politique guerrière de la France

J'entendais dire que les guerres de la France lui coûtent 1md par an. Aurait-on pu en faire l'économie ?
  • Doctrine Obama. Tout mais pas la guerre. Efficace ? M.Obama pourrait être en train de rééquilibrer les forces au Moyen-Orient, d'un côté les Chiites de l'autre les Sunnites. Les USA en arbitre. Pas très brillant pour le moment. Mais il part de loin. 
  • Doctrine Merkel. Solidarité européenne. Si l'on réduit les salaires, on doit aussi contribuer aux dépenses européennes collectives. L'Europe finance nos soldats. 
En tout cas, cela montre probablement que M.Hollande a des valeurs. La grandeur de la France ? Et peut-être aussi des hiérarchies de craintes : le terroriste est moins redoutable que l'Allemand ?

Réforme des collèges : le changement qui rend fou

Réforme des collèges. Exemple même de "changement dirigé". De haut en bas. Et d'un haut qui semble, si j'en crois ce que j'entends, extraterrestre. Coup de grâce à une éducation dont la souffrance est intolérable après 50 ans de réformes ?

J'ai envisagé de traiter cela comme un cas de changement. Comment bien faire ? "Changement planifié", bien sûr. (Introduction aux techniques de conduite du changement.) Ceux qui savent sont les enseignants (et les élèves !). Il faut que les idées viennent d'en bas. Expérimentation. Echange de pratiques "qui marchent"... Le gouvernement "organise l'autonomie", les enseignants apprennent par la pratique. 

Et là, arrive le plus curieux. J'ai entendu dire qu'il y avait une sorte de mesure de ce type dans la réforme. Mais, d'après ce qu'en pensent les enseignants, cela ressemble à un coup de folie !

Enseignement : le système immunitaire s'est retourné contre le corps. Il utilise ses mécanismes de défense pour le détruire. (Que fait le corps dans ces conditions ? Il cesse de faire appel au système immunitaire ? Mais comment parvient-il à le remplacer ? A moins qu'il ne soit possible de le remettre en fonctionnement ?)

mardi 19 mai 2015

M.Hollande : président du MEDEF ?

Il y a quelques temps France Culture disait que la loi Macron avait été votée au Sénat par des voix de droite (PS : abstention, Ecolo et Front de Gauche : contre. Confirmé par La Point.) On m'avait dit déjà que l'usage du 49.3 à l'Assemblée, pour y faire passer la loi, n'aurait pas été de peur de ne pas y trouver une majorité, mais parce que cette majorité aurait été de droite. 

M.Hollande, président du MEDEF, comme je l'ai entendu dire, aussi ? Je me suis souvenu d'une observation de dirigeants de Chambres de Commerce. Ils préfèrent la gauche à la droite. Parce que la gauche veut créer des emplois et reconnaît leur compétence. Certes, la gauche n'aime peut-être plus les CCI, mais, il est possible, qu'elle soit toujours convaincue de son incompétence en matière d'entreprise. Faute de mieux, il faut pactiser avec le diable ? 

Réponse à une question au moins aussi vieille que ce blog : pourquoi est-ce la gauche qui fait des réformes ultralibérales (Clinton, Schröder, Blair...) ? Parce qu'elle représente les forces d'opposition à l'économie ? Et qu'elle ne croit plus en son combat ?

Qu'est-ce que l'autorité

J'ai découvert que les gens importants, ceux qui nous gouvernent, ceux qui pensent, débattaient de la question de "l'autorité". Je crois que le débat est le suivant :
  • Droite : autorité, inculquer des valeurs éternelles.
  • Gauche : interdit d'interdire. Autorité = totalitarisme. 
Tous les deux semblent d'accord sur un point : l'autorité porte sur le contenu de cerveau. Et si elle portait, au contraire, sur le contenant de la vie ? Et si l'autorité était la condition de la liberté ? L'organisation de l'autonomie ? Les quelques règles que chacun doit respecter pour que chacun puisse faire ce qui lui semble bon ? Exemple : le code de la route, et la constitution de 89 :
La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.
 D'où le métier de "force de l'ordre" : il fait respecter les règles qui permettent d'organiser la liberté. 

