vendredi 31 janvier 2014

Jean du Lac : redresser une entreprise africaine

Dans ce billet Jean du Lac parle d’une de ses missions. Occasion pour le lecteur d’en apprendre un peu sur l’Afrique, ses entreprises et leurs besoins ?

Une situation compliquée
L’entreprise est un concessionnaire automobile, garage et atelier. 200 personnes, regroupées, en fait, en 3 entreprises (une par marque distribuée). Chacune avait son dirigeant, son directeur financier, ses comptables, ses équipes.
Elles appartiennent à un groupe international, qui veut la vendre. Car sa présence dans le groupe n’a pas de logique économique, sinon d’être la "danseuse" de son fondateur.
Seulement, l’entreprise est dans une situation difficile. Elle perd beaucoup d’argent. Un plan de licenciement a été décidé, mais pas appliqué. "Ses personnels ne travaillent quasiment plus ou mal". Une partie du personnel est en grève depuis plusieurs mois. Le comportement des représentants du personnel est suicidaire. Ils font courir les bruits les plus désagréables sur l’entreprise à la fois à l’intérieur, et à l’extérieur de celle-ci. Ce qui n’est pas bon pour ses affaires…

Redonner du sens
Le dirigeant de l’entreprise démissionne. Jean doit assurer un intérim et réussir la vente de la société. Au premier coup d’œil, il est clair qu’il faut restaurer la réputation de l’entreprise. C’est elle qui fait sa valeur. Et elle dépend beaucoup de la qualité du travail de ses ateliers. Mais aussi du climat interne. Il faut éradiquer le défaitisme qui le pourrit.
Alors, Jean est en permanence sur le terrain. Il prend une série rapide "petites" mesures qui frappent les esprits. Par exemple, il fait rénover l’accueil de l’entreprise. Il remplace le réceptionniste endormi, par une jolie femme dynamique. Il rationalise l’entreprise et ses ateliers. Il renvoie la plupart des expatriés chez eux, met à la retraite les personnels qui peuvent en profiter, promeut des cadres (dont deux femmes) jusque-là muselés. Il annonce un plan de départ négocié. Les représentants du personnel s’y opposent. La direction n’aura pas le courage de le mettre en œuvre, disent-ils. A la date annoncée, le plan est appliqué. Mais, Jean laisse deux jours à ceux qui voudraient profiter de sa précédente offre pour se manifester. Cette fois, les volontaires arrivent. Finalement, "ils représentent 100% des personnes concernées". Les représentants du personnel suivent.
En cinq mois, l’entreprise est transformée. Elle est redevenue rentable. On y travaille bien. L’ambiance est bonne. Les employés ont retrouvé un sens à leur vie professionnelle.

L'humain, pas la technique
Les employés de l’entreprise ont avoué à Jean qu’ils le trouvaient curieux. Il ne s’était pas comporté comme un Blanc. C'est-à-dire comme si son ethnie lui donnait une quelconque supériorité sur eux.

Jean du Lac croit que ce qui manque encore à l’Afrique, c’est la pratique du management. Pour le reste, techniquement, "ses cadres et ses employés sont souvent très bien formés". Ce sont de bons professionnels. L’entreprise africaine doit prendre confiance en elle. Et c’est là que nous pouvons l’aider. "En lui apportant notre expérience et en écoutant et intégrant nos différences". 

Big data : stratégie d'oligarques ?

Discussion sur l'industrie de l'eau. Surprise. Il paraîtrait que son avenir soit le compteur intelligent. Celui qui vous signale qu'une petite mamie n'a pas pompé d'eau depuis deux jours, et qu'il faut appeler le SAMU. Mais c'est idiot, me suis-je dit. L'industrie est en face d'au moins deux problèmes bien plus graves (sans compter que je ne suis pas sûr qu'elle sache toujours très bien satisfaire les besoins ordinaires des collectivités et du consommateur) :
Ne pourrions-nous pas dire pareil de tous les secteurs? Les entreprises semblent hors sujet. Ne répondre à aucun besoin fondamental. Elles attendent le salut du Big data, alors que notre avenir, parfois très préoccupant, leur fournit d'extraordinaires sujets de développement.

Et si nos dirigeants, et gouvernants, étaient totalement coupés de la réalité ? Et si le Big data était un avatar du mythe du dirigeant créateur de valeur ? Le Big data est un savoir auquel a accès le dirigeant, mais pas le grand public. Peut-être aussi présente-il la perspective d'un contrôle total de l'entreprise. C'est un savoir qui n'a pas besoin d'employés. Du coup, le dirigeant ne connaît que cela du monde. Marteau qui voit des clous partout ?

jeudi 30 janvier 2014

Entreprise : les secrets du succès ?

Une étude statistique, dont je viens de retrouver la trace dans mes notes, semble montrer que le succès de l’entreprise est fortement corrélé à deux caractéristiques :
  • Une vision optimiste de l’avenir.
  • Une vision pessimiste du présent, comme étant incontrôlable. 
Cette analyse, qui ressemble aux conclusions que tire Martin Seligman de ses travaux sur l'homme, revient, selon moi, à celle d’Edgar Schein qui montre que les forces qui entrent en jeu dans le changement sont :
  • L’anxiété d’apprentissage : la peur de l’obstacle (vision pessimiste de l’avenir), qui doit être abaissée. 
  • L’anxiété de survie : l’énergie nécessaire au changement (vision pessimiste du présent), qui doit être maintenue élevée. 
(SUTCLIFFE, Kathleen M., WEBER, Klaus, The High Cost of Accurate Knowledge, Harvard Business Review, mai 2003.)

La France doit-elle espérer ?

Comme chaque année, Jeanne Bordeau expose ses tableaux de mots. Les mots de la presse, en tableaux. Que disent-ils sur notre société ? Le journaliste n'apporte rien. Il ne fait que traduire les modes de la société. La presse ne pense plus, elle est passive. Voilà ce que fait remarquer un visiteur.

Il me semble, moi que je vois un retournement. L'an dernier le tableau "crise" de Jeanne était une chute. Cette année, nous sommes tous écrabouillés au sol. Pression, burn out... Et beaucoup d'incantations : il faut changer... Mais il y a du nouveau. Un petit groupe de mots qui me fait dire que le Français pourrait être en train de comprendre qu'il va falloir prendre son sort en main. L'espoir ?

mercredi 29 janvier 2014

Traité de libre échange : faut-il avoir peur ?

L'UE négocie un traité de libre échange. Certaines opinions publiques s'inquiètent, du coup, la commission européenne
va lancer une large consultation sur la disposition la plus critiquée, notamment en Allemagne où l’opinion publique est vent debout, celle qui prévoit la création d’un tribunal arbitral qui permettra aux entreprises de poursuivre les Etats si elles estiment que le traité n’est pas respecté. Un tel tribunal existe déjà dans le traité de libre échange entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada et il a permis, par exemple, à des sociétés américaines de poursuivre le Québec qui a annulé unilatéralement les permis de recherche de gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent.
La question est curieuse. Notamment parce qu'elle révèle des différences culturelles majeures :
  • L'opinion allemande semble suivre le débat, et intervenir. Mais quid de la France ?
  • En Europe (continentale de l'Ouest ?), le mal c'est l'entreprise, la multinationale et ses lobbys, prêts à tous les coups bas ; l'Etat, c'est la voix du peuple, de la démocratie, le rempart contre le mal. Aux USA, le mal c'est l'Etat, la bureaucratie, qui étouffe l'initiative individuelle, dont l'expression même est l'entreprise (même si celle-ci est une super bureaucratie !).
  • La justice est elle-aussi vue différemment par eux et par nous. Pour l'Américain, c'est la justice qui fait la loi (cf. ce qui se passe actuellement avec Obamacare). Chez nous, c'est le peuple. L'Etat est souverain. (Et la justice est le fait d'hommes, influençables par les lobbys.) Voici ce que je trouve chez wikipedia, au début de l'article sur le conseil constitutionnel :
Le général de Gaulle avait pour souci d'éviter ce qu'il considérait comme une dérive américaine aboutissant à une forme de « gouvernement des juges » : pour lui, « la [seule] cour suprême, c'est le peuple ».
En résumé : cette négociation porte-t-elle sur le commerce ou sur la culture ? (Cherche-t-elle à modifier notre constitution, sans consultation ?) Où sont nos hommes politiques français ?

Est-ce que je réussis à tous les coups ?

Est-ce que vous réussissez à tous les coups ? La question me surprend.

En effet, elle me paraît totalement déplacée. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas moi qui réussit. C'est mon client. S'il vient vers moi, c'est parce qu'il est prêt à changer, et qu'il pense que je peux l'aider. Celui qui réussit, c'est lui. Je ne peux rien faire avec un mou du genoux. (A moins qu'il ait un collaborateur qui ait la détermination, increvable, qui lui manque.)

La question, en elle-même, trahit le fait que mon interlocuteur n'a pas l'état d'esprit qu'il me faut. Je comprends maintenant pourquoi j'ai refusé de travailler pour les deux personnes qui me l'ont posée.

mardi 28 janvier 2014

Traiter les symptômes tue

L'autre jour, mon œil est attiré par une publicité. Traitons les symptômes du rhume. (Pour les causes on ne peut rien faire.) Peu après j'aperçois un article qui, lui, affirme que traiter les symptômes de la grippe, cette fois, tue. Simple. La température baisse, laissant le virus se développer à l'aise ; le grippé traité se sent bien, part de chez lui et contamine ceux qu'il rencontre. 5% de contaminés, et de morts, en plus (de l'ordre de 2000 personnes aux USA). 

Science sans conscience ou travaillons plus pour gagner plus ?

Le paradoxe des Limites à la croissance

Les limites à la croissance, le rapport du club de Rome, expliquent peut-être ce qui s’est passé ces dernières décennies. A l’occasion de leurs 40 ans, une étude a montré que nous étions toujours dans le scénario catastrophe prévu par ce rapport. Cela a semblé inquiétant. Curieusement, je me demande si c'était bien cela qui aurait dû nous étonner. Car, comment se fait-il qu’une courbe qui avait été calculée pour le monde de l’époque soit aussi juste alors que l’économie de marché a gagné l’ensemble de la planète ? Pourquoi n’avons-nous pas dépassé largement ces prévisions ? 

Une explication possible est que, pour s’enrichir, notre classe supérieure a troqué son peuple contre celui, moins cher, des pays émergents. Du coup, les revenus de la plupart des Occidentaux ont stagné, la croissance que leur accordait le Club de Rome est allée aux Orientaux. 

lundi 27 janvier 2014

La Poste et la conduite du changement

La Poste chercherait une directrice de la communication qui s'entende en conduite du changement. Voici ce que me dit une interlocutrice. Elle voit dans cette annonce une discrimination.

