samedi 31 janvier 2015

L'invention de l'enfant

L'enfant moderne aurait été conçu à l'ère victorienne. C'est ce que disait un livre lu il y a quelques années. Les parents se sont mis à jouer à la poupée. Auparavant, on le prenait pour un homme en devenir ? Soudainement, il fut une petite chose innocente à protéger, qui doit impérativement connaître le bonheur ?

Si c'est le cas, cela pourrait expliquer bien des malaises. L'homme n'étant pas préparé à être un adulte, il serait en permanence orphelin d'un paradis perdu. Ce serait un enfant qui refuserait de grandir, et d'assumer les conséquences de ses actes (caprices ?). 

Virus et libertaires

J’ai tendance à assimiler virus et individualisme. Je vois les deux comme une sorte de « mal » qui force le « bien », une structure complexe et évoluée, à changer, sous peine de destruction.

Intuitivement, il me semble que le changement est réussi lorsque le complexe parvient à utiliser le génie de l’individu. Mais, mon dernier billet sur les virus m’a fait douter. N’est-ce pas le contraire qui se produit : la structure complexe exploite la bêtise de l’agresseur ? Ainsi, il semblerait que le cerveau se soit développé en capturant des virus et en les mettant en cage. Il existe quelque chose de similaire dans le monde des hommes, celui du développement opensource. Des procédures ont été conçues qui font que des têtes de lard libertaires programmant comme des cochons produisent du code exceptionnellement fiable sans avoir à changer leur nature.

Mais peut-être qu'il y a plusieurs espèces de virus et de libertaires...

vendredi 30 janvier 2015

Pourquoi les pommes sont-elles grosses ?

Il y a quelques années j’ai découvert « elstar », une pomme. Elle était petite, et moins chère que les autres. Ce qui m’allait bien. Depuis, j’ai remarqué qu’elle tendait à grossir de plus en plus. Du coup, j'achète de petites pommes bios. Pas très bon marché, mais elles ressemblent à des pommes.

Je me suis demandé si elstar n’était pas l’effet du génie génétique (traditionnel, pas OGM). Plus la pomme est grosse, plus elle rapporte au producteur ? Retour au capitalisme primaire : l’intérêt du consommateur doit s’incliner devant celui du possesseur de capital ?

(D’après Wikipedia, elstar serait le fruit d’un croisement, dont un des avantages serait une pomme qui arrive sur le marché avant les autres.)

Science sans conscience

Discussion avec un jeune matheux, grand modélisateur.

Le danger de la modélisation me semble être ce que disent Hannah Arendt, l'école de philosophie pragmatiste et les psychologues de la systémique : on confond le modèle avec la réalité. Or, le modèle ne donne que ce que l'on y a mis. Danger = « jeu sans fin ». L’homme a la curieuse faculté d’inventer des dieux. C'est-à-dire de trouver une signification magique, mystérieuse, à quelque chose qui n'est qu'une machine. (Asimov a écrit un chapitre sur le sujet dans un livre sur les robots.)

Mon expérience me fait penser que l’intérêt de la modélisation est de préparer à l'action. Elle permet de simplifier ce qui bloque, de donner des idées. La simple découverte des systèmes a été fondamentale. Elle nous a dit que nous tendions à entrer dans des cercles vicieux et que, pour se tirer de la plupart des problèmes qui nous minent, il faut faire le contraire de ce que nous faisons. Je suis moins certain de l'utilité des modèles compliqués qui en ont résulté. 

De l’intérêt d’étudier la philosophie, l’art de penser, en plus des maths. Il me semble qu'il faut injecter un peu de conscience dans la science, et qu'il est bon de s'y mettre tôt. Pauvres diplômés des grandes écoles françaises, et en particulier les philosophes !, qui reçoivent de mauvaises notes s'ils ne pensent pas comme l'institution !

(Ce qui pourrait expliquer la schizophrénie de Foucault ?)

jeudi 29 janvier 2015

Transmission d'entreprise : pensez OBO ?

Il est bien connu que la transmission d’entreprise ne se fait pas simplement. « L’Owner Buy Out » pourrait bien être une solution élégante à la question. J’ai demandé à Jean-Marc Trinquier, consultant senior en fusions-acquisitions et professeur intervenant à l’ESTP, de quoi il s’agissait…

Quels sont les avantages d’un OBO ?
Le maintien du pouvoir en place, la fidélisation des cadres clés et le transfert de savoir dans le temps en font le mode de transmission le plus sécurisé. C’est pour cette raison que bon nombre d’associations et de fédérations le recommandent.

Plus précisément ?
L’avantage principal de ce montage est la capacité à organiser une transmission dans le temps sans « cassure » lors de la cession entre l’entrepreneur et la société. Dans la période de l’OBO, le chef d’entreprise reste en place.  Cependant, il intègre au capital et aux fonctions de direction les cadres « futurs repreneurs ». Il amortit ainsi le choc de passation de pouvoir. Cela lui permet également de conserver, pendant un certain temps, le pouvoir, le statut social et tous les avantages liés à la fonction (salaire, intéressement, protection sociale, cotisation à la retraite,  ainsi que de manière générale tous les avantages en nature).
En procédant ainsi, il peut concilier ses objectifs « d’individu » et ses objectifs « de patron ». Les premiers concernent son rapport à ses salariés, sa société et ses valeurs, le désir de valoriser le fruit de ses années de travail, la nécessité de bâtir un projet de vie future. Les seconds exigent qu’il se préoccupe de l’avenir de son entreprise. La transmission doit porter un projet de développement pérenne, via les perspectives futures portées par les repreneurs internes. Cela demande d’identifier les repreneurs à potentiel et organisés, avec une répartition permettant d’assurer une « non-cassure » et une stabilité dans le temps, et de préserver l’emploi. Il faut aussi trouver un prix adapté au marché et qui corresponde à une réalité.

Techniquement, qu’est-ce qu’un OBO ?
Il y a plusieurs sortes d’OBO : patrimoniaux, de continuité, de développement.
Dans un OBO dit « patrimonial », l’entrepreneur demande juste à un partenaire financier une « avance sur sa cession future ». Mais quasiment aucun investisseur ou créancier n’acceptera de suivre un tel projet. D’autant plus avec les risques liés au temps de remboursement de la dette senior (risque client, risque organisationnel, risque de concurrence, risque de marché, etc.). Un OBO de continuité consisterait, lui, à préparer la transmission en deux temps à ses salariés, dans la continuité de l’activité, sans « réinventer » la boite. Ce type d’opération, la plus courtisée par les dirigeants (par simplicité), peu se solder, à termes, par un échec. 
Le reengineering de la société est indispensable pour repartir sur une phase de croissance. C’est la raison pour laquelle il faut s’inscrire dans une perspective de création de valeur via un business plan et des objectifs de développement. Cet engagement n’est possible qu’avec un appui des parties prenantes sur les thématiques financières, organisationnelles et humaines.
La mise en place de ce type de transmission est un procédé long et complexe, mêlant un grand nombre de sujets. Plusieurs conditions doivent être réunies pour que l’opération soit réalisable, elles portent autant sur le secteur d’activité, le marché, l’organisation, la structure humaine que sur les aspects purement financiers.

Comment monte-t-on un OBO ?
L’Owner Buy Out est un montage complexe faisant intervenir plusieurs acteurs. 
L’opération consiste à créer un véhicule d’investissement (holding) qui va racheter la totalité des parts de la société cible. Pour ce faire, la holding va être financée à la fois par un apport en titres de l’entrepreneur (permettant de liquéfier une partie du capital), un apport du personnel choisi pour la reprise, de la dette senior. Parfois aussi, pour les plus grosses opérations des fonds propres via un (ou plusieurs) fonds d’investissement, des quasi-fonds propres (dette mezzanine), une remontée de trésorerie.
Pour l’investisseur financier qui investit initialement, le but est de faire sa plus value en 5 à 7 ans, lors de la revente de la société. Il faut donc que la valeur de la cible ait augmenté significativement. Pour cette raison, il est très important de viser un développement via de la croissance externe (dans la majorité des cas). Le montage peut aussi prévoir une augmentation de capital de manière à apporter les moyens financiers nécessaires pour l’acquisition et le développement de la société.
A la sortie, un LBO peut-être réalisé pour permettre au management de devenir majoritaire en s’associant à un fonds suivant un montage semblable et auquel la société est maintenant habituée.

Y a-t-il d’autres intérêts à l’OBO ?
On peut profiter de plusieurs « effets de levier ». 
Levier opérationnel : optimisation de la gestion, accompagnement vers un fort développement ; levier fiscal : minimiser l’Impôt sur les Sociétés via l’intégration fiscale (attention à l’amendement Charasse) ; levier financier : utiliser la dette pour augmenter la valeur d’acquisition ; levier social : motiver le management en l’intéressant au capital ; et levier juridique : garder la majorité en ayant un apport en capital limité.

Y a-t-il des conditions favorables pour réaliser un OBO ?
Toute société ne peut pas prétendre à un OBO.
Au niveau des Ressources Humaines : la société doit avoir une structure RH solide. Un management en équipe va être mis en place pour avoir une optimisation et des synergies entre les intéressés et leurs compétences. Les personnes seront-elles à la hauteur ? Ne vont-elles pas lâcher le projet en route ? Il s’agit là du vrai moteur de la société, indispensable. Un audit fin et professionnel doit être réalisé à cet effet pour déterminer les envies, compétences et savoir-être de chacun. Pour assurer un transfert de savoir et de pouvoir complet, il faut s’appuyer sur une équipe solide.
Au niveau financier : une situation financière stable et in bonis est obligatoire. L’OBO va être un véritable catalyseur pour l’entreprise mais pour ce faire, il doit être réalisé sur une structure saine.
Au niveau du développement : tout projet doit être accompagné d’une vision à long terme permettant la création de valeur. Pour cela il faut, en plus d’une optimisation de la structure, aller vers une progression, une évolution de l’entité ; c'est-à-dire passer d’une phase de maturité à une nouvelle phase de croissance. Avec des objectifs de ce type, la croissance externe est la plus adaptée (diversification géographique, nouvelles compétences, renforcement sur un marché etc.) en sus d’une croissance organique plus classique. La vision du futur doit être clairement définie via des diagnostics stratégiques internes et externes afin de l’intégrer dans le business plan de la manière la plus objective possible.

