mardi 31 mars 2015

Une vie d'entrepreneur

On me demande mon avis sur l'entrepreneur. J'ai observé beaucoup d'entrepreneurs. Échantillon significatif ? Voici, en tout cas, ce qui m'a marqué. 

L'entrepreneur est un marginal. Il ne peut pas supporter la contrainte d'un emploi salarié. Et il tolère mal les lois sociales. Mais, pour préserver sa liberté, il est prêt à subir les pires privations. Il est même increvable. Voilà pourquoi, contrairement à ce que l'on croit, il y a énormément d'entrepreneurs pauvres. En fait, je me demande si cette soif de liberté ne prend pas un chemin détourné. L'entrepreneur croit à sa bonne étoile. A tout instant, il poursuit un projet. Et c'est ce projet qui fait qu'il est aveugle au péril qu'il traverse. Il est sûr qu'il va réussir. Il ne compte pas. Il n'y a que le manager professionnel qui sache compter. 

L'entrepreneur n'est pas rationnel. Il a peut-être un projet, mais il le mène par le chemin des écoliers. Apparemment, en se faisant tenter par tout ce qui passe à proximité. En fait, il ressemble à un joueur de go ou à un artiste. Il perçoit ce que nous ne voyons pas. C'est le phénomène que l'intelligence artificielle de ma jeunesse appelait, faute de pouvoir le comprendre : "pattern recognition". Il crée un monde. J'ai noté que ses clients, souvent, n'en sont pas. Ce sont des amis. Ils forment un réseau dans lequel on se rend service. Et ça finit par faire des affaires. Il y a très longtemps, par exemple, j'ai fait des études sur les processus d'achat dans le BTP. Eh bien les entreprises du BTP ont un tout petit nombre de fournisseurs, qu'elles conservent depuis des décennies. Et elles sont relativement insensibles au prix. Mais pas au coup de Jarnac. 

La grande réussite est un déchirement pour l'entrepreneur. Il doit se réinventer avec son entreprise, au fur et à mesure qu'elle croit. Un peu comme un conducteur qui doit adapter ses réflexes aux caractéristiques de voitures de plus en plus puissantes. Est-ce parce qu'il a créé une entreprise pour échapper aux lois sociales, et que celles-ci reviennent ainsi par un chemin détourné ? C'est souvent au dessus de ses forces. Du coup son entreprise reste petite. 

"Every entrepreneur's like a setting sun." L'entrepreneur est généralement incapable d'organiser sa succession. Comment renoncer au monde qu'il a créé ? Le bateau sombre avec le capitaine ! Ne serait-ce que, parce que s'il choisit un successeur, c'est pour son incapacité à réussir. Car, il ne veut pas que l'on touche à son oeuvre. Car le seul moyen de la sauver est de la transformer. Et voilà pourquoi : 
L'entreprise française a été construite autour de son fondateur, elle en est un prolongement. Or, il est exceptionnel. En particulier c'est souvent un commercial hors pair. Mais on ne le sait pas. Probablement parce que sa passion de son métier le rend irrésistiblement convaincant. Pour prendre sa suite, il faut :
  • quelqu'un qui ait une nature d'entrepreneur, ce qui est inversement proportionnel aux diplômes qu'il possède ; 
  • l'aider à acquérir ce qui lui manque pour réussir, c'est parfois une question de compagnonnage par un DG professionnel extérieur ; 
  • que l'entrepreneur successeur réinvente, à partir des atouts de l'entreprise, un nouveau projet entrepreneurial. Ce n'est que comme cela qu'il compensera les pertes irréparables que provoque le départ du fondateur.
Le faux entrepreneur. Vous êtes surpris ? Nous n'avons pas la même définition d'entrepreneur. Depuis la bulle Internet, et même Bill Gates, l'entrepreneur est un gosse de riche diplômé de ce qu'il y a de mieux (Harvard, Normale Sup...). Son talent ? Lever des fonds auprès d'un camarade. D'un coup d’œil, ils se comprennent. Ils savent tous les deux que la dernière mode va transformer le monde, et qu'ils sont les seuls à l'avoir compris. Voilà comment l'on devient très riche. 

De la volonté de puissance au pragmatisme

Qu'est-ce qui fait qu'un changement échoue ? "Volonté de puissance". Celui qui le mène veut plier le monde à sa volonté. Qu'est-ce qui fait qu'un changement réussit ? "Pragmatisme". Le pragmatisme, c'est penser qu'il n'y a pas de lutte entre l'homme et le monde. Et ce parce que l'homme est un constituant du monde. On ne se bat pas contre soi ! Ce monde est dangereux, si on n'en respecte pas les règles, toujours changeantes, mais plein de potentiel, sinon. Il est complexe, mais pas absurde. 

J'ai regardé les erreurs courantes en conduite du changement. Je me suis demandé comment les éviter. Et lorsque j'ai voulu résumer tout ceci, j'ai trouvé mon premier paragraphe. 

Quoi de neuf ?, direz-vous. C'est aussi vieux que le monde ! Le problème n'est pas là. C'est : comment faire ? Chaque génération, doit s'adapter à une situation qui n'est pas celle qu'a connue la génération précédente. Voilà pourquoi le mieux pour apprendre le changement est l'exemple des autres !

Premier exemple : l'attitude à adopter - en quelque sorte celle du judoka.
Second exemple : une démarche et une méthode pragmatiques.

Et un livre de cas, tirés d'interviews, à télécharger : le changement ça s'apprend par l'exemple

lundi 30 mars 2015

L'égalité contre l'injustice ?

Celui qui décide n'est pas celui qui subit. Source des maux de notre société. C'est une idée qui revient souvent dans Thinking in systems. Le lobby influence le politique, qui déclare la guerre, le général ordonne, le soldat meurt. D'où tentation ? "Volonté de puissance" de mon précédent billet ? Volonté de tirer les ficelles sans subir les conséquences de ses actes ? Mais aussi la perception de l'homme comme un sous-homme, dont la vie ne compte pas ? Ce qui permet de se mettre en règle avec sa conscience ?

L'opposé de ce principe ? "L'égalité de puissance", selon l'expression de Rousseau. Elle tend à produire une société solidaire. Le général fait tuer le soldat, mais il en garde mauvaise conscience. Et les Grecs élisaient leurs généraux. (Et la seule arme égalitaire est nucléaire : avec elle, il n'est pas question de jouer au surhomme ?)

Considérations propres à l'Occident et à l'individualisme ? D'autres sociétés me semblent ressembler à une ruche. Il y a division des tâches, chacun à son rôle. Il n'exploite pas les autres. Dans la nôtre, la spécialisation n'est pas héritée, mais acquise. L'homme est égal au sens où il participe à la gestion du "bien commun", cité, nation ou monde. Comme le dit Hayek, notre société a la particularité de se recomposer en permanence. (Cependant, la recomposition n'est pas instantanée comme chez Hayek.)

Dépression et pilotage

La radio parle beaucoup de ce kamikaze allemand et de sa dépression. J'entends aussi dire, par des experts unanimes, qu'une dépression n'empêche pas de piloter. 

Le discours des experts me surprend. Il se trouve que, dans ce cas, l'homme avait un congé de maladie. Ce qui semble signifier qu'un médecin a jugé qu'il n'était pas à même de faire son travail. Pourquoi serait-il bien de piloter un avion en état de dépression, et pas bien de le faire quand on a 40 de fièvre ? 

Il se trouve que j'ai rencontré des gens ayant une dépression chronique. C'est impressionnant. Ils se replient sur eux. Ils pensent ne plus pouvoir rien faire. Il est certain que je ne leur laisserais pas conduire une voiture. Non parce qu'ils sont suicidaires. Mais parce qu'ils n'ont pas des réflexes normaux. Et, le pire, à mon avis, sont les médicaments qu'ils prennent. Car ils ont certainement un impact sur le comportement humain. Dans ce domaine, on soigne le mal par le mal. C'est à dire par la chimie. (Et on ne guérit rien.)

Ce qui m'étonne le plus est de comparer le mécanisme de sélection des pilotes, extrêmement rigoureux (et qui ne me semble pas être totalement corrélé à la réalité de leur métier : en France, on recrute des ingénieurs), et leur suivi, qui ne paraît pas aussi intransigeant. Des considérations annexes auraient-elles fait oublier à l'aviation civile ses responsabilités ? 

FN et Etat Islamique

Je ne suis pas d'accord avec The Economist ! Ces élections départementales ont été normales. Le FN n'a pas gagné. C'est un triomphe pour la stratégie de M.Hollande. Et cela personne ne le dit. En refusant de restructurer la France comme le voulait Mme Merkel, il a évité une crise. Une majorité suffisante des Français se satisfait du statu quo. En outre, comme l'explique Poor Economics, la pauvreté est une forme de dépression. Les perdants du système ne votent plus. Quant à M.Sarkozy, il sera certainement président. Personne, dans son camp, n'est de sa taille. 

Le système politique français est résilient. Il change juste assez pour ne pas changer. Il en est peut-être de même partout. Au Moyen-orient et en Afrique, Al-Quaïda, l'Etat Islamique et les courants chiites se contiennent les uns les autres. La stratégie de ceux qui en tirent les ficelles (Iran, Arabie Saoudite, USA) n'est pas la victoire, mais le juste nécessaire pour circonscrire le chaos et protéger le calme chez eux. Alors, notre avenir, scénario "Mad Max" : quelques îlots de prospérité entourés d'une barbarie dépressive ?