lundi 18 mai 2015

Le pragmatisme de Manuel Valls

L'accord d'entreprise. Nicolas Sarkozy en a rêvé, Manuel Valls l'a fait ? L'entreprise devient une démocratie, elle fait ses lois. Celles de la République  ne s'appliquent plus. (A la limite on fera une exception pour des droits fondamentaux.) Conséquence ? L'entreprise va mal, un accord d'entreprise souple sauve l'emploi. Elle gagne en compétitivité... Et coule ses concurrentes. De proche en proche, tout un secteur économique va réformer son droit social ? 

M.Valls répond : il faut être "pragmatique". C'est-à-dire abandonner nos principes ? Et sauter dans l'inconnu ? Or, nouvel exemple de moment thucydidien ?, pragmatisme à un sens opposé. 

Pragmatisme vient de "pragma", action. Le pragmatisme est le courant philosophique qui est associé à la science et au changement. Son principe est qu’il n’y a pas d’idée absolue, mais des « idées qui marchent », c'est-à-dire qui améliorent le sort de l’humanité, dans les conditions dans lesquelles elle se trouve à un instant donné. Et ces idées doivent être, principe de la science, en cohérence avec ce qui a fait la preuve de son efficacité. Surtout, le pragmatisme est "mélioriste". Il est mû par le désir de changer le monde, dans l'intérêt collectif, en mettant l'intelligence au service de l'action.

(Et si la société nous donnait au bon moment de bonnes idées : oui, il faut être pragmatique. Et s'il fallait, simplement, regarder dans le dictionnaire pour y trouver la marche à suivre ?)

Arrêtons de dire du mal des autres

Qu'il est agréable de se plaindre des autres. Nos élites et nos politiques vendus au libéralisme et à l'argent, nos patrons qui ne voient que leur intérêt... Et si cela avait un effet pervers ?

Car, cela ne peut-il pas leur faire croire qu'il n'y a pas d'autre façon de faire ? Et les pousser à se comporter selon nos stéréotypes ? 

dimanche 17 mai 2015

The Economist : le divorce

D'ordinaire, le dimanche à 13h, je publie quelques commentaires sur le dernier numéro de The Economist. Je ne l'ai pas fait cette fois-ci. Je me demande si je ne vais pas mettre un terme à cette tradition. Pourquoi ? 

Parce que cela me demande, finalement, pas mal de travail. Et que je travaille beaucoup, par ailleurs. D'autant que, du fait des jours fériés, le journal arrive parfois samedi. Je m'interroge donc sur la rentabilité de mon investissement.

The Economist me semble de plus en plus comme un has been. Après quelques décennies triomphales, le temps de l'idéologie qu'il défend depuis 170 ans, le marché, me semble être derrière nous. C'est désormais un réactionnaire. Les forces de transformation de la société sont probablement ailleurs. Et si j'allais, moi aussi, chercher ailleurs,  mon information ? (à suivre.)

Nature de la résistance au changement

Ce qui bloque actuellement la transformation de la société pourrait être un double phénomène. Un point d'avancement des réflexions de ce blog :
  1. Objectivement, elle doit se transformer. Et elle se transformera, en bien ou en mal. 
  2. Mais cette transformation est instrumentalisée par des "intérêts particuliers" qui nous expliquent que le seul moyen de changer est de nous laisser exploiter pour faire leur bonheur. En fait, le changement dont ils nous parlent est un changement qui ne change rien. Il est, en lui-même, une résistance au changement. La défense des intérêts acquis. 
Mais, à cause de 2, nous refusons 1. Un "bon" changement ne pourra se faire qu'en démêlant 1 et 2.

