samedi 28 février 2015

Manager d'adaptation

Comment échapper à l'opprobre attaché à la fonction de consultant ? Une idée de Bertrand Delage : je suis un "manager d'adaptation". J'ai deux usages :
  • Je suis le sparring partner du dirigeant qui prépare un changement. Ce que l'on oublie souvent, c'est que la stratégie est liée à sa mise en oeuvre. Et cette mise en oeuvre doit correspondre à ce que sait faire l'organisation, à sa nature. Mais aussi à ce que sait faire le dirigeant, à sa nature. La mise au point du cocktail est difficile pour un homme seul... Ma technique, mon expérience et un apport d'énergie peuvent lui être utiles !
  • J'entre dans une organisation en changement pour lui apporter, dans l'action, un complément de technique, d'expérience et d'énergie ! 

Qu'est-ce que la guerre économique ?

Je demandais à un ami polytechnicien s'il faisait sens que son école demeure militaire. Il m'a répondu oui, que nous vivions une "guerre économique". Ce qui ma posé un problème : une guerre traditionnellement se livrait de nation à nation. Dans ce cas, il semblerait qu'elle se fasse entre hommes. Et surtout qu'elle ne dise pas son nom. Puisque je n'étais pas au courant. Et qu'elle s'exerce surtout sur des gens qui ont des intentions pacifiques. Ce qui rend peut-être la victoire moins périlleuse que par le passé. Innovation ? 

C'est M.Poutine qui m'a rappelé cette idée. En effet, il semble avoir décidé de livrer la guerre à l'Europe. Mais pas officiellement. En douce. Par en dessous. Bien entendu, il en veut aux USA. Mais les USA sont un peu trop gros pour lui ? Alors, il attaque les petits ? La première fois que cette idée m'est venue c'est à la lecture de ce que dit le "0,1%", les gens très riches, en particulier les oligarques russes. Ils estiment qu'il y a, effectivement, guerre économique. Qu'ils l'ont gagnée, par leur talent. Et que nous avons perdu. Donc que la sélection naturelle a montré que nous méritions un sort médiocre. 

Difficile de livrer une guerre, lorsque l'on ne sait pas quel est l'ennemi. Un bon moment pour se faire des amis ? 

(Et si les Vikings avaient été des pionniers de la "guerre économique". Ils faisaient la guerre aux faibles, ils les volaient. Et du commerce avec les riches... Soyons forts ? - BOYER, Régis, Les Vikings : Histoire et civilisation, Librairie Académique Perrin, 2004.)

vendredi 27 février 2015

Une faille de wikipedia ?

Le principe de wikipedia est de parvenir à une sorte de vérité par confrontation de textes de référence. Dans le cas d'un article comme celui concernant le Judéo-nazaréisme, le ou les auteurs ont une telle connaissance du sujet que le contre-poids est impossible. Du coup, ce qui semble les conclusions d'un travail de recherche nouveau peut pénétrer dans une encyclopédie.

Danger qu'une partie de la population, parce qu'elle est incapable de défendre ses idées de cette manière, se sente exclue ?

Ne dîtes pas à ma mère que je suis consultant...

Je prépare une conférence. C'est étrange, j'ai un rôle central dans ce travail, et pourtant je sens que j'embarrasse ses organisateurs. Et même que l'on aimerait bien que je ne monte pas sur l'estrade. Qu'est-ce qui ne va pas ? Je suis consultant ! Et il y en aura 150 dans la salle ! Mais, je suis aussi enseignant. Ouf, on a trouvé un moyen de me présenter. Mais attention : il ne faut pas que je donne de leçons. Cela créerait des crises d'hystérie. Et, surtout pas de graphiques ! Je suis une ancienne de McKinsey, j'y suis allergique !, m'entends-je dire.  

Chaque période a eu ses professions honnies. Il a y a eu les devins au temps des Romains, les médecins de Molière, et maintenant les consultants. Les raisons doivent en être les mêmes. Une forme de totalitarisme. Ils imposent leur vérité, qu'ils prétendent détenir de quelque source divine. Et c'est pour cela qu'ils se fâchent tout rouge contre ceux qui n'on pas foi en eux. 

Mais il existe peut-être une différence entre les devins et les médecins, d'une part, et les consultants de l'autre. Les consultants sont des agents de basses œuvres. Ils sont l'outil du dirigeant, grand ou petit, pour faire faire à une organisation, dont ce n'est pas l'intérêt, ses quatre volontés. Ils y gagnent le mépris unanime dont jouit le mercenaire ou le chasseur de primes. 

jeudi 26 février 2015

Henri Kaufman, la vidéo du succès

Une seule prise, 7 minutes, près de 5 millions de vues :



Pour comprendre Internet il faut avoir moins de 20 ans ? Henri Kaufman, l'homme qui est l'inventeur des "vidéos du succès", est sorti de l'Ecole Centrale en 1965 ! Ce qu'en dit Envie d'entreprendre :
Henri Kaufman est un scientifique qui a mal tourné : il est devenu publicitaire ! Son parcours est éclectique (comme le nom de son blog) : - Ecole Centrale puis Ecole des Pétroles - Doctorat en Mathématiques Appliquées à l'Économie - Directeur Informatique puis Editeur aux Editions Rombaldi : livres classiques, romans, Bandes Dessinées, Beaux Livres et Livres Pratiques,vendus par correspondance - Président-fondateur de l'Agence de Marketing Relationnel Communider en 1987, dans le groupe Havas - Vice Président du Cercle du Marketing Direct - Auteur de plusieurs livres dont le Lissage exponentiel (méthodes de Prévision à court terme), Confidences en Direct, Sciences et Communication font elles bon ménage, Un an de Pub, le Marketing de l'Ego...
Comme partout, probablement, il y a des gens qui comprennent et d'autres pas. Et nous gouvernants sont certainement parmi ces derniers. La vraie rupture est là. Ce n'est pas une question d'âge. 

(A noter que, dans cette histoire, je suis dans le camp du gouvernement : pour une prise de 7 minutes cette vidéo aura été vue autant que ce blog pour plus d'un siècle de travail, à plein temps. A moins qu'elle ne fasse un miracle pour lui !)

Harcèlement, par un client : que faire ?

Une personne me disait avoir été victime d'un harcèlement moral par un client. Pour aplanir les choses, son dirigeant lui avait demandé une lettre d'excuses. Ce qu'elle a refusé de faire. Probablement avec raison. 

Du coup, j'ai jeté un coup d'oeil à la législation portant sur le harcèlement. Je n'ai pas tout compris. Mais voici ce que je retiens, tout de même : 
  • Démontrer le harcèlement est une question de preuves. Répétition est le mot clé du harcèlement. Il faut, par exemple, imprimer tous les mails que vous avez reçus, pour montrer la répétition. Mais aussi accumuler les preuves que vous faites bien votre travail. Vous démontrez ainsi que le comportement est pathologique et non professionnel. 
  • Il est possible d'attaquer quelqu’un dont on n’est pas le salarié. En fait, dans le cas qui me sert d'exemple, l'employeur est en première ligne. C’est lui qui vous met dans une situation difficile. En outre, il vous demande des excuses dégradantes, alors que vous n’êtes pas en cause. 
  • Mais, n'est-ce pas dangereux ? Et le risque de perdre votre job ? 1) Vous pouvez lui laisser entendre que vous pourriez l’attaquer ; et 2) encore plus s'il vous licencie ; 3) et, vue votre contribution aux revenus de l'entreprise, son intérêt bien compris est de vous câliner et de vous faire travailler avec un autre client. Bref, c’est son problème, pas le vôtre. 
  • Il faut rencontrer un avocat, voire, si c’est au dessus de vos moyens financiers, les conseillers d’un syndicat. (C’est une idée que j’ai suggérée à une ancienne collègue : elle en a été très satisfaite.) Attention, cependant, il y a peu de bons avocats.
Au fond, on en revient à la raison pour laquelle la devise de la France contient "égalité". Pas de liberté sans "égalité de puissance" dit Rousseau. Si vous êtes moins fort que l'autre, il vous réduit en esclavage. Or, la société est devenue déséquilibrée. Rétablir cet équilibre doit devenir une question centrale pour tous ceux qui sont en situation précaire (en particulier qui ne sont ni CDI, ni fonctionnaires). Apprendre à utiliser le droit comme arme de dissuasion me semble important. 

Je me suis aussi dit que tout ceci traduisait une nouvelle attitude au travail. Plus question de s'y donner à corps perdu. Il faut calculer. Et surtout, conserver des ressources et du temps pour rendre coup pour coup. Mais n'y a-t-il pas un risque de perte de compétence : moins de pratique, de motivation... ? Le droit n'est pas tout. Il y a aussi besoin d'entraide. Elle permet d'absorber les chocs en groupe, et de résoudre ses difficultés sans s'épuiser. 

mercredi 25 février 2015

Épigénétique du comportement

Et si nos comportements obéissaient à quelque-chose qui ressemble à l'épigénétique ? L'homme a un certain nombre de comportements possibles. En société, le contexte active certains de ces comportements, et cela donne des comportements collectifs. L'homme peut apprendre ou oublier des comportements, de même que le génome peut être modifié. 

Exemples ? Les applaudissements. Ou le comportement de type lutte des classes. Vous placez un Français en situation de dirigeant, il se comporte comme un tyran. Le même homme en situation de subalterne va devenir le champion de la résistance au despotisme. Organisez un jeu de rôles, et vous observerez cet étrange phénomène. Cela marche aussi bien avec des militants syndicaux qu'avec des polytechniciens ou des énarques.

Artisanal Rafale

Je reçois le billet suivant : "Regardez la fabrication du plus moderne avion de combat du monde... Une armée de robots dernier-cri le fabrique... Merci au passage au logiciel CATIA ! DASSAULT et la fabrication du Rafale à regarder en plein écran. Un superbe reportage de 7 mn."