A quoi faut-il faire attention ?
Transmettre une société est une épreuve délicate même dans le cadre d’un OBO. 
Durant le processus, une mésentente, un écart sur les objectifs, un problème bénin au départ peut, par effet domino, faire écrouler le projet.
Dans le cas d’un investissement avec un partenaire financier, le fonds d’investissement associé va avoir en plus une exigence forte à la fois en termes de volume de la plus-value (x fois la mise de départ), de rendement (TRI) et de durée d’investissement. Ces éléments étant tous liés entre eux, il s’agit de les combiner pour pouvoir répondre aux contraintes imposées par les fonds. Pour contrôler tout cela, le fonds demandera la mise en place de reporting allégés pour ne pas étouffer le management mais suffisamment précis pour mesurer les performances de l’entreprise. Au-delà des conséquences que peut avoir le non respects des objectifs (non remboursement de la dette, destruction de valeur, etc.), le risque est lié aux « pouvoirs » que vont avoir les parties prenantes. Ce périmètre va être défini dans un pacte d’actionnaires qu’il convient de vérifier et négocier (clauses de sorties, de valorisation, de gouvernance, etc.).

Comment maximiser les chances de réussite ?
Un seul mot : l’accompagnement.
Qu’il soit fait en interne ou par du conseil, il est indispensable, selon moi, de pouvoir intervenir en amont pour préparer la société : mettre en place une sorte de « contrat social » entre les parties prenantes, procéder aux audits, formations, embauches, restructurations éventuelles, réaliser les Business Plans.
Manager le process faisant collaborer beaucoup d’intervenants ayant des visions et des objectifs différents : banquiers d’affaires, fonds d’investissement, avocats, experts comptables, gestionnaires de patrimoine, fiscalistes ,etc.
Et, enfin, la mise en œuvre  opérationnelle : respect des plans d’actions, résolutions des problèmes au fur et à mesure, suivi lors des acquisitions futures, du développement.

Un projet bien mené, même ambitieux, a toutes les chances d’aboutir.

Qu'est-ce que la performance ?

Il y a quelques temps un dirigeant m'a envoyé un article traitant du Lean et de ses dégâts humains. Au hasard des rencontres, une histoire apparaît. 

Premier résultat. Le Lean s’appellerait désormais « performance ». Toute une industrie du conseil s'est constituée autour de ce sujet. Elle a quelque chose d'une secte, avec ses rites et ses mythes. On y passe des heures à discuter de la bonne place du post it sur tel tableau capital. Par ailleurs, de plus en plus le conseil interne aux entreprises ou institutions de l'Etat veut prendre la place des consultants, pour des raisons d'économie. Ce monde est entre le marteau et l’enclume : des managers qui ne veulent pas changer, et des exécutants qu’il faut faire gagner en productivité, alors que leurs conditions de travail se dégradent.

Cela ferait (évidemment ?) des dégâts humains. Plus curieusement, on assisterait à des ententes entre consultants et unités opérationnelles. Il n'est plus alors question de gain de productivité. Le « baron », patron d’une usine ou d’une division, a bloqué le changement venu d’en haut en contrôlant son vecteur : le consultant ? (Dans un exemple dont on m'a parlé, les gains dégagés correspondent exactement aux honoraires du consultant !)

A qui profite la performance ?
J'en arrive à une question. La « performance » serait-elle une conséquence de la théorie de la « shareholder value », selon laquelle le possesseur de capital crée la « valeur » de l'entreprise ? Et si son objectif était de dégrader les conditions de travail pour faire la fortune de quelques personnes ? En fait, les entreprises et l'Etat semblent convaincus qu'ils doivent gagner en performance. Et qu'il faut le faire avec les méthodes que tout le monde utilise. Du coup, on retrouve les conséquences de la « shareholder value ». Mais les gains d'efficacité sont probablement absorbés non (toujours) par les actionnaires, mais par quelques acteurs ou « intérêts spéciaux » qui savent faire payer leur capacité de nuisance. (Ce que les Anglo-saxons appellent « value drains ».)

L'esprit du jeu du moment serait-il le parasitisme ? Le faible est écrasé, et l’entreprise vidée de sa substance ? Idem de la plupart des actionnaires et des investisseurs des fonds d’investissement ? Après un tel traitement ne reste de l'animal que sa carcasse ?

mercredi 28 janvier 2015

Syriza : les amateurs au pouvoir ?

Grèce. Syriza au pouvoir. Tremblons ?, se demandait Hervé Kabla. Je lui ai répondu, en substance, que je distingue trois scénarios possibles dans la presse internationale :
  • Le scénario idéal. Pas de changement d'objectif : la Grèce rembourse et se réforme. Mais la manière de mener le changement change. On passe du changement comme punition à un changement comme recherche de performance. J'ajoute qu'ici Syriza a un atout que personne ne remarque. La Grèce souffre de clientélisme. Or les partis de gouvernement sont les causes premières du mal. Ils ne peuvent pas se mettre à dos leur clientèle en lui faisant subir le changement ! Syriza a, en théorie, les mains libres. D'ailleurs, que Syriza conduise des changements désagréables, mais utiles, est probablement dans l'intérêt des partis de gouvernement. Il y a mieux. L'Europe apprend une nouvelle façon de se réformer. Le peuple n'est plus la victime de "l'austérité". C'est elle qui le pousse, en désespoir de cause, vers les extrêmes. L'économie et la société s'écartent du précipice au bord duquel elles chancellent... 
  • Il y a le scénario chaos : Syriza ne parvient pas à établir un gouvernement. Ce scénario a été écarté. 
  • Il y a le scénario "bande d'amateurs". C'est celui qui paraît, pour le moment, le plus vraisemblable. En effet, Syriza, très à gauche, s'est allié avec un parti qui ressemble à notre FN, en un peu plus de gauche, mais avec un QI inférieur. En outre Syriza est constitué d'un assemblage hétéroclite qui pourrait se disloquer au premier compromis. (Jean Quatremer parle de la question.)
La probabilité de nouvelles élections à court terme est élevée. Mais on ne peut pas écarter l'hypothèse qu'un montage aussi invraisemblable et fragile soit voulu. Puisque se mettre le dos au mur, brûler ses bateaux, est la technique la mieux adaptée à une négociation conflictuelle. Comme souvent, la frontière entre génie et bêtise est bien mince !

Tremblons, donc ? Pas nécessairement. On est dans le cas d'un changement "incontrôlé". Il est incontrôlé parce qu'il n'a pas d'objectif. Plus exactement on cherche l'objectif en même temps que l'on essaie de réussir le changement. Ce type de changement est par nature chaotique. Mais il est rationnel. La société "pense" par essais et erreurs. Chaque crise lui permet d'avancer, d'expérimenter. Le coup de théâtre est la norme. C'est ainsi que les uns et les autres se testent. Le danger, dans cette situation, est le dogmatisme. Qu'un acteur se fige, et l'affaire peut mal tourner. Surenchère dans la menace. Jusqu'au geste irréparable. Pour ma part, j'ai l'impression, en dépit de tout le mal que l'on peut dire de nos gouvernants européens, que le pragmatisme est aux commandes.

(Illustration d'une de mes principales idées. Elle est issue de mon observation du changement. Le critère ultime de succès d'un changement est "l'in quiétude" (en deux mots). C'est-à-dire le fait non d'être stressé mais d'être vigilant. Je pense que nos dirigeants sont "in quiets".)

Une histoire de l’anthropologie

DELIEGE, Robert, Une histoire de l'anthropologie, Points 2014. Excellent livre ! Particulièrement clair. Introduction idéale à l’anthropologie.