(Article, plus élaboré, rédigé pour Focus RH.)

samedi 16 mai 2015

Pas de souci

Depuis que j'ai entendu Fabrice Luchini jeter l'opprobre sur "pas de souci", j'ai découvert que de plus en plus de monde utilisait cette formule. C'est curieux comme nous sommes tous originaux en même temps. Il y a eu récemment "belle journée" et "à très vite". France Musique s'est mis à dire "sous les doigts de" et "maison d'opéra". Il y a des années j'ai découvert "regards croisés", qui me fait invariablement penser "strabisme". Il y a aussi les prénoms, qui arrivent en groupe. (Le mien en est un exemple : il a été au top du hit parade pendant au moins dix ans.) 

Où l'on voit que le monde est un système, et que nous ne faisons qu'en appliquer les lois ? 

La France au bord de la Révolution ?

La thèse de L'oligarchie des incapables est que nous en sommes venus à l'avant Révolution. Cela est-il vraisemblable ?

Voici des éléments tirés de l'enquête qu'est ce blog, et qui pourraient alimenter le débat :
  • Une politique de la langue, tract postmoderniste ?, semble dire que la pensée actuelle refuse l'héritage de la Révolution et s'aligne sur celle de la féodalité. L'évolution du concept de laïcité irait dans le même sens. Tout le travail effectué depuis la Révolution aurait été balayé ?
  • Le modèle de Gaulle, selon René Rémond (ou modèle monarchique) : quand la France fonctionne correctement, une puissance centrale Roi / Peuple contrôle les "privilégiés". Les Révolutionnaires et les Radicaux ont essayé de remplacer le roi, par une forme d'incarnation du peuple, mais cela a été très instable. En tout cas, il n'est probablement pas bon que les "privilégiés" prennent le pouvoir. Serait-ce ce qui a provoqué 89 ? Un roi faible a permis aux "privilégiés" de diriger la France ? 
Qu'est-ce qui a fait éclater la France en 89 ? La mauvaise gestion de la France, qui connaît crise sur crise ? Le rejet des privilèges ? Une bataille entre privilégiés (nobles et bourgeois) ?... Cela pourrait-il se répéter ? Les symptômes, s'ils sont  identiques, semblent atténués ? Mais quid de l'effet d'une crise mondiale ?...

(Qu'est-ce qu'un "privilégié" ? On parle aussi "d'intérêts spéciaux". Il s'agit peut-être du résultat d'une attitude vis-à-vis de la société. Le "privilégié" est poussé par son intérêt égoïste. Le "non privilégié" est peut-être conscient de sa faiblesse et de son besoin de protection. En conséquence, le "non privilégié" est prêt à payer, et le "privilégié" à collecter. Comme souvent en systémique on aboutit à un paradoxe. Ce qui fait la fortune de l'asocial (le "privilégié"), c'est la société. Et le petit peuple, en croyant être un profiteur, se fait tondre. Mais tout le monde est content : pourquoi changer ? Seulement, dès que l'équilibre se rompt, et que la société, pour une raison ou pour une autre, ne produit plus assez, ou que les attentes croissent, la poursuite de ce mécanisme conduit à la vider de sa substance.)

vendredi 15 mai 2015

L'homme révolté, version simplifiée

J'en reviens à L'homme révolté de Camus, en tentant de le simplifier :

Il y a des choses que nous trouvons injustes, et elles suscitent la révolte. Mais, il y a deux façons de se révolter :
  • Vouloir tout casser. C'est le nihilisme.
  • Vouloir tout créer. C'est à dire une société digne de l'homme tel qu'il doit être. "Je me révolte, donc nous sommes". 

Démocratie : bien absolu ?

John Dewey et Kurt Lewin, deux héros de ce blog, étaient des fans de la démocratie. Il va de soi de partager ce point de vue, par les temps qui courent. Mais ce n'était pas celui des Grecs, qui ont pourtant inventé le concept. Et mon expérience de l'entreprise tend à pencher vers les Grecs...