Je m'attendais à des robots et des cadences infernales. Eh non. La fabrication du Rafale est celle d'une montre suisse. Il y a du câblage partout et de l'assemblage à la main à chaque étape. On y parle de "compagnons", mais ces compagnons ressemblent à des ingénieurs. Les robots et les ordinateurs sont certes omniprésents et du dernier cri, ils écrasent l'homme sous leur nombre, mais j'ai l'impression qu'on les a construits pour l'assemblage d'un seul appareil. Celui qui sort du hangar à la fin du film. Dassault, c'est le monde à l'envers : c'est l'artisanat suréquipé, la clé à molette remplacée par une chaîne de robots et d'ordinateurs ? 

(Dassault ferait-il bien de relire mon billet sur le "design to cost" ?)

mardi 24 février 2015

Origines de l'Islam

Curieux article de wikipedia, qui ressemble à une publication scientifique. L'origine de l'Islam serait une secte "judéo chrétienne". La chrétienté des origines aurait été divisée en deux branches : des Gréco-romains, qui sont à l'origine de l'Eglise, et des Judéo-chrétiens ou Nazaréens.
Ils différaient des chrétiens gréco-romains sur de nombreux points importants : ils croyaient en un Dieu unique, pas en la Trinité, et rejetaient le dogme de la divinité de Jésus, qu’ils considéraient comme ayant seulement été un ange, choisi et accepté par Dieu qui en fit son messie. En plus du baptême, leurs coutumes comprenaient la circoncision et l’observance du Sabbat comme jour de repos. Ils condamnaient les sacrifices animaux, rejetaient les lois mosaïques et les Prophètes, ainsi que les règles de Paul, et ils préféraient la pauvreté et le végétarisme. Dans leurs rites, ils promouvaient les ablutions ainsi que les prières en direction de Jérusalem, là où les gréco-chrétiens se tournaient vers l’Est. (Citation venue d'ici.)
Ce serait ces derniers qui, s'étant alliés à des tribus arabes pour conquérir Jérusalem, auraient été à l'origine de l'Islam. Les Musulmans auraient cherché à éliminer leur trace du Coran, mais apparemment sans un total succès. Tout ceci est expliqué par Edouard-Marie Gallez ici

Inquiétant Hollande ?

J'entendais ce matin M.Hollande parler du "mal". Et dire qu'il allait demander à la Silicon Valley de censurer certaines vidéos. Je me demande si je ne préférais pas le Hollande qui traitait légèrement des affaires du monde...

En effet, la censure est une affaire de loi et de démocratie. Pas de décision arbitraire d'un dirigeant d'entreprise. Pourquoi aurait-il ce droit et pas moi ? Parce qu'il possède de l'argent et pas moi ? C'est ainsi, désormais que l'on mesure le mérite ? Et depuis quand est-ce à un individu de faire la loi ? Et les principes de la justice alors ?

Le plus inquiétant est la notion de "mal". M.Hollande aurait pu parler de danger pour notre sécurité, pour notre vie, pour notre société. Mais pourquoi le "mal" ? Cela ne m'a pas tant fait penser à George Bush et à son axe du mal qu'à ce texte que j'ai lu récemment (et qui est l'objet du prochain billet) :
c’est à la suite de la destruction du Temple de 70 que l’idéologie judéo-nazaréenne se structura en vision cohérente du Monde et de l’Histoire, construite sous l’angle de l’affrontement des « bons » et des « méchants », les premiers devant être les instruments de la libération de la Terre. (...) Je crois pouvoir dire en effet que cette manière de réinterpréter l’attente de la manifestation glorieuse du Messie est à l’origine de tous les messianismes « modernes » même s’ils l’ont oublié depuis longtemps ; car il s’agit d’une explication de l’Histoire où l’initiative n’appartient plus vraiment à Dieu mais à l’homme. La recette de l’accomplissement de l’Histoire est fournie : « La Terre appartient aux pieux ». Ceux qui la possèdent sont donc les sauveurs du monde, et Dieu n’a plus grand-chose à faire dans cette Histoire où la victoire finale des « bons » est pour ainsi dire programmée et inscrite : les explications déterministes modernes trouvent là leur source. Ce que d’aucuns appellent le fatalisme musulman est un autre aspect de ce déterminisme, mektoub. Mais attention : la « foi » – religieuse ou non – en ce déterminisme n’entraîne pas nécessairement la passivité ; elle peut entraîner aussi bien l’activisme, au sens où l’on se croit investi d’une mission de Dieu qui place au-dessus des autres hommes ; le Coran expose cette idée (par exemple III, 110) mais, « Dieu » mis à part, elle a également été celle des militants marxistes. (Texte complet.)
M.Hollande nous annonce-t-il une croisade ? Les "bons", ceux qui possède le "capital", contre la "barbarie" des autres hommes ? Bien étrange doctrine pour quelqu'un qui se dit socialiste, en tout cas. 

Quand notre monde est devenu chrétien

312. L’empereur Constantin fait un rêve. Puis, il gagne une bataille. Il fait du Christianisme la religion de Rome. La thèse de ce livre est que le Christianisme doit son succès au hasard. J’étais dubitatif initialement. Mais j’ai été séduit... VEYNE, Paul, Quand notre monde est devenu chrétien, Le livre de poche, 2010.

Constantin et Lénine, même combat ? Christianisme et marxisme sont curieusement similaires : pensées d'avant-garde, ultramodernes, elles tombent à pic en pleine quête existentielle des intellos de l’époque. Surtout, elles annoncent une rédemption imminente ! Elles ont tout du « thriller » ou du « best seller » : elles sont pleines d’innovations qui frappent l’esprit. Et un grand leader, comme Constantin, mérite une cause et un discours à sa taille. Et peut être même une innovation. D’ailleurs, il ne se voit pas comme un « fils » de l’Eglise. Il ne lui est pas soumis. Il la guide.

Le paganisme n’a, cependant, pas abandonné la partie. Même avec Constantin, paganisme et christianisme cohabitent. Le christianisme est au mieux une sorte de religion officielle, qu’une frange de la population pratique. Il ne pénètre la société que superficiellement. Seulement là où il n’y a pas de résistance. A la mort de Constantin, le paganisme revient. Il serait toujours là, si une bataille n’en avait décidé autrement. Un nouvel empereur chrétien occupe le trône. Et la conversion de l’empire va aller à son terme. D’autant que le christianisme, ancienne secte, est intolérant. Conversion, vraiment ? Les rites païens demeurent, grimés. On ne fait plus de sacrifices d’animaux, mais on continue à manger leur viande aux dates des anciens sacrifices, par exemple.

Autre preuve que le christianisme n’a tenu qu’à un fil ? En quelques siècles l’Islam l’a remplacé là où son implantation était la plus ancienne : en Asie et en Afrique.

Mais, peut-être, ce hasard a-t-il donné des racines chrétiennes à l’Europe ? Que nenni. Il suffit de regarder le christianisme d’hier pour n’y rien trouver de ce à quoi nous croyons aujourd’hui. En outre, le christianisme n’a été qu’un élément de ce qui a constitué l’Europe, parmi d’autres produits du hasard. Notre humanitarisme, par exemple, vient des Lumières et non du christianisme comme on pourrait le croire. Au mieux, elles ont trouvé avec le Christianisme un terreau favorable. Mais elles lui ont fait dire le contraire de ses intentions.

Afin de montrer que le hasard joue décidément un rôle déterminant dans l’histoire des idées, le livre se conclut sur la transformation du judaïsme en monothéisme. Le judaïsme a connu bien des avatars, des innovations et des hésitations, avant de se figer dans sa forme actuelle. Il a reconnu d’autres dieux que le sien, il a été traversé par des épisodes de paganisme, il a été séduit par la pensée grecque et les dieux égyptiens. Il a aussi eu un moment de prosélytisme, à l’époque romaine. Mais le christianisme lui a volé la vedette. Alors, il s'est replié sur lui-même. Ce n’est que très lentement que l’idée d’un dieu unique, mais propre aux Juifs, a émergé, avec la domination d’une faction dont c’était l’interprétation.

Mais ce livre parle-t-il du passé ou du présent ? Il me semble montrer que nous réécrivons le passé à la lumière de nos idées reçues. Non, les empereurs antiques n'avaient pas besoin de manipuler les esprits pour les diriger. Non ce ne sont pas les belles paroles qui convertissent les esprits...

Pourtant, Paul Veyne ne m’a pas totalement converti à son explication. A mon avis, il montre principalement que le christianisme, le marxisme, les Lumières ou la Nouvelle économie ont joui d’un terrain favorable pour s’implanter. Il y avait, en quelque sorte, une demande. N’importe quelle idée neuve ne pouvait pas y répondre. En outre, elle devait avoir la plasticité nécessaire pour ne pas trop contrarier les coutumes et intérêts installés. Par ailleurs, il n’est pas idiot de dire qu’une religion peut donner la victoire. Certains idéaux déplacent les foules, les inspirent. Ce qui conduit soit à des conquêtes, soit à des conversions. (Ce qui a été le cas avec le progrès occidental.) Et elles se maintiennent si l’on ne peut pas, trop rapidement, leur attribuer quelque malheur. Il y a donc une forme de sélection naturelle des idées.

lundi 23 février 2015

Fin du modèle agricole français ?

L'Europe annonce la fin des quotas laitiers. Les conséquences, selon The Economist : 
  • Cela "permettra aux gros producteurs laitiers bloqués par les quotas - dont l'Allemagne, la Hollande, la Pologne et le Danemark - d'augmenter leur production et de chercher de nouveaux marchés d'exportation". 
  • "A mesure que les efficaces producteurs de lait du nord croissent, et que la concurrence d'Amérique et de Nouvelle Zélande augmente aussi, est-ce que les vaches vont disparaître des des pâturages des collines d'Europe du sud ?" Non, si elles produisent du haut de gamme. 
Questions :
  • Le gouvernement français aurait-il lâché ses fermiers ? Ceux-ci sont-ils devenus incapables de se défendre ? Sont-ils, eux-mêmes noyautés par les partisans de la ferme industrielle ?... 
  • Demain, ce que nous consommons aujourd'hui sera-t-il réservé aux riches ? 
  • L'identité de la France a été, fort longtemps, agricole. Et ce, de manière explicite et volontariste. Que dit cette mesure de son avenir ? Mais aussi de ceux qui l'ont décidé ?...

Remplacer la croissance du PIB par celle de la résilience ?