Pour ma part, j'y vois un signal inquiétant. Que cela signifie-t-il de vouloir conduire le changement par la communication ? Lavage de cerveau ? La Poste vient de changer de dirigeant, serait-ce la nouvelle ligne du Parti ? Mais je me trompe certainement. Je suis déformé par mon expérience.

Mama Benz et égalité des sexes

Jean du Lac m'a parlé des Mama Benz. Ce sont des Africaines qui, une fois leurs enfants élevés, entrent dans les affaires et font fortune (et achètent des Mercedes).

Elles illustrent une de mes idées sur la mise en oeuvre de l'égalité homme / femme. Aujourd'hui, comment faire carrière, pour une femme, lorsque l'on doit élever des enfants ? Solution : deux vies. La première pendant laquelle l'homme et la femme vivent en famille, sans espoir de carrière. Ils apprennent et se construisent. Ensuite, à nous la gloire.

dimanche 26 janvier 2014

La concurrence n'est plus à la mode ?

Renversement de tendance ? La concurrence ne serait-elle plus à la mode ? Toujours est-il que dans le moteur d’avion, le coût de la RetD conduit à des collaborations étroites entre motoristes, et avec leurs donneurs d’ordres. Quant à l’acacia, il s’allie avec la fourmi, qui lui sert de système immunitaire, grâce à une alliance qu’elle a elle-même conclue avec des bactéries qui sécrètent des antibiotiques. On essaie de lutter contre les crises. Elles viennent de dettes déconnectées de la réalité. « (seulement) 15% des prêts bancaires anglais sont utilisés pour des investissements en capital ». Deux pistes. Réorienter les capitaux qui s’égarent ;  augmenter la résilience du système. Par ailleurs, la crise que nous avons subie tempère l’envie de prendre des risques. D’où une chute marquée de la création d’entreprises et de l’investissement aux USA.

Si c’est une inversion de tendance, elle n’en est qu’à son début. Ailleurs, ça va toujours mal. L’Internet des choses nous menace d’Armageddon. En effet, les dites choses sont équipées d’ordinateurs et de logiciels bas de gamme plus facilement piratables qu’un PC. En en prenant le contrôle on peut aisément déclencher une catastrophe mondiale. Faute d’un minimum d’union, la politique énergétique et environnementale européenne est un désastre. La tactique de M.Assad semble payer. Il a déclenché une guerre civile qui a convaincu l’Ouest qu’il est le seul homme à qui l’on peut parler. En Egypte, les agités des deux bords ont convaincu la population qu’elle avait besoin d’une dictature. La Méditerranée de l’est possède des gisements énergétiques équivalents à ceux d’Irak. Mais, faute d’entente entre ses pays, elle ne pourra pas les exploiter. Ce qui n'a pas empêché leurs politiciens de vendre la peau de l’ours. L’Ukraine est à feu et à sang, sans que l’on voie où cela mène. La Hongrie ressemble à l’Ukraine, dirigeant populiste et imprévisible, oligarques, financements de M.Poutine… mais, elle, est au cœur de l’UE. En Italie, les leaders opposés se réunissent pour imposer au pays une réforme de sa constitution. Mais leurs plans sont d’une complexité invraisemblable. Peut-être, me suis-je demandé, n’ont-ils pas vu la cause réelle du mal : leur comportement même ? La Thaïlande semble sur le point d’une scission. Mécontentements en Corée du Sud. Variante de la situation française ? Un gouvernement qui saurait si bien ce qui est bon pour son peuple, qu’il ne désire pas l’écouter ? L’économie espagnole irait un peu mieux. Mais une majorité de sa population est dans une situation lamentable. Heureusement que ses anciennes colonies d’Amérique latine ont amorti ses difficultés en achetant ses entreprises et en lui fournissant une terre d’émigration. Aux USA, les dépenses du NSA atteignent 75md$. M. Obama aurait décidé des réformer les apparences. La Chine s’attaque à la corruption des barons du parti. Très mauvaise affaire pour les marques de luxe. Mais la corruption n’est qu’une excuse, il s’agit surtout d’un règlement de comptes. En tout cas le pays se transforme. C’est le tertiaire qui tire désormais l’économie. Et c’est en Chine, où explose une nouvelle forme de consumérisme, qu’il faut chercher les tendances de demain : « La consommation mondiale va prendre un air chinois. Elle sera de plus en plus cosmopolite, tirée par le luxe et les ventes en ligne. » Le paradis de la truffe serait aux USA. En France elle a été tuée par la guerre et la pollution.

Changements et modèles économiques. Les fabricants de cigarettes essaient de réinventer leur modèle économique menacé par la toxicité de leur produit. C'est mal parti. L’Europe tente de trouver un moyen d’imposer les géants d’Internet. L’Etat américain les protège. Mais le mécontentement européen est grand. Un nouveau studio américain apparaît (Lionsgate). Durable ? Ou a-t-il surfé sur une vague ? L’église catholique utilise la canonisation comme arme de marketing et de politique. 

La sélection naturelle aurait-elle voulu la schizophrénie ?

Un sous-produit de ma tentative de compréhension de notre modèle de société est la réhabilitation de la schizophrénie :

A l’origine était Bateson
Bateson a une théorie fameuse concernant la schizophrénie. L’injonction paradoxale. Le cas type est la relation mère, enfant. La mère place l’enfant, qui ne peut pas s’échapper, dans une situation irrationnelle. Par exemple elle lui dit à la fois qu’elle l’aime, tout en le repoussant. L’enfant s’adapte rationnellement en devenant irrationnel, schizophrène.

Hypocrisie et schizophrénie
J’ai toujours interprété Tartuffe comme croyant à ce qu’il disait. Quand il se dit dévot, il se croit dévot, il n’est pas conscient de tromper. Il refuse (inconsciemment) de se voir tel qu’il est. Le psychologue Robert Trivers semble m’approuver. Il observe que, pour mentir efficacement, il faut croire à son mensonge. C’est pour cela que l’hypocrisie me paraît une forme de schizophrénie. Un dédoublement de la personnalité.

La sélection naturelle et la schizophrénie
Perfide Albion, « langue fourchue » dit l’Indien du cowboy… l’hypocrisie est une caractéristique culturelle de l’Anglo-saxon. C’est un atout, puisque, si vous le croyez, il vous dévalise. L’hypocrisie anglo-saxonne a le même rôle que l’aspect de certains animaux qui trompent leurs proies. C’est pour cela qu’il me semble que la schizophrénie résulte de la sélection naturelle.
Il est possible, d’ailleurs, que l’équilibre mental de l’Anglo-saxon soit relativement solide. En effet, il pense que la fin justifie les moyens. Puisque sa cause est juste, toutes les tactiques sont bonnes pour gagner. Sa réussite sera d’ailleurs la preuve de l’approbation divine.
(Cependant, l’hypocrisie n’est pas une arme absolue. Phénomène de « dissonance cognitive » : l’hypocrite a une faille, il ne peut pas supporter d’être mis en face de ses contradictions.)

Schizophrénie et créativité
Il est aussi possible qu’une forme de schizophrénie soit favorable à la créativité. Une des grandes idées grecques est celle de la dialectique : une pensée qui se construit par contradictions. Peut-être qu’être un tantinet schizophrène permet de vivre avec de telles contradictions, le temps nécessaire pour leur trouver une solution ?

La schizophrénie est bonne pour la société
En poussant ce raisonnement, j’aboutis à une idée qui court de Machiavel à Adam Smith : c’est en faisant le mal que l’on fait le bien. Les médecins de Molière, par exemple, furent la pub de la médecine à une époque où elle n’avait rien de séduisant. Peut-être que, sans eux, elle n’aurait pas survécu ? De même les droits de l’homme sont la meilleure arme commerciale des Anglo-saxons. Mais, eux, refusent qu’ils les contraignent (c’est une raison, par exemple, du retrait de l’Angleterre de l’UE). Conséquence imprévue : les droits de l’homme ont gagné le monde.
Un épisode fameux est raconté par E.P Thomson (THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966). L’Angleterre est le berceau des droits de l’homme. Mais homme, en anglais, signifie possédant. La France du 18ème siècle s'est méprise. Elle a cru que le principe était universel. A la nouvelle de notre Révolution, la classe supérieure britannique a pris peur. Cette erreur de traduction pouvait avoir des conséquences terribles. Elle a décrété l’état d’urgence. Pour que le peuple ne soit pas contaminé par la peste égalitaire, elle l’a divisé pour régner. En dissolvant la communauté traditionnelle, elle a inventé le prolo (la classe ouvrière), et fait la fortune de Dickens. Mais il était trop tard. Le bien était fait.

La schizophrénie comme pathologie
Question finale. N’est-il pas exagéré de parler de schizophrénie pour tous ces phénomènes ? Et si, comme beaucoup de maladies, la schizophrénie, en tant que telle, était un cas limite d’une caractéristique favorable à la société ? Accepter la contradiction ?

samedi 25 janvier 2014

Maurice Godelier et Lévi-Strauss

Dédicace du livre que Maurice Godelier consacre à Claude Lévi-Strauss. Organisée par Eric Minnaert  (de qui Maurice Godelier attend le même service que celui qu’il a rendu à Claude Lévi-Strauss) et la librairie des Abbesses (que je découvre et recommande, au passage). Tous autour du maître, qui nous raconte son projet. Il n’aime pas Claude Lévi-Strauss, avec qui il a passé de longues années. Son travail porte sur l’œuvre, il en montre les forces et les « failles ». Ce n’est pas une critique, mais, selon moi, une réflexion sur ce qu’est un scientifique. Une leçon de vie. Claude Lévi-Strauss a fait un travail immense, surhumain ?, mais il n’a pas pu éviter certains écueils. Et c’est là que je vois la leçon. Prenons garde à ce que ce second aspect ne nous fasse pas oublier le premier. Et que l’apprenti scientifique s’engage dans la carrière avec l’humilité qu’il doit à un géant. 

Pour ma part, je n’ai pas trouvé le Lévi-Strauss que j’avais entraperçu. Don Quichotte et Rousseau. Un de nos plus grands écrivains. Et un homme à la poursuite d’un rêve insensé. Celui du bonheur premier, celui qu’aurait connu l’homme avant qu’il soit victime de la société. En fait, Maurice Godelier m’a réconcilié avec le Lévi-Strauss scientifique, pour l’œuvre de qui je n’avais pas suffisamment de considération.