La démocratie est une bien petite partie de notre vie. L'entreprise, l'école, la famille, l'hôpital, l'armée... ne sont pas démocratiques. D'ailleurs, ce qui paraît démocratique est-il vraiment démocratique ? N'avons-nous pas l'impression, en termes de politique, d'avoir à choisir entre la peste et le choléra ? Notre démocratie n'est-elle pas un moyen de nous faire avaler un statu quo qui n'est pas dans notre intérêt ? Or, comment fonctionne l'entreprise ? Pour qu'elle marche au mieux, il faut que ses changements embarquent l'ensemble de ses troupes. Si ce n'est pas le cas, le changement ne fonctionne pas.

Voilà quelque-chose qui aurait plu à Montesquieu. Lui non plus n'était pas un fan de la démocratie. Le bon système, selon lui, est celui qui garantit la liberté de l'individu. Et l'individu est libre si l'on ne peut rien faire sans son consentement. Ce principe ne va pas de soi. En particulier, il n'est pas le seul à garantir la stabilité d'une société. Comme le dit La Boétie, la haine conduit aussi à l'équilibre. La torture fait souvent aimer son tortionnaire, a-t-on compris depuis la nuit des temps. 

En résumé. La démocratie n'est qu'un moyen. Ce qui est premier, c'est le choix, ou non, de la liberté de l'individu, au sens de Montesquieu, comme principe d'organisation sociale

jeudi 14 mai 2015

La connaissance : ADN de l'entreprise

Spécialiste de l'explicitation et de la circulation des savoirs, Pascale Porteres dirige Subria. Auparavant, elle a été directrice générale du cabinet de conseil BPI. Et elle a consacré vingt ans de sa vie à organiser des plans de restructuration...

Une interview, où l'on voit que chaque employé porte une partie de l'ADN de l'entreprise sous la forme de connaissances tacites. Et que la gestion intelligente de cette connaissance est le véritable acte de "création de valeur".

Pourquoi sommes-nous déprimés ? L'erreur du rétroviseur

Ce blog est une enquête. Et, au fond, il donne raison aux post modernistes : tout ce qu'il croyait était faux. La société d'hier avait quelque chose de moche et de laid. Mais, contrairement peut-être à ce que croyaient les postmodernistes, qui occupent actuellement le haut du pavé de l'establishment, eux aussi sont moches et laids. Car ils se sont parés des valeurs qu'ils critiquent. 

J'en suis arrivé à me dire que nous n'irions pas très loin avec une vision des choses aussi négative. Il n'y a pas que du moche et du laid. Il y a aussi du beau. Par exemple, en secouant le passé, nous avons libéré notre pensée. Nous sommes devenus vivants. Les postmodernistes, autre exemple, sont peut-être bien les "possédés" de Dostoïevski : ils se sont chargés de ce qui était devenu dysfonctionnel dans notre modèle social précédent. 

Surtout, ce qui rend laid le passé est notre situation actuelle, qui n'était pas celle d'hier. Notre société d'hier était adaptée aux conditions d'hier, voilà tout. Notre critique n'a aucun sens. Ce qui compte est de remonter une société dans laquelle nous serons heureux. Et, pour cela, il faut s'appuyer sur ce qui est prometteur et beau. 

mercredi 13 mai 2015

Ubérisation : devenir un pro en une leçon

Un ami me dit que le consultant en transformation numérique demande à ses clients d'appliquer à leur métier les modèles d'Amazon, Uber et les autres. L'exercice est intéressant. Surtout parce qu'il a très peu à voir avec le numérique, ai-je fait remarquer à mon ami. Prenons le cas de l'expertise auprès des assurances à titre d'exemple. 

Pour commencer, l'esprit de l'ubérisation. Les lois ne servent à rien. Sinon à créer des rentiers. D'ailleurs c'est eux qui les ont inventées. Tant qu'un procès ou un accident n'a pas démontré le contraire, on fait comme si elles n'existaient pas. Donc plus besoin de diplômes ou d'agréments pour nos experts. Ils suivent un bon sens réduit au minimum. Mécaniquement, la loi de l'offre et de la demande va en augmenter le nombre, en faire baisser le prix. La qualité de service s'améliore : il y aura toujours un expert disponible près de chez vous.