Mon sujet de réflexion du moment, ou plutôt des dernières années, est la question de la résilience (société, homme et entreprise). J'en arrive à la question : peut-on remplacer la croissance économique, par la croissance de la résilience ? C'est-à-dire une capacité de plus en plus grande à exploiter les « black swans », les chocs transformationnels. Question subsidiaire : faute de moyen objectif de mesurer cette résilience, se poser régulièrement la question de comment l’augmenter ne fournit-il pas une direction suffisante ?

Base de questions
Les textes suivants me paraissent fournir une base d'idées pour "architecturer" sa résilience :
Voici, brièvement, un aperçu de ce à quoi cela pourrait donner.

Principes architecturaux de résilience
I - L’idée principale est celle d’écosystème de compétences. Chaque personne est elle-même un écosystème de compétences. L’entreprise est un écosystème, et elle appartient à un écosystème de partenaires. La compétence du tout n’est pas la somme des compétences. Mais quelque chose d’autre. (Exemple : le tout a la compétence de construire un bateau, les parties, de concevoir un système électrique, de faire un certain type de soudage…) Propriétés :
  • Plus l'écosystème est riche, plus il est capable de créer. Mais aussi plus il a de ressources dans l'adversité. 
  • Principe central : c'est l'ensemble de l'écosystème qui absorbe les chocs, et innove, pas telle ou telle de ses parties ou de ses membres. 
  • L'écosystème, dans son ensemble, doit pouvoir remplacer un de ses membres s’il disparaît. Ils doivent donc parfaitement se connaître. Spécialisation ne veut pas dire isolement.
II - Sa capacité collective à résoudre des problèmes (en particulier encaisser un choc) est une autre dimension critique. Cela demande :
  • Des techniques de travail collectif :
  1. Le mode projet (que j’appelle « ordinateur social ») est efficace pour concevoir ensemble vite et bien, souder le groupe et lui apprendre à se comprendre à demi-mot.
  2. Il est peut-être aussi nécessaire de posséder un langage commun, voire un mécanisme de dialogue, du type de ce dont parle Edgar Schein
  • Un exercice permanent :
  1. Épreuve de mini chocs répétés. D'où l'importance d'avoir un faible niveau de défenses, de façon à encaisser ces petits chocs.  
  2. Techniques de « stratégie en environnement incertain ». C’est un travail de prospective, qui permet d’évaluer ses compétences, sa capacité d’adaptation et d’influencer son environnement, et de construire des stratégies robustes.
III - une fois une solution trouvée, il faut la mettre en oeuvre. Il faut disposer de techniques de conduite du changement efficaces.

IV - Développer sa résilience demande peut-être la stimulation de projets communs ?
  • Méthode du singe d’Hausmann dont parle la méthode Münchhausen. 
  • Une cartographie des compétences (arbres de connaissances) donne l’idée de nouveaux projets, mais aussi à celle de développer ces compétences.
V - Si l’on parvient à définir sous la forme de « bien commun » ce que l’écosystème apporte au monde et à ses membres, on peut appliquer les travaux d’Elinor Ostrom.

En tout cas, il semble important de se demander régulièrement "qui on est"... C'est le ritualisme qui fait le dinosaure. 

VI - Comment savoir si l’on est sur la bonne voie, en l’absence de quantification ? 3 indicateurs :
  • Cartographie des compétences. Notre réseau se développe-t-il de manière saine ?
  • Confiance. Celle que l’on se fait à soi, en premier, celle que l’on se fait les uns aux autres au sein de l’écosystème, mais aussi celle que l’extérieur a en nous. A noter que la confiance peut se mesurer financièrement : c’est le capital de marque, le prix que le marché est prêt à payer en plus du coût du produit.
  • Niveau de protection, de stocks, du dispositif. Plus il est bas, plus le système est résilient. (Une nation qui se protège par des murailles est fragile.)
Commentaires 
Le sujet de la résilience est compliqué...
  • Le modèle japonais semble être très résilient (absorbe les chocs) mais peu évolutif, ce qui est peut-être un handicap. Une forme de résilience produit le risque dinosaure?
  • Les êtres complexes semblent être forcés à innover pour se défendre. Ce qui rend un être complexe, c'est sa spécialisation (organe), c'est une forme d'innovation. Or, elle n'est rendue possible que par l'isolement de l'extérieur : protection nécessaire. Cette protection rend possible l'innovation. Mais on peut innover pour ou contre le système (criminalité)... 
  • En particulier. Notre société semble aux prises avec une attaque de parasitisme. Absence de solidarité, l'individu s'en prend à ce qui le protège. Le danger que court un système vient donc, en grande partie, de l'intérieur. 
  • Ce qui rend un système résilient, c'est probablement bien plus des circonstances qui le forcent à être "vertueux" (cf. l'adversité) que des recettes à suivre sans réfléchir. Il faut identifier les conditions favorables, et s'y placer. Les recettes doivent stimuler la créativité, mais pas donner une marche à suivre. C'est une base de connaissances. 
Il se pourrait que la résilience soit une dimension de la vie à prendre en compte, mais que ce ne soit pas la fin de l'histoire... Comme je le dis souvent il faut être "in quiet" car il n'y a pas "de bonne solution" ?

dimanche 22 février 2015

Fin du bipartisme anglais ?

Le système politique anglais a été conçu pour être un affrontement entre deux partis. Il y a maintenant 6 partis importants en Angleterre, et les deux principaux sont de moins en moins représentatifs de la société. On se dirigerait vers une représentation proportionnelle.

M.Valls fait passer les lois Macron en force. La France, guidée par ses intérêts de consommatrice, est avec lui. Les Juifs européens vont-ils partir vers Israël ? Ca ne semble pas une tendance forte. S’ils le font ce ne sera pas pour des raisons de sécurité, mais pour pouvoir vivre « une vie ouvertement juive d’une façon qui est de moins en moins possible en Europe ». Le parti de Mme Merkel est faible dans les régions et les Etats. « Personne ne peut dire ce qui va arriver à son parti après son départ. » Début de négociation entre MM.Tsipras et Varoufakis et l’Europe. Ils sont parvenus à se mettre tout le monde à dos.

Pour ennuyer M.Obama, les Républicains pourraient ne pas voter le budget de la sécurité intérieure. En dépit des risques terroristes. Les Kurdes iraquiens semblent s’acheminer vers l’indépendance.

Apple et Google ont peu de chances de « disrupter » les constructeurs automobiles, qui sont beaucoup plus rapides et efficaces qu’eux. Ils feraient mieux de collaborer. Les drones sont réglementés aux USA. C’aurait pu être pire, mais ça gène les projets d’Amazon.

Déflation dans le monde. Raison : partout les travailleurs sont en position de faiblesse. Là où on embauche, le travail est flexible. En Europe, c’est le chômage. « Si ces tentatives échouent (des banques centrales), alors la satisfaction d’avoir une nourriture et une énergie bon marché sera de courte durée et les économies criblées de dettes se trouveront devoir utiliser les gains dus aux  baisses de prix pour tenir à distance leurs créditeurs ». Le prix du pétrole remonte. Mais c’est parce que les clients stockent. Cela ne peut pas durer. Les Saoudiens, qui veulent mettre au pas leurs concurrents, pourraient avoir le dernier mot. L’Egypte essaie de relancer son économie. Mais le pays est fort peu sûr. Les investisseurs son contraints pour trouver des rendements corrects de chercher des placements de plus en plus exotiques. Ils en sont aux marinas et aux stations d’essence. Les banques centrales pratiquent le taux d’intérêt négatif. Cela devrait inciter les banques à prêter. Mais ce n’est pas le cas. Cela fait, essentiellement, chuter les devises nationales. Du coup, l’Europe veut mettre en contact direct l’épargnant et l’entreprise qui a besoin d’argent. Cela semble passer par une uniformisation des normes européennes. 

Sigfox : Google en puissance ?

Sigfox ressemble aux très gros coups spéculatifs de la Silicon Valley. A mon avis, ces dirigeants ont une probabilité élevée de devenir milliardaires. Pour eux, toutes les tartines semblent être tombées du bon côté. 
  • A l'origine, il me semble qu'il y a une orientation stratégique géniale. Alors que tout le monde ne parie que sur la nième génération mobile, histoire de faire casquer le consommateur, Sigfox a fait de l'innovation frugale. Il installe un réseau mondial qui gère des sortes de tweets. Cela ne s'adresse pas à des ordinateurs ou à des mobiles, mais à des émetteurs consommant peu. En outre, la bande de fréquence utilisée semble gratuite. Le déploiement peut donc se faire relativement vite et à coup faible. D'autant que, pour accélérer, la société semble s'appuyer sur des partenaires locaux. Ce qui paraît très malin.
  • Tout cela permet de dire que Sigfox est le champion de "l'Internet des objets" (ou des choses). Un mot qui rend fou l'investisseur et le gouvernant. Mais, c'est faux. Car l'Internet des objets est une fumisterie de marketeux : ce sera surtout l'Internet des virus et des pirates. Sigfox, lui, me semble attaquer un besoin réel. Celui des objets ou des gens dont il faut suivre les mouvements, sans avoir besoin de beaucoup plus d'informations. Par exemple, j'ai découvert, il y a une vingtaine d'année, que la SNCF ne savait pas où passaient ses wagons. Avec Sigfox ce problème ne se poserait pas. (J'espère qu'il a été résolu.) Là où Internet présente un intérêt dans cette histoire, c'est qu'il offre un moyen sophistiqué hyper bon marché de traiter les données collectées, de leur apporter des services à valeur ajoutée. 
  • Autre coup de génie : Anne Lauvergeon préside Sigfox. Or, elle a ses entrées partout, et, probablement, une revanche à prendre sur la vie. Cela va la rendre encore plus redoutable que d'habitude. Hasard ? Il se trouve que Sigfox vient d'annoncer un partenariat avec Airbus et une levée de fonds de 100m€.
  • Les investisseurs initiaux semblent avoir été visionnaires et aventureux. Ce qui est assez rare pour être souligné. 
L'histoire est-elle écrite ? Non. La société peut se faire doubler, elle peut faire des erreurs stratégiques (par exemple en allant sur le "vrai" Internet des objets), elle peut avoir choisi de mauvais investisseurs, ses fondateurs peuvent être dilués, ou incapables de diriger une multinationale... Mais, déjà, avoir pris un tel départ est remarquable. 