L’anthropologie ? Une affaire d’Anglais traversée par des fulgurances théoriques françaises (Durkheim, Lévi-Strauss), sous la menace de prédateurs : les philosophes (Marx, postmodernistes). L’anthropologie a été faite d'écoles qui, toutes, ont cru avoir trouvé la pierre philosophale. L’anthropologie, c’est la conséquence bénéfique d’idées !
  • L’évolutionnisme. Les sujets de la Reine Victoria voulaient connaître le chemin qu’avait emprunté le progrès pour parvenir au faîte de sa création : eux. Le but de l’anthropologie était de « retracer les origines des institutions modernes ». Toujours est-il qu’ils vont « poser des questions fondamentales », qui sont toujours au cœur de la discipline.
  • Le diffusionnisme. « Les traits culturels (sont) transmis d’une société à une autre. » On abandonne l’illusion du progrès, et on se contente d’observer les sociétés. Le changement va disparaître de l’anthropologie pour longtemps.
  • Ecole française. C’est celle de Durkheim et de Mauss. La société comme « être vivant », et comme paramètre explicatif déterminant. Essai le plus abouti d’élaboration d’une « science dure » des sociétés ?
  • Culturalisme américain. « Tentative de saisir l’influence de « la » culture ou « d’une culture » sur la personnalité des membres de cette culture ». Chaque culture a son identité : « relativisme ». Cette école a donné de la culture « une vision statique et holiste », elle a aussi souvent instrumentalisé ses observations à des fins politiques.
  • Le fonctionnalisme britannique, dont le grand homme fut Malinowski. Les anthropologues anglais « entendent soumettre leurs théories à la vérification », ce qui produit une « transformation profonde de l’anthropologie en une discipline véritablement scientifique ». Son apport principal est « l’observation participante », la méthode de l’anthropologie. Cette école veut voir le monde avec les yeux de ceux qu’elle étudie. Son idée est que tout ce que fait une société a une « fonction ». Ce qui va déboucher sur le structuralisme. (La structure « c’est ce qui persiste lorsque l’on change les éléments ».) Mêmes biais statiques et relativistes que le culturalisme. Mais qui sont secoués par James Goody, qui étudie l’invention de l’écriture. Elle produit la bureaucratie, l’intellectuel, l’individu, l’esprit scientifique, les religions de l’écriture (figées)… Mary Douglas montre que la société passe alternativement par des phases plus ou moins ritualistes selon que « l’empreinte du groupe social sur l’individu est forte » ou non. « Les choix importants sont faits pas les institutions, alors que les individus s’occupent des détails ». (Ce qui nie la capacité de l’homme à changer la société.)
  • Le structuralisme de Lévi-Strauss. « Ce sont les catégories de l’intellect qui fondent la réalité. » Le cerveau humain serait structuré, et l’homme construirait la société à son image. Etudier la société est donc le moyen d’étudier l’homme. C’est Durkheim inversé. La société n’est plus un être, mais un langage. C’est aussi la négation du changement. C’est surtout l’anthropologie en chambre, caractéristique française.
  • Le Marxisme. Marx, péché de philosophe, pense avoir découvert les lois de la nature. La société est là uniquement pour produire des biens matériels ! Comme chez Durkheim, c’est la société qui pense pour l’homme. « Rejet de la liberté individuelle. » Le Marxisme est une variante de l’évolutionnisme : le moteur du progrès est la lutte des classes. Des anthropologues français (Meillassoux et Godelier) ont cherché à retrouver dans les cultures primitives la main de Marx. Le changement refait surface en anthropologie. On découvre que le conflit peut être facteur de stabilité, « la rébellion sert à revigorer l’ordre établi », que la société passe par des phases de transition où « le lien social global (la structure) a cessé de fonctionner », « communitas »… (école de Manchester). Le changement peut être interne (« découverte et innovations ») ou externe (« acculturation »). C’est aussi le retour en grâce du diffusionnisme : les sociétés ne sont pas isolées (Balandier). Et « le pouvoir (…) permet d’organiser (la société) contre les forces qui peuvent être hostiles ou dangereuses. »
  • La critique postmoderniste. Prolongement du rejet des Lumières par les romantiques, c’est une plongée dans la schizophrénie. Au nom de la science, l’intellectuel occidental attaque la science, outil de domination occidental. « Le savoir est lié au pouvoir et à la domination. » « Toute connaissance est fictionnelle. » « Le langage (est) prédéterminé et construit. » Mais heureusement, il y a un bon, l’intellectuel, « combattant redoutable ». Il utilise les outils de manipulation du pouvoir contre lui ! Le postmodernisme, dont nous ne sommes pas sortis, rappelle à la science qu’elle repose sur le doute… Et qu’il la concerne au premier chef.
Mais l’anthropologie est-elle une question d’écoles ? La volonté farouche de mettre la société en équation ? Ou, simplement, la réponse à une aspiration humaine, une « invitation au voyage, tant dans la pensée que dans l’espace » ?

mardi 27 janvier 2015

La liberté de parole disruptée ?

La liberté de parole. Tout le monde en parle en ce moment. Et si Internet l’avait « disruptée » ?, me suis-je demandé.
  • Les leaders d’opinion du web ont un intérêt économique à la « digitalisation » du monde, puisque c'est avec elle qu'ils gagnent leur argent. Imaginons que celle-ci tende, sans contrôle, au totalitarisme. Que feront-ils pour l’empêcher ?
  • Sur Internet, la notoriété s'achète, il est facile d’étouffer les voix discordantes.
  • La censure n’est plus dans les mains de l’Etat, supposé représenter le peuple, mais dans celles d’acteurs privés, comme Facebook et  Google, supposés défendre leurs propres intérêts.
  • Mes élèves craignent de plus en plus de s’exprimer sur Internet, même sur un blog privé. En entreprise, les échanges de mails sont surveillés, et les réseaux sociaux ne contiennent que des banalités. (Ce qui est regrettable, car un réseau social permet d’aider plusieurs changements en parallèle, et à distance.)
  • Les médias traditionnels ont été torpillés.
Une fois de plus, après la destruction il va falloir sérieusement réfléchir à la création.  

Les structures sociales de l’économie

BOURDIEU, Pierre, Les structures sociales de l’économie, Seuil, 2000. Voici une étude du marché du logement, et des forces qui s’y exercent, dans les années 80. Le gouvernement libéral de Valéry Giscard d’Estaing veut nous détourner du communisme, en faisant de nous des petits propriétaires. Ce livre est un peu l’analyse des résultats de ce complot machiavélique qui va produire une « misère de la petite bourgeoisie ». Les classes moyennes se sont surendettées pour acheter des cages à lapins.

Pierre Bourdieu, qui se dit « anthropologue », se livre à une étude à la Michael Porter des forces en présence. Le jeu des acteurs est décrit. On y trouve aussi bien des comptes-rendus d’entretiens que des analyses en composantes principales. Il affirme avoir défait les théories libérales qui supputent une société d’individus optimisant leur intérêt. S’inspirant apparemment de la mécanique relativiste, il décrit des entreprises qui courbent l’espace par leur influence et agissent à distance. La liberté de l’individu dans ces champs de forces n’est pas nulle, mais bien réduite. D’autant qu’il est conditionné par « l’habitus », que j’interprète comme un ensemble d’heuristiques dues au milieu ou acquises par l’expérience.

Cette étude semble reposer sur quelques présupposés « scientifiques ». Notamment le fait que le monde se sépare entre « dominants et dominés », une obsession des grands corps de l’Etat vus non comme issus de l’élitisme républicain, mais de castes privilégiées, et le structuralisme, qui est apparemment une loi de la nature avérée.

Le plus étrange est qu'il aboutit à une description de la société française qui est à l'exact opposé de celle qui était habituelle après guerre. La science nous ouvre les yeux. Ou, au contraire, elle est instrumentalisée ? A la sauce postmoderniste ?

lundi 26 janvier 2015

La criminalité impunie des élites

Pourquoi les élites, contrairement au pauvre, échappent-elles à la justice ? Une recension d'un ouvrage qui rassemble les travaux de sociologie sur ce sujet : Jean Bérard, « Cols blancs, mains sales et casier vierge », La Vie des idées, 23 janvier 2015. ISSN : 2105-3030. URL : http://www.laviedesidees.fr/Cols-blancs-mains-sales-et-casier-vierge.html.

Quant à moi, j'ai une explication de ce phénomène un tantinet différente de la leur. Il me semble que ce qui fait la différence entre la délinquance du riche et celle du pauvre, c'est que la première se caractérise par une agression indirecte contre la société, la seconde par la violence directe faite à l'homme :
  • Plutôt que de dominant et de dominé, il faut parler de puissant et d'impuissant. Le puissant est au sommet de la société, il ordonne. L'impuissant est au bas de la pyramide, il exécute les ordres du puissant. Au passage, on notera que ce "rapport de force" est une fiction résultant d'un lavage de cerveau. Logiquement, le seul qui ait du pouvoir, qui est la capacité de faire, c'est celui du bas. C'est l'opérateur de la centrale nucléaire, qui peut déclencher un Fukushima, pas le PDG d'EDF.
  • Le "puissant" a entre les mains les lois de la société. S'il les utilise bien il peut l'amener à se vider de sa substance à son profit. Alors, le "faible", réduit à la misère, va se révolter. Et s'en prendre à d'autres pauvres, violemment. Ce sont eux qui vont demander réparation à la justice. 
  • Le crime du puissant a des conséquences qui ne suscitent pas l'indignation. Il s'en prend à la société, et non à l'homme. Son crime est compliqué à comprendre, "abstrait". En outre, il est très facile à masquer sous un épouvantail (les "Juifs", "l'Islam", "l'Europe"). 
(Ce que je décris ici a correspond à un exemple caricatural. La violence peut venir de l'indignation de celui dont l'identité est insultée, alors qu'il a été réduit à l'impuissance "sociale".)

Pour punir le crime du puissant, la société doit faire évoluer son mécanisme d'indignation. Elle doit apprendre à modéliser finement les phénomènes sociaux. A en comprendre les causes, et les conséquences. 

Une citation troublante, venant de Luc Boltanski :
Ce que partagent implicitement les membres d’une classe dominante, sous la forme d’un savoir commun qu’ils ne peuvent pas avouer aux autres – qu’ils peuvent à peine s’avouer à eux-mêmes – est que, d’un côté, il est indispensable qu’il y ait des règles, c’est-à-dire du droit, des procédures, des normes, des standards, des règlements, etc., et, de l’autre, que l’on ne peut rien faire de vraiment profitable [...], que l’on ne peut pas simplement agir, dans un monde incertain, si on suit ces règles

Le paradoxe de Foucault, mal de l'élite ?

En tirant le fil de Foucault, j'en arrive à penser que son comportement est dû à son codage. Pour réussir les concours des grandes écoles, il faut déconnecter son libre arbitre. Il faut absorber les codes sociaux sans réfléchir. On débouche donc sur un individu qui, à la fois a souffert de la société, tout en en étant totalement dépendant. 