La partie clé du dispositif est un degré zéro du numérique, c'est à dire une "plate-forme". C'est une place de marché informatique. De ce fait, il n'y a plus besoin de cabinet d'expertise et de leurs coûts fixes, et d'assistantes (50% des effectifs). L'expert devient auto entrepreneur, plus de législation du travail, réduction massive des charges sociales. Mieux : un marché marche à la marge. C'est à dire que c'est le prix marginal qui fixe le prix de tout le monde. Or, grâce à lui, vous donnez du travail à des tas de marginaux : retraités, étudiants, enseignants, chômeurs... et autres personnes voulant obtenir un complément de revenus. Tout le monde s'aligne sur leurs prix, ou crève. 

Résultat, vous pouvez diminuer par peut-être 5 ou 10 le prix d'une expertise, créer de l'emploi, et faire un beau bénéfice. (C'est la limite de l'exemple : le marché de l'expertise est trop petit pour l'ubérisation, qui est tout de même un exercice périlleux.) Le plus subtil, peut-être, est que c'est un modèle à court terme. Or les aléas de la vie frappent à long terme. C'est eux, d'ailleurs, qui expliquent l'accumulation de lois compliquées. Le possesseur de la plate-forme a donc de bonnes chances de l'avoir vendue avant qu'un gros pépin ne survienne. 

Dirigeant : attention, fragile ?

Harvard Business Review m'envoie une pub pour ses articles du mois :
  • What the Dalai Lama Taught Daniel Goleman About Emotional Intelligence. By Andrea Ovans. We can all get better at cultivating compassion. 
  • Why Compassion Is a Better Managerial Tactic than Toughness. by Emma Seppälä. How to respond when an employee messes up. 
  • Make It OK for Employees to Challenge Your Ideas by Hal Gregersen Advice for avoiding isolation at the top. 
  • What to Do If Your Team Is Letting You Down by Anne Grady. If your team isn’t living up to your expectations, maybe you haven’t made them clear. 
  • A Story from Google Shows You Don’t Need Power to Drive Strategy by Aaron K. Olson and Keith Simerson. Five things you need instead.
Le dirigeant fragile ? Nouvelle mode de management ? Après le patron créateur de valeur, shooté à la testostérone et au bonus, génération Hollande ?

Le mal de l'Education nationale : le totalitarisme

« En questionnement du monde, la construction des repères temporels répond à la même logique : leur compréhension liée à un apprentissage explicite permet progressivement de les utiliser sans même y penser ».
Je suis bombardé de textes sur l'Education nationale. C'est effrayant ; si j'avais eu des enfants je me serais occupé moi-même de leur éducation ; le plus étrange est que le délire, que je trouvais excusable en 68, semble n'avoir fait que s'amplifier; les hauts personnages qui président à nos destins sont de bien dangereux illuminés ; comment ont-ils pu en arrivé là ?... Voilà ce que je me suis dit. Comment sauver nos enfants ?

Technique boîte noire, et terre brûlée

Principe. Les réformes ne font qu'empirer les choses, n'insistons pas. Faisons confiance à l'être humain. En dépit du mauvais traitement qu'il subit, l'enfant n'est pas irrécupérable. Certes, il ne sait peut-être plus très bien écrire ou compter, mais il a sûrement d'autres qualités. En particulier, il doit lui rester quelque-chose de la masse de bons sentiments qu'on lui a inculqués. Pourquoi ne pas chercher à corriger le tir, plutôt qu'à vouloir le rendre parfait ? Il y a beaucoup de façons de ce faire. Idées :
  • Rendre l'information facilement accessible (cf. wikipedia), de façon à ce que l'on puisse se former en dehors de l'école.
  • Développer la formation continue. 
  • Identifier des personnes compétentes (celles qui savent écrire ou compter, par exemple), de confiance, auxquelles faire appel en cas de besoin. Encourager, donc, l'entraide. (Idem dans l'enseignement : les enseignants peuvent profiter de leurs expériences respectives.)
Sa mainmise sur l'enseignement réservant aux héritiers de la classe supérieure les meilleures positions sociales, il ne semble pas malin de s'acharner à les obtenir. D'autant que le parcours qui y mène n'est pas idéal pour l'épanouissement de l'individu. Pourquoi ne pas se demander comment construire une vie en dehors du système ? Et se donner les moyens de réussir ?