(Mes références viennent du site de Sigfox.)

samedi 21 février 2015

Anthropologie du changement

Un ami me disait que l'on ne comprenait pas ce qu'il faisait. Son occupation principale est la mise en scène, mais il gagne sa vie comme consultant. Il aide de grandes entreprises à acheter de "l'événementiel" (par exemple la réalisation d'un film publicitaire). J'ai un problème similaire. Mais mon activité principale est encore moins lisible que la sienne. Elle ne correspond à rien de recensé. Mais je lui ai peut-être trouvé un nom : anthropologie du changement. C'est l'étude des changements sociaux. Pas d'un changement en particulier, mais du mécanisme général. Mécanisme que l'on retrouve partout, et de tous temps. 

D'ailleurs, je rencontre les mêmes difficultés que l'anthropologue qui étudie une communauté de Pygmées : pour pouvoir survivre, il faut que la société que j'étudie me nourrisse, donc qu'elle me trouve une utilité - en dépit de ma différence. 

L'invention de la valise à roulettes

Pourquoi n'a-t-on pas pensé plus tôt à mettre des roulettes aux valises ?, se demande Nassim Taleb. Ce qui lui semble démontrer que l'innovation n'a rien d'inéluctable. Pour ma part, je me demande si ce ne sont pas les circonstances qui la favorisent. 

Les valises à roulettes sont extrêmement désagréables. Elles prennent beaucoup de place dans une foule, où il n'y en a pas. D'autant que, traînée par une petite personne, la valise est quasiment horizontale. Bref, les dîtes roulettes n'ont pu apparaître que le jour où la société est devenue suffisamment individualiste pour que l'on se fiche assez de l'autre pour empiéter sur son espace vital et lui balancer sa valise dans les jambes.

L'enseignement que je tire de cela est que la société n'innove, ou plutôt ne réalise son potentiel d'innovation, que si elle est motivée. Dans ce cas par l'intérêt personnel. Mais cela aurait pu aussi être la peur. Greed and fear, comme disent les Anglo-saxons ? 

vendredi 20 février 2015

La monnaie comme bien commun ?

En termes d'économie et de finance, je n'y connais rien. Et pourtant, à force de lire sur le sujet, j'en viens à l'idée que l'étalon or avait du bon, et que c'est aussi le cas de l'euro. Seulement, pour maintenir une monnaie stable, il faut que toutes les économies mondiales s'adaptent les unes aux autres. Ce qui est difficile. La démocratie, en donnant le pouvoir au peuple, s'y opposerait, dit-on. Pour ma part, je me demande si le problème à résoudre n'est pas surtout celui de la façon dont on fait de la politique. Il est si tentant pour un homme politique de s'acheter l'amour du peuple en compromettant l'avenir de la nation... 

Au fond, tout est une question de conduite du changement. Chaque Etat doit s'ajuster en permanence afin de s'assurer qu'il ne va pas sortir de piste. Et il doit le faire d'une façon "juste", c'est-à-dire en veillant à ce que tout l'effort d'ajustement ne repose pas sur les épaules de quelques-uns. Sans quoi cela se traduit, effectivement, par une révolte. Démocratique ou non. 

D'où la question de savoir si les travaux de ma chère Elinor Ostrom ne pourraient pas s'appliquer. Ne pourrait-on pas considérer la monnaie, ou le système monétaire, ou la stabilité monétaire, comme un "bien commun" ?

Et si l'on réinventait le projet républicain, sans ses ridicules ?

Qui n’a jamais éprouvé à l’école le sentiment étrange d’être écrasé par l’ordre et la culture scolaires « universels », et d’être, au même moment, protégé et comme libéré par cet ordre et cette culture ? En tenant à distance les mondes sociaux et les mondes scolaires, la laïcité à la française nie les individus tels qu’ils sont dans leurs racines et leur singularité, tout en leur ouvrant, par cet écart même, un espace de liberté nouveau et d’autres processus de subjectivation. (Extrait de : François Dubet, « La laïcité et son autre », La Vie des idées, 12 février 2015. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-laicite-et-son-autre.html)
La laïcité est soudainement devenue l'objet de tous les débats. Certains semblent y voir une solution aux problèmes de notre société. Mais je me demande si, aussi, sournoisement, elle n'est pas attaquée comme totalitaire, et, pire, ringarde. En lisant la phrase ci-dessus, j'ai eu les idées suivantes : 

La laïcité n'est qu'un élément d'un projet plus grand, qui est peut-être celui des Lumières et de la France républicaine. C'était l'idée de la libération de l'homme par le progrès de la raison, et du rôle de la France comme pionnier de ce combat contre la coutume vecteur d'aliénation. 

Ce projet a été tourné en dérision. Mais rien ne l'a remplacé. Et surtout, rien qui fonctionne. En particulier, l'idée que semblent agiter certains que la France serait multiculturelle est proprement ridicule. Car ce "multiculturalisme" ne correspond à rien d'ancien : je l'ai vu émerger de mon vivant. Je l'interprète comme un réflexe d'autodéfense : plus rien ne fonctionnant, il a fallu se protéger avec les moyens du bord. Donc recréer des communautés avec ce que l'on pouvait trouver de plus évidemment commun dans le peu de bagages qu'il nous restait. 

Mais ce projet a fonctionné, avec tous ses ridicules. Pourquoi ne pas le remettre en marche ? Mais en le débarrassant des dits ridicules : nous ne prétendrons pas qu'il est universel, que c'est le bien. Nous nous contenterons d'affirmer que c'est un modèle qui, lorsqu'il marche correctement, nous convient. Peut-être aussi faut-il penser en termes d'écosystème de cultures, et dire que la nôtre, si elle ne cherche pas à coloniser les autres, a peut-être quelque-chose d'original à leur apporter ?

(D'où viennent les ridicules du projet républicain ? Il me semble que contrairement à ce que l'on a cru, il n'était pas scientifique, mais religieux. Il fallait avoir la foi du charbonnier pour ne pas apercevoir ses contradictions. Mais il faut probablement aussi la plus grande mauvaise foi pour ne pas apercevoir ses bénéfices. Ce qui est probablement vrai pour toutes les religions.)

jeudi 19 février 2015

Dirigeant : que dire à ses salariés, quand le cap est incertain ?

De PME ordinaire, 3D Ceram est devenue une start up. Le marché est là, certes. Mais la start up défriche, et va de pari en pari. Aucune stabilité. Ce qui est extraordinairement inconfortable pour ses salariés. D'autant qu'ils viennent d'une administration et vivent dans un métier de normes. Une interview avec Richard Gaignon, directeur général de 3D Ceram, le leader de l'impression céramique 3D.


Que doit faire le dirigeant quand son entreprise "vit dans l'immédiat" ?
  • L'employé a besoin d'une "zone de confort". Il ne peut y en avoir dans une start up. Il faut la remplacer par la confiance dans le dirigeant. 
  • Informer et surtout donner des chiffres, notamment pour démontrer que ce "n'était pas mieux avant"
  • Apporter de "l'énergie". 
Un commentaire. Attention : cela ne va pas de soi. Dans ce cas, le dirigeant doit penser sur ses jambes. Il n'en sait pas plus que ses équipes. Et il subit coup de théâtre sur coup de théâtre. Et il vit dans le stress (ne serait-ce que parce que l'entreprise lui appartient) ! Exemples :
  • perte de 80% du chiffre d'affaires, à un moment ;
  • changement complet de métier : de fabricant à vendeur de processus de fabrication, à un autre.

Les forces qui ont fait le New Deal

L'action politique doit composer avec de puissantes forces sociales, me suis-je dit en lisant une recension d'une histoire du New Deal. (Jean-Christian Vinel, « Retour sur le New Deal », La Vie des idées, 29 janvier 2015. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Retour-sur-le-New-Deal.html

Certes le New Deal a été un changement de rupture, "redéfinition de la liberté américaine, l'Etat devenant (...) le garant d'un forme de sécurité économique fondée sur des droits sociaux". Mais il a été aussi intimement lié à son époque :
  • L'Amérique est au cœur "d'un combat entre la démocratie et le totalitarisme". Et l'Amérique est un champion bien isolé dans les années 30. Devrions-nous les fameux "droits sociaux" à "la concurrence des totalitarismes" ? Ou, aux mêmes causes, la crise, les mêmes effets ? D'ailleurs, le New Deal viendrait "d'une tradition réformatrice remontant au mouvement populiste des années 1870-1890", et cet "élan réformateur" connaîtrait son "apogée, et non son commencement" en 1932.
  • Roosevelt doit sa réussite en partie à l'union entre démocrates du sud et du nord. Or, ceux du sud sont ségrégationnistes ! Ils lâchent Roosevelt dès qu'il menace de considérer le Noir comme un homme. "Le sud réactionnaire a façonné un Etat incapable d'organiser l'économie dans le respect de la démocratie et de l'égalité." 

mercredi 18 février 2015

Graeme Allwright

France Culture m'a fait découvrir Graeme Allwright. Il aurait été un chanteur français célèbre, dans ma jeunesse. Je n'en avais jamais entendu parler. 

Il a aujourd'hui 88 ans. Bien conservé. A l'écouter j'ai imaginé une sorte de Néozélandais pauvre et fruste qui aurait fait de la musique un peu en amateur. J'ai été surpris par sa vie de vagabond: délaissant le succès, il a couru le monde, sans le sou. Cela paraît curieux aujourd'hui, et courageux. Finalement, il fut un chanteur engagé. Il a chanté pour le Larzac, notamment. Mais il n'a rien conservé de cet engagement. Surprenant?

En allant me renseigner sur lui, j'ai découvert une toute autre histoire que celle que j'avais imaginée. Il a été une  sorte de rock star. Et à l'époque on était hippie. Rien d'original à courir le monde. Il est d'ailleurs possible que les pauvres aient été moins pauvres qu'aujourd'hui. Un vagabond n'était pas un SDF ? Peut-être a-t-il passé sa vie à suivre ses envies plus ou moins inconscientes ? Est-ce ce qui expliquerait son engagement désengagé ? Une vie d'oiseau ?