Pour une réforme de l'Education nationale ?

dimanche 25 janvier 2015

Liberté de parole et complications

Stéphane Charbonnier, was asked if he could understand that moderate Muslims might have been offended by (Charlie Hebdo's) cartoons of the Prophet Muhammad. “Of course!” he replied. “Myself, when I pass by a mosque, a church or a synagogue, and I hear the idiocies that are spoken in them, I am shocked.”” La liberté de parole pose des problèmes compliqués. En Arabie saoudite, par exemple, l’Amérique fait passer son intérêt avant ses principes. En Chine, les Ouigours font front avec Al Qaeda, mais c’est en résistance aux tentatives d’assimilation chinoises… Le Pape ne serait pas heureux si l’on s’en prenait à ce à quoi il croit.

La BCE tuée par Mme Merkel ? La BCE imprime trop tard et trop peu. Seul effet probable : baisse de l’euro. L’Allemagne l'a entravée par crainte que les pays du sud ne soient pas contraints à la réforme. Mais si c’est l’échec, la BCE aura perdu toute crédibilité. La banque centrale suisse ne soutient plus sa monnaie. Importants dégâts. Mais encore difficile de savoir ce qui va en résulter.

Aux USA, avoir un travail bien payé demande d’avoir fait un certain type d’études. Ce qui permet aux classes supérieures, qui ont verrouillé le système éducatif, de se reproduire. Machiavélique Obama ? Son discours à la nation serait-il un piège pour Républicain ? Les pousser à censurer des mesures favorables aux 99% pour défendre les 1% ? En Italie, M.Renzi veut réformer les institutions. Mais pour cela il doit affronter des « marais », qui ont « avalé plus d’un candidat à la réforme ». M.Hollande s'est comporté en homme d'Etat. Habilement, il a subtilisé « les valeurs patriotiques »  et le drapeau à la droite. Marine Le Pen a fait des erreurs tactiques. Mais l'état de l'économie française rendra ce succès sans lendemain.  En Allemagne arrivée d’un parti à droite de la droite… la place des Nazis ? L’Angleterre n’est pas plus antisémite que par le passé. Mais il y a de plus en plus de Juifs orthodoxes. Ils font des cibles tentantes. En Ukraine, M.Poutine relance la guerre, histoire de montrer que l’Ouest ne le fera pas plier. L’Etat Islamique fait le jeu de l’Iran qui vole au secours des Etats shiites. Mais cela lui coûte cher. D’autant que ses revenus pétroliers baissent fortement. Partout, des groupes religieux cherchent à se tailler des royaumes (Nigeria, Yemen…).

Baisse des prix du pétrole. Elle va durer peu, le temps d’éliminer les faibles. Les forts, eux, licencient, augmentent leurs dividendes et investissent. L’innovation frugale envahit l’Occident. Grâce à l’émergence d’une classe de pauvres.  « Les grands perdants (des transformations connues par le monde ces dernières décennies) comprennent les classes moyennes des pays riches ». Standard and Poor est condamnée par la justice américaine. Cela signifie-t-il que les agences de notation ne sont plus au dessus des lois ? 

La gestion des grands programmes

Parmi les changements du moment, il me semble qu'il y en a un qui concerne la gestion des grands projets (Areva, Alstom...). Maintenir la rentabilité de ces projets est devenu un enjeu majeur pour l'entreprise. Y compris dans des métiers qui les géraient bien (BTP). Comment agir ? 

Qu'est-ce qui ne va pas ? 
J'observe un peu partout trois phénomènes, culturels, caractéristiques : 
  1. Un manque "d’intimité client" et "d'intelligence économique". Il y a une mauvaise connaissance du besoin et du prix cible du client, de la concurrence... Une conséquence possible : soit un prix beaucoup trop élevé, soit beaucoup trop faible.
  2. "Overengineering". Alors que les appels d'offres se jouent au prix, le Français tente de gagner par l'innovation. Si bien qu'il alourdit le coût de son offre. 
  3. La stratégie de l’exploit. Une interprétation possible est le "pompier pyromane". Ce peut être une façon de se mettre en valeur. On laisse le projet dériver, jusqu'à ce qu'il soit trop tard. Alors, on fait un exploit par rattraper la situation. Problème : cela peut coûter très cher. 
Rien de neuf. Ce qui l'est est la stratégie des achats : changer pour changer, afin de récupérer les marges du fournisseur. La rémunération d’un fournisseur se fait par ventilation de marges suivant des conventions. Changer les règles du jeu permet de récupérer ces marges, sans que le fournisseur comprenne qu’il vend à pertes. 

Exemple (toute ressemblance avec un cas réel ne peut qu'être fortuite) : pare-chocs. 
Le fournisseur 1) conçoit les pare-chocs ; 2) fabrique les pare-chocs ; 3) achète et intègre les composants qui entrent dans le pare-choc
Son savoir-faire : études, payées par marges sur composants. 
L’acheteur change de stratégie. Il achète les composants pour ne plus avoir à payer les marges du fournisseur. 
Les études ne sont plus rémunérées correctement. Le fournisseur est en pertes. 

Comment mener le changement ?
Il faut "installer" des capteurs financiers aux bons endroits pour un suivi permanent, afin d'agir à temps. L'étape clé : réponse à l’appel d’offres, c’est là que la structure de coûts est formée.

Questions à résoudre : 
  • Problème systémique : les signaux venant du projet doivent être assemblés pour qu’ils aient une signification. Les opérationnels contrôlent l’information. 
  • Or, résistance : 1) remise en cause ; 2) incompatibilité de logique (logique de l’ingénieur : le moyen assure la fin, logique du financier : la fin justifie les moyens) ; 3) déchet toxique (on craint que ces capteurs révèlent ce que l'on veut cacher). 
Ce qui demande : 
  • Une méthodologie qui permet de remonter l’information là où peuvent se prendre les décisions, et que l’action suive la décision. Tableaux de bords : indicateurs clés. Marge opérationnelle, cash, TRI… 
  • Pour pouvoir l'appliquer, il faut obtenir l’adhésion des opérationnels. Principe de lancement du partenariat : formuler le problème comme un défi, en des termes qui parlent à l’ingénieur.

samedi 24 janvier 2015

Le virus est notre ami

endogenous retroviruses may help brain cells more intricately regulate their gene expression, thereby allowing them to become more complex (Scientific American)
Le cerveau serait cerveau grâce à l'emploi de virus domestiqués (et même quelque peu réduits en esclavage). 

Cela me semble illustrer une de mes théories. Il n'y a pas de bien et de mal. La guerre, par exemple, n'est que demande de reconnaissance. Une recherche de coopération selon des termes qui "paraissent" justes aux protagonistes. Une sorte de paix des braves.

Ce qui me ramène à une autre vieille idée : la médecine devrait s'orienter vers une sorte de judo. Elle devrait chercher non à détruire ce qui nous attaque, mais à en retourner l'énergie vitale à notre avantage. Plus facile à dire qu'à faire, sûrement. 

Les contrats

J’en suis venu à penser que le mal de la planète était l’individualisme-égoïsme-repli sur soi… Au lieu de ne voir que ce qui nous sépare, il faut chercher ce qui nous unit. Mais comment faire ? Relisons un vieux Que sais-je ? sur « les contrats », nous y trouverons peut-être quelques idées sur ce à quoi il faut veiller pour construire solidement une équipe, ai-je pensé. Grande surprise…

L’origine du « contrat » moderne c’est, qu’on le veuille ou non, le libéralisme. Le contrat, c’est une loi que l’on se donne (« il tient lieu de loi à ceux qui l’ont formé »). Pour le libéral, il n’y en a pas d’autre. Ce livre montre que cette idée conduit à un tissu de paradoxes.

Premier paradoxe : l’inégalité. Le souci constant, pour ainsi dire incessant, du législateur est d’assurer un équilibre entre contractants, équilibre sans lequel il ne peut y avoir de liberté. C’est ainsi qu’il faut équilibrer les forces de l’assureur et de l’assuré, de l’employé et de l’employeur, etc.

On découvre alors que le contrat n’affecte pas que les contractants, comme pourrait le croire le libéral niais. Il concerne, quasiment par définition, ceux qui n’y prennent pas part, qu'il peut léser. En particulier la société, dont il doit pas enfreindre les règles et les mœurs.

Un autre des grands paradoxes du contrat est qu'alors qu'il est supposé être une loi que l'on se donne, on ne peut pas l'écrire sans un spécialiste. En effet son droit est d'une complexité qui défie l'entendement. En particulier, il change sans cesse pour suivre les évolutions de la société et, peut-être aussi, répondre aux artifices que les uns et les autres inventent pour contourner la loi. Cela donne un sentiment désagréable d'arbitraire : « c’est donc à une recherche psychologique plutôt que formelle que la loi invite le juge » ; « il est rare à l’époque moderne que des textes spéciaux ne viennent pas rajouter des conditions particulières, voire même contredire des principes généraux » ; « doctrine hésitante » ; sans cause valable, il n’y pas de contrat licite, mais on n’est pas certain de la définition de « cause » ! ; d’ailleurs le texte n’est jamais sûr de rien : « c’est sans doute la conception même que l’on se fait du contrat qui est à revoir », etc.

J’ai l’impression en lisant ces pages d'un formidable gâchis. D'une invraisemblable perte de temps et de talent. Le « libéralisme du contrat » a pour fondement la défiance, le conflit. C’est l’opposé de ce que je cherchais. Serait-ce une institution dont le principe est la haine, voire le parasitisme ? En fait, plus simplement, le contrat est probablement adapté à l'échange de produits, par le commerçant. Il ne convient pas aux relations humaines. 