Curieusement peut-être Maurice Godelier semblait moins intéressé de nous parler de ses travaux que de sa vie. Celle d’un jeune philosophe qui en arrive à l’anthropologie par des chemins intellectuels, et détournés. La rencontre avec les Papous et leurs missionnaires protestants. La vie du professeur et du gourou de l’anthropologie française, qui fréquente présidents de la République et politiques. Il est sans doute flatté de les côtoyer, mais leurs rites lui sont impénétrables.

Quant à moi, cela m’a permis d’observer les anthropologues dans leur habitat. Leurs lois de la parenté différent, je crois, de celles du reste de la société. En particulier, en termes de prohibitions. On y vit en vase clos, avec ses élèves et ses petits élèves. Et on s’y marrie entre soi. Peut-être est-ce comme cela dans les sociétés organisées par le principe du charisme ?

Sommes-nous conditionnés par notre enfance ?

Un ami me demande (avec inquiétude !) si je crois que nous sommes conditionnés par notre enfance. 

Il me semble qu'il y a deux théories sur le sujet. Celle de Freud qui pense que oui. Quelque chose, qui vient des profondeurs de notre âge, et que nous avons rejeté dans notre inconscient, nous guide. Celle de Bateson, selon laquelle nous sommes l'émanation du système que nous constituons avec notre environnement. En quelque sorte, nous sommes un acteur dans une pièce de théâtre. Tant que les autres ne changeront pas de rôle, nous devrons suivre notre texte. (Plus exactement, nous sommes marqués par la pièce : si on nous en sort, nous cherchons à la reconstituer.)

J'ai fini par croire que l'effet Bateson est le plus fort des deux. Par exemple, ce blog tente de modéliser le comportement des hommes politiques, en particulier MM. Sarkozy, Obama ou Hollande (un exemple). Ce qui ressort de cette étude est que leur comportement est avant tout conditionné par le système auquel ils appartiennent. Ce système les a sélectionnés certainement, mais il les a aussi faits. La théorie de Freud est peut-être à l'oeuvre dans d'autres domaines, par exemple dans leur choix de compagnes. Mais est-ce le cas ? Ne sont-elles pas représentatives du milieu qu'ils fréquentent ? Je me demande si Freud ne s'adresse pas essentiellement à des cas pathologiques. Un choc initial tellement violent que l'individu est incapable de s'en relever l'espace d'une vie. A moins que ce choc soit un moteur pour la vie. Il donne l'énergie cinétique mais pas la trajectoire.

En conséquence, il me semble que si l'on veut modéliser un comportement, il ne faut pas aller chercher l'histoire de l'individu, mais plutôt essayer de comprendre à quel système il appartient. Il est probable qu'il reproduira ses codes.

vendredi 24 janvier 2014

Jean, l’Africain

Jean du Lac. Jean consacre aujourd’hui son temps à l’Afrique et à ses entreprises. A l’occasion d’un passage à Paris, je l’ai interrogé sur l’Afrique. Les journaux anglo-saxons ont-ils raison de dire qu’elle est la dernière « frontière » ? Comment participer à son développement ? Voici le premier de deux billets.

Un aventurier
Carrière paradoxale. Jean semble refuser le confort. Il démarre chez Ford. Immédiatement, il est remarqué. On lui promet une carrière météoritique. On lui propose un poste au siège de la société, Detroit. Son avenir est assuré. Mais il refuse. Il se lance dans l’entrepreneuriat. Pendant 30 ans, il va passer de projet en projet. Aujourd’hui, ses enfants ayant quitté son foyer, il vit une passion : l’Afrique. Il la connaît bien, pour y avoir passé beaucoup de temps. Il a surtout la particularité, pour un Français, d’être familier de toutes les Afrique. Aussi bien anglophones (il a rencontré Mandela !) et lusophones que francophones. Il y exerce trois types d’activité. Il est administrateur de société, il conseille des entreprises dans leurs opérations financières (levées de fonds, fusions acquisitions, etc.), et, pour une grande partie de son temps, il dirige le redressement d’entreprises. Le prochain billet sera consacré à ce sujet.

Quand l’Afrique s’éveillera ?
Pourquoi, soudainement, l’Afrique, homme malade du monde, est-elle l’endroit où il faut être ? Jean a toujours douté des idées reçues sur l’Afrique. Et si c’étaient elles qui avaient fait le malheur des Africains ? Pour lui, ni la richesse du continent, ni sa formidable croissance démographique ne sont les facteurs premiers du renouveau. Ceux-ci sont, d’une part, le retrait de l’influence extérieure (anciens coloniaux, USA et URSS, FMI et Banque mondiale) – elle fut désastreuse -, et le retour chez eux de cadres formés à l’Ouest et qui y ont réussi. Ils veulent transformer leur pays. Ce qui fait réussir l’Afrique, c’est que le changement, pour parler comme ce blog, est voulu par elle. Il ne lui est plus imposé (ou parfois moins) par les intérêts ou la bien pensance étrangers.
Cependant, parler de succès est prématuré. D’ailleurs, « l’Afrique » n’existe pas. Chacun de ses pays a une histoire propre. Le déclencheur du renouveau, c’est la rationalisation de l’Etat. Partout où l’Etat est dysfonctionnel, le chaos demeure. C’est, majoritairement, le cas en Afrique francophone. Elle ne parvient pas à se relever de la politique de De Gaulle et de ses successeurs. Ils ont joué des gouvernements comme de marionnettes.

Utilité d’un Français pour les Africains
Intérêt d’un Français pour les Africains ? Diriger et développer une entreprise est un art. L’Occident a des siècles d’expérience. Bien qu'il y ait de remarquables dirigeants africains c’est elle qui manque à l’Afrique. Cette expérience est plus humaine que technique. Car l’Afrique a des cadres et techniciens excellents. L’Occidental peut être utile à l’Africain s’il renonce à être missionnaire. S’il est un donneur d’aide, un catalyseur du changement. D’ailleurs, c’est moins les recettes du succès qu’on attend de lui, que le souvenir de ses échecs.

C’est ce que nous verrons dans un prochain billet. 

A quoi tient un changement qui réussit ?

Problème classique. Une DSI met 6 mois pour déployer une application auprès d’une soixantaine de personnes. Elle se plie à leurs moindres caprices, et pourtant ce n’est pas un triomphe. Combien de temps cela va-t-il prendre pour faire ce même travail avec leurs 3000 collègues ?

Qu’est-ce qui cloche ? La DSI se comporte en missionnaire. Elle s’épuise à convertir le mécréant. (Par ailleurs un high flyer surdiplômé qui voit l’informaticien comme un tâcheron.) Mais pourquoi ? Avec un peu de documentation en ligne n’importe qui est capable d’utiliser l’application !

Ce qui manque, c’est la motivation. Or, sans la dite application la nouvelle mission de l’entreprise n'est pas réalisable (ce que, curieusement, personne n’avait vu). Il suffit que le dirigeant annonce le projet comme il le fait pour les procédures budgétaires. Et il passera comme une lettre à la poste. Les directions sont alors responsables de la mise en œuvre du changement. La DSI l’anime. Elle est un donneur d’aide.

Et si nos changements échouaient parce que nous nous prenons pour des missionnaires alors que nous devrions être des donneurs d’aide ?

(Oui, mais on a eu de la chance. Le projet s’est révélé stratégique, me direz-vous. Tout projet peut se révéler stratégique, vous répondrai-je. Sinon, il n’a pas lieu d’être.)

jeudi 23 janvier 2014

De la guerre

La guerre peut être respectable. Une découverte de ce blog. Cette idée m’est venue d’abord d’une émission de la BBC qui réunissait des combattants de la guerre d’Irlande du nord. Puis en écoutant des personnes me parler de leurs problèmes de couple. Voici ma théorie :

Que nous voulions détruire l’autre (envahir son territoire ou l'asservir), ou faire son bien (nos proches), nous le traitons comme une chose. C’est inacceptable et cela ne peut que produire une réaction violente (guerre ou conflit). Mais, elle est généralement mal interprétée. Elle nous confirme dans nos certitudes : l’autre et décidément mauvais, ou il ne sait pas ce qui est bien pour lui (i.e. ce qui est bien pour nous). Heureusement, il y a parfois des hasards. Il vient à l’esprit de certains qu’ils se sont peut-être trompés sur l’autre. Qu’il est un mystère. Qu’il mérite que l’on tente de le comprendre. Et si c’était cet effort, désespéré, qui produisait une forme d’émerveillement, l’amour véritable ? Celui qui dure éternellement. 

(Plutôt qu'émerveillement, il faut parler peut-être "d'horreur" au sens de Victor Hugo et de ses contemporains poètes : "Profond saisissement de crainte mêlée d'admiration respectueuse devant le sublime, le mystérieux".)

mercredi 22 janvier 2014

La stratégie de M.Hollande

J'ai fini par me demander si la stratégie de M.Hollande n'était pas de tirer contre son camp. Si l'on prend sa campagne africaine ou le pacte de responsabilité, c'est le cas. Cela me rappelle une constatation que ce blog a faite à plusieurs reprises : l'art du haut fonctionnaire est de paralyser les mécanismes qui sont supposés le contrôler.

C'est efficace. Il n'y a plus d'opposition. Il y a même totale unanimité, comme lorsqu'il s'est agi de condamner Amazon. Cependant, le taux d'approbation du président demeure faible. Serait-il en passe de démontrer que la gauche et la droite ne représentent rien du tout ?

Quid des 80% de la population qui n'approuvent pas sa politique ? Le FN est-il leur parti ? Ou existe-t-il un équivalent de la matière et de l'énergie noire de la physique ? Un parti politique manquant ?

(Par ailleurs, M. Hollande paralyserait ses opposants en prenant des mesures contradictoires.)

Pourquoi écrire ?

Pourquoi passer des années de sa vie à écrire des livres sur le changement, alors que le Français est totalement imperméable au sujet ?

Pour mon propre compte. Cela me permet de formaliser des techniques que j’emploie dans mes missions. Pour le reste, pas question d’en parler à mes clients, du moins lors d’une première rencontre. Ils me prendraient pour un théoricien. La pire des insultes en France. Une fois qu'ils sont rassurés sur mon compte, je peux leur transmettre mon savoir-faire. 

mardi 21 janvier 2014

En lisant et en écrivant

Lire et écrire m'a fait découvrir à quel point il était difficile de comprendre une œuvre. Comme beaucoup de gens ont écrit, le temps que l'on peut leur consacrer est nécessairement limité. En outre, comment savoir a priori s'ils méritent un effort ? D'où une bizarre injustice, d'un côté quelqu'un qui met sa vie dans son œuvre, de l'autre un lecteur qui traite le don de cette vie avec indifférence, voire mépris. (Et qui croit ainsi montrer sa capacité supérieure de jugement !)