L'entreprise : démocratie libérale qui échappe à la République ?

(...) la hiérarchie traditionnelle des normes conventionnelles est modifiée en faisant prévaloir :
– les accords d’entreprise sur les accords de branche y compris antérieurs à la loi, comme le confirme explicitement la décision du Conseil constitutionnel rendue sur ce texte le 7 août 2008 qui valide cette nouvelle hiérarchie ;
– la négociation sur les dispositions réglementaires qui n’interviendront qu’à titre substitutif. 
Voilà ce que dit la Circulaire DGT no 20 du 13 novembre 2008 relative à la loi du 20 août 2008 portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail. L'accord collectif dorénavant tient lieu de loi à l'entreprise ! Celle des représentants du peuple (les députés) n'est appelée que si l'on n'est pas parvenu à s'entendre. L'entreprise transformée en une "démocratie" libérale, gérée par le contrat ?

Mais alors, pourquoi parle-t-on autant des méfaits du droit social, si une convention collective peut s'y substituer ? Dans ces conditions, le sort de la "démocratie" qu'est l'entreprise dépend d'une négociation syndicats / patronat. Performance de l'entreprise et justice sociale sont en jeu. Sont-ils armés pour assurer une responsabilité aussi lourde ?...
Si rien n'a changé, c'est peut-être parce que la montagne a accouché d'une souris. La phrase que je cite ne s'applique qu'au temps de travail. En acceptant tout ce qui a été voté sur le sujet jusque-là. La seule chose qui se négocie au niveau local, c'est un ajustement ! Voilà pourquoi je n'avais jamais entendu parler de ce texte ? (Pour être honnête, la loi parle aussi de l'exonération des charges sur les heures supplémentaires, ce en quoi M.Sarkozy croyait probablement beaucoup.)

Grand élan libéral qui a échoué du fait d'une grande lâcheté ? Avec, pour résultat, une fois de plus, une complexification du maquis du droit social ? 

mardi 17 février 2015

Pourquoi ne tenons-nous pas nos engagements ?

Un ami est surpris. On l'appelle pour lui demander un service. Puis, plus rien. Plus de contact possible. 

J'ai noté l'apparition de ce phénomène il y a déjà plusieurs années. Il me semble d'ailleurs être lié à la crise actuelle : le principe du capitalisme est la confiance ; sans elle, pas d'affaires. 

Voici l'hypothèse que j'avance pour expliquer ce phénomène : la "jouissance immédiate". C'est le principe de notre société depuis la date symbolique de 68 (c'est aussi le modèle de l'homme optimisateur de l'économie classique).

Application : on vous appelle, quand on a besoin de vous. Lorsque ce n'est plus le cas, vous devenez désagréable. Vous gênez la jouissance du moment. 

Idées de contre-mesures ?
  • Construire un réseau de confiance (fait de gens qui ne demandent pas une jouissance immédiate) ; 
  • augmenter son pouvoir de nuisance, de façon à ce que le jouisseur ait plus de plaisir à respecter ses engagements qu'à ne pas le faire. 

La guerre du numérique aura-t-elle lieu ?

“We have owned the internet. Our companies have created it, expanded it, perfected it in ways that they can’t compete. And oftentimes what is portrayed as high-minded positions on issues sometimes is just designed to carve out some of their commercial interests,” Mr Obama said in an interview with technology news site Re/Code. (Financial Times.)

M.Obama s'en prend à l'Europe. Un précédent billet disait que l'entreprise traditionnelle voyait le numérique comme destructeur de la société, et que l'Allemagne menait la résistance. L'Amérique aurait-elle décidé de défendre son industrie nationale ? La "digitalisation" de la société va-t-elle se transformer en guerre ? 

B.Obama n'aurait-il pas mieux fait de se taire ? 
  • Il utilise une argumentation proche des théories protectionnistes : nous avons investi pour donner un avantage à cette industrie, maintenant elle doit conquérir le monde : acceptez votre défaite. Or, nous pensions qu'Internet était apatride et servait le marché, la démocratie et l'intérêt général, contrairement à ce qui se passe dans des pays nauséabonds comme la Chine, la Russie ou l'Arabie Saoudite... 
  • N'est-ce pas maladroit de laisser entendre que la démocratie européenne est manipulée par des intérêts économiques ? 
  • L'article semble dire que sa motivation principale aurait été de se faire des copains des gens de la Silicon Valley, qui l'aiment peu. Mais que leur mettre à dos le législateur européen, avec qui ils sont déjà en délicatesse, n'est peut-être pas malin.

La devise du changement

​"L'avenir n'est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons en faire." Une phrase de Bergson, citée par Jean-Jacques Auffret.Je me demande si ce n'est pas la devise du "changement" au sens du type de changement qu'étudie ce blog. 

Mais cette phrase ne va pas de soi :
  • Le "nous" signifierait-il que l'avenir est un travail collectif ? Si c'est le cas, la tâche n'est pas évidente, puisque faire quelque-chose ensemble suppose probablement une forme d'accord, de "volonté générale". (Il me semble effectivement exister : après guerre, ça a été le progrès social et matériel, selon un modèle technocratique et planificateur ; actuellement ce serait plutôt la recherche de la satisfaction immédiate de l'impulsion individuelle, selon le modèle de l'économie classique.)
  • "nous allons en faire" : si l'on est tous d'accord, l'avenir nous appartient ? J'en doute. Il n'y a pas que nous sur terre. En outre, on apprend en avançant. On change ! Ce qui me semble le plus important, donc, est une volonté commune appuyée sur des éléments de preuve du succès probable. Une image, pour clarifier les choses : celle du navigateur solitaire. Il prend une "option de course" déterminée par ses compétences, la météo et ses "envies". Il veut gagner. Mais il ne gagne pas toujours. Et ce n'est pas grave. Ce qui comptait était la course. 
Alors, "l'important dans la vie n'est pas le triomphe mais le combat ; l'essentiel n'est pas d'avoir vaincu mais de s'être bien battu" (Coubertin, qui n'aurait pas dit "l'important, c'est de participer") ? Pas encore sûr. Le combat, lorsqu'il est question de vie et pas de sport, fait évoluer son objectif, il n'a pas de terme. 

Incompréhension russo-américaine

M.Poutine dit : il y a danger d'une vague terroriste, unissons-nous. On ne l'écoute pas. C'est le 11 septembre. Bande de nazes, pense-t-il. Sur ce, en représailles, les Américains envahissent l'Iraq. Bande d'hypocrites. Et de nazes : incapables de placer sur les lieux les preuves qui auraient justifié leur intervention. Russes et Américains ne se comprendraient pas, selon The Atlantic.

Je me demande si cette incompréhension ne se modéliserait pas ainsi :
  • Pour les Américains, la Russie ne compte plus. M.Poutine peut dire ce qu'il veut, on ne l'entendra pas.
  • M.Poutine n'a pas compris qu'il n'est plus possible de traiter sur un pied d'égalité avec les USA. Il n'a pas le poids économique suffisant, et de loin. Demain il pèsera moins que le Nigeria et ses centaines de millions d'habitants. Il n'a pas compris, non plus, que les USA ne sont pas fondamentalement mauvais. Ils agissent selon la maxime que tout ce qui n'est pas interdit est permis. Malheureusement, faute de contre-poids à leur taille, plus rien ne leur est interdit. D'où quelques erreurs. Mais l'Américain est pragmatique. Il ne persévère pas dans l'erreur. Et il pardonne vite aux autres les dommages collatéraux qu'il leur a occasionnés.  

lundi 16 février 2015

C'est Proust qu'on assassine : la fin de la littérature ?

The Economist dit la même chose que moi, dans mon précédent billet :

Les écrivains se sont transformés en entreprises. Ils se passent des services d'un éditeur. Et, surtout, leurs livres ne servent qu'à construire une notoriété qu'ils monétisent par d'autres moyens : "Authors are becoming more like pop stars, who used to make most of their money selling albums but who now use their recordings as promotional tools, earning a living mainly from concerts."

Ce qui pose un problème délicat, pour The Economist, car l'auteur, le vrai, le Proust, n'est pas un homme de showbiz ! La littérature serait-elle condamnée par la sélection naturelle du marché ?

La grande dépression : mode d'emploi

Le numérique déprime l'économie, dit The Economist. Certes, mais quel est le phénomène sous-jacent ? Mon cas est peut être représentatif, me suis-je dit. J'envisage de publier mon prochain livre sur slideshare. Pourquoi ?
  • le tirage des livres, de management en particulier, est très faible. Je suis extraordinairement mal rémunéré (je ne suis pas certain d'atteindre l'euro de l'heure d'écriture !), et cela ne me fait même pas connaître ;
  • il est coûteux de travailler avec un éditeur : il faut compter des jours de palabres et de relecture qui pourraient être mieux employés ailleurs ;
  • je ne peux plus utiliser le contenu d'un livre publié, et personne ne veut acheter un livre pour avoir accès à ce contenu (par exemple lorsque je l'utilise en appui à une mission) ; 
  • la « méthode Münchhausen », texte technique mis sur slideshare, a été vue près de 40.000 fois… ce qui semble dire que slideshare fonctionne.
Qu'est-ce que cela nous dit sur l'état du monde ? Pas que le numérique a détruit l'industrie du livre, mais que c'est elle-même qui s'est auto détruite :
  • Ce que je demande à un éditeur est que, s'il me choisit, il diffuse mes livres. Or, il ne diffuse rien. 
  • En partie parce qu'il ne fait plus son travail de sélection et de promotion de ses ouvrages, et a saturé le marché par une masse de médiocrité. Plus personne ne s'y retrouve.
  • En partie parce que beaucoup de grands de la distribution ont eu tellement peur de leur ombre, qu'ils ne diffusent plus rien. D'où cercle vicieux. (En revanche, ceux qui continuent à faire leur travail marchent très bien.)

dimanche 15 février 2015

La Russie veut briser l’Europe

Ce qui se livrerait en Ukraine, ce serait le choc des civilisations. D’un côté, le modèle occidental de la liberté individuelle, de l’autre son antithèse, et son champion, Poutine. Il se bat pour les « valeurs » de la Russie, « la plus importante étant le monopole de l’Etat sur le pouvoir ». « Le rôle joué par l’idéologie communiste a été en grande partie remplacé par celui de l’Eglise orthodoxe, qui, comme l’Etat lui-même, s’est transformé en quelque chose qui ressemble à un monstre. » Il cherche à exporter son « idéologie », « de même que jadis, il exportait le communisme ». Dans cette guerre, la stratégie de M.Poutine est de diviser l’Europe. Pour ce faire, il finance les partis extrémistes (droite et gauche) et les écologistes européens. Dernièrement, il est devenu le financier du Front National. « Il veut exercer une pression sur les maillons faibles de l’Europe pour briser l’unité européenne. » Et l’un de ces maillons faibles est la Hongrie, « Etat illibéral », dépendant du gaz russe. Grande tentation : attaquer un pays balte, à forte minorité russe, mais d’une manière ambiguë, qui n’entraîne pas une interprétation évidente du traité d’entraide de l’OTAN, et donc produise un déchirement de l’alliance.