(HAUSER, Jean, Les contrats, Que sais-je ?, 1992)

vendredi 23 janvier 2015

Fonds d'investissement et cabinets de conseil : les pirates ?

Il y a quelques années j'ai découvert que les fonds d'investissement faisaient appel à des cabinets de conseil en stratégie pour restructurer les entreprises qu'ils achetaient. Cela m'a surpris, car 1) la spécialité de ces cabinets est la stratégie, pas sa mise en oeuvre ; 2) ils coûtent très cher et une restructuration utilise beaucoup de consultants. Les comptes sont immédiatement plombés de plusieurs millions d'euros. C'est un peu comme si l'on mettait sur une ligne de fabrication des polytechniciens. On aurait certainement des gens agréables, mais pas une grande efficacité, et des coûts très élevés. 

C'est d'ailleurs ce qui se passe. Régulièrement, j'entends la même chose : les fonds d'investissement aiment bien ces cabinets, qui parlent leur langue (mêmes études) ; le cabinet n'a pas une grande motivation à améliorer l'efficacité de l'entreprise, car il doit réaliser un chiffre d'affaires récurrent ; il a intérêt à s'accorder avec le management de l'entreprise. Celui-ci trouve son compte dans l'assemblage : il se sert du cabinet pour qu'il dise du bien de lui à l'investisseur, en échange de missions.

Petite histoire avec deux enseignements :
  • The Economist décrit ce phénomène. Le fonds a une rentabilité ridicule. Il survit en essorant sa participation (par exemple, en l'endettant pour se payer des dividendes). Il y a deux dindons de la farce, l'investisseur, qui a mis de l'argent dans le fonds, et l'entreprise acquise, qui est vidée de sa substance. En fait, l'entreprise passe d'être moral à chose. Elle devient un objet de spéculation entre fonds, allant de main en main. Avant de finir par imploser.  
  • Les lois du marché ont des raisons que la raison ne comprend pas. Aucune offre de conseil, aussi bonne et peu coûteuse soit-elle, ne pourra s'infiltrer dans ce type de dispositif. Au fond, client et fournisseur ont partie liée pour faire la peau à un troisième larron. C'est la stratégie du bateau pirate. Est-ce exceptionnel, ou général ?

Antifragile

TALEB, Nassim Nicholas, Antifragile, things that gain from disorder, Random House, 2012. Voici un livre qui traite de mon sujet de réflexion favori : la résilience. Comment faire qu’un groupe humain ou un être ne soient pas détruits par l’aléa – le changement, mais, au contraire, en profitent ? La question est abordée par un angle complémentaire du mien (les sciences humaines) : par la théorie financière du risque. Et à la libanaise, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, par attaque frontale des théories et des hommes « fragiles », anciens et modernes.

L’idée centrale du livre vient d’un autre best seller de l’auteur. Le propre de la vie est le coup de Trafalgar, rare et imprévisible. Ce qu’il appelle, « black swan », parce qu’il est rare de voir des cygnes noirs. Pour pouvoir en profiter, il faut apprendre en prenant de petits risques. C’est le principe de la vaccination. De ce fait, on se rend capable de tirer parti de l’adversité, qui devient une chance de grandir.

Deux concepts importants : « option » et « convexité ». L’option est ce processus d’apprentissage qui permet d’être prêt au cas où. La convexité correspond à la forme globale de notre courbe de gain, en fonction de l’aléa : nous perdons souvent, mais peu, en fait cette perte est un apprentissage, et gagnons rarement, mais énormément.

Une technique antifragile : « via negativa ». Dire ce qu’il ne faut pas faire (cf. « tu ne tueras point », ou ce qu’expliquent mes livres : le changement n’est pas une question de recettes, il s’agit surtout d’éviter quelques erreurs) et pas ce qu’il faut faire, comme dans les procédures industrielles, dont Taylor demeure le grand prêtre.

Bien entendu, notre société est ultra fragile. Elle a peur de tout. Elle veut se protéger de tout. Sa courbe de gain est concave : on gagne peu, souvent, mais le moindre aléa nous détruit.

De tout cela se déduisent énormément de conséquences. En particulier, la nature, dans une moindre mesure les entreprises ou l'espèce humaine, sont antifragiles. En effet, tout ce monde n’a pas arrêté d’apprendre, par essais et erreurs, depuis qu’il existe. Bref, il est idiot de croire que l’on pourra faire mieux que lui avec notre raison limitée. Il faut, au contraire, tirer parti du passé et de ce que nous ne comprenons pas. Et construire de l’antifragile, en liquidant tout ce qui est fragile. A l'image de l'auteur. 

(Le livre a une version française.)

jeudi 22 janvier 2015

La BCE va-t-elle sauver l'Europe ?

La BCE annonce qu'elle va imprimer des billets, ou équivalent (article du FT). Cela va-t-il sauver l'Europe ? L'idée de la BCE, si je comprends bien, est que notre problème vient de ce que nous avons peur. Nous ne dépensons plus, d'où pas d'activité, d'où contraction de l'économie, et ainsi de suite jusqu'à ce que tout soit à l'arrêt. Imprimer, c'est dévaluer, c'est nous forcer à dépenser, donc à démarrer un cercle vertueux. (Explication plus classique de la BBC.)

En fait, il n'y a rien de moins sûr. Un scénario pervers possible est que ce sont ceux qui ont de l'argent qui ne le déversent pas dans l'économie européenne, en particulier les entreprises. Ils le placent. La BCE en achetant des obligations d'Etat va faire baisser leur taux. Ce qui va pousser les possesseur de capitaux à investir en dehors de la zone euro. Ce qui va faire baisser l'euro. Ce qui est bon pour l'entreprise quand elle est exportatrice. Mais, comme ceux qui la contrôlent ne savent qu'économiser, ils vont pomper les bénéfices exceptionnels, et les investir à l'étranger... 

Comme le dit Paul Krugman on est bien loin de la théorie de la perfection des marchés, qui a, justement, servi de justification à la distribution massive d'argent aux actionnaires. Ce que l'on cherche à faire, c'est un choc psychologique ! Et si l'on réussit un choc suisse, on choque les psychologies, mais on provoque une panique ? On aura démontré que les banques centrales ne servent à rien, et qu'il faut que l'on prenne notre sort en main, sous peine d'un Armageddon. Mais pour cela, vraiment, il faudra que le choc soit violent... 

Les études de marché "disruptées" ?

Il a eu raison contre tous ! Référendum européen, il y a dix ans, médias et politiques affirment que nous voteront oui, le web dit le contraire à Guilhem Fouetillou. Non seulement il va connaître une célébrité, mondiale !, instantanée, mais ce sera le début de Linkfluence, la société qu'il a cofondée.



Occasion d'une réflexion sur l'évolution des études de marché (un métier que j'ai pratiqué il y a bien longtemps) :

Sur le web, tout est différent. On ne pose pas de questions. On interprète ce qui s'y trouve. Et il y a des masses d'informations, y compris sur les sujets les plus exotiques. En outre on peut y distinguer des tendances. (Linkfluence capte en permanence ce qui se passe sur Internet.) Et on peut en apprendre beaucoup sur soi et ses concurrents. Mais peut-être encore plus y trouver des idées stimulantes, des tendances émergentes, par exemple. Seulement tout ceci ne tombe pas tout cuit. L'enquête web est avant tout l'art de poser des questions intelligentes. Mais aussi celui d'interpréter les données que vous obtenez (un service que fournit Linkfluence, qui n'est pas qu'éditeur). Il y a certainement des logiciels sophistiqués ici, mais il n'y a pas de miracle, il faut du talent pour saisir les opportunités d'Internet !

L'art du management moderne

Il y a quelques temps, je rencontre un directeur commercial. La multinationale qui l'empoie a vendu une des unités dont il commercialisait les produits. Mais on lui demandé de maintenir le chiffre d'affaires qu'il réalisait. Même histoire, encore plus récemment. Un marché se transforme, et se réduit d'un facteur deux pour des raisons conjoncturelles (un Etat n'investit plus dans son infrastructure de transport). Cependant, il est attendu des managers de la société qu'ils maintiennent le chiffre d'affaires.

Il semblerait que tout l'art du management moderne soit ici. Le top manager nie la réalité, et lorsqu'elle se rappelle à lui, il dit avoir été trahi par ses subalternes. N'étaient-ils pas payés pour que l'entreprise dégage de plus en plus de valeur pour l'actionnaire ? N'est-ce pas pour cela qu'il reçoit un bonus toujours croissant ?

ETRE DIRIGEANT QU'EST-CE QUE CELA SIGNIFIE ?
Qu'est-ce qu'être un dirigeant, au fait ? Deux idées qui ne choqueront personne par leur originalité :
  • Le dirigeant doit "voir plus loin" que ses subalternes. Chaque couche de la hiérarchie a un horizon. Plus on est haut, plus on anticipe. Plus on est bas, plus on est dans l'immédiat. Aujourd'hui le contraire se produit. Le bas éprouve une réelle anxiété de survie en constatant que son entreprise ne répond pas aux évolutions du marché, le haut vit dans les nuages de l'illusion.
  • Lorsque le dirigeant a repéré un changement de son environnement, ou une opportunité, il doit organiser la riposte de son organisation. Pour cela, elle et lui doivent mener un travail d'enquête qui va les amener à décider d'une stratégie et des moyens de la mener à bien. Puis chacun va s'engager à jouer le rôle qui est attendu de lui. Je ne fais ici que répéter ce que vous dit n'importe quel livre de contrôle de gestion... (Voir, par exemple, les ouvrages d'Henri Bouquin.)

mercredi 21 janvier 2015

Changement en France

Aurais-je un train de retard ? C'est ma rencontre avec Frédéric Petitbon qui a commencé à me faire penser cela. 