Le travail que m'a amené à faire ce blog est utile. Pour pouvoir résumer les livres que je lis, je dois faire plus que les lire passivement. Je dois les interpréter. Ce qui fait surgir au moins des hypothèses sur leur sens. Si l'auteur est encore vivant, je les teste. Jusqu'ici mon interprétation a tapé plutôt juste.

Reste le cas des auteurs morts. Il est d’autant plus compliqué que des gens comme Max Weber ou Hannah Arendt ont fait une œuvre d’une ambition bien supérieure à celle de nos contemporains. Il me semble que pour parvenir à la saisir, il faut identifier le problème qu’ils ont voulu traiter, et les concepts qu’ils ont utilisés pour cela. Une fois que la clé de décryptage est trouvée, le texte devient clair. Avant cela, ce n’est que des mots. 

lundi 20 janvier 2014

MOOCs : une idée à mettre au point ?

Par hasard, j’ai lancé un débat sur les MOOCs dans plusieurs groupes linkedin. Voici ce que j’en tire. Vrac.
  • Comme je le soupçonnais, on est beaucoup plus intelligent à plusieurs que seul. En particulier, ces discussions me font découvrir deux intéressantes applications. L’une à Centrale, en anglais, apparemment très professionnelle, et sur un sujet technique de pointe. L’autre à l’EM Lyon, en français, portant sur l’entrepreneuriat, apparemment un peu bricolée, mais qui semble avoir été une réussite (plus de deux mille personnes sont allées au bout du cours, avec succès).
  • Il est surprenant de voir des étrangers, parlant anglais avec des accents non anglo-saxons, représenter une école d’ingénieurs française. Et la façon dont le cours est abordé donne un coup de vieux à ceux que j’ai eus. A l’époque ils étaient donnés par d’anciens élèves qui s’écoutaient parler. On disait qu’ils étaient là pour avoir raté leur carrière. Apparemment, ce temps est révolu. Cela devrait donc transformer de manière radicale la façon dont on enseigne en France. Mais, comme je le disais il y a peu, cela fait aussi courir le risque de l’élimination du vrai pédagogue : celui qui pose des questions qu’il faut plus d’une vie pour résoudre.
  • C’est d’ailleurs une magnifique plate-forme de promotion pour le (jeune) professeur ambitieux, qui veut se faire connaître. En conséquence, n’y a-t-il pas un risque que nos grandes écoles connaissent le syndrome Insead : vouloir recruter des gens de formation anglo-saxonne, et ne récupérer que ceux dont ne veulent pas les Anglo-saxons ?
  • Ce qui me frappe surtout c’est à quel point je sais peu de choses. Fini le temps où l'on arrêtait son apprentissage à 20 ans ! Voici un moyen de découvrir que le savoir bouge vite. Et d’être mis au courant quasi instantanément de ce qui se fait de nouveau. (Il faut cependant le temps d’un minimum de travail de reformulation.)
  • C'est aussi un moyen formidable, pour une école cette fois, de mettre en scène ses avantages compétitifs (par exemple les mathématiques appliquées, dans le cas de la vidéo de Centrale).
  • En revanche, en termes d'accélération d'apprentissage, cet outil a probablement des limites. N'est-ce pas le cas pour des disciplines qui demandent beaucoup d’expérimentation et de consultation de références écrites (qui demeurent très efficaces) ? Par exemple, sciences expérimentales, mais aussi mathématiques qui s’apprennent par l’équation ou encore sciences du management : en MBA, par exemple, la partie théorique du cours est faite sur support papier. Le reste du temps, dont les séances avec l’enseignant, sont des exercices.
En conclusion (très provisoire).
  • Il me semble que les MOOCs sont un outil fantastique de formation permanente. Ils nous font réaliser que notre savoir s’encrasse vite, il faut le remettre à jour sans cesse. Leur démarche pédagogique non conventionnelle peut aussi permettre à des gens qui décrochent du système scolaire classique de reprendre confiance en eux, et peut-être de doubler certains bons élèves qui sont surtout devenus maîtres dans la manipulation des ficelles du système scolaire. Finalement, je crois que ce peut être un moyen extraordinaire de diffusion de « bonnes pratiques ». C’est l’expérimentation de l’EM Lyon qui m’amène ici. Un exemple. Les patrons de PME sont submergés de travail. Ils ne peuvent se consacrer qu’au strict nécessaire. Si bien qu’ils ignorent des points de droit, des « sciences du management », des techniques de levée de fonds sans dilution, etc. qui pourraient transformer leur vie. Et ce presque sans effort. Que font les Chambres de commerce ?
  • Les MOOCs me font aussi penser à ce que j’ai vu pendant la bulle Internet. Ce n'est pas au point, ça se cherche. Impossible, aussi, d'apercevoir un modèle économique rentable. Cela ressemble à une sorte de service public. Un peu comme Wikipedia. (C’est d’ailleurs aussi l’impression que je retire de l’article, bancal, que consacre Wikipedia aux MOOCs.)
Courage, encore vingt ans de travail et ce sera au point ? 

M.Hollande en extraterrestre

Dans un précédent billet, je disais que M.Hollande n’était pas un extraterrestre. J’ai peut-être tort. Il y a entre lui et les membres de la famille des dirigeants théoriciens à laquelle je l’associe, une différence. Il n’est pas séduisant. Il est même possible qu’il doive son poste à ce que DSK l’était trop.

Pourquoi les politiques tendent-ils à être séduisants ? Pourquoi tendons-nous à pardonner au politique séduisant ? Peut-être parce que la séduction est une forme de respect pour nous ? Nous comptons pour celui qui cherche à nous séduire ? En outre, pour bien gouverner, il faut aimer ceux que l’on gouverne ? (Retrouve-t-on la question du charisme ?)

Quant à notre président, je me demande de plus en plus si ce n'est pas un fonctionnaire de la politique. Sa vie privée paraît agréable et sans contrainte. Il semble avoir gardé une sorte de fraîcheur adolescente.  A-t-il dû beaucoup solliciter son talent, ou même ses convictions, pour réussir ? Cette facilité ferait-elle qu'il ne voit rien de très sérieux dans le gouvernement d'un pays ? 

dimanche 19 janvier 2014

Notre avenir selon The Economist : Dickens ou Kafka ?

Contrairement à ce qui s’est passé jadis, la technologie (Internet) devrait détruire l’emploi, et dans de grandes proportions. Les start up sont les agents de ce changement. L’entrepreneur serait-il le prolo moderne ? Il est exploité par l’investisseur, qui le fait travailler nuit est jour dans des « accélérateurs ». Pour produire ce qui semble d’une étrange inutilité. S’il a de la chance, il sera absorbé par une grande entreprise, il en deviendra une sorte de chef de service. Malheureusement, le système éducatif ne forme par le personnel auquel est destiné l'emploi de demain. L’offre ne correspond pas à la demande. Les entreprises commencent à fournir des formations en ligne afin de mettre à niveau ceux qui peuvent l’être. Ce monde sera Orwellien ou ne sera pas. Google devient le nouveau General Electric. C’est un General Data. Il constitue un groupe d’entreprises qui collecte toutes les données possibles sur nous. Gigantesque NSA.

Et l'agriculture ? Le monde mange de plus en plus de viande. Danger ! Ça consomme énormément d’eau, cela produit des gaz à effet de serre et c’est un « réservoir de maladies ». Solution ? L’élevage industriel. Mais pas à la chinoise. Sans mesures de sécurité sanitaire les élevages industrialisés chinois sont des bombes à retardement.

Les producteurs de piles sont en fin de vie. Substitution en Occident et concurrence en Orient. Les Etats se fatigueraient de subventionner la production cinématographique. Elle va au plus offrant sans jamais se fixer. Les MBAs investissent des centaines de millions dans de nouveaux bâtiments. Histoire d'en donner pour leur argent à des élèves qui achètent leur diplôme 200.000$. Les bâtiments sont payés par des anciens qui ont réussi. Qu’apporte l’éducation américaine ? Des références et des relations. Dans ces conditions, autant utiliser des formations en ligne. Au moins elles en réduiront le prix.

La qualité de la gestion des entreprises serait mesurable et elle se verrait dans leurs résultats. Les Américains et les Allemands seraient bons, le secteur public, l’entreprise familiale et les pays du sud mauvais.

La bulle boursière se dégonflerait et profiterait aux obligations d’Etat. Les analystes financiers sont de mauvais conseil dit une étude. Le Capital investissement achète au capital investissement. Cela s’explique par le fait qu’il doit à la fois revendre rapidement les entreprises dans lesquelles il investit et qu’il doit employer l’argent qu’il a, sous peine de le perdre. Cela n’amuse pas ceux dont ils gèrent l'argent (les fonds de pension, notamment). Car, ils peuvent avoir des participations dans les fonds acheteurs et vendeurs : « en substance, ils achètent l’entreprise à eux-mêmes, avec d’importants coûts de transaction ». (Les propriétaires des fonds, eux, gagnent à tous les coups.)

Politique. Notre président est « ridicule ». (Ce que The Economist avait pris pour un réveil était un cauchemar ? D'habitude, il titre ce genre d'erreur « waving or drowning ».) En Ukraine la contestation semble avoir perdu, les oligarques ne sont pas de son côté. Les choix énérgétiques allemands (Atomkraft nicht danke) font passer au pays un mauvais quart d’heure. Ses subventions à l’énergie renouvelable coûtent 260€ en moyenne à un foyer. Et les centrales a charbon, c'est pas cher, fonctionnent à plein régime. Jamais l’Allemagne n’a produit autant de CO2. La Turquie doit-elle entrer dans l’UE ? M.Hollande est pour, mais l’Angleterre est maintenant contre. Les Grecs de Chypre aussi. Et, M.Erdogan est de moins en moins fréquentable. D'ailleurs la Turquie n'est-elle pas un peu grosse à avaler ? Aux USA, Obamacare tient toujours à un fil. Le peuple est contre. Ceux qui y adhèrent sont les mal portants. Ce qui menace le projet d’un déséquilibre fatal. La politique iranienne de M.Obama n’a pas l’appui des Américains. En Israël, on semble s'accorder pour expédier les Arabes du pays dans un nouvel Etat palestinien. 

Pouvons-nous retrouver notre capacité à penser ?

Je suis inquiet. Pas uniquement parce qu’il se pourrait que notre président soit un être léger pour qui gouverner est une petite blague. Mais surtout parce que nous, Français, sommes tellement incapables de débat que la contestation vient de l’étranger ! Vous rendez-vous compte : je parle de la France, la nation des intellectuels ! Mais que nous est-il arrivé ?