En Europe, Mme Merkel est assise sur un tas d’or. Elle laisse son pays tomber en ruine. Et l’Europe sombrer dans le cercle vicieux de la dépression. DSK explique que, trop occupé à « sauver le monde », il n’avait pas la tête à vérifier la nature, payante ou non, de ses distractions libertines. Cela va-t-il pousser les Français à se préoccuper de la vie privée de leurs gouvernants ? Et l’armée anglaise est en déshérence « la Grande Bretagne n’a plus une idée très clair d’à quoi servent ses forces armées ». D’ailleurs, elle a disparu de la scène internationale ! La Grèce a subi « un effondrement économique équivalent à celui qu’a connu, de l’autre côté de la Méditerranée, la Lybie ». Son gouvernement est pris entre le Charybde de ses créanciers, et le Scylla de ses alliés de gauche et de droite, sans compter l’espoir renaissant de son peuple.

En Inde, la croissance, pour peu que les chiffres soient fiables, dépasserait celle de la Chine. Par ailleurs, l’amour de l’électorat pour son arrogant nouveau premier ministre semble tiédir. Aux USA, contre toute attente, les pouvoirs militaires du président ne font que croître.

Un moyen d’améliorer l’école des pauvres ? Un programme qui transforme en enseignants, pour deux ans, d’excellents élèves doués d’un tempérament de leader. En revanche, l’Anglais est particulièrement mal enseigné. Cause ? Des enseignants qui ne parlent pas anglais…

Le « crowdfunding » lève 72m$ pour un jeu vidéo. L’industrie de la mode utilise ses défilés comme moyen de communication, permettant de vendre au consommateur électronique final.

La baisse des cours du pétrole a fait boire un bouillon à beaucoup de fonds d’investissement. Ce qui fait des affaires pas chères à récupérer par leurs collègues. L’immobilier a la faveur des investisseurs. Il n’est pas encore spéculatif...

L’innovation serait le fait d’une forme de sélection naturelle agissant sur de petites évolutions aléatoires. Au moins en ce qui concerne le violon. Le système monétaire pose un problème : pour qu’il fonctionne correctement, ce qui semble signifier une forme de monnaie unique, il demande au peuple une « discipline » qu’il est rarement prêt à accepter. 

Il changeait la vie

File d'attente de supermarché. Chanson de Jean-Jacques Goldman, "il changeait la vie". Et nous, "changeons-nous la vie" ? Ou, participons-nous à la "banalité du mal", d'Hannah Arendt ? 

Une DRH était toute retournée. Lors d'un congrès, elle a entendu ses collègues dire que leur obsession était de "réduire la masse salariale". N'en est-il pas de même de nous tous ? Nous sommes si convaincus que rien ne va, que nous ne faisons rien pour que ça aille mieux ? Et pourtant, agir bien ne nous coûterait peut-être pas grand chose ?

samedi 14 février 2015

La connaissance meurt si elle n'est pas partagée

Pour augmenter ses connaissances, il faut les partager ! Ce n'est pas la connaissance qui est le pouvoir, mais l'information. L'information, elle, se perd lorsqu'on la donne. C'est le contraire pour la connaissance. Voici, en substance, ce que me dit Jean-Louis Ermine, grand nom de la gestion de la connaissance.

Révélation. Tout le développement humain n'est qu'accroissement de connaissances, me semble-t-il. En conséquence, plus l'humanité partage ses connaissances, plus elle se développe !

Mais que veut dire partage ? Tout le secret du développement pourrait bien être là. En fait, il me semble que ce partage demande un travail, et que c'est ce travail qui est réellement la source de la création. Premières idées :
  • Il faut identifier une connaissance qui est tacite
  • Il faut la mettre dans une forme qui va parler à l'autre, et qu'il saura utiliser sans avoir à trop se casser la tête. 
  • Faire ce travail va donner des idées d'application de ces connaissances. Ce qui va pousser à expérimenter, donc à développer de nouvelles connaissances... 

Vivre heureux avec un fonds d'investissement

Depuis deux décennies, j'ai rencontré pas mal d'entreprises qui avaient un fonds d'investissement (ou de capital risque) comme actionnaire principal. Je constate toujours la même chose :

Il y a un piège dans lequel tout le monde tombe. Le fonds pilote l’attelage. Il prend des décisions dont le dirigeant de l'entreprise doit assumer les conséquences. C'est dangereux à de très nombreux titres. Le fonds est spécialiste de la finance, or le management est une question d'hommes ; il n'est pas en situation d'apprendre de ses erreurs (qui lui sont masquées) ; il déresponsabilise le management qui, du coup, tend à ne pas mettre en oeuvre intelligemment ce à l'initiative de quoi il n'est pas. C'est pourtant lui qui, souvent, paie les pots cassés.

Bref, l'équipe de management doit prendre le leadership du projet. Le fonds doit être le facilitateur de sa stratégie. Pour acquérir l'autonomie de décision et la garder, il y a une technique simple : concevoir un plan d'action qui permet d'atteindre l'objectif financier du fonds, et négocier avec le fonds l'autonomie de décision en échange du respect du plan. 

Qu'est-ce qui empêche que l'on aie plus souvent cette idée ? Un double problème :
  • La logique du fonds, c'est la rupture. Or, les managers qu'emploient les fonds sont issus du salariat. Leur logique est celle de l'amélioration continue. 
  • Faire une proposition demande un esprit d'initiative d'entrepreneur, pas de salarié. 

vendredi 13 février 2015

Formateur jetable

Il se trouve qu'alors que je vis l'anecdote du billet précédent, je rencontre un consultant qui, lui aussi, est en contact avec les unités de formation continue de grandes écoles prestigieuse. Il constate que leurs tarifs correspondent à une fraction de celui d'un consultant. Et pourtant le consultant français est particulièrement mal payé. 

Pourquoi ne sommes-nous pas compétitifs ? Parce que nous ne répondons pas au besoin du marché. Il ne nous demande pas notre expérience. Il veut un nom. Un cours d'université. Et l'enseignant universitaire, un théoricien qui n'a jamais vu une entreprise, est très heureux de gagner un peu d'argent sans avoir trop à se fatiguer. Il a déjà un salaire. Et la grande école prélève une grosse marge. Elle en a besoin, pour équilibre ses finances. C'est habile : elle fait payer un nom. Sa valeur ne tient pas à la qualité de son enseignement, mais à son examen d'entrée, qui contrôle l'accession à des postes prestigieux. 

Léger Président

Ce matin, j'entendais M.Hollande se réjouir que Dassault ait vendu des avions à l'Egypte. Il disait que la France trouvait cet avion tellement bien, qu'elle avait voulu en faire profiter le monde.  De la compatibilité des "petites blagues" avec la fonction de président ?, me suis-je interrogé.

Je me suis aussi demandé si M.Hollande avait des raisons d'être heureux qu'il nous dissimulait. Au fond, il ne va pas de soi de vendre des avions à l'Egypte. On dit que les Rafale sont chers. En outre, les USA me semblent équiper l'armée égyptienne. Voici ce que je lis dans wikipedia :
Depuis les accords de Camp David en 1978, l'armée égyptienne reçoit chaque année des États-Unis une aide évaluée en 2013 à 1,3 milliards de dollars. Selon le Congrès américain, l'importance du soutien américain est tel qu'il couvre près de 80% des dépenses d'équipement de l'armée égyptienne et près du tiers de son budget. Il comprend également la formation dans les écoles militaires américaines de centaines d'officiers égyptiens chaque année et la production sous licence de chars M1A1 Abrams en Egypte depuis 1988. Le Caire compte se doter de 1 200 chars de ce type. Depuis 1980, Le Caire par ailleurs reçu livraison de plus de 220 chasseurs F-16, un énorme succès à l'exportation, faisant de l'Egypte le plus gros opérateur de ce type d'appareils derrière les Etats-Unis, Israël et la Turquie.
Cela me semble pouvoir signifier que si la France a obtenu une commande, c'est que les Américains n'en ont pas voulu. Le gouvernement serait-il parvenu à obtenir leur neutralité, comme contre-partie de je ne sais quelle bonne action ? Gros succès diplomatique ? 

Finalement, question d'homme d'entreprise : on ne nous parle que de chiffre d'affaires. Mais ces avions (et ce qui va avec) sont-ils vendus à perte ? Quid du financement qu'ont demandé les Égyptiens ?... 

(Je suis tombé sur une vidéo qui disait que le Rafale était le meilleur avion du monde. Je me suis demandé si c'était un bon argument de vente. En particulier, pour taper sur l'Etat Islamique, je doute qu'il faille du matériel très sophistiqué.)

Petit traité de manipulation : le principe de cohérence

Une école prestigieuse m'appelle. Veux-je faire un cours à un groupe de "hauts potentiels" d'un organisme public ? C'est mal payé (en particulier, le cours n'est pas supposé être préparé), mais flatteur. Et l'enseignement est une sorte de hobby pour moi. 