J'ai vécu la transformation d'entreprises de l'ex service public, et j'avais eu l'impression qu'il y avait eu un certain nombre de succès, notamment ceux dont parle Christian Kozar. Et surtout  une transformation de leur identité. Il me semblait qu'une sorte de culture de l'entreprise globalisée avait gagné la France.

Or, je soupçonne maintenant qu'il y a eu un retour en arrière. Autrement dit, il s'est passé quelque-chose, peut-être au début des années 2000, qui a arrêté ce changement. Aujourd'hui une partie de la société vit comme dans l'après guerre, avec sa bureaucratie, ses dirigeants issus de la fonction publique qui se croient des génies, ne connaissent rien de la réalité et ont peur de leur ombre, ses conflits rituels entre patronat / syndicats (devenus inexistants !), sa protection absolue, etc. Et elle maintient le statu quo en faisant porter l'effort de compétitivité sur la France précaire, individus et PME. Elle est coupée à la fois des aspirations de la société et des exigences d'un monde sans frontières. 

Changement chez France Musique

Il y a quelques temps je parlais de changement à France Musique. J'y voyais les symptômes du changement au karcher. A l'époque j'ai eu l'impression que l'objectif du changement était de transformer France Musique, qui était devenue la radio des musiciens, en Radio Classique. Radio de salle d'attente. 

Eh, bien je me demande si je n'ai pas vu juste. France Musique me semble être devenue très classique. Et on y parle beaucoup moins. Ce qui, au fond, convient très bien à l'usage que j'en fais. 

mardi 20 janvier 2015

La grande débâcle du grand Paris

Sur ce seul dossier en quelques années on a épuisé la légitimité à porter une politique de transformation du Président de la République, du gouvernement, du Parlement et des élus locaux. Est-ce que la classe politique est encore capable de transformer durablement l'organisation publique ? (Article)
Le projet du Grand Paris me semblait l'exemple même du changement raté. Mais là, cela dépasse toutes mes prévisions. Notre système politique donne le spectacle, peut-être sans précédent, d'une impuissance totale. Il semble incapable de la moindre action. Le grand Paris est-il, en petit, l'image de ce qui arrive au plus haut niveau de l'Etat ? Le système politique est-il bloqué ? Génère-t-il des incompétents ? Manque de vision, qui rend incapable de trancher ? Manque de courage ?...

Paul Krugman : notre mal ? être français

look at “crisis-hit” France; investors are so worried about France that they won’t hold its bonds unless offered, um, 0.64 percent, the lowest rate in history. But never mind — everyone knows that the French must be in crisis, because they still believe in social insurance, and besides, they’re French. 
dit Paul Krugman.  Plus loin :
Will the QE policy turn this around? Unless it’s shockingly larger and more aggressive than expected, it’s hard to see how. Unconventional monetary policy works, if it does, largely by changing expectations
Que signifie tout ceci ? C'est que le marché n'a rien de parfait. Google a raison, et les Suisses le prouvent (deux précédents billets). L'économie est le terrain de bataille de l'idéologie et du bluff. Nos dirigeants le savent. Ils savent aussi que leurs paroles ne sont que l'opium du peuple.  

Google : la stratégie comme acte de foi

“For Larry and Sergey, they really want to go out and solve big problems.” Creating a “huge positive impact for society” should lead to big new businesses, even if the way to make money can’t be seen yet (Financial Times).
Les investisseurs commencent à s'inquiéter de la gestion de Google par ses fondateurs et de l'échec de plus en plus fréquent de projets coûteux (Google Glass, Google+). Les fondateurs leur répondent 1) qu'il ne faut pas se préoccuper du marché ; 2) idem pour l'actionnaire. D'ailleurs il a le choix, soit il est d'accord avec eux, soit il part. Qui a dit que l'entrepreneur américain croyait à la perfection du marché ? 

lundi 19 janvier 2015

Black swan suisse

Qui a dit que la Suisse était le paradis de la finance ? Sa banque centrale vient de plomber les comptes quelques banques et de couler plusieurs fonds d'investissement. Tout ce monde avait prévu que le franc suisse allait baisser alors qu'il a pris 20% quasi instantanément. (Billet de The Economist.)

Pour les mathématiques de ces financiers le Suisse ne peut exister. Ce qui montre aussi que le système bancaire demeure peu résilient et très fragile. 

L'islam unifie

The Economist craint que l'Islam ne soit pas tant la cause d'une guerre en Europe que le cri de ralliement de ses mouvements populistes. 

Je n'avais pas fait le lien. Je suis assailli de théories que je croyais farfelues. Je n'avais pas compris leur réelle signification. L'Islam fournit un remarquable matériau pour élaborer de pseudo théories scientifiques sur une menace qui planerait depuis toujours sur l'Occident ! (Une revanche des croisades ?) Voilà un argument simpliste à souhait. Idéal pour unir ceux qui cherchent une cause à leur malaise. Rien de mieux pour retrouver un sens à sa vie qu'un ennemi caricatural. Ce ne sont pas les djihadistes qui diront le contraire. 

Charlie divisé

D'après un article du Monde, les caricatures de Charlie sont l'affaire d'une petite minorité. Car même chez Charlie, il y avait deux camps. Ceux qui les voulaient, et ceux qui ne les voulaient pas. (Et Wolinski qui, après coup, semble avoir pensé qu'il avait été une erreur de les publier).
une violente polémique s’était engagée, divisant la rédaction de Charlie, les partis de gauche, et jusqu’aux intellectuels. Le Prix Nobel de la paix Elie Wiesel avait pris le parti de Philippe Val, comme Bernard-Henri Lévy, Elisabeth et Robert Badinter, Pierre Lescure, Elisabeth Roudinesco, SOS Racisme et d’autres. En défense de Siné, des dessinateurs comme Rémi Malingrey et Lefred Thouron et, au sein de la rédaction, Cavanna (qui évoquait en 2011 l’affaire dans son dernier livre, Lune de miel), Willem, Tignous, ou des journalistes comme Michel Polac et Sylvie Caster. Mais aussi, dans les colonnes du Nouvel Observateur, Delfeil de Ton, qui accuse depuis longtemps Val d’entraîner Charlie dans un combat sionisto-islamophobe.
Plusieurs choses me paraissent étrange dans cette affaire :
  • Comme le dit la citation précédente, Charlie Hebdo est un organe du pouvoir. Or, il emploie la rhétorique des Misérables. Et contre qui utilise-t-il ce pouvoir, s'il est du côté des dominants ?
  • Pourquoi l'attentat contre Charlie Hebdo a-t-il fait oublier que des juifs avaient été tués parce qu'ils étaient juifs ? Et que des policiers avaient laissé leur peau pour la liberté de la presse, et pour des "pseudo libertaires", qui passent leur temps à les conspuer ? Il est normal de mourir pour son combat (les journalistes) ; il est glorieux de mourir pour ses valeurs (les policiers) ; il est inadmissible de mourir pour les idées des autres (les "Juifs"). N'est-ce pas cela l'ordre des choses, chez nous ? 

dimanche 18 janvier 2015

Nous sommes tous Marine ?

Le monde après Charlie. Il est inquiétant. La menace ne vient pas de l’Islam, mais d’une crise de société, aussi bien en Europe qu’au Moyen-Orient, et du manque de sens de notre vie. L’Islam en fournit un aux djihadistes. Et, encore plus, aux mouvements populistes européens, dans lesquels The Economist voit un danger bien plus grand que celui de l’attentat. Quant aux services de renseignement, ils se heurtent à un os : les entreprises qui véhiculent les données sont maintenant privées. Il devient difficile d’espionner les communications. Mais il est facile de voler en toute impunité. Notamment grâce au Bitcoin et aux logiciels qui permettent d’agir sur le web en anonyme. Dernière innovation : un logiciel qui s’empare de vos données et ne vous les rend que contre rançon. Les autoroutes de l’information génèrent leurs « voleurs de grands chemins ».

L’économie russe n’est pas efficace. Elle vit du copinage, et des revenus de ses matières premières. Ils lui ont permis d’éviter toute réforme douloureuse. La baisse du prix du pétrole combinée aux sanctions européennes va faire passer un bien mauvais moment au pays, en particulier à son système bancaire, qui risque de boire la tasse. Cette baisse des prix, par ailleurs, pourrait permettre à beaucoup de pays de supprimer des subventions, massives, à l’énergie. Elles ont des effets redoutablement vicieux. Le monde de l’énergie se transforme. En bien. Il  y a de plus en plus de sources d’énergie. La crise de l’approvisionnement s’éloigne. L’énergie va devenir propre. Et on la consomme de manière de plus en plus efficace et astucieuse. On se dirige vers une sorte d’écosystème où l’intelligence sera dans le réseau, et nous serons tous producteurs et consommateurs. Ce qui promet un changement douloureux aux fournisseurs d’énergie nationaux, européens en particulier. (L’article ne dit pas qui va gérer le dit réseau, mais que la situation ressemble à celle d’Internet…)

L’Europe devrait éviter une crise grecque. Chaque camp est prêt à transiger. A moins d’un « accident ». Ne serait-ce que parce que le prochain gouvernement grec sera constitué d’une « joyeuse bande de néophytes ».

On disait que la Chine, grâce à sa puissance économique, allait dominer l'Afrique et l’Amérique latine. Son influence connaîtrait un reflux. Ce serait une question de valeurs. Au fond elles comptent plus que l’argent. Or les cultures de ces continents sont proches de celles de l’Occident. Les USA sont à la manœuvre. En Inde, M.Modi demeure un farouche nationaliste hindou. (Faut-il avoir peur qu’un super Le Pen soit à la tête de ce qui sera demain le pays le plus peuplé au monde ?)