Volonté de puissance ?

Des proches négocient un job ou quelque-chose du même genre. C'est très important pour eux et pour leur interlocuteur. Alors que tout semble s'être conclu pour le mieux, un des protagonistes fait une demande inutile et inacceptable. Une sorte de caprice. Ce qui fait tout capoter. Voici un phénomène que sa répétition a fini par me faire remarquer. 

Manque d'affection ? Suicidaire ?... Je me demande si ce n'est pas la fameuse "volonté de puissance" de Nietzsche :
Mais il faut que tout se soumette et se ploie à votre gré. C'est ce qu'exige votre vouloir ; que tout s'assouplisse et se soumette à l'esprit, que tout se réduise à en être le miroir et le reflet.
Volonté d'avoir le dessus sur l'autre. Si l'autre cède, il a renoncé à son libre arbitre, c'est un esclave, une chose. D'ailleurs, les techniques utilisées ressortissent à l'injonction paradoxale. Et ces moments irrationnels semblent associés, d'après ce que l'on me dit, à des sortes de coups de folie. L'homme se croit génial, il domine le monde, il lui impose sa volonté ?

D'où gueules de bois. Ce qui signifie peut-être que cette "volonté de puissance" n'a rien de définitif. Sorte de pathologie sociale à la Durkheim ? Qui se guérit ? Ou, du moins, "ce qui ne tue pas renforce" ?

dimanche 29 mars 2015

Enseignement supérieur : la fabrique du crétin ?

Le modèle américain d’enseignement supérieur, et de massification de celui-ci, a gagné le monde, dit The Economist. Mais, aux USA, il  ne fabrique plus de connaissance, mais de la discrimination. C’est le diplôme qui compte. Parce qu’il est l’unique critère d’embauche utilisé par les entreprises. Ce qui provoque un effondrement de la qualité de l’enseignement et une explosion de son coût. Donc une sélection par l’argent d’une élite très peu éclairée. Quant aux autres, l’éducation qu’ils reçoivent n’est plus digne de ce nom. (La fabrique, massifiée, du crétin ?)

Ailleurs dans le monde, l’Arabie Saoudite et l’Iran se livrent une guerre par pauvres interposés. Au fond, ce qui compte, c’est que l’autre ne prenne pas l’avantage. Résultat : au Moyen-orient et en Afrique, c’est le chaos. (Ce qui arrange tout le monde ?) En France, les partis de gouvernement se réjouissent, mais Mme Le Pen a gagné. L’Ukraine est gouvernée par des oligarques. C’est eux son problème. Pour le moment, ils semblent se disputer. (La Russie a été dans la même situation, mais M.Poutine les a remis à leur place.) Mme Merkel dirige l’Europe. Son plan : une apparence de France forte, pour qu’on n’ait pas l’impression que l’Allemagne est sans contre-poids ; et « une Europe unie, gouvernée par des règles fiscales strictes, en paix avec ses voisins. » (Une Europe triste, mais digne ?)  En Angleterre, rien ne va plus ? M.Cameron pourrait être éliminé par son parti, s’il est réélu. Mais, le plus probable est que l’élection de mai produise un gouvernement minoritaire de gauche, incapable de gouverner. Ce n’est pas ce qu’il faut à la fragile économie anglaise. M.Netanyahou doit se battre contre les Palestiniens et M.Obama. Deux ans à attendre. Traités commerciaux des USA avec l’Asie et l’Europe. L’Amérique veut imposer ses normes au monde, surtout à la Chine. Pour le moment l’affaire tournerait à l’avantage de cette dernière. « Présenter (le traité avec l’Asie) comme une façon de contrer la Chine risque d’ajouter une (humiliation) inutile : cela pourrait faire ressembler (la défaite de la diplomatie américaine à) une victoire chinoise. »

L’industrie d’extraction de charbon connaît un mauvais moment. Il pollue (et pas que par le CO2 : mercure, sulfure, oxydes nitriques), et la Chine réduit sa consommation. Seul espoir : l’Inde. Mais elle veut exploiter ses propres ressources. Le vrai danger : que les milieux financiers n’y croient plus, et privent de financements les entreprises du secteur. Wall Street a produit des entreprises zombies qu’une nouvelle génération de fonds cherche à restructurer. Exemple : Kraft « a fait l’objet de 7 fusions ou cessions depuis 1980 ». Du coup l’entreprise a perdu le nord. C’est « le résultat de l’hyper activité des hommes d’affaire de Wall street ».

Monde numérique. La guerre du moment, c’est l’application de messagerie. Il s’agit, par le biais de "plates-formes", de mettre la main sur les flux de données des particuliers et des entreprises. Et d’asservir ses concurrents. Finalement, le capitalisme asiatique s’ouvre aux pratiques occidentales. Ils n'ont pas pu faire autrement. C'est la loi de la globalisation. Transparence et simplification, entrée d’administrateurs étrangers aux familles dirigeantes, et de quelques activistes.

« La capacité de digérer le lait pourrait expliquer comment l’Europe est devenue riche. » Pour permettre au drone d’éviter l’imprévu, on cherche à lui faire imiter les insectes. (Le plus surprenant est qu’on y parviendrait.)

Journée de la volonté de puissance

29 mars 2015, décalage horaire. Aucun intérêt économique et cela pose des tas de problèmes physiologiques. Encore une idée d'un technocrate. En 76, pour économiser du pétrole

Et si nous faisions contre mauvaise fortune bon cœur ? Il y a la journée de la femme, celle de la procrastination, pourquoi pas celle de "la volonté de puissance" ? Nous en ferions l'occasion de nous rappeler les dégâts que cause ce désir de plier le monde à ses lubies. Et d'emprunter l'argument d'autorité technocratique ou scientifique pour ce faire. Et en plus, pour bien marquer les esprits, il y en aurait deux par an.

samedi 28 mars 2015

La transformation numérique vue de l'intérieur

Rencontre avec un réalisateur de films. Il travaille pour la très grande entreprise. Je suis enchanté. Je vais pouvoir apprendre de lui ! Mais il m'envie ! Je vis dans le monde de Youtube. Lui a matériel coûteux, mais ses vidéos sont diffusées sur un Intranet jurassique, elles apparaissent en tout petit. Personne ne les regarde. Surtout, tous les directeurs, de partout, veulent exprimer leur avis sur son travail, ce qui fait des tas de modifications et des tas de versions. Jusqu'à ce que l'on comprenne que la première était la bonne... On vient de découvrir que le dispositif était trop coûteux. On va en réduire le coût de 30%. On pourrait faire radicalement mieux, puisque cette usine à gaz est inutile à l'heure de Google. Mais, non. On conserve cette pyramide inversée. Les économies vont peser sur sa base, sa cheville ouvrière, sous-traitante.

Histoire instructive ? Les grandes entreprises sont devenues des technocraties bureaucratiques ? Elles n'ont plus de compétences ? Elles croient que le "numérique" est un coup de baguette magique qui va les sauver ? Raté. Le numérique ne fait qu'empirer le mal. Augmenter une structure de coûts fixes déjà beaucoup trop lourde. La transformation numérique est humaine avant tout. L'entreprise doit retrouver sa "raison d'être". Ce n'est qu'une fois que son esprit sera de nouveau éclairé que le numérique lui sourira.

Un grand patron (anonyme pour le moment) me semble avoir vu juste :
Les entreprises d’aujourd’hui sont donc constituées par des communautés de personnes qui apprennent ensemble et en permanence alors que leurs organisations restent essentiellement hiérarchiques et figées autour d’organigrammes censés localiser et identifier les pouvoirs et centres de décision à une époque où l’innovation technologique passe du mode centralisé top-down à un mode inclusif en réseau, mobilisant tous les acteurs de l’entreprise et se traduisant par des ruptures ou des progrès incrémentaux ou des sauts de performance changeant la norme en matière de coûts ou de qualité. Il incombe aux équipes dirigeantes des entreprises d’être à la hauteur de ces nouvelles responsabilités dans le nouveau monde généré par le « tsunami numérique ».

La Silicon Valley fait la loi ?

L'Indiana fait voter une loi concernant, par une voie détournée, les homosexuels. Elle déplaît à la Silicon Valley. Celle-ci organise des représailles

Mais les USA n'ont-ils pas quelque-chose qui s'appelle "la justice". Notamment une Cour Suprême ? Pourquoi ne pas y avoir recours ? La grande entreprise veut-elle faire la loi ? Et, pour demain, quelle loi nous prépare-t-elle ?
C'est une expérience éternelle que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser (...) Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. (Montesquieu)
(L'histoire est d'ailleurs curieuse. Cette loi serait une tactique démagogique des Républicains. Ce qui signifierait que le peuple lui serait favorable. Éternelle lutte de l'oligarchie et du peuple ? Comme dans la Guerre du Péloponnèse ?)

Science dévoyée ?

La pensée scientifique anglo-saxonne (Scientific American par exemple) me semble croire que la science doit nous dicter nos décisions. 

Les deux exemples types sont les OGM, dont on a "démontré" qu'ils ne présentaient pas de dangers (quel argument marketing !), et l'effet de serre, dont on a "démontré" qu'il faisait augmenter la température de la planète. Sans voir qu'il y a contradiction : si l'effet de serre démontre quelque chose, c'est que l'action de l'homme, à long terme, a des résultats dangereux. Ne peut-il pas en être de même pour les manipulations génétiques ? 