Mais la situation se complique. On me dit que la directrice de "l’université d'entreprise" n'est pas contente de ma proposition de programme. « Changement » ne doit pas s’appeler « changement ». Car le changement n'existe pas. Il n'y a que des transformations bien propres et continues. D'ailleurs, elle n'est d'accord avec aucun des mots que j'utilise (qui ne sont pas les miens : j'ai pris modèle sur la présentations des formations précédentes), y compris ceux qui disent que je vais fournir le support de cours sur transparents... Puis on me demande de la rencontrer pour défendre mon cours. Le responsable du programme a visiblement jeté l'éponge. J'apprends alors qu'elle a été mécontente du cours de finance qui a précédé le mien (n'était-il pas ce qu'elle entendait par finance ?). Elle a aussi mis un terme aux services d'une précédente grande école, qui assurait le cursus. "On n'est pas là pour se faire engueuler", ai-je fini par penser. Chère Madame, je ne suis pas un chien. J'ai donc renoncé.

J'aurais dû le faire plus tôt. J'ai perdu beaucoup de temps pour rien. Pourquoi ai-je tant tardé ? Cette histoire est une illustration d'une technique de manipulation dont parle très bien Robert Cialdini. C'est le "principe de cohérence".

L'homme respecte ses engagements, même s'il les a pris à la légère. Initialement, j'étais intéressé de faire un cours stimulant sous les auspices d'une école prestigieuse. Le tarif était secondaire car l'investissement était faible (même en comptant la préparation, cela ne me prenait pas plus de trois jours). Puis j'ai été amené petit à petit à accepter de faire de plus en plus de choses et à prendre de plus en plus de risques...  (Un résumé de l'ouvrage de Robert Cialdini.)

jeudi 12 février 2015

Trottoir et conduite du changement

Soit à construire un trottoir dans un campus. Le responsable des travaux peut le placer là où il pense qu'il doit être et imposer qu'on y marche, ou le placer là où passent déjà les étudiants. 

Exemple donné par Michael Beer pour illustrer les techniques de conduite du changement. La première, dirigiste, est utilisée par toutes les entreprises, la seconde, par lui, et moi... 

(Beer Michael, Eisenstat, Russell A., Spector, Bert A., The Critical Path to Corporate Renewal, Harvard Business School Press, 1990)

Economie du partage : avis de changement violent ?

Il est curieux que l’on ne s’intéresse pas aux conséquences de l’économie du partage. 

Qu'est-ce ? C’est partager ce que l’on a. Par exemple son logement. La particularité de cette économie, c’est la plate-forme Internet. C'est un marché électronique qui permet de faire l’échange. Celui qui la possède s’enrichit colossalement. Car, la plate-forme coûte peu et la caractéristique d’Internet tend à être le monopole.

Conséquences ? Cela fait des échanges économiques nouveaux : croissance. Mais c’est aussi une meilleure utilisation des actifs. Exemple : le cloud computing. Ce n'est pas qu'une simple délocalisation des ordinateurs, cela pourrait provoquer celle des DSI elles-mêmes. Et ce pour des raisons de compétence, de capacité d'adaptation à une technologie en évolution permanente, et non de coûts. Avis de changement violent ?

Prenons un autre exemple. Imaginons que l’on partage nos voitures. Cela pourrait faire tomber la production automobile. Or, comme l’industrie fonctionne aux limites de l’équilibre, une petite baisse peut la mettre en grosse difficulté. Donc créer une grosse crise. Et faire plonger l'économie dans un cercle vicieux, car tout est lié. Tous chômeurs. Et l'industrie automobile, se contracte et perd ses compétences. Demain, il n'y aura plus rien à partager ?

L’économie du partage pose un double problème.
  • Celui du changement incontrôlé. 
  • Celui de l'objectif du changement. Partager, plutôt que créer, c'est la misère. C'est minable. 

mercredi 11 février 2015

Y a-t-il progrès de l'esprit ?

En écrivant le billet précédent, sur Érasme et ses amis humanistes, je me suis rappelé un livre de Jay Gould. Il disait que la complexité, l'homme, en particulier, ne correspondait pas au sens de la marche de la nature. Elle expérimentait en permanence plus ou moins de complexité. 

Je me suis demandé s'il n'en était pas de même des idées. Et si notre société avait connu à certaines époques des esprits exceptionnellement brillants ? Et si, contrairement à ce que nous pensons, nous avions subi un recul net de la sophistication de nos idées ? "Massification" de l'intelligence ? 

(Peut-être pour des raisons de sélection naturelle, comme le dit Jay Gould : l'esprit brillant ne doit pas avoir un gros avantage concurrentiel. Fleur fragile ? Erasme contre Luther ?)

Erasme et l'Europe : pensée à redécouvrir ?

Érasme, une des fondations de la pensée moderne ? C'est la question que je me suis posée en découvrant ce curieux petit livre. On y voit la pensé d’Érasme affronter celles de son temps, toujours présentes au nôtre, puis être reprise par de grands esprits modernes. 

Le plus intéressant pour moi est l'affrontement. Celui de trois visions de l'être humain.
  • Machiavel. Dans un monde où règne le mal, il faut faire le mal en virtuose. 
  • Luther. Pensée pour le peuple. Il est illusoire de vouloir penser. Acceptons notre sort. Il y a des élus et des damnés. C'est Dieu qui a choisi.
  • Érasme. Humanisme. Pensée d'une forme d’aristocratie intellectuelle. Esprit européen (d'où le titre), il est le frère des Rabelais, Montaigne, Thomas More. Précurseur des Lumières ? Glorification du libre arbitre humain, de la complexité de l'être, qu'il faut aimer en allant au delà des apparences (superficialité / profondeur par opposition à bien / mal de Luther), et de l'universalisme. Pour lui Dieu ne veut pas d'un troupeau luthérien, il veut que sa création cultive le potentiel qu'il a mis en elle. Certes, le monde n'est guère reluisant. Mais il ne faut pas baisser les bras. L'humanité doit rêver du bien, et le faire. En d'autres termes, Érasme croit à ce que les Lumières ont appelé "le progrès". 
Au travers de l'histoire de ces trois pensées, et de ceux qui se sont reconnus dans celle d'Erasme (Huizinga et Zweig, notamment), j'ai l'impression que les deux premières n'arrêtent pas de gagner, et que la troisième ne fait que perdre. En effet, la première est celle, quasi éternelle, du monde (anglo-saxon) des affaires ou du commerce. La seconde revient régulièrement hanter l'Allemagne, dernièrement Mme Merkel. Et la troisième ne fait qu'échouer. Il est vrai qu'elle a peut-être connu un coup de folie avec l'hyper rationalisme de la Révolution, libéralisme première manière, revenu depuis peu sous-la forme du laisser-faire monétariste. 

Et si l'erreur de ces trois courants avait été de se considérer comme ennemis ?, me suis-je dit. Et si chacun avait quelque-chose de bien ? Et si ce qui le rend mauvais avait été de croire qu'il avait trouvé le Graal, qu'il n'avait pas besoin des autres ? Alors, prendre à chacun ce qu'il a de bon ? L'idéalisme d’Érasme, comme stratégie, le réalisme de Machiavel, comme principe d'action, et la reconnaissance des vertus du labeur populaire, de Luther, comme fondation ?

(OSSOLA, Carlo, Érasme et l'Europe, Editions du Félin, 2014.)

mardi 10 février 2015

Obama change le monde ?

La doctrine militaire d'Obama ne dirait pas ce qu'il faut faire, mais ce qu'il ne faut pas faire. Cela ressemble à une vision systémique du monde ou à la "via negativa" de Nassim Taleb

Que ne faut-il pas faire ? Envoyer des moyens militaires énormes sur le terrain. Or un vice de la démocratie américaine (et française) rend irrésistible la tentation de le faire : alors que le Président est paralysé par le système politique américain, une armée, dont le budget vaut celui de toutes les autres armées combinées, est à ses ordres ! Or, tout le monde, de la presse à ses alliés en passant par ses électeurs, et même ses adversaires Républicains, le presse de l'utiliser !

Mais la guerre entraîne la guerre et des dépenses de plus en plus lourdes. Et cet argent ne peut pas être employé pour améliorer réellement, et pacifiquement, la situation des zones de conflit. Effet systémique !

Seul sage au milieu d'un peuple de fous ? Le comité Nobel fut prescient ? 

Cancer et astronomie

A l'échelle près, la mort d'une cellule ressemble à la mort d'une étoile. Y aurait-il un même type de phénomène à l'oeuvre ? Espoir de découverte d'un traitement du cancer ? Cette observation peut avoir un intérêt pratique sans cela : les techniques de traitement de données de l'une peuvent servir à l'autre.

De l'intérêt (enfin ?) de Big Data... (Nouvelle en provenance de Cambridge.)

lundi 9 février 2015

Inversion des sexes

Dimanche soir France Internet remettait son prix du film. Au sujet du film gagnant on a dit qu'il reflétait l'évolution de la société : la femme y est une lutteuse et l'homme un faiblard. 

J'ai retrouvé une idée qui m'était venue au sujet de Fidelio : il y aurait une sorte "d'inversion des sexes". Les caractéristiques prêtées aux hommes jadis le sont maintenant aux femmes, et inversement ? Phénomène réel ? Propre à l'ensemble de la société ou, uniquement, à la petite élite qui produit des films ?... De l'influence de la culture sur la nature ? Mais aussi de notre manque de liberté vis-à-vis des modes sociales ? Quoi que l'on pense de cette mode, qui, d'ailleurs, ne semble pas faire plus d'heureux que ce qui l'a précédée, l'homme tend à être un mouton ? Faillite du libéralisme ?...

La dystopie de l'Education nationale

Une enseignante veut faire trouver à un élève le mot "dystopie". Elle lui en donne une définition. Il répond "capitalisme". Nouvelles de France Culture, dimanche matin.

Moi aussi, j'aurais été incapable de répondre "dystopie". Ça ne fait pas très longtemps que j'en ai entendu parler, d'ailleurs. Et uniquement, probablement, parce que j'écoute "Mauvais genre" de France Culture. Du coup, j'ouvre le Robert : dystopie n'y est pas. Il n'est pas non plus sur le site du CNRTL. J'ai fini par le trouver dans Chambers (anglais / anglais) : "dystopia" est le contraire "d'utopia". 