Le mal de l'Education nationale : le totalitarisme
Le principe de la réforme en France, c'est le totalitarisme. C'est le haut qui impose ses vues au bas. Voilà ce qui ne marche pas ! Mais, comment obtenir un changement total, sans être totalitaire ? Par capillarité. Si les idées ci-dessus (ou d'autres) donnent de bons résultats, elles gagneront la société de proche en proche. 
"Le gouvernement central ne se bornait pas à venir au secours des paysans dans leurs misères ; il prétendait leur enseigner l’art de s’enrichir, les y aider et les y forcer au besoin (…) le gouvernement était déjà passé du rôle de souverain au rôle de tuteur." Tocqueville (L'Ancien régime et la Révolution)

mardi 12 mai 2015

Le crépuscule de la finance ?

The Economist semble dire que le régulateur livre la banque en pâture au disrupteur digital. Autrement dit une partie de l'économie est devenue sans foi ni loi, et surtout sans garantie. Raison : elle n'est pas dangereuse puisqu'elle n'est pas systémique. 

Ce dont je ne suis pas sûr. Nous sommes systémiques par nature. Nous sommes des moutons de Panurge. S'il y a une crise massive, les Etats seront bien obligés d'intervenir... Mais peut-être moins qu'ils ne le firent. Tant pis pour les faibles. 

Fin d'un cycle ? J'ai l'impression que l'une des grandes idées de la fin du 20ème a été que ce qui bloquait la croissance c'était le manque de financement. On a déréglementé à tour de bras. Résultat : bulle spéculative. Aujourd'hui, retour aux sources ? Le secteur financier va se contracter ? Assèchement financier ? L'entreprise va de plus en plus avoir à compter sur ses ressources propres, comme elle le faisait après guerre ? 

L'efficace M.Hollande

M.Hollande vend des Rafale, ce que n'était pas parvenu à faire M.Sarkozy. Nous sommes très copains avec les gens du Golfe. Et M.Fabius s'est fait remarquer lors des négociations avec l'Iran. Maintenant, M.Hollande rend visite à Cuba. Tout cela pourrait être très bon pour notre commerce. C'est habile : une France, modeste pour une fois, mais entreprenante, pourrait tirer quelques marrons du feu, au détriment d'amis moins adroits, USA et autres grands Européens ? Après la princesse du peuple, le président du MEDEF ? Et M.Hollande s'entend aussi bien avec Mme Merkel. L'image internationale de la France change : elle devient un bon élève. 

Deux paradoxes. La discrétion de ces succès. Une habileté qui semble plus grande à l'extérieur qu'à l'intérieur. (Mais l'extérieur doit servir l'intérieur.) 

Une hypothèse : notre gouvernement est adroit à suivre les règles des autres, voire à les adapter à ses intérêts, mais pas à les changer. Caractéristique du haut fonctionnaire français : c'est un excellent collaborateur ? 

Du côté de chez Swann

En fait, je me rends compte que je lis Proust toujours de la même façon depuis 40 ans, c'est à dire par bouts. D'où les réflexions qui suivent. Quelques remarques iconoclastes. 

Le premier effet qu'a Proust sur moi est une sorte de fascination. J'ai l'impression de vivre ce qu'il dit. Les banalités de la vie quotidienne prennent soudainement une immense importance. Sorte de voyeurisme. Mais c'est mal fichu. Il n'y a pas de fil conducteur. On va d'un épisode immobile à un autre. Il me plonge dans un rêve, et m'en tire brutalement. Désagréable, comme passer du soleil à l'eau froide. Et curieux vocabulaire, à la fois extraordinairement riche et précis, mais qui a aussi quelque-chose de familier et vulgaire (à commencer par "à la recherche du temps passé" - je ne dis pas cela pour ses retranscriptions de langage populaire).