Pourquoi ne sommes-nous pas entendus par le peuple ?, se lamente les scientifiques. Parce qu'il souffre ? Il pense : après moi le réchauffement climatique ? Et que la science est devenue un moyen de manipulation ?

(Autre exemple : mariage pour tous. Scientific American semble croire que, parce qu'il a démoli les arguments "scientifiques" de son adversaire, les siens sont bons... Mais, que l'autre ait tort ne signifie pas que vous ayez raison ! D'ailleurs, la science ne démontre rien. Si l'Occident a adopté le mariage pour tous, ce n'est pas parce que l'on a "démontré" que c'était bon pour la santé, notamment des enfants - l'objet de l'article, mais, vraisemblablement, parce que notre société en a décidé ainsi. Et ce du fait de mécanismes qui nous sont mystérieux. L'individu doit s'adapter. C'est le temps qui permettra, peut-être, de juger des bénéfices de cette innovation sociale.) 

vendredi 27 mars 2015

Comprendre les philosophes

Je me suis mis récemment à lire quelques philosophes. Petit à petit, j'en suis venu à penser qu'être philosophe, c'était utiliser des mots dont on ne donne pas la définition, pour résoudre un problème que l'on ne formule pas. 

Du coup, son discours devient parole d’Évangile. Mais, si l'on parvient à remplir les blancs, on découvre une modélisation pertinente, valable et utile dans certaines circonstances. Cependant, ce ne sont pas, contrairement, à ce que pensait probablement le philosophe, les seules circonstances qui puissent se présenter. 

Germanwings : le terrorisme fait 150 morts

Un pilote se trouve fermé hors de son cockpit. C'est la faute de la législation anti-terroriste. Autrement dit, les terroriste du 11 septembre ont fait 150 nouvelles victimes. Mais c'est aussi probablement grâce à eux que la NSA écoute nos communications et que les USA ont mis l'Iraq en pièces. Ce qui a favorisé probablement le chaos du Moyen-orient. Auquel contribue d'ailleurs une autre création des USA : Al Qaïda et ses diverses variantes. 

Le monde est un équilibre entre forces. Il suffit d'en éliminer une pour que celles qu'elle contenait se déchaînent. (Par exemple les militaires américains.) Tout l'art du terroriste est là. De l'importance de garder la tête froide dans les crises ?

jeudi 26 mars 2015

Nos connaissances : richesses en péril !

Cri d'alarme de Jean-Louis Ermine (KIP et Mines-Télécom) : nos connaissances se perdent ! Le patrimoine de connaissances de l'entreprise et de la société disparaît. C'est une des préoccupations majeures de l'AIEA. Les entreprises commencent à se sentir concernées...


Car les connaissances sont leur actif de plus grande valeur... Curieusement, il n'est pas bien difficile de les conserver, et, surtout, de les développer. Car les connaissances ont la particularité de croître lorsqu'elles sont partagées ! (Qu'elles soient en voie de disparition en dit-il long sur l'état de notre société ?) Comment faire ? 
  • Si l'on n'est pas persuadé que les connaissances sont une part déterminante du patrimoine de l'entreprise, c'est mal parti. Sinon ?
  • Identifier son portefeuille de connaissances, en particulier les "stratégiques". 
  • Construire un "référentiel". Mais pas uniquement de ce qui est "explicite". Surtout, du savoir faire et du savoir être qui "dépassent la technique". Sans oublier les réseaux, les processus de communication...
  • Mettre en place un dispositif de partage, donc. 
  • Et l'utiliser pour innover ! (Et créer de nouvelles connaissances.)

Radio-France en grève

Il faut s'adapter. Grève. Il n'y a plus que de la musique chez Radio-France, entrecoupée d'annonces sinistres. Du coup, j'en suis venu à écouter France Info. La grève lui a fait du bien : on n'y papote plus. De ce fait, j'ai entendu ses informations parler de la grève. J'ai cru comprendre que le gouvernement conduisait le changement par la technique du pourrissement. Et, à ce jeu, il est très fort. C'est une tactique propre à l'administration et même à notre culture. Je me souviens d'un homme d'affaire américain qui m'en avait parlé, avec émotion.

En tout cas, cela semble montrer que les syndicats sont des tigres de papier. Je me demande si, à l'époque où on leur accordait un pouvoir, ils ne servaient pas en fait un intérêt politique quelconque. Cela dit peut-être aussi que la grève n'a rien de très populaire. On s'imagine que les salariés de Radio France ont un traitement de faveur. Et que ceux qui seront licenciés passeront des comptes de Radio France à un autre poste de dépense de l'Etat. (Les retraites ?) Le gouvernement n'aurait-il rien à gagner à se montrer faible avec Radio France ? Peut-être aussi la grève démontre-t-elle que Radio France pourrait alléger ses programmes, sans dommage pour son audience ? Et réduire son offre de radios ? 

(Par ailleurs, la grève serait-elle peu suivie ? "Lundi environ 7% des salariés ont cessé le travail, selon la direction" dit le site de France Info.
PS. Vendredi 27 mars France Info annonçait qu'il y avait 9% de grévistes. Peut-être y a-t-il quelque-chose que je ne comprends pas ? Grève tournante ? En tout cas, il en faut peu pour paralyser totalement Radio France. Et le procédé semble particulièrement peu démocratique. Cette grève respecte-t-elle l'esprit initial de la législation sur la grève ?)

mercredi 25 mars 2015

Changement : conduite ou accompagnement ?

Quelle est la différence entre conduite et accompagnement du changement ?, me demande-t-on une fois de plus.

Conduite du changement vient de "leading change" en anglais. Quand on montre la voie du changement, on n'a pas besoin de l'accompagner. La conduite du changement élimine la nécessité de l'accompagnement.


1801 Antoine-Jean Gros - Bonaparte on the Bridge at Arcole.jpg
De la différence entre un leader et accompagnateur
"1801 Antoine-Jean Gros - Bonaparte on the Bridge at Arcole" by Antoine-Jean Gros - The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH. Art Renewal Centerdescription. Licensed under Public Domain via Wikimedia Commons.

Pourquoi parle-t-on autant d'accompagnement alors ? Parce que "changement" a pris un sens original. Le dirigeant veut changer ses personnels pour qu'ils entrent dans sa stratégie. Comme si l'on devait vous couper les pieds pour vous ajuster à votre lit. Il a besoin de troupes de choc pour cela. Au fond, le travail du consultant, c'est essentiellement le changement. Ce type de changement.

Changement d'air

A chaque fois qu'il fait beau, une alerte d'Airparif m'avertit qu'il y a un pic de pollution. En comptant les alertes, j'en déduis qu'il fait beau un mois par an. Heureusement ? Mais, le magazine de la mairie (n°54) m'explique qu'elle s'en prend à la question. Attaque contre la voiture. En particulier celle qui pollue le plus. 

Exemple de changement mal conduit. On parle de moyen, pas de résultat. Et on ne fait pas appel à la participation du citoyen.

Comment savoir si les mesures prises seront efficaces ? La voiture est-elle le seul vecteur de pollution ? Dominant ? Et le chauffage urbain ? Peut-il y avoir des causes extérieures à Paris ? Et les mesures prises vont-elles avoir un effet signification ?... Ce qu'il aurait fallu c'est essayer de comprendre d'où vient la pollution. Et, à partir de là, l'attaquer à sa racine. En montrant le lien entre l'action et les résultats attendus. Et en en déduisant un objectif quantifié. Au moins cela aurait été convainquant. Surtout si l'on avait expliqué les dangers que représente la pollution parisienne pour notre vie. Et cela nous aurait donné envie d'appuyer la mairie, de faire un effort. Or, peut-être bien que nous sommes les principales causes de pollution !

(Changement "dirigé". Changement technocratique type. Le maire agit, seul. Et considère implicitement ses administrés comme des enfants. Une typologie des changements est ici.)

mardi 24 mars 2015

Manipuler la mémoire, une introduction

J'avais entendu dire qu'il était possible d'implanter des souvenirs faux. Eh bien, ce n'est pas très compliqué de réussir :
  • Cela semble lié à un mélange de vrai et de faux, à de la persuasion et à de l'émotion. 
  • Il faut amener le patient à chercher à se remémorer l'histoire qu'on lui a racontée. 
  • Il se produit alors un phénomène curieux : l'homme enrichit ses faux souvenirs. 
Dans l'expérience dont il est question, la plupart des participants sont victimes de la manipulation. (Je me demande si l'éthique de l’expérience ne pourrait pas être discutée...) Mais pas tous. Pourquoi certains résistent-ils, d'autres pas ? Le phénomène est-il permanent, ou un genre de malaise fait-il découvrir que quelque-chose ne va pas dans ses souvenirs ?... En tout cas, il semblerait que la technique ait été beaucoup pratiquée, avant même que le scientifique ne s'y intéresse. Notamment par la police. 

De la fragilité de l'individu et d'un monde, dont rêvaient les Lumières, fondé sur sa "raison"?

Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ?

Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ?Günther Anders a choisi l'action. Ses combats auront été le nazisme, mais il fut vite dépassé par les événements, puis la bombe nucléaire. 