BP pourrait être acheté par Exxon. La société est affaiblie par la baisse des prix du pétrole et, surtout, par une stratégie hasardeuse qui a eu des conséquences désastreuses. (Comme quoi, il en faut bien peu pour plomber un pan entier de l’économie.) IBM traverse aussi des moments difficiles. Son modèle économique est secoué par celui du partage. La société devrait s’organiser pour suivre un marché « à deux vitesses » : avec d’un côté les services à grosse valeur ajoutée et de l’autre le traitement d’informations banal. Quant aux fabricants de voitures américains, les beaux jours sont finis. Le marché est saturé, ils sont surcapacitaires et face à une concurrence montante sur le haut de gamme. Une guerre des prix suicidaire s’annonce.

La tradition coréenne voulait que les habitants du pays financent l'expansion internationale des champions nationaux. Le citoyen est devenu consommateur et refuse désormais cette pratique.

Economie mondiale : rien ne va plus. Signaux favorables et défavorables. La baisse du prix de l’énergie, c’est bon pour la consommation, mais mauvais pour les producteurs américains. Et puis, que vont faire les banques centrales ? Des bêtises comme la banque suisse ?... L’investisseur est inquiet. Idem en Chine : impossible de savoir si un dirigeant ne va pas faire l’objet d’une purge. 

Obama rançonne les riches

La loi américaine dispense l'héritier d'impôt sur la plus-value. (Si vous héritez d'une action qui vaut 10, alors qu'elle a été achetée 1, et vous la vendez, vous n'aurez pas de taxe.) Barack Obama veut faire sauter cette mesure qui profite au 1%, voire 0,1%, le plus riche, et pourrait rapporter 300md$ au reste du pays. 

Cela fait longtemps que je n'ai pas parlé de Barack Obama. J'en suis arrivé à penser que c'était un "tueur". Un homme exceptionnellement intelligent, parfaitement froid, qui agit seul, et qui n'écoute que sa raison. Il passe par des hauts et des bas. Mais c'est dans l'adversité qu'il est le meilleur. Car son combat, c'est la bêtise. Et, comme tout champion, c'est l'adversaire, l'imbécile, qui le stimule par sa haine. Sa tactique est redoutable. Il cherche la faille de l'adversaire. Comme ici. C'est comme cela qu'il a gagné toutes ses élections. Et il y a mieux. Depuis que son parti n'est plus majoritaire, il n'est plus contraint à perdre du temps en compromis avec l'idiot de gauche. Seul contre tous, aux commandes du pays le plus puissant du monde, il a deux ans pour changer le monde ! Un scénario pour Hollywood ? 

Les caricatures de Jean-Pierre Chevènement

Un matin, j'entendais Jean-Pierre Chevènement parler des caricatures de Mahomet. Elles seraient insultantes si elles sont faites par un professeur de dessin, en cours, mais pas par Charlie Hebdo. Je n'ai pas très bien compris la différence qu'il y avait entre les deux. Par ailleurs, la presse étrangère n'a pas choisi de les publier. 

Il me semble que, dans cette affaire, ce qui définit qui a droit à la "liberté de parole" est le statut social. Le fort a raison. Ce qui manque, c'est un débat. Pour ma part, il me semble que la liberté de parole s'arrête là où des personnes se sentent insultées dans leur identité. Particulièrement des gens auxquels la société donne peu de pouvoir.

samedi 17 janvier 2015

Google glass mord la poussière

Google laisse tomber ses lunettes. Le marché ne les a pas aimées. Il les a d'abord trouvées ringardes, puis inquiétantes, dit The Atlantic

Mon interprétation de cette nouvelle ? L'erreur de Google, comme de beaucoup d'autres entreprises numériques, est de vouloir nous imposer une idéologie. Ce n'est pas une bonne façon de faire des affaires. 

Banque centrale suisse : l'hirondelle qui fait le printemps ?

La banque centrale suisse lâche son franc : cataclysme. A la fois pour l'économie du pays et pour l'euro. 

Cela pose la question de l'indépendance des banques centrales, dit Paul Krugman

Si elles perdent cette indépendance, c'est la fin du monétarisme, une variante du laisser-faire du libéralisme première manière (ou néolibéralisme)... Après le monétarisme ?

Irrational exhuberance

"Irrational exhuberance". Voilà comment on a qualifié ce qui se passait à l'époque de la bulle Internet. En relisant ce que je dis sur le numérique, le massacre des grandes écoles et bien d'autres sujets de ce blog, je me demande si ce n'est pas le nom du changement que nous avons vécu.

Je me souviens d'un instituteur de CM2 qui nous disait que désormais on n'aurait plus à apprendre. L'individu n'a-t-il pas cru qu'il pouvait satisfaire ses moindres désirs instantanément ? D'un seul coup tout a semblé possible. Ainsi, j'ai assisté à des carrières fulgurantes construites sur de belles idées invraisemblables.

Comment expliquer ce phénomène étrange ?

Il y a le "jeu sans fin" de Paul Watzlawick. Selon lui l'homme définit sa (la ?) réalité. Quand il arrive aux limites de ce modèle de la réalité, quand il ne marche plus, au lieu de chercher à le faire évoluer, il est pris d'une sorte de folie. 

Ou encore conséquence de la société technocratique d'après guerre ? Je me souviens avoir eu l'impression, dans mon enfance, que le risque avait été aboli. Ne nous sommes-nous pas comportés comme ces héritiers qu'Antoine Roullier rencontre dans les entreprises familiales, des oisifs qui s'attendent à en tirer éternellement des dividendes ? A force de trop vouloir nous protéger, la société nous a déresponsabilisés ?

Autre hypothèse, dans le prolongement de mes réflexions sur Foucault : contraste explosif entre une société étouffante et une richesse qui semble à portée de main ? Peut-être en revient-on à la théorie de Paul Watzlawick : système parvenu à ses limites (insupportable), pris d'un coup de folie ?

à creuser ?

vendredi 16 janvier 2015

Mariage pour tous et paradoxe de Foucault

Le mariage pour tous m'a surpris. J'associais la gauche à l'union libre. Pourquoi, maintenant, la cause à la mode est-elle le mariage ?, me suis-je demandé. 

Mon billet précédent, paradoxe de Foucault, fournit une hypothèse. L'homme de gauche serait très affecté par ce que dit et pense la société. Il a une soif de reconnaissance sociale. C'est pour cela qu'il demeure "socialiste" alors qu'il a abandonné tout ce qui jusque-là allait avec ce mot ?) De ce fait, il veut la changer pour qu'elle dise et pense comme lui. (Ce n'est pas un homme libre, au sens des Lumières du terme.) Mais, ce faisant, il agit sur la société. Il lui impose de penser comme lui. 

(Sorte de dénaturation de ce que disent mes livres. Mon idée est qu'en faisant changer les règles sociales, on n'a pas à demander à l'homme une transformation qui serait personnelle, donc douloureuse. Dans ce cas, ce changement, qui passe effectivement par une transformation des règles sociales, est insupportable à une partie de la population. Il produit une résistance au changement. Si j'étais dans une entreprise, je dirais que c'est un changement mal mené. Il n'est pas intelligent de se priver des ressources d'une partie de ses équipes.)

Le Paradoxe de Foucault, ou un changement de notre temps

Ce blog s'interroge sur les causes profondes des changements de l'état de notre société, et surtout des changements à effectuer pour qu'elle souffre un peu moins. Mon dernier billet sur Hayek et Foucault m'a mis sur une piste. 

Le livre de Hayek, The road to serfdom, m'a beaucoup surpris. J'attendais un raisonnement impeccable et des équations. Hayek n'est-il pas prix Nobel ? J'ai trouvé un livre bourré d'erreurs de raisonnement insupportables. J'ai failli quinze fois jeter ce bouquin débile. Je comprends que Keynes, esprit supérieur, n'ait éprouvé que du mépris pour Hayek. Et puis j'y ai repensé. J'avais fait du hors sujet : le livre de Hayek est le cri de désespoir d'un homme qui sent sa liberté en danger. Tout le reste ne compte pas. 

Pour moi, il en est de même de Foucault. 

Le paradoxe de Foucault
Mais ce n'est pas le plus intéressant. Le plus intéressant est que ces deux personnes ont été des hommes d'appareil, des fonctionnaires. Paradoxe pour des libertaires ! Et c'est, peut-être, là le nœud du problème. Ils ont été pris entre leur amour du système, et la souffrance qu'il leur infligeait. Alors, ils ont voulu le faire changer. Sans se rendre compte des dégâts que cela pouvait entraîner dans nos vies. 

Et cela m'amène à l'idée suivante. Foucault et Hayek ont mal réagi à une cause réelle. Le nazisme qu'avait connu Hayek n'a peut-être pas été une exception. Partout, la société a cherché à dicter à l'homme son comportement, à le faire entrer dans des normes. "Mammy knows better" disent les Anglais, qui n'ont pas de De Gaulle. Le monde s'est révolté. Mais, il n'a pas attaqué la cause du mal. Car jamais nous n'avons été plus esclaves de la société. Regardez les USA : toutes les jeunes filles de la meilleure société se font refaire la poitrine ; tous les viocs de la meilleure société se font refaire une jeunesse. En France, nous nous droguons pour paraître normaux. Ce que Foucault et Hayek n'ont pas compris, c'est qu'il ne faut pas changer les règles sociales, il faut changer notre attitude aux règles. La liberté de l'homme, c'est penser par soi même. Et refuser que la société lui dicte ce qu'il doit être, quand cela n'a pas de conséquence sociale. (Se refaire la poitrine, ou faire Normale sup, par exemple.)

jeudi 15 janvier 2015

Changement et li

Le changement, c'est la défaite de la raison, et de l'ingénieur. Voilà ce qu'il m'a fallu beaucoup de temps pour découvrir.