L'enseignante parlait des réponses décalées de ses élèves. Je me suis demandé si ce n'était pas l'Education nationale qui était décalée par rapport à la réalité de la société. Et si l'éducation qu'elle donne prépare à la vie... 

dimanche 8 février 2015

La Grèce fait souffler le vent du renouveau ?

M.Renzi et le gouvernement grec annonceraient-ils le renouveau de l’Europe ? Le premier ministre et le ministre des finances grecs font le tour des capitales du continent. Leur style, détendu et créatif, a quelque chose de rafraîchissant (après celui, mesquin et constipé, des politiques traditionnels). Ils apportent des idées neuves, pas idiotes. Ils ont redonné de la fierté à la Grèce. Et les Espagnols rêvent de les imiter. L’Europe du Sud, tout en prétendant suivre la ligne Merkel, caresse l’espoir qu’ils soient l’hirondelle qui dégèle la rigueur. Quant à la BCE, certes elle tient la Grèce entre ses mains, mais sans légitimité démocratique peut-on éjecter une démocratie de la zone euro ? M.Renzi s’est attelé à des travaux d’Hercule : rationaliser la démocratie italienne. Il vient de réussir un exploit : faire élire son président.

A l’opposé, l’Allemagne donne une désagréable image de repli sur soi. Droite et gauche s’unissent dans le refus. Euro, immigrants et surtout, cela pourrait surprendre, Amérique. En France, la laïcité est en question. Et si elle avait été instrumentalisée en outil de domination ?

Délicate Ukraine. L’armée ukrainienne n’a aucune chance face à la russe. Peut-on l’armer sans déclencher une dangereuse escalade ? L’Allemagne et B.Obama pensent non, le nouveau ministre de la défense et les Républicains américains, oui.

Le fermier anglais, jadis le plus productif au monde, est maintenant en queue de peloton. Parmi les causes de ce retard, il semble qu’il y ait surtout le désengagement de l’Etat (Mme Thatcher ?). « Les instituts de recherche publique britanniques ont été liquidés dans les années 80. » Et la terre est devenue un « hot market » pour spéculateur.

Le Japon ne parvient ni à reconstruire une vie pour les victimes du tsunami et de l’accident nucléaire, ni à démanteler la centrale nucléaire de Fukushima. Ce n’est pas une question d’argent, mais de dysfonctionnement du système. Goulots d’étranglement. (Corruption ?... Au passage, je note ce que coûte un accident nucléaire : « 71.000 réfugiés nucléaires », plus démantèlement et nettoyage : peut-être plus de 400md€, sur une quarantaine d’années !)

En brûlant un pilote jordanien, l’Etat Islamique a fait une erreur de relations publiques. Il recule en Iraq, mais l’Etat de non droit syrien pourrait lui fournir un asile durable. D’autant que les candidats au djihad continuent à affluer.

M.Netanyahou joue des puissantes amitiés que compte Israël aux USA pour ennuyer M.Obama. Ce n’est probablement pas judicieux.

La pollution en Inde est effrayante. Elle ferait 1,6m de morts par an. En cause une croissance propulsée par une technologie d’un autre temps. Voitures (pourtant seulement 5% de la population est équipée) et usines. Il va falloir moderniser et penser transports en commun… En termes de pollution, ça ne va pas fort, non plus, en Chine. Mais on y a pris des mesures, à la Chinoise : la situation doit s’améliorer radicalement, quitte à sacrifier l’emploi et la croissance.

Le numérique n’a pas encore disrupté la traduction, mais pourrait bien disrupter le traducteur. Façon Uber. L’Amérique devient le plus gros exportateur mondial de pétrole. C’est bon pour ses affaires, et mauvais pour celles de ses adversaires.

Economie mondiale : l’enlisement ? Les Etats continuent à accumuler des dettes à grande vitesse. Pourquoi ? Pas de croissance, démographie en recul. Et surtout :  « comme n'importe quel médicament de confort, après quelques temps on ne peut plus se passer de la dette » ?)Tout le monde faisant face aux mêmes circonstances, pas possible d’exporter ses malheurs chez le voisin. Les banques centrales essaient, toutefois. Les taux de change sont partis pour fluctuer. D'où graves difficultés pour les pays endettés en monnaies étrangères. D’autant que les marchés financiers font sauter toutes les tentatives d’arrimage d’une monnaie à une autre. (Le montant des échanges de devises représente plus de cent fois celui du commerce mondial…) Petit succès, tout de même, les Etats se sont mis, avec une efficacité inconcevable il y a peu, à traquer les riches qui échappent à l’impôt, partout où ils se cachent. 

Pourquoi se rase-t-on ? (Et surtout, pourquoi les femmes s’épilent-elles ?) La culture contre la nature. Autre effet de la culture, américaine cette fois : le fonds activiste. Il lui suffit d'acquérir une petite partie du capital d'une grande entreprise pour lui dicter ses volontés. En effet, les autres investisseurs sont soit passifs, soit des spéculateurs attirés par une affaire fumante. L'existence de tels fonds forcerait le dirigeant à demeurer sur ses gardes. Mais leur avenir est compromis : ils sont devenus trop gros pour le marché. Et seuls les USA leur sont propices. 

Comment profiter de la destruction créatrice ?

Depuis la nuit des temps on nous dit que notre avenir est écrit. C'est ce que pensent beaucoup de religions, mais aussi Hegel et Marx, ou encore Google. Pour ma part, il est ce que la société veut qu'il soit, et les voies de la société sont impénétrables. Qui survit et qui périt dans ce processus ?

La société bouge sans cesse.  Peut-être que cela n'a pas toujours été le cas. Mais actuellement c'est la règle. Ceux qui n'anticipent pas le mouvement crèvent. En particulier les immobiles. AREVA pourrait montrer ce qu'il ne faut pas faire. Une façon d'interpréter son histoire est d'y voir un exemple de "marketing myopia". Au lieu de se transformer avec le marché, AREVA a fait du sur place, et n'a pu lui proposer que ce qu'elle savait faire : de grosses centrales nucléaires. Il en serait de même si un constructeur automobile américain n'avait pas évolué depuis les années 60 : il voudrait nous vendre des "grandes américaines". 

Quelle est l'antithèse d'AREVA (ou du moins de mon hypothèse) ? Steve Jobs ? J'ai l'impression que, à la fois il a été l'architecte d'un écosystème de compétences, et qu'il a su lire les tendances de la société. Dans ces conditions, en apparente contradiction avec ce que je dis plus haut, il s'est trouvé en situation d'influencer le cours des choses. 

(Un point qui mériterait un examen. En dépit de sa fortune, Steve Jobs n'a jamais cessé d'appartenir au peuple. Grosse différence avec les hauts fonctionnaires qui dirigent AREVA ? Caractéristique de ceux qui savent comprendre la société ? Et même des grands leaders politiques qui ont transformé leur pays ? De Napoléon à Mao, en passant par Staline, ils sont souvent venus d'en bas.)

samedi 7 février 2015

Anti Bourdieu

Howard Becker, sociologue. Il étudie la collaboration. Comment des gens qui ne se connaissent pas parviennent à s’entendre et à réaliser quelque chose ensemble. Exemple : des musiciens de jazz. Il leur suffit de quelques mots pour qu’ils jouent comme s’ils se connaissaient depuis toujours. Mais il aurait pu aussi bien parler d’enfants ou de sportifs du dimanche.

Curieusement, dans ses travaux, il n’a pas rencontré les résultats de l’immense scientifique qu’est Bourdieu. Serait-ce parce que ce dernier à pris comme hypothèse (scientifique) que la vie était un affrontement, qu’il n’a pas vu l’évident : qu’elle est avant tout collaboration ? Et même permanente improvisation ?

(Pauline Peretz & Olivier Pilmis & Nadège Vezinat, « La vie en société : une improvisation. Entretien avec Howard Becker », La Vie des idées, 3 février 2015. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/La-vie-en-societe-une-improvisation.html)

Éloge du retard, et du Paradis

Dominique Turq fait l'éloge du retard de l'entreprise. C'est aussi l'éloge du papier. Puisque c'est le titre de son dernier livre. Il le présentait il y a peu, dans un amphi de l'ESCP. J'apprécie beaucoup Dominique Turcq. C'est un homme qui a connu tous les honneurs de l'entreprise et de l'université, mais qui est resté étonnamment simple et modeste. Il n'a qu'un seul défaut. Sa passion du numérique. Car l'amour est aveugle. 

Son idée est que tous ceux qui disent que le numérique ne passera pas ont tort. Car, jusqu'ici on s'est toujours trompé lorsqu'il s'est agi de progrès. Et l'entreprise, la première. Contrairement à ce qu'elle croit, ce n'est pas elle qui produit la destruction créatrice. Elle la subit. Que faire ? Comme lorsqu'un tigre vous poursuit. Il faut courir un peu plus vite que le plus lent. Mais pas trop tout de même, car il faut éviter d'essuyer des plâtres. Pour bien courir, il faut embaucher des prospectivistes.

Dominique Turcq a été professeur, associé de McKinsey, entre autres. C'est un homme d'idées. Ma carrière m'a donné un autre point de vue que le sien sur le monde. Chez mon premier employeur, les idées géniales succédaient aux idées géniales, et faisaient flop. Puis j'ai connu la bulle Internet, autre grand moment de créativité. Quasiment tout ce dont on parle aujourd'hui, par exemple les fameuses imprimantes 3D, vient et revient depuis quelques décennies. Cela s'améliore probablement à chaque passage. Mais ça ne transforme pas le monde. Contrairement à ce que l'on dit alors. 

Le progrès dépend de ce que la société veut en faire. Les inventions sont réinventées sans cesse. Non parce qu'on n'en comprend pas l'utilité. Au contraire. On juge qu'elles sont inférieures à ce que l'on possède ou qu'elles pourraient troubler le bonheur collectif. Ainsi, la roue a été oubliée au profit du chameau, les pygmées auraient refusé la métallurgie, et on se demande si nous n'aurions pas dû faire de même avec la bombe nucléaire. The Economist note d'ailleurs que les Américains se sont brouillés avec la science, dès les années 60. Ce qui a coïncidé avec la fin de la conquête spatiale. Il y a derrière tout cela une vérité éternelle. Vouloir "connaître", c'est renoncer au Paradis.