Premier mari de Hannah Arendt, il appartient à un petit groupe de philosophes allemands qui a marqué l’après guerre. Mais il a choisi une voie diamétralement opposée à celle des autres. Le monde bouge trop vite pour perdre son temps avec la philosophie des Grecs et des réflexions sur la nature de l’homme. Il revendique son inculture. (Qui est aussi celle de Husserl, dont il était l’élève favori.) Il considère d’ailleurs Heidegger comme un vieux schnock vivant coupé des réalités du monde. Ce qu’il faut, c’est parler un langage que tout le monde comprend, afin de lui communiquer les menaces qui planent sur lui. Et pour cela, il faut frapper son imagination. Créer l’inquiétude. 

(ANDERS, Günther, Et si je suis désespéré, que voulez-vous que j’y fasse ?, Allia, 2014. Livre d’entretiens qui se lit en une soirée…)

lundi 23 mars 2015

Orange dérangé

Ma messagerie Outlook ne parvient plus à envoyer de messages. Je décide d'appeler le dépannage d'Orange. Je laisse passer le week-end, de peur qu'il soit débordé. Coup de fil. Une machine. S'engage alors un processus crispant. Elle me demande de lui parler. Elle me propose de m'envoyer un SMS me donnant les solutions à mes problèmes, alors que je ne lui ai pas expliqué ces problèmes. Puis j'entends que dans deux minutes je vais être en contact avec un opérateur. Je mets en marche le haut parleur, pour pouvoir travailler pendant l'attente. Une heure plus tard, je raccroche. Maintenant j'utilise gmail en expliquant à tous mes interlocuteurs que j'ai des difficultés avec Orange. 

Cette petite histoire a été une grande leçon. Elle m'a fait comprendre que j'étais une espèce de Soviétique. Je suis un nostalgique du temps où les services publiques fonctionnaient. Aujourd'hui, la règle du jeu a changé. C'est le fort, Orange, contre le faible, moi. Et si on n'avait encore rien vu ? 

Paris, capitale mondiale de la pollution

La BBC disait ceci de Paris : 
The city saw a severe spike in smog on Wednesday last week and briefly had the world's dirtiest air
A moins que l'air ait été exceptionnellement propre dans le monde, cela veut dire que Paris a un sévère problème de pollution. C'est inattendu, puisque Paris n'est pas Shanghai ou Pékin : son activité économique est déprimée, sa population est stable, elle a des transports publics bien développés, des vélib et des autolib, et des maires écolos depuis des années... 

La réponse semble être que le pic de pollution ne vient pas de Paris. Peut-être des agriculteurs qui entourent la capitale... Ou des centrales au charbon allemandes. En tout cas, le pic ne serait pas propre à Paris, mais à une partie de l'Europe. (Et l'information de la BBC serait fausse.)

(Ce qui ne va pas dire qu'il ne faut par réduire la circulation. Cependant j'aimerais bien connaître l'efficacité de la mesure.)

Illusions d'après guerre

Il y a deux semaines Fabrice Luchini racontait sa vie à France Culture. Il appartient à la génération des enfants de la génération d'après guerre. Nos enfants feront mieux que nous, disait-on à l'époque. Pas difficile : le pays était en pleine croissance. Excellente façon d'être content de soi. On donne de soi l'image d'un forçat, et on vit dans l'espoir certain de lendemains meilleurs. 

Je me suis demandé si ce n'était pas cet état d'esprit, ce contentement de soi inébranlable, qui a suscité 68. D'autant que l'on a donné aux enfants une jeunesse oisive, qui les rendait impropres à la vie. Clash entre une jeunesse à laquelle tout est permis et des parents qui estiment que tout leur est dû ?  (Parce qu'ils ont tout permis !)

Surprises des départementales

Départementales. Hier soir, j'ai entendu des journalistes surpris des mauvais résultats du FN. Chacune à leur façon, la droite et la gauche ont réussi. Une possible interprétation :

Tout est une question d'attentes. D'idées reçues. On nous a annoncé le FN en tête à 30% ou plus. "Seul" un quart de la population a voté pour lui... Quant au gouvernement, on est tellement habitué à la côte de popularité de M.Hollande que tout ce qui dépasse 15% ressortit au miracle. Mais ce chiffre ne correspond pas à ce que représente la gauche. Et l'UMP ? Même chose. Il a fait le score que fait d'ordinaire un parti d'opposition. Seulement, on s'était habitué à ce que ce soit le FN qui représente l'opposition... 

Et si l'interprétation des journalistes était juste ? Ces renversements de tendance sont consécutifs aux discours de MM.Valls et Sarkozy. Et s'ils en déduisaient que leur tactique était la bonne ? On peut payer le peuple de paroles ? Et s'ils avaient raison ? Les revers de Syriza en Grèce et de l'Etat Islamique au Moyen Orient ne démontrent-ils pas qu'il n'y a aucune aide à attendre de nulle part ? Il faut se résigner à son sort, ou se tirer d'affaire par ses propres moyens ?

(Plus simplement, il est possible que les deux discours aient réveillé des électeurs des partis de gouvernement qui ne pensaient pas à voter.)

Kadhafi avait-il raison ?

J'ai lu, il y a déjà quelques temps, un article de The Economist qui explique peut-être le phénomène des printemps arabes. The Economist est généralement hostile au gouvernement saoudien, pas assez sensible aux droits de l'homme et surtout à ceux de la femme. Mais cet article semblait montrer que le gouvernement saoudien ne fait pas ce qu'il veut. Et que s'il faisait ce que veut The Economist, l'Arabie Saoudite serait une nouvelle proie pour l'Etat Islamique. La population saoudienne se divise en deux. D'un côté une minorité occidentalisée, de l'autre une majorité fruste et conservatrice, au sens islamique du terme. Le gouvernement pencherait du côté occidental. Mais il doit composer avec sa majorité. D'où quelques concessions de faible portée. Mais qui, en raison de leur efficacité persuasive, frappent les esprits. Les nôtres en particulier. 

Kadhafi et Assad étaient donc, peut-être bien, fondés à penser que l'Occident était obligé de les soutenir. Mais l'Occident a pu confondre l'agitation d'une petite élite avec un mouvement populaire. Et a laissé tomber les dictateurs. La stratégie d'Assad serait donc logique. Il nous a démontré que nous étions des hypocrites. Que c'était lui ou le chaos.  

dimanche 22 mars 2015

Traités internationaux : combat entre modèles de sociétés ?

Et si une guerre des civilisations était en train de se livrer ? Les traités commerciaux mondiaux sont remplacés par des traités régionaux. L’enjeu réel de ces traités est d’y fixer des normes (culturelles ?), et de les imposer à ceux qui n’y ont pas participé. Combat entre modèles de société. A ce jeu, l’Amérique n’aurait pas le dessus. Elle veut marginaliser les Chinois. Elle a refusé d’entrer dans leur banque de financement des travaux d’infrastructure en Asie. Pas de chance, tout le monde s’y rue. L’Amérique est isolée. Idem ?, les USA s’en prennent au président du Venezuela. Effet inverse de celui attendu : son peuple se regroupe derrière lui.


Le modèle qui a dominé le monde se fissure ? La « valeur actionnaire » est remise en cause. On constate que, contrairement à ce que dit ce modèle, l’actionnaire n’a que des droits limités sur l’entreprise, puisqu’il a des responsabilités limitées… L’Amérique augmente ses taux d’intérêts. Augmentation du dollar. Quelles conséquences ? Elles seraient surtout pour les nombreux pays qui ont emprunté en dollars pour profiter de faibles taux. Surtout « l’inconnue est la confiance. Comment la perspective de taux élevés va-t-elle affecter les esprits animaux des investisseurs et des acheteurs immobiliers ? » C’est un « saut dans l’inconnu ». En tout cas, le jeu des banques centrales est dangereux. En faisant des emprunts d’Etat des investissements qui ne comportent plus que des risques, elles pourraient « modifier fondamentalement la nature du marché des obligations – pour toujours ». (Les banques centrales menacent-elles de mettre en faillite les prêteurs ?)

Les principes qui font la pérennité de l’Etat Islamique ont été touchés. Ses revenus pétroliers, détruits par les bombardements, et son réel moteur : un expansionnisme sans freins. Mais les causes qui l’ont fait émerger, elles, n’ont pas été atteintes. Au contraire ? « Les territoires détruits sur lesquels il espérait se construire (…) pourraient bien terminer en plus mauvais état qu’ils n’étaient au départ. »


Vie quotidienne du monde. Les Grecs réclament aux Allemands un dédommagement pour un emprunt forcé fait durant la guerre de 40. L’équivalent de 11md€. Il en a été question, un jour. Mais les temps ont changé. Car les Allemands se voient désormais comme des victimes (de la crise de l’euro). Les pays des Balkans sont asphyxiés par « un mélange de népotisme, de montagnes de taxes, et de freins à l’entreprise ». Leurs citoyens cherchent le salut dans l’immigration. L’Europe veut répondre à la désinformation russe. Faire de la propagande serait contre-productif. Systémique Netanyahou ? Parce qu’il a fait des promesses de campagnes de droite, il va gouverner à gauche. En effet, pour gagner les élections, il s’est mis à peu près tout le monde à dos. Pour réparer la casse, il pourrait demander à M.Herzog de devenir ministre des affaires étrangères. Ce que ce dernier, à qui sa défaite va coûter son poste actuel, accepterait. L’Egypte veut relancer son économie en construisant des gigantesques villes nouvelles, à la Dubaï. Ce n’est pas la première fois que ça a été tenté. Les autres ont raté. Certaines parties des USA sont dans une misère abjecte. Les démocrates ont tenté d’y remédier par des subventions. Ça n’a pas marché. La population va donc voter pour les Républicains, qui vont lui ôter toute aide. L’Italie et la France s’en prennent à leurs notaires. Ils gagnent un peu trop bien leur vie et concourent à renchérir le prix de l’immobilier (1%).