Dans un changement, comprendre est impossible, et vouloir tout maîtriser est une erreur. Car il se passe des choses qui dépassent la raison. Mais que l’on peut influencer, si on change de posture : au lieu de vouloir tout préciser, jusqu’au moindre détail, il faut, au contraire, laisser aller les événements, mais chercher à les influencer quand le moment est favorable. Pour cela, il faut parvenir à leur trouver une logique, à en comprendre le "sens". 

Il se trouve que c’est le principe même de la philosophie chinoise. Le Li. Le Li, c'est observer le jade pour découvrir ses veines et savoir comment le tailler. C'est aussi la métaphore du nageur qui se laisse porter par le flot et se déplace en jouant sur les courants. 

(La raison n'est pas sans utilité, si elle renonce à reconstruire la réalité de rien, elle peut modéliser la logique des choses, ce qui permet de gagner en efficacité dans l'action. Raison pratique et pragmatique.)

Foucault aime Hayek

Il y a quelques temps, la gauche de gouvernement a été secouée par la révélation d'un secret, encore mieux caché que la liaison de notre président. Foucault, le prophète du postmodernisme, la pensée officielle de la gauche de pouvoir, a fini sa vie dans une admiration béate de Hayek, le pape du néolibéralisme, le Dieu de Thatcher et Reagan. Hollande, Thatcher et Reagan, même combat ? Enterrons la nouvelle.

Et pourtant, elle n'a rien de surprenant. Car, comme l'explique le biographe des travaux de Foucault (“Foucault a été fasciné par le néolibéralisme, qui a fait écho à ses propres questionnements”), sa pensée s'organise autour des thèmes suivants :
  • "Une tradition libertaire de la gauche". 
  • "Résistance à l'Etat". "Exigence de ne pas être gouverné". "Luttes contre les pouvoirs".
  • Refus du "paternalisme", "ordre", "Nation", autant de "notions autoritaires". 
  • "Accepter que les gens n'adhèrent pas aux mêmes valeurs". "Une société de dissensus, de conflit". "Pas de société. Pas de normes imposées et partagées". 
  • "Il faut se situer du point de vue des minorités". 
Le plus intéressant dans cette histoire est le paradoxe. Car Foucault a été un fonctionnaire, un apparatchik docile. Il a été normalien, agrégé, il a fait sa carrière dans la fonction publique jusqu'à en briguer les plus hautes responsabilités (Collège de France). La situation de notre gouvernement est encore plus inconfortable. Car il dirige un Etat qui a été construit selon l'exact inverse de ses valeurs. En particulier, il est supposé gouverner en fonction de l'intérêt général. Pas de celui d'hypothétiques minorités. A moins de vouloir le détruire. Mais il ne semble pas en prendre le chemin. 

mercredi 14 janvier 2015

Disruption numérique : qu'est-ce qui se joue ?

Discussion l'autre jour. Mon interlocuteur se réjouissait que les nouvelles entreprises numériques soient fatales aux anciennes. Beaucoup de gens ne seront-ils pas de son avis ? Qui pleurera sur le sort d'un banquier, si Google lui fait la peau ?, me direz-vous. (Ce qui me rappelle un ami qui m'a dit qu'il avait voté pour Sarkozy, qu'il n'aimait pas, "pour qu'il tape sur les autres".)

Le problème que cela pose est que, pour quelques banquiers à gros bonus, il y en a beaucoup qui font honnêtement leur travail pour pas très cher. Et, surtout, que la banque a emmagasiné, au cours des siècles, un savoir tacite que les nouveaux entrants ne possèdent pas. Comme l'explique Nassim Taleb dans Antifragile, c'est la structure de l'entreprise, pas ses ordinateurs, qui la rend "antifragile" (résiliente) et lui donne la capacité de résister aux événements destructeurs extrêmement rares. Si elle disparaît nous aurons un système financier à la "Mad Max". Et il en est de même avec tous les secteurs "disruptés".

Disrupteur et disrupté sont les faces d'une même pièce. Les uns ont pris le pouvoir dans les entreprises installées et les ont vidées de leur substance. Les autres veulent leur part du gâteau et profitent de l'immobilisme de leurs opposants, dont les réels ennemis sont internes, pour attaquer leur marché. Des deux côtés, l'enjeu est l'enrichissement à court terme. Et après moi le tsunami. Parviendrons-nous à arrêter le massacre à temps ?

Qu'est-ce qu'une République ?

Définition du Robert : République, forme de gouvernement où le pouvoir et la puissance ne sont pas détenus par un seul, et dans lequel le chef de l'Etat n'est pas héréditaire.

C'est le général d'un précédent billet qui m'a mis sur cette piste. Il disait qu'il fallait en revenir au sens des mots. Il prenait République en exemple. (Curieusement, sa définition n'est pas celle du Robert...)

Qu'avait-il en tête ? Je n'en sais rien. En tout cas, cela montre qu'en revenir aux définitions ne nous mène pas très loin. Celle-ci est extrêmement large et peut englober quasiment toutes les formes de gouvernement, y compris celles de l'URSS d'après Staline ou de la Chine actuelle. De manière surprenante, ce serait presque les USA qui s'en éloigneraient le plus. En effet, on y est président par dynastie. Il y a eu les Roosevelt et les Kennedy, il y a les Bush, et les Clinton. Les prochaines élections pourraient voir Jeb Bush affronter Hillary Clinton. Vive la démocratie ?

mardi 13 janvier 2015

Airbnb : prends l'oseille et tire toi ?

Mon enquête sur les dessous du numérique m’a amené à demander à un spécialiste de m’expliquer ce qu’était le modèle de Airbnb...

Internet a permis d’étendre le marché de la location au-delà de l’offre traditionnelle, au logement du particulier. Un point critique pour le développement de ce marché était d’assurer un minimum de sécurité à la transaction. C’est ce qu’a apporté, en partie, Airbnb. (Airbnb n’est ni seul sur ce marché, ni le premier à y être entré.)

Cette sécurité est, d’abord, financière. L’offreur de logement est payé un jour après que le locataire soit entré dans les locaux. Ensuite, il y une « pseudo » sécurité quant à la qualité du logement et du locataire. En effet, il y a un système d’évaluation et de commentaire sur l’un et l’autre qui apparaît sur le site de Airbnb. En fait, comme ailleurs, peu de personnes font des commentaires.

Le système est assez compliqué à utiliser. Rançon de l’amateurisme des propriétaires, il est difficile de savoir si une offre est acceptée, et même, une fois qu’elle l’est, s’il ne va pas y avoir changement d’avis ! Ce qui peut arriver alors que l’on a acheté son billet d’avion… La tactique gagnante consiste à faire des offres à plusieurs propriétaires en espérant que sur l’ensemble l’une sera retenue.

Quand à la qualité du produit : « le service est donné par le propriétaire. Il peut être fantastique. Ou la photo a été retouchée avec Photoshop, ce qui est souvent le cas... Il n’y a aucun contrôle. Ils partent du principe que si ce n’est pas bon, ça se saura. » Globalement « l’expérience client », « n’est pas géniale ». « C’est du moyen / bas de gamme. » « Les locataires récurrents préfèrent louer par l’intermédiaire d’agences qui garantissent une qualité de service. »

Mon interlocuteur a l’impression qu’il serait facile de faire de Airbnb un excellent produit. Mais « ils ne sont pas dans la valeur pour leurs clients mais pour eux. » « Ils sont dans une logique de ratissage. Internet permet de fluidifier le marché en étant global et monopolistique. Ils cassent tout. » « Ils sont très arrogants. Ils sont dans l’esprit, je surfe et je bouffe tout ce que je peux. » « Ils sont très riches et ont de très bons lobbyists. » « Ils ont tellement de moyens, ils écrasent tout. » C’est ainsi que Airbnb a séduit le gouvernement français et la mairie de Paris « en acceptant de collecter la  taxe de séjour auprès du propriétaire, ce qui lui a permis d’éluder la question du paiement de la TVA de 20%, qu’ils n’acquittent pas contrairement aux acteurs locaux, et de la détention de la carte d’agent immobilier. »

Y a-t-il création de valeur ? Pas simple d’y voir clair. D’un côté, c’est une attaque de l’hôtellerie. De l’autre, cela développe probablement le tourisme, avec tout ce qui va avec, voyages, restauration…

Airbnb «  a plus une attitude de développement à tout crin en volume sans chercher à garantir la qualité du service pour les clients et au mépris des législations locales (pas de vérification de la légalité du loueur) » que la volonté de la création d’une entreprise durable. Et ce probablement parce que l’opportunité qu’exploite Airbnb va vite disparaître. « Actuellement, il n’y a pas assez d’appartements pour les gens qui veulent voyager. Ce ne sera pas le cas dans dix ans ». Airbnb est donc dans une logique d’essorage du marché. Il prend 17% de la transaction « pour un service extrêmement limité, la valeur du service fourni est plutôt de l’ordre de 10%, voire quelques pour cent pour des sites d’annonces qui ne gèrent pas les fonds. » Il devrait y avoir consolidation du secteur. Airbnb pouvant être acheté par un acteur plus gros.

Que restera-t-il une fois que la poussière sera retombée ? Difficile de le dire. Il est possible qu’il y ait banalisation dans la médiocrité. L’hôtellerie traditionnelle étant réservée aux gens très riches.