Proust n'est-il pas une variante de Voici ? A la recherche du temps passé ou à la recherche d'une certaine façon de voir le monde ? Celle de l'enfant, qui perçoit les grandes personnes comme des êtres terrifiants et merveilleux. Et non comme des individus comme vous et moi. Illustration d'une des théories topologiques de Kurt Lewin : celui qui est extérieur à une société n'en voit pas la réalité, il l'exagère, il l'idéalise ?

(Par ailleurs, je me suis demandé si Julien Gracq n'avait par repris le même procédé. Mais, dans son cas, cela a quelque-chose de mécanique et de gratuit, à mon avis. Comparaison qui s'applique à ses titres.)

lundi 11 mai 2015

David Cameron et l'Europe

David Cameron aurait perdu la recette du charme qui a ensorcelé l'Europe et l'a transformée en maison témoin du libéralisme. Jean Quatremer reprend une thèse de The Economist

Est-ce sûr ? Il me semble plutôt que c'est un vrai politique. C'est à dire quelqu'un dont l'obsession est de rester en place. Et il sait qu'il ne gouverne pas que la City. Il est possible qu'il constate, au moins indirectement, que l'Angleterre, ou une grosse partie de sa population, a été victime de la libéralisation de l'Europe, amenée par ses prédécesseurs. Et qu'il en tire les conclusions qui s'imposent à lui. 

Alors, si Syriza fait le jeu de la rigueur allemande, l'Angleterre pourrait faire celui du FN ?

Cameron le magnifique ?

Le 7 au soir j'ai vu que Cameron avait gagné les élections anglaises. Inattendu ? En fait, ces élections ressemblaient étonnamment aux nôtres. On nous prédit le chaos, et, tout se passe comme d'habitude ! Je me demande si cela ne valide pas une de mes thèses : 1) le génie du véritable homme politique ; 2) la durabilité des ficelles qui mettent en mouvement l'opinion publique. 

La question qui se pose alors est de savoir s'il ne pourrait pas se croire insubmersible, et, par là, être véritablement à l'origine du chaos. Car The Economist a bien vu : l'Angleterre a préféré l'économie à l'Europe. Et si l'Angleterre sort de l'Europe, elle risque de voir partir l'Ecosse... Mais tout cela est trop simple. En tout cas, ce qui semble certain, c'est que l'homme politique est un fameux résistant au changement. 

La terre appartient à l'Anglo-saxon ?

Certains Français croient être de vrais Anglo-saxons, et me prennent pour un ennemi de classe. L'Anglo-saxon de souche voit les choses différemment. Il perçoit son admirateur comme une caricature insultante, à l'image de Berlusconi ou de Sarkozy. Mais lui et moi nous-nous ressemblons. Car nous parlons le même langage. Pas celui de la langue, mais celui des idées. Même si nous n'en arrivons pas aux mêmes conclusions.

Du coup, certains riches Anglo-saxons m'ont fait entrer dans leurs confidences. Et j'ai constaté une frustration à l'endroit de la France : ils ne sont pas bien servis. Selon moi, elle est provoquée par leur façon de se comporter. Ils prennent le Français pour un valet. C'est probablement ce que l'on a reproché à la noblesse, et qui lui a coûté sa tête. Ce comportement a-t-il une cause ? Question que je me pose depuis longtemps. J'ai peut-être trouvé une idée. Pour l'Anglo-saxon, les riches de tous les pays sont des frères. Leur richesse, qui est méritée, leur donne tous les droits. Ils possèdent la Terre, qui n'a pas de frontières. Ce sont des globaux de naissance. Et c'est pour cela qu'on doit leur obéir. Le petit Français, pour sa part, estime qu'il mérite le respect que l'on doit à un égal, parce qu'il remplit avec compétence et abnégation un rôle essentiel à la société. Et que, si on le lui demande gentiment, il est prêt à donner sa vie pour elle.