Pourquoi y a-t-il autant d’espèces de coléoptères ? Parce qu’un « sous ordre » semble produire des espèces qui défient la sélection naturelle. Ferez-vous des études universitaires ? Cela dépend avant tout de votre environnement familial à la naissance. La réussite scolaire est une question de liens sociaux, bien plus que de capacités intellectuelles. « Les parents éduqués s’engagent dans un dialogue socratique permanent avec leurs enfants (…) Les parents de la classe ouvrière (…) exigent simplement que leurs enfants leur obéissent. » Les Palestiniens essaient d’utiliser contre Israël les techniques terroristes qu’Israël a employées contre le colonisateur anglais. Mais si l’Angleterre avait fait ce que fait actuellement Israël, Israël n’existerait pas. Bonne nouvelle, pour finir ! Il y a stabilisation des émissions de gaz à effet de serre. Ce qui prouve que lorsque l’on veut, on peut.

Circulation alternée et anxiété de survie

La circulation alternée est décrétée à Paris, pour cause de pollution. Je me suis dit que c'était une manœuvre habile. 

La mairie de Paris veut changer nos habitudes. Elle veut nous détourner de la voiture. Or, parler de pollution n'a pas beaucoup d'effets sur nos comportements. Mais un jour de circulation alternée marque les esprits. D'un seul coup la pollution prend un sens pour nous. La mairie de Paris augmente notre "anxiété de survie". Premier pas vers le changement ? 

Mais quid de notre "anxiété d'apprentissage" ? Cette journée va-t-elle nous faire découvrir les transports en commun, ou le covoiturage ? Peut-être. Ou peut-être pas. De quoi cela dépend-il ? Probablement de la répétition de tels jours, de façon à ce que les habitudes s'installent. Mais, plus encore, de l'existence et de la facilité d'utilisation des transports alternatifs. Si nous découvrons que ce n'est pas difficile de modifier notre comportement, le changement va réussir. Si ce n'est pas le cas, nous allons contourner la contrainte. Cela semble être ce qui se passe en Grèce. J'ai lu quelque part que les gens avaient deux voitures, une avec plaque paire, et l'autre impaire. Et que c'était, pour qu'elles ne soient pas chères, de mauvaises voitures, polluantes. (Enantiodromie.)

Interrogations agricoles

L'autre matin j'entendais un invité de France Culture dire que la négociation du traité de libre échange avec les USA allait tuer la PAC. Que les Américains voulaient s'approprier le marché agricole européen. Ce qui pourrait avoir de conséquences graves pour notre économie et pour la qualité de notre nourriture. 
Le Partenariat transatlantique pour le commerce et les investissements est méconnu et ce projet de traité de libre-échange entre l’Union européenne (c’est la commission qui négocie) et les États-Unis reste opaque pour le grand public. Pourtant, avec réticence, l’Union européenne a publié son mandat de négociation à l’automne dernier, sous la pression des citoyens d’ailleurs. On attend du traité plus de croissance, plus d’emplois et la réduction des coûts réglementaires et des barrières non tarifaires. Mais il s’agit aussi d’un bélier américain pour casser des législations nationales et imposer un arbitrage international privé. Entre autres secteurs clés, la Politique agricole commune (PAC) est particulièrement exposée. Invité : Thierry Pouch, chef du service des études économiques et de la prospective à l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture de Paris. (Les enjeux internationaux.)
Depuis quelques temps, j'ai l'impression que le monde agricole pourrait être face à un changement radical, qui ne dit pas son nom. De la ferme familiale à l'entreprise industrielle ? 

Est-ce la faute des Américains ? Mon expérience du changement me dit que ce n'est pas l'ennemi qui est la première cause de la défaite, mais son propre camp. Et dans le camp européen, il y a des agriculteurs industriels qui n'ont peut-être rien à craindre des Américains, au contraire. Et ce, y compris en France : la FNSEA est apparemment dirigée par le patron d'une multinationale pro OGM. 

La petite exploitation va-t-elle disparaître ? Et si les coopératives "conduisaient le changement" et organisaient leurs adhérents, et leurs possessions, en des entreprises industrielles agressives ? 

(Une fois de plus cela montre que l'homme est bien peu de choses face aux grands bouleversements de la société !)

samedi 21 mars 2015

Mal du siècle

Expérience classique de psycho. Vous promettez à une personne 100$ si elle arrive à se mettre d'accord avec une autre personne sur le partage de la somme. Résultat : partage à 50 / 50. Mécanisme : la vengeance. Si vous essayez d'avoir plus que moi, je ne fais pas affaire, et nous terminons à 0. Je ne suis pas sûr que ce phénomène soit d'actualité. 

Pour une raison que je ne comprends pas très bien, j'ai toujours beaucoup donné. (En fait, cela a quelque chose de pathologique.) Quand je ne demande pas de contrepartie, cela ne pose aucune difficulté. On accepte mon don. Mais, lorsque je propose quelque chose qui ressemble au partenariat à 100$, en apportant une affaire par exemple, mon partenaire se comporte comme si je lui devais tout. Autre expérience curieuse : j'ai cru, parfois, que quelqu'un me donnait quelque-chose. J'étais éperdu de reconnaissance. Pourtant c'était presque rien. Or, à chaque fois, ça s'est révélé une simple apparence. Qui m'a amené à donner en échange de ce qui s'est révélé rien. On m'avait donné "avec un élastique", comme on disait dans mon enfance.

Je propose l'explication suivante. C'est l'expérience des 100$. Lorsque l'on nous demande quelque chose, il nous semble que "nous faisons tout". Sans nous, ce qui est vrai, il n'y aurait rien. Alors, nous demandons tout. Sans réaliser que, sans l'autre, nous n'avons rien. S'il n'y a pas eu prise de conscience de l'utilité de l'autre, c'est probablement que la société nous apporte encore suffisamment pour que nous n'ayons pas besoin d'un peu plus. Ou qu'elle nous a si bien appris que nous étions "tout" que nous ne pourrons jamais découvrir qu'il existe d'autres être humains que nous. Nous sommes d'heureux parasites. A quelques SDF près.  

Conclusion ? Ce mécanisme, de don et de contre don, est le fondement de toute société. Pas besoin de parler des travaux de Malinowski ou de Mauss pour s'en convaincre. Qu'il ait disparu montre qu'elle traverse une très mauvaise passe. 

Laïcité et guerres de religion

Nouvel article sur la laïcité. Tous les intellectuels pensent-ils la même chose ? 1) la France est multiculturelle ; en interdisant les signes religieux ont favorise la révolte ; 2) le gouvernement a tort de suivre la voix de la majorité (mise en cause du principe démocratique ?).

Le modèle laïc faisant l'objet d'une attaque croisée des Anglo-saxons, qui n'ont jamais pu le supporter, et de notre intelligentsia, devient de plus en plus difficile à défendre. 

Mais certains signes religieux ne sont-ils pas une provocation ? Un millier de Français mène le djihad et au moins soixante d'entre eux sont morts au combat. Deux autres ont commis récemment des atrocités sur notre territoire. Jouer ainsi sa vie demande beaucoup de courage. Ce qui signifie qu'au moins une partie de la communauté musulmane, pas uniquement celle qui est assez déterminée pour partir, éprouve de la haine pour le système français actuel. Et que cette haine ne peut que susciter une haine en retour. Or, c'est, probablement, pour éviter les guerres de religion que la laïcité a été inventée : laissons nos opinions à la porte de l'espace public, et nous n'aurons plus à en venir aux mains ?

Conclusions :
  • Il faut attaquer la réelle cause du malaise actuel : le fait que notre système ne fournisse plus un sens à notre vie. Notre société a pris la mauvaise habitude de considérer une partie de ses ressortissants, immigrés ou non, comme des sous-hommes. Ce qu'ils ne peuvent pas accepter. 
  • Si la laïcité telle qu'elle est appliquée participe à cet écrasement de l'homme, il faut la réparer. Mais pas la liquider. 
(En Angleterre aussi, les "communautés" semblent avoir peur les unes des autres.)

vendredi 20 mars 2015

Transformation numérique des assureurs

Les assureurs auraient-ils trouvé une parade à ma chronique du JDN ? The Economist le pense. L’assureur va repérer, quitte à ausculter notre génome, les individus à risque. Et il va mettre des capteurs partout. En premier lieu pour nous dicter notre comportement. L’assureur se transforme en société high tech !