Que signifierait développer une pensée collective ? Je ne suis pas sûr que ce soit l’affrontement d’êtres murés dans leurs certitudes, qui cherchent à imposer leur vérité. Ceci, c’est le totalitarisme. Le débat collectif me semble plutôt être quelque chose qui ressemble à Wikipedia. Chacun lui apporte sa part de vérité, une expérience qui manque aux autres. Mais pour que ce dialogue fonctionne, il faut quelque-chose qui fait défaut à Wikipedia : un mécanisme qui aboutisse à une idée qui transcende les témoignages individuels et qui leur donne un sens. La métaphore des aveugles et de l’éléphant me semble dire de quoi il s’agit. 

Faut-il craindre l’avenir ?

68 était le bienvenu pour Raymond Aron. La société gaullienne avait besoin d’un peu de fantaisie pensait-il. Mais il a bien vite déchanté. Cette anecdote que j’ai trouvée dans une étude de la pensée des intellectuels en 68 m’a frappé. Ne pourrait-il pas en être de même aujourd’hui ?

Ne pourrions-nous pas passer de Charybde en Scylla ? Et si, au lieu d’une société un peu plus humaine et solidaire qu’aujourd’hui, nous entrions dans une sorte de nouvel ordre moral ? Un retour de l’inquisition. En fait, je suis trop prisonnier de notre temps. Je n’arrive pas à envisager un scénario vraisemblable. Ce qui n’est pas surprenant, car la société tend à basculer brutalement d’un extrême à l’autre. Il existe cependant quelques scénarios usuels. Par exemple, les gouvernements faibles et sans convictions tendent à adopter, plutôt que de faire l’effort de penser, des idées qu’ils ne comprennent pas. C'est probablement pour cela que le libéralisme a été appliqué par des gouvernements de gauche. En ce sens, ce n’est pas le Front National qui est dangereux. Mais ce que pourrait faire de ses idées un gouvernement acculé, que cela arrange de penser que nous sommes des animaux. Car peut-il reconnaître qu'il est intellectuellement trop paresseux pour mettre en œuvre les idéaux grâce auxquels il a fait carrière ?

C’est sans doute pour cela que John Stuart Mill voulait que nous choisissions nos élus sur leur capacité à décider, à juger. Mais ces gens existent-ils ? Ou la sélection naturelle de la politique les liquide-t-elle, car trop dangereux ? En tout cas, les élections n’en ont aucun à nous proposer.  

samedi 18 janvier 2014

Vie privée présidentielle

Jean Quatremer avance quelques arguments intéressants concernant la vie privée présidentielle. Notamment :
  • Contrairement à ce que je pensais, elle ne serait pas aussi bien couverte par la loi qu’on le dit : « il est normal que la vie privée d’un politique soit explorée et scrutée puisque, comme l’a encore récemment jugé la Cour européenne des droits de l’homme, celle-ci est un élément du débat public en ce qu’elle révèle le caractère d’un homme/femme. »
  • Il explique en outre qu’Internet transforme la notion de vie privée. Sans compter que le président faisant espionner nos échanges électroniques par ses services secrets, il aurait mauvaise grâce de se plaindre de quelques photographes.
  • Au fond, tout ceci est une question de presse. Contrairement à l’homme du commun, le politique est protégé par elle. Est-elle à sa botte ? (« des journaux où il est normal de remercier le Président de la République de vous « permettre » de poser une question ».)
N’est-ce pas illogique ? Les politiques, qui devraient être des personnages publics, puisque leurs décisions décident du sort d’une nation ou même du monde (cf. nos guerres africaines), sont les seuls à pouvoir revendiquer une vie privée. Au sommet de l'Etat, l'intérêt privé aurait-il pris le pas sur l’intérêt général ?

Français : missionnaire ou privilégié ?

Le missionnaire et le privilégié semblent le Yin et le Yang français. C’est une idée qui a fini par émerger du livre de Pierre Rosanvallon sur L’Etat en France.

Mais le missionnaire et le privilégié n’ont-ils rien en commun ? Il me semble que l’on peut les expliquer par un individualisme comme négation de l’humanité de l’autre. Le missionnaire (pas uniquement religieux, pour Pierre Rosanvallon, c’est l’instituteur, le polytechnicien des origines ou l’énarque de l’immédiat après guerre) veut faire le monde à son image. La société pour lui est une chose qui lui doit tout. Quant au privilégié, c’est un parasite. Il se nourrit de la société. Elle n’a pas pour lui une plus grande réalité que pour le missionnaire.

Curieusement, ces notions sont indifféremment de gauche et de droite. 68 était une revendication du privilège (profiter de la vie et des autres, sans obéir à aucune contrainte), de même que le libéralisme économique. L’église catholique et la gauche collectiviste sont missionnaires. 

vendredi 17 janvier 2014

Hollande réélu

Après The Economist et M.Gattaz, c'est M. Fillon qui vote Hollande. La radio, hier, disait que notre ancien premier ministre était très satisfait de la politique de notre président.

Qui peut maintenant s'opposer à lui ? Son parti doit le suivre. La gauche populaire (l'ex PC et les syndicats) se retrouve sans voix, et va se faire rouler dans la farine. Car ceux qui pensent ne sont pas dans son camp. Ils sont au PS.

Et voilà pourquoi le FN peut parler d'UMPS, et pourquoi il devient, de fait, la seule opposition. Une opposition qui n'a rien de très méchant. Du moins pour le moment.

Comment expliquer l'évolution de M.Hollande ? Il veut être réélu, et ce sans avoir à faire beaucoup d'efforts ? Dans ces conditions, il a trouvé la solution optimale ?

(Illustration de ce qu'Hannah Arendt a appelé la "banalité du mal" ? On trahit ses convictions par paresse intellectuelle ? Par ailleurs, M.Fillon aurait-il mieux fait de se taire ? Mme Lagarde s'inquiète vivement du risque de déflation en Europe. Cela aurait pu permettre à M.Fillon de prendre M.Hollande à contre pied. Commençons par relancer l'économie, et obligeons l'Etat à lier une baisse de charge à cette relance. Mais, pour dire cela, il aurait fallu avoir la trempe d'un homme d'Etat ?)

Après l'obsession du prix, le retour de la qualité ?

Dans un billet, je me lamentais de la perte de qualité de la production textile mondiale. Un homme du métier m’écrit ceci :
Votre post est intéressant, j'y ajouterais les points suivants :
1) l'explosion de la concurrence depuis un dizaine d'années contraint les enseignes "mainstream" à proposer des offres et des prix attractifs.
2) le coût des "murs" (investissement + loyers), en particulier dans les centres-villes, consomme beaucoup de capital et coûte de plus en plus cher.
3) des clients de plus en plus dépendants des promotions : effet crise et résultante de la concurrence qui fait rentrer les acteurs textiles dans un jeu de remise de plus en plus significatif (si vous avez été dans les magasins pour Noël vous n'avez pas pu manquer l'avalanche de promotions proposées par les grandes enseignes).
=> Les marges s'érodent et imposent aux enseignes textiles de rationaliser leurs prix de revient, ce qui les conduit à s'orienter vers des pays à bas coûts.
Mais, dans un contexte où les coûts salariaux (même au Bangladesh) connaissent une inflation importante cette stratégie paye de moins en moins. J'ai le sentiment qu'aujourd'hui nous sommes à un tournant dans lequel, pour sortir de cette spirale infernale, les enseignes se posent la question de l'offre à proposer à leurs clients. Plus de mode, des collections qui tournent plus vite au point d'être ruptées très rapidement (et donc de susciter l'envie chez les clients). Cela a un coût puisqu'il faut produire mieux et avec une meilleure qualité mais cela implique moins de promotions. C'est le modèle Zara.
Cela signifie-t-il que la production textile pourrait revenir vers chez-nous ? En tout cas, cela montre à quel point les entreprises sont pilotées par des considérations à court terme. Elles semblent purement réactives. Et que l'homme compte peu ! Il est un coût. Y compris lorsqu'il est client. Jusqu'à ce qu'il acquiert un pouvoir de nuisance ?

jeudi 16 janvier 2014

Krugman contre Hollande

Paul Krugman n'en revient pas. M.Hollande a cité Jean-Baptiste Say. "L'offre crée la demande". M.Hollande a "horrifié" les économistes.

Paul Krugman ne comprend pas. Aussi bien à gauche qu'à droite, il y a consensus sur le fait que la France est sur le bord de la déflation. M.Hollande veut-il s'y précipiter ? D'autant que la situation du pays n'a rien de désespéré et ne demande aucune décision urgente. Pourquoi donc M.Hollande a-t-il viré à droite, en opposition de phase ?
D'accord, tout ne va pas bien. Mais on ne peut que s'étonner qu'il en faille si peu pour amener l'élite française à prendre un brutal virage à droite, alors que, dans des situations bien pires, la souffrance qu'elles infligent ne fait que renforcer la détermination d'autres élites, comme celles de Finlande ou de Hollande.
Hollande plus fort que Krugman ? Ou "petite blague" de notre président ?

Le retour de l’homme dans l’entreprise ?

Voici quelques-unes des « idées quotidiennes » que la Harvard Business Review a eues depuis le début de l’année :
Companies Need to Be More Human (“It’s time for companies to focus less on maximizing shareholder value and more on becoming human again.”) 
Take Money Off the Table During Performance Reviews (“money discourages straight talk.”) 
Culture Trumps Strategy (“For a company to succeed, strategy is important, but a great culture is paramount.”)
Reward Efforts, Not Just Outcomes (“If companies want to encourage an entrepreneurial spirit, they must create a culture that accepts failure.”) 
Want to Think Outside The Box? Make Fewer “Friends” (“Instead of being more social, we should try to be more curious.”)
Le capitalisme anglo-saxon serait-il en passe de renoncer à l’indicateur de performance ? Aux incitations individuelles. ? La performance serait-elle, finalement, une question collective ? D’épanouissement plutôt que d’argent ?...

A l’heure où notre président se convertit aunéoconservatisme, la France ne peut-elle qu’avoir une guerre de retard ?

Apprenons à raisonner ?

Les khâgneux auraient du mal à s’exprimer en public. Un ami est appelé pour les aider à s’exercer. Curieusement, cela ma rappelé une citation d'Alain Finkielkraut par Jeanne Bordeau. Les polytechniciens peineraient à prendre la parole.

Mal français ? Les étudiants anglais que j’ai rencontrés ont un avis sur tout, et n’hésitent pas à en débattre. Lorsque j’étais à Cambridge, j’ai même eu l’impression que tout l'enseignement visait à cela. Et mes élèves ? Ils sont charmants. Pleins de bonne volonté. Mais j’ai l’impression de les brutaliser lorsque je leur demande un avis. Ils ont certainement des convictions, mais elles ne se révèlent que lorsqu’on les agresse (d’où l’impression que le Français ne sait que résister ?). Ce que je dis là ne me semble pas vrai pour les étudiants étrangers. J’ai l’impression qu’ils se laissent moins monter sur les pieds.