Attention : fragile
Illustration des théories de Nassim Taleb. Ce qui rend l’entreprise fragile, c’est le bon sens. Ce qui fait qu’une entreprise est « antifragile » (résiliente), c’est la sélection naturelle. Elle apprend de l’épreuve. « Ce qui ne tue pas renforce » dit Nietzsche. Application à un assureur.
  • Bon sens : le risque est individuel ; le métier de l’assureur est d’offrir à l’individu les assurances les mieux adaptées au risque qu’il présente ; et, donc, logiquement, de liquider l’individu à risque. 
  • Sélection naturelle : l'assureur ne vit pas des primes, mais de ses rentes. Entre le paiement de la prime et le sinistre, votre argent est placé. Ensuite, depuis la nuit des temps, l’homme se regroupe en société pour « mutualiser » ses risques. Car le risque est imprévisible et extérieur à l’individu (cf. les catastrophes naturelles). Par ailleurs ce que le client veut, en premier, c’est de "l’aide humanitaire". Il n’est pas capable d’évaluer un prix. Finalement, la caractéristique dominante de l’assureur est d’être « ennuyeux ». Les Grecs auraient dit « prudent ». Pour eux, c’était la plus haute qualité de l’homme.
L’assureur s’auto « disrupte »
Comment se fait-il que les assureurs aient choisi de passer de la résilience à la fragilité ?

Peut-être que, comme nous tous, ils ne veulent plus être ennuyeux ? Le remède contre l’ennui est dans les livres de finance. Plus vous prenez de risques, plus vous gagnez. Le gain est la rémunération du risque. Mais, si l’on n’est pas là quand ça claque, on a le gain, sans le risque. Exemples ? Transférer le risque (donc son métier) à un réassureur, faire porter le risque à l’assuré, etc. 

(Remarques :
L'évolution de l'assurance est en partie la raison d’être d’Obamacare. Les assureurs américains assuraient de moins en moins de gens et cherchaient de plus en plus à ne pas les dédommager. D’où cercle vicieux : augmentation des primes (la base assurable se réduit), difficulté des PME à recruter, faute de pouvoir offrir à leurs employés des assurances correctes, etc.
Par ailleurs, les assureurs cherchent à augmenter leur rentabilité avec des placements de plus en plus exotiques.)

L'avenir est imprévisible... et alors ?

Tous les séminaires de management que je fais depuis quelques années tournent autour de la même question. L'entreprise change. Certes. Mais le changement la stresse. Au fond on me demande de montrer qu'il y a de la lumière au bout du tunnel. J'en suis venu à développer les idées suivantes, qui semblent faire du bien :


  • le monde est devenu totalement incertain. Est-ce un bien ? Est-ce le fait d'une manipulation ? Est-ce le propre de la liberté ?... Je n'en sais rien. 
  • Si cela nous désoriente c'est parce que nous n’avons pas été formés pour cela. La société d'après guerre était planifiée et technocratique. 
  • Pourquoi l’incertain nous fait-il peur ? Parce que nous demandons un programme à mettre en œuvre sans réfléchir. 
  • Or il existe des moyens stimulants, et rassurants, de l’affronter : faire comme le navigateur. 
  • Le navigateur a « une option de course ». Pour l’entreprise cela s’appelle une « intention stratégique » ou un projet d’entreprise. C'est une envie.
  • Le navigateur navigue au plus près des tempêtes pour aller le plus vite possible. Mais il ne prend pas pour autant de risques, parce que son bateau est conçu pour cela, et que lui-même a développé des techniques, il a un « métier ». Mieux : tout ceci ne lui permet pas d’étaler la tempête, mais de tirer parti de ses « imprévus » favorables = résilience. Idem pour les entreprises. Elles ont trois techniques : 
  1. influencer l’avenir à leur avantage (innovation, communication, lobbying…), 
  2. s’adapter (s’entraîner, réactivité, écosystème), 
  3. apprendre (acquérir des compétences « au cas où », expérimenter, se faire des alliés…) 
  • Dans ces conditions, l’incertain favorise les esprits éclairés : il balaie ceux qui ne sont pas préparés ! Les autres l’utilisent pour se transformer, pour faire ce qu’ils auraient été incapables de faire sans lui.

jeudi 19 mars 2015

Le changement doit partir d'en bas !

Comment rendre une organisation performante ? En partant de la réalité, et "d'en bas". Un entretien avec François Durnez, directeur associé de Perceis.



Cauchemar de consultant ! On lui demande d'utiliser une méthode éprouvée. Et ça bloque. Et les résistants au changement sont les dirigeants ! Dans cette histoire tout marche à l'envers. Car ce sont les usines qui font réussir la mission. Le management, puis la direction viennent au secours de la victoire...

Enseignement ? Les techniques du conseil sont excellentes, à condition de ne pas demeurer des théories. Dès que les opérationnels comprennent en quoi elles peuvent résoudre leurs problèmes concrets, c'est eux qui conduisent le changement. Il gagne ensuite la hiérarchie, par le bas...

Enfant de gays

A quoi cela ressemble-t-il d'être enfant d'un couple homosexuel ? Ou d'être issu d'une conception artificielle ? "On a testé pour vous" ou les bilans d'une innovation sociale

Ce n'est pas plus compliqué, ni plus simple, que n'importe quel autre point de départ. Au fond, tout est une question d'affection et de capacité à produire une histoire pour expliquer sa condition. L'obstacle le plus difficile à franchir étant certainement le regard de la société. "C'est la stigmatisation en dehors de la famille, plutôt que les relations à l'intérieur d'elle, qui créent des difficultés aux enfants des nouvelles formes familiales."

mercredi 18 mars 2015

FN : secrets du succès

« « Quand ils se battent contre le FN » dit Mme Le Pen, avec jubilation, « nous nous battons pour les Français ». » (The Economist.) Je me demande si ce n'est pas le secret du succès de Mme Le Pen. Il n'y a qu'elle qui parle des problèmes du pays. Les partis politiques traditionnels sont dans l'abstraction. 

Cela ne sert à rien de dire que son programme ne marche pas. De toute manière la plupart des Français pensent qu'ils n'en ont pas. « Le vote FN est une sanction de la classe politique. » Autrement dit, il ne faut pas attaquer le programme du FN, mais reprendre son diagnostic, et en déduire quelque chose de crédible. Mais cela semble au dessus de la tête de nos gouvernants. Peut-être sont-ils si coupés de la réalité qu'ils sont convaincus que seul quelque rite économique mystérieux, genre danse de la pluie, peut nous apporter la prospérité ? Ils sont trop intelligents pour chercher des solutions simples ?...

Réécrire la théorie de la valeur

Valeur actionnaire, modèle sur lequel est fondé notre société. Il signifie, que celui qui a de la "valeur" est celui qui a de l'argent. L'argent sait trouver son chemin vers les personnes qui comptent vraiment dans la société. C'est la théorie d'Ayn Rand, mais c'est aussi l'idée qui fonde la "science économique" moderne. Conséquence : justification de l'ordre établi. Retour aux privilégiés et à l'Ancien Régime.

Ce billet envisage un modèle concurrent. Une révolution pacifique. Orienter les flux d'argent vers ce qui a, pour nous, de la valeur. L'homme, par exemple. Par le biais d'un produit dérivé : la connaissance. Tout homme a la faculté de transformer son expérience en connaissance, qui, elle-même, lui donne envie d'innover, de partir à l'aventure.

Pieter Bruegel d. Ä. 041.jpg
Création de valeur
« Pieter Bruegel d. Ä. 041 » par Pieter Bruegel l'Ancien (1526/1530–1569) — The Yorck Project: 10.000 Meisterwerke der Malerei. DVD-ROM, 2002. ISBN 3936122202. Distributed by DIRECTMEDIA Publishing GmbH.. Sous licence Domaine public via Wikimedia Commons.


La mise en oeuvre du changement consiste à aider le monde à prendre conscience de cette valeur et, surtout, de ramener le flux monétaire vers elle, en transformant l'action humaine en "produits" (éventuellement immatériels), en faisant connaître ces "produits" (marketing) et en amenant du cash pour qu’ils puissent être "fabriqués" et commercialisés. L'atome de cette production est la connaissance. Avec un peu d’imagination et beaucoup d’approximation, elle doit pouvoir être mesurée. Comptabilité et PIB ne sont pas remis en cause.

Procédons par expérimentation. On doit montrer qu’en appliquant ces principes on fait réussir des entreprises. De façon à donner à d’autres l’idée de les imiter. Et de conduire celles qui ne le font pas à la faillite. Ce faisant on retourne la rhétorique de la sélection naturelle du "modèle de la valeur actionnaire" en utilisant ses armes. Tout va donc se jouer sur la détection des entreprises pilotes de l’expérimentation : il faut faire réussir celles qui ont les "bons gènes".

Il y a beaucoup d'intérêts dans cette idée :
  • Elle utilise les mécanisme du capitalisme ambiant. Ce n'est pas une révolution. 
  • Elle répond aux critiques des Limites à la croissance, puisqu’elle pourrait remplacer une croissance matérielle, destructrice de l’environnement et non durable, par une croissance essentiellement immatérielle (production de connaissance = "épanouissement"), bien plus durable. 
Attention cependant : le principe de la valeur actionnaire n’est, certainement, qu’une conséquence, une rationalisation opportuniste, d’une attitude universelle. Probablement, le désir de satisfaction immédiate ("optimisation de l’utilité individuelle" disent les économistes, "interdit d'interdire" dit le lanceur de pavés soixante-huitard...). Nous-nous comportons comme des parasites. Beaucoup de gens qui sont dans une poubelle agiraient peut-être, s’ils étaient aux manettes du monde, comme n’importe quel consultant, fonds d'investissement ou dirigeant. Cela peut signifier qu’il faudra faire attention dans ce changement au contrôle par la communauté du comportement individuel. Mais c'est un problème qui n'est pas sans solution. Puisque c'est celui auquel l'équipe sportive est confrontée.

Finalement, nous ne sommes pas les premiers à rencontrer cette question. Nous pourrions apprendre de l'histoire, donc. En effet, elle a oscillé entre périodes égoïstes et périodes solidaires (cf. le solidarisme français, qui est un composant de la IIIème République). Et le Yang et le Yin ont ces connotations, ce qui prouve que la culture occidentale n'est pas unique en son genre. En outre beaucoup de ce qui est dit ici, y compris et surtout la question de la connaissance, a été exprimé par le pragmatisme (cf. Dewey, James et Pierce), courant philosophique majeur. Et qui est à l’origine de la systémique de l’école de Palo Alto.

mardi 17 mars 2015

Enfants de l'écosystème

Nous n'héritons pas notre génome uniquement de nos parents. Il contient aussi un héritage de bactéries, de virus et de champignons... Nous sommes engendrés par notre écosystème. 

Ce qui remet peut-être en cause la notion "d'individu", d'espèce, et peut-être même le concept de sélection naturelle tel qu'on l'entend ordinairement. En tout cas celui de "self made man"...

Outsiders d'Howard Becker : qui sont les « déviants » ?

Howard S.Becker est un sociologue qui étudie les « déviants ». C'est-à-dire les gens qui n’obéissent pas aux normes de la société. (BECKER, Howard S. Outsiders, Editions Métailié, 1985.) Il y a dans ce travail des choses excellentes et d’autres que je juge indignes d'un « scientifique ».

Le plus intéressant, à mon goût, vient d’une observation de Malinowski. Les normes sociales ne font pas l’objet d’une application systématique. Elles peuvent être transgressées sans que rien ne se passe. Pour que la sanction se déclenche, quelqu’un doit y avoir un intérêt. Au fond, c’est comme cela que fonctionne la justice.

Howard Becker examine deux groupes de déviants : les musiciens de jazz et les fumeurs de Marijuana.

Les premiers, auxquels il appartient, ont constitué une société à part. Elle a ses rites. Une sorte de non conformisme obligatoire. Elle méprise le reste des mortels. Son dilemme est que, pour gagner de l’argent, elle a besoin de sacrifier au goût du public, donc de faire de la mauvaise musique, du « commercial ».

La Marijuana serait aussi une question de communauté. Qui fume, qui ne fume pas ? C’est le hasard qui fait le choix, semble-t-il. Va-t-on continuer ? C’est la communauté qui en décide : c’est elle qui apprend à l’individu à transformer des sensations a priori désagréables en quelque-chose de désirable.

Là où le livre ne me va plus, c’est lorsqu’il s’intéresse aux « entrepreneurs de morale », ceux qui décident des lois, et à ceux qui les font appliquer, les forces de l’ordre. Car Howard Becker affirme qu’il est capable de prendre le point de vue de ceux qu’il étudie. Or, il fait apparaître les entrepreneurs de morale comme des vieilles filles frustrées, et les flics comme des corrompus ! Et les choses se gâtent encore plus lorsqu’il s’en prend à ses amis de gauche qui lui reprochent de ne pas fonder son travail sur des principes moraux, à savoir que la société est le mal. Car, c’est exactement ce qu’il fait : pour lui, le pouvoir est malfaisant : « l’effet principal de (ma) théorie (a été) de concentrer l’attention sur (le drame de la déviance) et sur quelques protagonistes relativement peu étudiés : ceux qui sont assez puissants pour que leurs accusations de déviance portent, c'est-à-dire la police, les tribunaux, les médecins, le personnel des écoles et les parents ». (Curieusement, il ne met pas les universitaires dans cette liste, alors qu'ils forment la pensée d'une société !) Avec lui la déviance devient un concept arbitraire. Une arme du fort contre le faible. Du coup le véritable déviant n’est pas celui que la société considère comme tel, mais la société elle-même !

Ce qu’il oublie, c’est que, à l'origine du concept de déviance, il a des morts et de la souffrance. Et une menace contre la société. Et que, sans la société, nous ne sommes rien. Durkheim et Merton (conformité) ont très bien parlé du sujet. Dommage qu’il ne les ait pas compris. 

lundi 16 mars 2015

Grèce : négociation ou apprentissage ?


Les Grecs ont bien vite découragé ceux qui leur étaient favorables. (Mais ce n'était pas bien difficile à réussir...) Si bien que la négociation s'est transformée en une leçon. Les dirigeants grecs ont découvert qu'ils n'ont aucune marge de manœuvre. Et que le reste de l'Europe fait bloc. Mais qu'il est prêt à leur apprendre les bonnes manières. En faisant un effort pour les aider à sauver la face vis-à-vis d'un électorat auquel ils ont promis l'impossible. Aide qui passe essentiellement par un changement de noms concernant ce qui irrite le peuple. Au fond, c'est l'Europe qui dirige la Grèce... 

(The Economist parvient aux mêmes conclusions.)

Qu'est-ce que la "valeur" ?

Dans un billet précédent, je dis que les constructeurs automobiles ont détruit ce qui faisait, à mes yeux, la valeur d'une entreprise. Mais quelle est cette mystérieuse "valeur" ? 

Cela me semble une forme de convention sociale. C'est ce qui fait que l'on aime quelque-chose. Il y a des gens, comme Steve Jobs, ou comme les artistes anciens, qui ont le sens de cette valeur. Il y en a d'autres, comme les financiers, ou les artistes modernes, qui ne l'ont pas. Ils ont le sens de l'argent. 

L'histoire récente semble avoir été celle de la victoire des seconds sur les premiers. Tactique simple, probablement, la valeur coûte d'abord, avant de rapporter ensuite. Et surtout elle semble difficile à distinguer a priori. Il est donc apparemment rationnel de privilégier le moins de valeur sur le plus de valeur. Ce qui démarre un cercle vicieux : moins il y a de créateurs de valeurs, moins ceux qui restent sont capables de distinguer la valeur... 

Le plus étrange est que ce sont probablement les Allemands, grands hypocrites, qui ont été les champions du phénomène. VW a été le pionnier de la mise à sac du sous-traitant. Et leur haut de gamme a maintenant pour unique objet le parvenu. Et, en plus, ils veulent imposer leur modèle de société dépressive au monde. 

Que va-t-il se passer maintenant ? La destruction va-t-elle être créatrice ? De nouvelles valeurs vont-elles émerger ? Qui va mener la contre-offensive ? L'Italie, pays du goût ?...  

dimanche 15 mars 2015

Airbnb : effet pervers ?

Histoire arrivée au beau-frère d'un ami. Il loue un appartement en Angleterre par l'intermédiaire d'Airbnb. Il découvre qu'il a une unique fenêtre ! Les photos qui le présentaient ont été prises de telle façon que l'on ne s'en rendait pas compte. Mais il a donné cinq étoiles au logement. Pourquoi ? Parce que le loueur note aussi le locataire. Et que si ce dernier n'a pas le maximum d'étoiles, il aura du mal à louer. Bref, il semblerait que le système de notation d'Airbnb soit victime d'un effet pervers. 

Puissante Asie, faible Occident ?

L’Asie, en tant que Région, a acquis une réelle compétence industrielle. Chaque pays y joue un rôle. La Chine, en particulier, possède un puissant tissu économique, avec une riche sous-traitance. Par ailleurs, elle a été gagnée par la mode des aéroports. Ou, plus exactement, des villes construites autour d’un aéroport. Ces aéroports ont immédiatement la taille d’Heathrow… M.Netanyahou va-t-il être réélu ? Pas totalement sûr. Curieuse personnalité : « ni ses alliés, ni ses ennemis ne croient tout à fait ce qu’il dit ». Mais « nous avons besoin d’un premier ministre qui soit un salaud » pense un conducteur de taxi. Marine Le Pen devient une rock star. Raison de son succès ? « « Quand ils se battent contre le FN » dit Mme Le Pen, avec jubilation, « nous nous battons pour les Français ». » En Russie le KGB et les Tchétchènes, les hommes de main de M.Poutine, s’affrontent. En Europe, il y a deux poids deux mesures. Pour la France, d’une part, et pour les petits pays, de l’autre. En Angleterre, la main d’œuvre est extraordinairement pauvre (et peu productive) : « des 15 membres initiaux de l’UE, seulement la Grèce et le Portugal ont des coûts horaires plus faibles (que l’Angleterre) ». Cela semble en partie dû à l’immigration : « un demi million d’immigrants de plus qu’en 2010 sont employés en Angleterre, ce qui représente à peu près un tiers de la croissance de l’emploi du pays ». Le président égyptien se bat contre les Islamistes et semble vouloir, et avoir le talent pour, s’impliquer dans les affaires africaines. Dans certaines villes américaines, le rôle de la police est de rançonner la population (noire ?) pour combler les trous budgétaires. Dans 30 ans, plus d’un quart de la population des USA sera hispanique. The Economist se réjouit de cet afflux de sang neuf. Cependant, il semble que la transition n’aille pas de soi. Ils sont considérés comme « non blancs » (du coup, les « blancs » seront bientôt en minorité) ; non seulement l’ascenseur social ne semble pas marcher, mais ce serait le contraire qui se passerait : il y a un risque de « sous-classe hispanique » ; et il y a un risque « d’affrontement avec les blancs âgés », car, demain les vieux seront blancs, mais pas les jeunes…

L’esclavage se porte toujours bien. Particulièrement en Inde. Les « supply chains » lui seraient favorables.