Si Hannah Arendt a vu juste en disant que le propre de l’homme était la politique, c'est-à-dire la capacité à concevoir l’avenir de la société par la discussion, doit-on en déduire que le Français n’est pas un homme ? Ou aurait-il besoin qu’on l’encourage à raisonner ?

mercredi 15 janvier 2014

Qu’est-ce qui cloche dans la démocratie française ?

De Dieudonné aux négociations de libre échange avec les USA, en passant par les réformes libérales du gouvernement ou sa politique africaine, chaque événement nous prend par surprise et nous laisse sans voix. La France ne pense pas. Ce vide est extraordinairement étrange.

De Gaulle est coupable. Il a fait de la France une monarchie. En montant à l’envers la République. Alors que le législatif devrait formuler les besoins de la nation et l’exécutif appliquer ses lois, c’est le contraire qui se produit. L'exécutif est supposé recevoir ses lumières du ciel. Ce qui est invraisemblable lorsque l’on y réfléchit bien.

Bien sûr, notre Général avait des circonstances atténuantes. Il a été appelé en 58 pour sortir la France d'une guerre fratricide. Et il a voulu mettre fin aux instabilités de la République. Car, alors, la chambre était le terrain de vrais débats. Mais, ils pouvaient être si violents qu’ils conduisaient souvent à une issue fatale. La IIIème République me semble curieusement ressembler à l’Italie moderne.

Que manque-t-il à la France ? Le désir de consensus allemand ? L'Allemand débat, mais il est convaincu qu'il ne peut rien faire sans l’autre. A l’origine de tout cela, il y a peut-être le mot ami

(C’est peut-être pour cela qu’il n’y a pas de conduite du changement dans les pays nordiques. On cherche d’abord à se raccrocher à une méthode, qui va faire consensus. Et ensuite, on l’applique, sans moufeter.)

Hollande : coming out neocon ?

M.Hollande est d’une « inquiétante légèreté » dit le Monde. Effectivement, M.Sarkozy semblait croire à sa politique et être affecté par son insuccès. M.Hollande, lui, connaît l'idylle au milieu du chaos. Alors, que penser de sa dernière décision ? Choix réfléchi ? 

Offre contre demande
Premier moyen d'aborder la question. M.Hollande avait (grossièrement) deux options. Agir sur l’offre, ou sur la demande. En admettant que la France n’ait plus les moyens de la seconde, elle pouvait chercher à s’entendre avec l’Allemagne pour qu’elle relance sa consommation, donc nos exportations. D’où cercle vertueux. Les entreprises font des bénéfices, elles embauchent, le chômage baisse, les impôts rentrent, la dette fond, et l’Etat peut réduire les charges sociales. Politique keynésienne, généralement associée à la gauche, et défendue par Paul Krugman, l'économiste qui actuellement est le plus admiré au monde (y compris par ses adversaires).
M.Hollande en appelle à l'offre. Il réduit les charges sociales. L’amélioration de la compétitivité des entreprises devrait entraîner celle de leurs affaires, des embauches… Même phénomène que précédemment.

Une politique déflationniste
Comment départager ces deux options ? L'entrepreneur embauche quand son avenir est prévisible. Sinon, il économise. (Comme nous, au fond.) En outre, nous dit-on, le système éducatif ne fournit pas la main d’œuvre dont a besoin l’entreprise. Elle a besoin d’immigrés. Si vous étiez dirigeant, que feriez-vous ? Il y a une autre façon de voir la question. Le monde, et particulièrement l’Europe, est en danger d’une déflation disent les économistes. C'est à dire ? Une spirale de contraction, prix, emploi, marché. M.Hollande a choisi une politique de réduction de coûts, une politique déflationniste. Deuxième façon de voir le problème.

La France de Dickens
Troisième acte de la discussion. Lorsqu'elle a été appliquée, quels ont été les résultats de cette politique ?
M.Sarkozy a réduit la TVA de la restauration. Notre taux de chômage a-t-il baissé ? Et l’Allemagne de M.Schröder, l'exemple type ? Inégalités sans précédent. En dépit de sa prospérité apparente, le pays souffre. Surtout, il est possible qu'en démolissant son système d’assurance social, l’Allemagne ait acquis un avantage sur le reste de l’Europe, dont elle a aspiré le marché. Parasitisme ? En faisant de même, nous pouvons récupérer un peu de ce qu’elle nous a pris. Bien sûr. Mais à force d’action et de réaction, on risque de se retrouver dans la situation des années 20. Plus aucune protection sociale, et un peuple fort méchant. Le danger est ici ? Cette politique pourrait réussir à court terme, en nous balançant dans un cercle vicieux ?
Or, nous sommes proches des années 20. Le service public a été privatisé. Une grosse partie de la population a un statut précaire (intérimaires, autoentrepreneurs, intermittents du spectacle, enseignants vacataires, chômeurs, stagiaires... mais aussi PME sous-traitantes). Ce qui empêche tout ce monde de ressentir les conséquences de sa situation, c’est l’Etat. Non seulement il paie pour notre santé et notre chômage, mais encore il tient une partie de nos entreprises à bouts de bras, par son CIR et ses commandes. Si, à court ou moyen terme, le pari de M.Hollande ne fonctionne pas, l’Etat sera surendetté. Il devra liquider notre système de solidarité. Pour savoir ce que cela signifie, relisons Dickens ?

Méritons-nous un mauvais sort ?
Ce qui précède fait une hypothèse implicite : la décision de M.Hollande doit être jugée en fonction de ses impacts économiques. Et si elle obéissait à d'autres critères ? Il est injuste que le pauvre soit nourri par la solidarité nationale lit-on dans la presse anglo-saxonne. C’est une vieille idée protestante, qui plaît au possédant. Le pauvre est maudit par Dieu, et le riche récompensé pour son mérite. Depuis quelques temps, la population s’est convaincue de ce principe. Elle pense qu’il y a des criminels, des parasites, qui causent la faillite du système. Il faut les punir. Et ce, sans comprendre que le parasite, c’est elle ! Le message de The Economist et d’autres est simple bon sens : pourquoi vouloir faire le bonheur d’autant de crétins ? Vas-y Hollande, tu as réussi, profite de la vie, et laisse crever cette racaille !

Cependant, l’espèce humaine est conditionnée par son environnement, dans d’autres circonstances, elle pourrait être aimable. Elle l’a prouvé par le passé. Nous sommes donc en face d’un choix. Voulons-nous demeurer déplaisants ou devenir sympathiques ? 

mardi 14 janvier 2014

Les mots de l’année

Jeanne Bordeau expose les tableaux de mots de l’année à la galerie Verneuil Saint-Pères, 13 rue des Saints Pères, Paris 6.

De tous ces mots, au filtre de mes biais de lecture, je retiens que le monde est en « colère », que le numérique (ou plutôt le digital) devient une sorte d’étau de nos libertés (« emprise numérique »). Et que la « pollution atmosphérique » a fait une inquiétante entrée dans notre vie.

Tout ceci est bien sombre. Ce qui n’est ni le cas de Jeanne, ni celui de son exposition.  

La fin de l’homme

La théorie de la complexité parle d’émergence. Il n’existe pas d’individu isolé. Il y a des groupes d’individus (atomes ou hommes), et ils apparaissent avec les lois qui les régissent (loi de la gravité ou code de la route). Ces lois qui transcendent l’homme sont la « métaphysique » des philosophes.

Je me demande, à la suite d’un billet précédent, si le propre de l’homme n’est pas, justement, de pouvoir entrapercevoir les règles qui le gouvernent. C’est un être semiémergent. (Apparemment, pour Kant, c’était l’artiste qui était le plus humain d’entre-nous.)

Je me demande aussi si, ce qui le menace le plus, n’est pas la complexité qu’il génère lui-même. Travailler, par exemple, a longtemps été une sorte de jeu d’enfant. Aujourd’hui, il faut des tas de diplômes, ce qui disqualifie une grande partie de l’humanité. Ne peut-on pas imaginer une sorte d’étouffement de la capacité émergente de l’homme sous l’emprise de la société ? 

lundi 13 janvier 2014

Nous sommes tous des libraires ?

Les députés ont voté à l’unanimité. Amazon (seulement ? Et la Fnac ?) devra faire payer les frais de port des livres qu’il vend. C’est curieux. Hier M.Montebourg se félicitait de la création d’un millier d’emplois par un entrepôt d’Amazon. Et la loi est un sérieux frein à l’accès à la connaissance. Le Français se moque-t-il de la connaissance et de l’emploi ? Pourquoi n’a-t-on pas entendu ce type de propos, même minoritaire ? Les députés sont-ils représentatifs de quelque-chose ? Sinon des ordres du gouvernement (mais pas de M.Montebourg) ou de la dernière idée qui semble flotter ? Et pourquoi faire autant de cas des libraires, alors qu’on laisse crever des PME un peu partout ? Et que dire des SDF ? Serions-nous tous des libraires ?

Tout semble beaucoup plus compliqué qu’on ne le dit

Amazon est-il un danger pour les libraires ?
Les libraires affirmeraient qu’Amazon vend à perte. Mais on lui reproche aussi de ne pas payer ses impôts ! Quant à la concurrence (huffingtonpost) :
"Nous réalisons 70% de nos ventes sur des livres de fond de catalogue qui ont plus d'un an. Au contraire, les libraires se concentrent sur les nouveautés et ne peuvent pas servir les clients qui demandent des ouvrages plus anciens, car ils ne les conservent pas en stock. Nous sommes donc parfaitement complémentaires", rappelle Romain Voog (dirigeant d’Amazon).
Le marché du livre est aujourd'hui très cloisonné, tout comme son type de ventes. Les grandes surfaces alimentaires (Leclerc, Auchan) captent environ 20% du total mais se réduisent strictement aux "best sellers". Les grandes surfaces consacrées à la culture (Fnac, Cultura) 25%, tandis que les librairies indépendantes touchent 20%. La vente en ligne ne s'arroge que 10% du marché. Et Amazon n'est pas seul...
(En outre, les libraires seraient victime du prix de l'immobilier, et des éditeurs qui publient à tort et à travers.)