MOOCS. On leur trouve d’utiles usages, en appui des cours traditionnels, et aux mêmes prix qu’eux. Notamment pour aider les élèves en difficulté. Mais aussi, c’était prévisible, pour la formation continue, et, à distance. The Economist ne croit pas aux montres d’Apple. D’une manière générale, à moins d’une « killer app », ce type de gadget portable ne devrait avoir un intérêt que pour les entreprises. En revanche, les troubles internationaux poussent les nations à s’armer. C’est bon pour l’industrie de la défense. La carte de visite n’a pas été disruptée par Internet. Pour contrer les menaces de Google, les assureurs vont nous équiper, nous et nos maisons, de capteurs. Et nous surveiller de près. « Les assureurs sont occupés à se transformer en entreprises technologiques. »

La politique monétariste de la BCE fait s’envoler la bourse et s’effondrer l’euro. Les Américains commencent à souffrir. Les inégalités de salaire viendraient du nombre et de la taille grandissants des entreprises. 

Areva : panne de réacteur

Les malheurs d'Areva s'expliqueraient assez simplement. La société fonctionnait bien, et faisait de beaux bénéfices, mais sa dirigeante, appuyée par l'Etat ("champion national" ?), a voulu que la société fabrique des réacteurs nucléaires, ce qu'elle ne savait pas faire. 

C'est la gouvernance à la française qui est mise en cause, avec son dirigeant de droit divin et un Etat actionnaire, à la fois pousse au crime et incapable de tout contrôle. Pour ceux qui avaient encore des doutes sur les origines des nos dettes... 

samedi 14 mars 2015

Murés dans nos préjugés ?

Une amie transmet "la méthode Münchhausen" à un éminent universitaire français. Il n'en retient rien. Et est visiblement crispé par le nom "Münchhausen" qu'il semble associer à quelque-chose de désagréable. (Un camp nazi ?) 

Étrange. Car il n'y avait pas grand chose à comprendre. Ce rapport est un constat : nous sommes en période de pénurie. D'où question : quelles sont les techniques de management utilisées dans ces périodes ? D'où rappel de méthodes connues. Si le professeur Schmitt et moi avons fait référence aux aventures du baron de Münchhausen, c'est pour apporter un peu de fantaisie à un texte aride. Nous voulions trouver une image amusante qui permette d'entendre que l'on peut faire "plus avec moins". Se soulever de terre en tirant sur ses lacets s'appelle bootstrapping en statistiques. Mais cela ne me semblait pas assez littéraire. Sans compter que "Münchhausen" est aussi employé par Paul Watzlawick, une des sommités de la psychologie moderne. (L'éminence vient des sciences humaines...)

Je me demande si l'on n'a pas là une des caractéristiques du moment. Nous sommes figés dans nos certitudes. Et lorsque nous rencontrons quelque-chose d'un peu compliqué nous cherchons tous les moyens de le discréditer, afin de ne pas avoir à faire fonctionner notre cerveau. 

(Au moment où j'écrivais mon premier livre, il y a une quinzaine d'années, j'ai contacté plusieurs gourous internationaux des sciences humaines (dont un "gourou des gourous" !), en ne faisant guère plus que de poser une question et en signant de mon nom. Tous m'ont répondu fort aimablement. Il en a été de même pour quelques universitaires français. Une mesure de QI à laquelle n'avait pas songé Binet ?)

Langage et totalitarisme

On a donné des pompes électriques aux Africains. Ils les ont démolies. Ce sont des parasites. Voilà ce que me dit, en substance, un ingénieur. Silence embarrassé autour de la table. 

Problème FN ? La pensée officielle affirme que l'ingénieur est l'incarnation du mal. On ne peut pas dire que l'Africain n'est pas l'égal d'un Français. D'ailleurs, c'est une victime, alors que le Français est un colonialiste. Il est marqué par une faute originelle qu'il ne pourra jamais expier. C'est pourquoi, cette idée n'est pas exprimée ouvertement, mais tout bas. Et le fait qu'elle est basée sur l'observation démontre que la pensée officielle est une machination. Une machination qui a un objectif évident : protéger le privilégié et empêcher le citoyen ordinaire de défendre des intérêts légitimes. Et c'est comme cela que les régimes totalitaires prennent le pouvoir.

C'est pour résoudre de tels dilemmes que les Lumières ont inventé la raison. C'est à dire la science. Que dit-elle ? Comme Poor Economics et comme les anthropologues :
  1. Dans les mêmes circonstances que les Africains, tout homme ferait comme eux.
  2. Notre société et nos réflexes conditionnés sont le fait d'une longue histoire, d'un apprentissage collectif, et d'institutions.

vendredi 13 mars 2015

Condorcet, école et liberté

Voulez-vous échapper aux pièges de ces imposteurs ? Voulez-vous que les places deviennent le prix des lumières, que des principes certains dirigent toutes les opérations importantes ? Faites que dans l'instruction publique ouverte aux jeunes citoyens, la philosophie préside à l'enseignement de la politique ; que celle-ci ne soit qu'un système dont les maximes du droit naturel aient déterminé toutes les bases.
Alors, les citoyens sauront à la fois échapper aux ruses des ambitieux, et sentir le besoin de confier leurs intérêts aux hommes éclairés. Une fausse instruction produit la présomption ; une instruction raisonnable apprend à se défier de ses propres connaissances. L'homme peu instruit, mais bien instruit, sait reconnaître la supériorité qu'un autre a sur lui, et en convenir sans peine. Ainsi une éducation qui accoutume à sentir le prix de la vérité, à estimer ceux qui la découvrent ou qui savent l'employer, est le seul moyen d'assurer la félicité et la liberté d'un peuple. Alors, il pourra ou se conduire lui-même, ou se choisir de bons guides, juger d'après sa raison, ou apprécier ceux qu'il doit appeler au secours de son ignorance. (Condorcet, Cinq mémoires sur l'instruction publique.)
En lisant ces phrases de Condorcet, je me suis demandé s'il n'avait pas cherché à résoudre les problèmes auxquels nous sommes confrontés. La pensée est manipulée. Et il s'agit de retrouver un fil directeur dans tout ce fatras. Car c'est notre liberté qui est en jeu, comme au temps de l'Ancien Régime. Et l'école doit retrouver le rôle de nous y aider ?

(Tentative de traduction. A l'époque de Condorcet, "philosophe" n'a pas le même sens qu'aujourd'hui. C'est celui qui sait utiliser sa raison pour juger correctement. Et "l'instruction publique" (opposée à "éducation nationale") sert a faire de chaque homme un philosophe. Les "lumières" sont les connaissances qui permettent de guider ses décisions (plutôt, me semble-t-il, que des connaissances techniques). Quant au "droit naturel", je me demande s'il existe réellement. Il est possible que l'on ait entendu par là simplement ce sur quoi débouche un raisonnement mené de manière rigoureuse. Qui débouche sur la "vérité". C'est-à-dire une décision qui a une probabilité faible d'erreur. Exemple : la peine de mort. Condorcet est contre la peine de mort non parce qu'il trouve que c'est inhumain, mais parce que la probabilité d'exécuter un innocent est non nulle. Le "droit naturel" change au cours des âges.) 

L'Angleterre passe dans le camp chinois

L’Angleterre rejoint l’anti-Banque mondiale des Chinois. Pragmatisme ? Habile ? Moyen d’avoir accès à un marché anti-occidental ? Agent double ? L’Angleterre fait aussi de la « comptabilité créative » : elle veut augmenter artificiellement sa contribution à l’OTAN… Actes désespérés ? L’Angleterre ne sait plus à quel saint se vouer ? Comment interpréter le jeu de la Perfide Albion ? (Financial Times : US accuses UK of placating rising China, UK looks to bend Nato spending rules)

PS. Depuis lors, l'Allemagne, l'Italie et la France ont rejoint la Grande Bretagne. L'Australie pourrait les suivre. Ma première interprétation semblait la bonne : entrer dans la dite banque permettrait de participer à des projets d'infrastructure en Asie, et d'en influencer la gouvernance. 

Consommerons-nous toujours plus de voitures ?

Dans son interview du billet précédent, Carlos Ghosn affirme que le marché mondial de l'auto a une marge importante de progression. Raison imparable : la consommation mondiale va s'aligner sur celle, actuelle, de l'Ouest. Et si elle s'alignait sur celle, future, de l'Ouest ? 

Après tout il semble que le monde ait compris que le mode de vie occidental des années 80 n'est pas durable, surtout s'il est étendu à la planète. Il se pourrait aussi que la consommation de voitures à l'Ouest baisse rapidement. Uber, partage de voitures, jeunes qui ne conduisent plus, généralisation de la location pas chère (apparemment forte aux USA : les jeunes CSP+ n'auraient plus de voiture)...

Et il y a pire. C'est la banalisation de la voiture. La bagnole n'est plus un élément de statut social. Même le haut gamme a été dévoyé. Avec ses LED il me paraît conçu pour un forain. Destruction de valeur ? (Du moins de ce qui faisait la valeur de la voiture pour moi.) Et vous avez vu à quoi ressemble Airlib ? Une boîte de conserve sale. Alors, qui a vécu par la Dacia, périra par la Dacia ?