Le libraire, comme missionnaire ?
L’étonnante unanimité de nos représentants a peut-être une autre explication. Voilà ce que dit le ministère de la culture :
Compte tenu de leur rôle culturel (en effet, grâce à leurs conseils et leurs sélections, celles-ci jouent un rôle prépondérant dans la diffusion du livre, la mise en avant de la diversité éditoriale ainsi que dans l'aménagement du territoire et l'animation culturelle), le maintien et le développement des librairies constitue une des priorités de la politique du livre. Compte tenu des difficultés conjoncturelles et structurelles que rencontrent les libraires, l'action du Ministère de la Culture et de la Communication en faveur des librairies est aujourd'hui renforcée.
Voilà un texte bien surprenant. Le gouvernement nous prendrait-il pour des crétins, qui ont besoin d'être civilisés par des missionnaires ? Et ces missionnaires, ce sont les libraires ?
Voilà pourquoi nos députés votent comme un seul homme ? Ils ne sont pas là pour nous écouter. Mais pour nous dire ce qui est bon pour nous ?

Pour un libraire commerçant ?
Mais, avons-nous besoin de gens qui nous éduquent ? Et, si oui, y a-t-il beaucoup de libraires qui en soient capables ? Et, s’ils sont aussi utiles que le dit le ministère pourquoi ont-ils besoin d’être protégés ?

Et si le problème était là ? Si les libraires sont en voie d’extinction, c’est parce que ce ne sont pas des commerçants, mais des missionnaires ? 

On ne naît pas intelligent, on le devient

J’ai dit que l’on ne naissait pas ingénieur, qu’on le devenait. Je me demande s’il n’y a pas là une des caractéristiques éternelles de notre pays. Celle qui explique la résistance des privilèges. Nous croyons que nous naissons élus. L’Ancien régime le disait, les grandes écoles l’ont confirmé.

Une croyance longtemps solidement établie chez nous a été que les grandes écoles sont une forme de test d’intelligence. Et que les gens intelligents ont tous les droits. Je ne sais pas trop ce que signifie intelligence, mais je crois que si c’est une vertu ultime non seulement elle se construit, mais encore elle est en construction permanente. L’homme doit être éternellement un « jeune con », qui se transforme en se tapant la tête contre les murs. Lorsqu’il devient un « vieux con », qu’il n’a plus que des certitudes, son histoire est finie. C’est un réactionnaire.

Je me demande d’ailleurs si cet art de la tête contre les murs n’est pas ce que nous appelons « le travail ». Car travailler, au fond, c’est vouloir dominer un environnement qui cherche à faire de nous de vieux cons, des robots qui serrent des boulons sur une ligne d’assemblage. Le propre de l’homme n’est peut-être pas le débat démocratique, comme le dit Hannah Arendt, mais, plutôt, cette volonté de se libérer de l’aliénation. Contrairement, aussi, à l’opinion d’Hannah Arendt, le combat n’est pas gagné une fois pour toutes, il est permanent. « La condition de l’homme (moderne) » , c’est un espace de confrontation, qui permet à l’individu de se transformer, sans cesse. Et c’est ce mouvement de ludion, de la caverne à la lumière et retour, qui est nécessaire à la participation au débat politique.

Ce qui m’amène à un autre différend avec Hannah Arendt. Elle semble ne pas aimer le travail. Il fait de l’homme une « bête de somme », dit-elle. Mais n’a-t-elle pas passé sa vie à travailler ? A décortiques l’œuvre des philosophes, à donner des cours, et à écrire des livres ? En fait, il est possible qu’il y ait deux types de travaux. Celui qui « rend libre » (comme disaient les camps de concentration), et celui qui abêtit. Que le travail tombe dans l’un ou l’autre camp dépend probablement à la fois des conditions dans lesquelles il s’exerce (le camp de concentration abêtit massivement) et de l’individu lui-même (Hannah Arendt me semble avoir fait preuve de beaucoup plus de liberté que Sartre, à qui je dois pourtant le thème que je développe : Sartre est resté un diplômé, il n’est jamais devenu un philosophe, et encore moins un homme d’action).

Je débouche ainsi sur la question sur laquelle s’est achevée la vie d’Hannah Arendt : la capacité de juger. Et si elle n’était rien d’autre que cette aptitude à se libérer ? Aptitude qui n’est pas intrinsèque, mais qui profite d’une accumulation d’expériences et de réflexions ?

(Mes propos se réfèrent à La condition de l’homme moderne, d’Hannah Arendt, et à sa biographie.)

dimanche 12 janvier 2014

Hollande, le Schröder français

Les vœux de M.Hollande ont enthousiasmé The Economist. A la surprise générale, ce fut un coming out libéral. Il est presque allé jusqu’à parler de paresseux qui abusent du système. Et il est prêt à « court-circuiter » les processus démocratique s’il le faut. Seule inquiétude, cependant, le passé de M.Hollande trahit une tendance à accoucher de décisions qui se paralysent par contradiction.

En fait, il n’y a peut-être pas beaucoup à faire pour améliore les affaires des Etats. Vendre ou mieux gérer leurs possessions. Il y a là une fortune (pour les seuls actifs non financiers : près de 80% du PIB pour la France, et 120% pour le Japon). Encore faudrait-il en avoir une comptabilité correcte.

L’Amérique va-t-elle connaître, enfin une forte croissance ? Tout ce qui semblait l’empêcher jusque-là a disparu. A moins que le pays ne soit entré dans une phase structurelle de stagnation. Sinon son humeur est à la réduction des inégalités. Mais elle ne devrait pas passer aux actes. Car ceux qui ont intérêt à cette réduction ne votent pas. L’Italie ressemble étrangement à la France de la IIIème République. Il n’y pas pire ennemi d’un dirigeant qu’un homme de son parti. L’intérêt du pays pèse peu par rapport aux ambitions personnelles. La Lettonie choisit un premier ministre de type Merkel. En Grèce, un risque en cache un autre. Economiquement, cela va mieux, « ce qui est inquiétant, c’est plutôt la montée d’extrémistes grecs appartenant à des variantes néo-nazies ou néo-staliniennes ». En Syrie, les excès d’une émanation d’Al Qaeda ont provoqué un sursaut du reste du pays. Du coup, le prestige de l’opposition respectable en est grandi, et la qualité de recours de M.Assad réduite. En Egypte, le mécontentement suscité par les manifestations continuelles des frères musulmans préparerait le terrain à un retour d’une dictature militaire. En Israël, M.Kerry aurait réussi l’impossible. Convaincre les politiques israéliens de la nécessité d’un Etat palestinien. Mais les Palestiniens préféreraient vivre au milieu des griefs qu’ils ont accumulés vis-à-vis des Israéliens. Par ailleurs, la question se pose à nouveau de savoir ce que cela signifie d’être Juif. Est-ce une question de gènes, ou de partage de valeurs communes ? En Iran, les sanctions internationales ont surtout affecté le petit peuple. L’argent étant réservé aux services de sécurité. La famille de M.Mandela se dispute la possession de sa marque.

Les dépenses en recherche médicale seraient en déclin. Evénement dont les « effets ne devraient pas se faire sentir avant quelques temps ». Automobile. Course à la taille. Ceux qui produisent beaucoup cherchent à éliminer les autres. Le marché semble douter des capacités de se renouveler d’IBM. Il se trouve qu’il vient d’annonce une unité d'avenir consacrée à un ordinateur programmable en langage naturel. Quant à Samsung, il produit tout ce qu’il faut pour équiper la maison électronique. La qualité allemande fait un malheur dans le domaine de l’armement. Difficulté du moment : vendre au marché en croissance des pays peu recommandables sans que cela se remarque trop. Le retour des nations ? Les grandes compagnies de navigation de croisière se font prendre des parts de marché par des spécialistes. Notamment des compagnies qui vendent des croisières monolingues. La Chine n’est plus le Farwest de la cosmétique. « A mesure que les coûts augmentent et la croissance faiblit, L’Oréal et Revlon ne seront probablement pas les derniers cosméticiens étrangers à reconsidérer leurs ambitions chinoises. » Et si le marché n’était pas le meilleur moyen d’allocation de ressources ? (comme on me l’a seriné à l’Insead). On trouve de nouveau des vertus aux conglomérats. La titrisation est de retour. Son objet est de transférer les dettes des entreprises des banques au marché. Un investisseur averti en valant deux on espère que les mêmes causes n'auront pas les mêmes effets. Finalement, les économistes ont changé de consensus. « Maintenant il n’est question que de Grande récession – et de la possibilité qu’un peu plus d’inflation puisse être utile. » 

Vie privée présidentielle

On dit que notre président aurait une nouvelle petite copine, à qui il rendrait visite en scooter. Il exige que l’on respecte sa vie privée. Mais doit-on avoir une vie privée quand on est un homme public ?

La Dauphine, belle fille de Louis XIV qu’il aimait beaucoup, disait que si la France était bien gouvernée, et si ce n’était pas le cas en Angleterre, cela venait de ce que la première était dirigée par une femme, et la seconde un homme. Autrement dit, c’étaient les amants des souverains qui possédaient la réalité du pouvoir.

Charles de Gaulle a donné à la France un régime monarchique. Notre président a un pouvoir considérable. En particulier celui de déclarer la guerre. N’avons-nous pas un droit de savoir qui il est et d’où peuvent lui venir ses idées ? Sa vie privée compte-t-elle plus que l'intérêt collectif ?

(Ce que dit la BBC de l'affaire. Et The Guardian. En Angleterre, les gouvernants n'ont pas de vie privée.

samedi 11 janvier 2014

Trouble à l'ordre public

Dieudonné trouble l'ordre public, dit le conseil d'Etat. Cela pose bien des problèmes. En effet, le jugement Dieudonné ne pourrait-il pas s'appliquer à beaucoup de gens ? Quid des FEMEN ? D'après ce que je lis, l'exhibitionnisme est un trouble à l'ordre public qui, lui, est recensé (d'ailleurs j'ai cru voir que certaines communes interdisent que l'on s'y promène en maillot de bain). Et les bonnets rouges ? Et ceux qui abattent les portiques de l'écotaxe ? Et tous les héros de 68, n'auraient-ils pas dû être tués dans l’œuf ? Et l'équipe de journalistes qui a fait parler d'un Dieudonné inconnu ? Et la presse qui n'arrête pas d'amplifier l'événement ?

Ce qu'il y a de curieux dans cette affaire, c'est qu'un premier jugement, qui ne voyait pas d'atteinte au dit ordre semblait d'une certaine logique :
Les juges ont estimé aussi que Le Mur, qui "apparaît comme la reprise, dans le cadre d'une tournée, du même spectacle présenté depuis plusieurs mois sur la scène parisienne, n'a pas donné lieu, au cours de cette période, à des troubles à l'ordre public".
Le conseil d'Etat est revenu sur ce jugement dans des conditions quasiment sans précédent. Le conseil d'Etat n'est pas constitué de magistrats, mais de fonctionnaires. Le gouvernement intervient dans la nomination de ses membres. Que penser de tout ceci ? Le conseil d'Etat est-il impartial ? Ce jugement révèle-t-il une inquiétante évolution de notre démocratie ? Va-t-il falloir en revenir à la pratique de l'épuration de la fonction publique ?...

Dieudonné aurait-il révélé un point faible du système, capable de l'abattre ? Quelque-chose comme la provocation de Bismarck, qui a plongé la France dans la guerre de 70 ? Une remise en cause serait-elle nécessaire ?...

Les vertus du consultant

Un haut fonctionnaire explique qu'il utilise beaucoup les services de grands cabinets de conseil en stratégie. Pourquoi ? Des prix ridicules. Des gens qui travaillent jour et nuit, et qui savent comment utiliser Powerpoint. Et le contenu ? Rien de neuf. Mise en forme du savoir du ministère. C'est d'ailleurs pour cela que l'administration bénéficie de prix aussi bas. Les consultants réutilisent les informations de la mission.

Dans une nation de seigneurs, seuls l'immigré et le consultant travaillent ?

vendredi 10 janvier 2014

L'homme est-il idiot ?

Je souffre d'un curieux bug de constitution. Depuis la nuit de mon temps, j'ai douté de moi et cherché la certitude chez les autres. En pure perte. Il est étonnant à quel point les gens prétendument importants ou intelligents peuvent dire, et croire, des stupidités. (Le paradoxe n'est qu'apparent : probablement, plus l'on se croit intelligent et moins on pense à réfléchir avant de parler.)

Le plus curieux peut-être est leur degré d'insuccès. La marche du monde semble se moquer de leurs propos. La société n'obéit pas à ses dirigeants. Mais à des forces dont ils sont, au fond, les jouets. Et nous avec.

Pourrait-on trouver une "fonction" sociale à ces idées fausses ? Le laisser faire ? La défense du statu quo et des avantages acquis ? Le bel esprit rationalise ses intérêts, ce faisant il "croit" peut-être les défendre alors que son immobilité sert, au contraire, un changement qu'il ne perçoit pas ?

Haute qualité environnementale

Haute qualité environnementale. Beau nom. Mais qu’y a-t-il au dessous ?
Un nouveau concept est inventé. Et il est immédiatement dévoyé. Il faut en inventer un autre. Et cela va de plus en plus vite. N’est-ce pas une des raisons pour lesquelles nous avons l’impression que tout change très vite ? 

(Pour une formulation scientifique : une annonce de Harvard Business School Presse.)

jeudi 9 janvier 2014

Naît-on ingénieur ou le devient-on ?

Il y a peu, je me suis trouvé face à une normalienne, agrégée de philosophie, qui avait été recrutée par un cabinet de conseil en stratégie. Désastre et dépression.

Ne faisons-nous pas un mauvais usage de nos diplômés, me suis-je demandé ? Les précédentes générations de normaliens sont à l’origine d’un grand nombre de nos connaissances, mais ils ont commencé par donner des cours dans le secondaire avant de faire une œuvre qui les a amenés au Collège de France. Ce qui a fait le prestige de leur école. Il en a été de même des ingénieurs. Maintenant, ils deviennent chefs ou banquiers, dès qu'ils ont reçu un diplôme. Hier, Bienvenüe (l’homme du métro) perdait un bras sur un chantier. Tous ceux qui ont fait l’industrie actuelle sont, en quelque sorte, « sortis du rang ». Ils ont mis une vie à se construire.

Naît-on ingénieur, ou le devient-on ? Un ingénieur doit-il vivre en noble d’ancien régime ou développer le savoir-faire technique collectif ? Et est-il plus heureux en gagnant beaucoup d’argent ou en faisant un travail complexe et utile ?...

Nouvelle génération de gouvernants ?

A la télé du réveillon, j’ai entraperçu M.Hollande et ses vœux. Peut-être était-ce dû à la brièveté de l’extrait, mais j’ai été pris par surprise. C’était la première fois que j’avais ce sentiment devant un discours politique. Consternant. A la fois l’expression et les paroles (il essayait d'expliquer, je crois, qu’il savait ce qu’était le chômage). Il était hors des grilles d’évaluation ("in a league of his own" disent les Anglo-saxons). M.Hollande est-il un extraterrestre ?

Je crois que les hommes politiques arrivent en famille. Ils sont le produit des évolutions de la société. M.Sarkozy, par exemple, avait les caractéristiques des dirigeants anglais qui ont précédé M.Cameron, de M.Schröder, ou de Bill Clinton. Et si M.Hollande appartenait à la race de M.Obama et de Mme Thorning Schmidt (et de M.Cameron ?) ? Des théoriciens, indifférents à l'humanité. (Autre appui possible à cette hypothèse.)

Effectivement. On me dit que M.Hollande n'est pas ce qu'il paraît. Il a une stratégie à laquelle il tient fermement. Le laisser-faire. L’attente d’un retournement du cycle économique. Afin de nous faire patienter, il cherche à nous donner ce qu'il pense que nous, sorte d'abstraction, désirons d'un président (faire la guerre, par exemple ?). Serait-ce cela qui se voit ? M.Hollande s'adresse à des extraterrestres ?

(Ses "petites blagues" confirmeraient-elles cette théorie ? Comme les photos de Mme Thorning Schmidt (qui se photographie, tout sourire, en compagnie de MM.Obama et Cameron, lors de la cérémonie d'hommage à M.Mandela - voir lien ci-dessus) ? Une preuve que cette nouvelle élite intellectuelle n'est pas concernée par les nations qu'elle gouverne ?)

mercredi 8 janvier 2014

Pour une science de la société ?

Je cite souvent Von Bertalanffy qui disait, comme probablement beaucoup de scientifiques d'après guerre, que sans une science des sociétés nous allions vers le chaos. Or, non seulement nous ne l’avons pas conçue, mais nous avons affirmé avec Hayek, qu’il n’y avait pas de société. Et ceux qui auraient pu être les scientifiques dont nous aurions eu besoin ont été aspirés par les banques. Comment faire évoluer la science dans ces conditions ? Mai, au fait, que serait une science des sociétés ? 

J’en suis arrivé à croire que ce serait une science dont les principes seraient à l'opposé de ceux de la science telle que nous la pratiquons.
  • Nous ne sommes pas des nains sur des épaules de géants. Ce n’est pas l’individu qui fait l’histoire. C’est (en dehors des forces naturelles), l'action collective de l'humanité. Et elle est réglée par une forme d’inconscient. Et c’est pour cela que, paradoxalement, le « laisser faire » des économistes n’est rien d’autre que la défense des intérêts des « possédants » : sans action humaine, il ne se passe rien.
  • Le monde ne peut pas être décrit. C’est parce que nous faisons des hypothèses sur lui et que nous agissons en fonction d’elles que nous commettons des erreurs fatales. Cette idée, qui donne de bons résultats en physique, ne marche pas dans le domaine humain. Car elle a des conséquences auto-réalisatrices. Nous nous enferrons dans l’erreur. Une science de la société est une science qui fait l’hypothèse de la complexité du monde. C'est-à-dire qu'il ne peut être connu. Mais ce n’est pas pour autant que nous ne pouvons pas agir. (Ne nous trouvons-nous pas souvent dans des lieux inconnus ? Cela nous gène-t-il ?) 
  • Un des objectifs de cette science des sociétés doit être d’éliminer la souffrance de l’humanité. Or, mon expérience me laisse penser qu’il en faut peu pour réussir. Pour cela, il faut comprendre ce que veulent ses membres, ce qu’ils cherchent à faire, et ce qui les bloque (d’où souffrance). Avec un peu de négociation, on parvient à contenter tout le monde. Pas besoin de grandes modélisations. Cette méthode est la dialectique des Grecs. Elle revient régulièrement dans notre histoire (cf. Hegel et Marx – qui me semblent en faire un contre emploi positiviste). Justification. Lorsqu’une société dysfonctionne, c’est parce que certains de ses principes constitutifs se contredisent. Il faut alors repérer ce qui ne va pas et chercher à « transcender » l’opposition.
  • Mais, au fait, pourquoi une science erronée a-t-elle pu survivre aussi longtemps ? Parce qu'en menaçant de détruire la société, elle la force à évoluer. Ce qui peut avoir des effets bénéfiques. Mais au prix d’une énorme souffrance humaine (phénomène du deuil produit par un changement subi). Est-il possible d’éliminer totalement ce mode de changement par agression ? Au moins on en atténuera l’attrait en rendant la société plus mobile qu’elle ne l’est aujourd'hui. Par exemple en installant des sortes d’Instituts Pasteur du changement social, et en apprenant à la société des techniques de conduite du changement, qui lui évitent de le subir.
  • Finalement, je crois qu’un critère de succès pour cette science est qu'elle soit appliquée de manière "non totalitaire". Ses principes doivent se diffuser d’eux-mêmes, parce qu’ils font réussir (= rendent heureux) ceux qui les appliquent. 

mardi 7 janvier 2014

Le retour des nations ?

"The gated globe" titrait The Economist, il y a quelques temps. Ce n'est pas la fin de la globalisation, mais le retour des nations. Qu'est-ce que cela pourrait signifier ?

L'opposé de ce que nous avons vécu : le nettoyage à zéro des cultures par la "culture" du bizness (une culture réduite à néant, en fait). Pourquoi ne pas imaginer chaque nation refaisant, de nouveau, briller sa culture ? Et si l'on assistait, en particulier, à un renouveau artistique ?...

Quelles seraient les règles du jeu de la globalisation, alors ? Apprendre à connaître la culture des autres. Et cela commence, à l'opposé de la négation culturelle américaine, par le respect. Et peut-être par la crainte. (Par exemple, qu'est-ce que cela signifierait de vivre dans une culture chinoise ? Étouffement de nos libertés ?) Ce n'est qu'alors que l'on peut commencer à s'entretenir avec eux. Et si, alors, les relations internationales étaient autre chose qu'une question d'affaires? Et si l'on retrouvait la préoccupation des Mélanésiens étudiés par Malinowski  pour lesquels il s'agissait de tisser des liens humains ?

Dans ces conditions, et si l'Europe avait, enfin, un avantage concurrentiel ? Si elle parvenait à constituer un ensemble de cultures en coopération efficace, peut-être pourrait-elle utiliser ce savoir-faire dans ses relations internationales ? Comme une sorte de médiateur universel ?

(A noter, que ce serait un retour à ce que l'on connaissait il y a trente ans : à l'époque on pouvait lire des livres tels que "How to do business with the Japanese" (par Boye De Mente, NTC Business Books, 1990), sans choquer personne. Quant à Malinowski, en blanc, ci-dessus: MALINOWSKI, Bronislaw, Argonauts of the western pacific, Waveland, 1984)