lundi 30 septembre 2013

Petit traité de création de valeur

Quelques moyens de créer de la valeur :
  • Soit le café parisien. Son produit d’appel est le café, en dehors des heures de repas, et le menu, lors des repas. Il fait ses marges sur l’alcool et la carte. Le coût de ses locaux et de son personnel est réparti sur les produits qu’il vend. Imaginons que ses clients décident de l’utiliser comme bureau de passage. Ils louent donc une surface pour le prix d’un café. Un tel usage conduirait à la faillite des cafés. Il deviendrait impossible de trouver un endroit ou s’asseoir dans Paris, en dehors de chez soi. Il en est de même des entreprises. Une sorte d’accord implicite entre elles et leur clientèle conduit à une répartition de leurs marges et de leurs coûts. L’entreprise est à l’équilibre parce que son marché consomme un certain mix produit. Mais si le marché exploite ce modèle pour obtenir gratuitement ce dont le coût est supporté par d’autres produits, l’entreprise périclite. C’est ce procédé, utilisé systématiquement par les services achat, qui a détruit les tissus économiques[1].
  • Soit une famille. Ses enfants sont son avenir. Mais ils sont aussi son coût. Alors que les parents représentent ses revenus. Ne pas avoir d’enfants est une amélioration nette de la situation de la famille. Il en est de même pour l’entreprise. Le renouvellement de son portefeuille de produits est à la fois nécessaire et un coût. Un « nettoyage de bilan » consiste à améliorer significativement la rentabilité apparente de l’entreprise en masquant au mieux la dégradation de ses perspectives. (En pratique en éliminant tout ce qui n’est pas « vache à lait ».) N’est-il pas significatif que l’horizon des fonds d’investissement soit 5 ans ?
  • Adam Smith s’est demandé[2] pourquoi ce qui avait le plus de valeur pour nous (par exemple l’eau, l’air, le conseil d’un ami…) n’en avait pas pour le marché. La réponse est l’offre et la demande. Ce qui est essentiel est en abondance. Voilà un encouragement à la destruction de ce qui nous est utile. Pour l’éviter, la société crée des lois. Mais, si tous les peuples du monde ne les appliquent pas, il est facile de les contourner. Faut-il chercher plus loin les raisons de la globalisation ?
  • Nos Etats nous promettent des retraites. Mais nulle part cet engagement n’est comptabilisé. Pourtant il représente de l’ordre de 400% du PIB de beaucoup d’Etats occidentaux. Le cataclysme est pour demain[3].
  • Dans les années 20, des acteurs financiers américains s'étaient spécialisés dans la minibulle spéculative : ils achetaient des actions, donnant le signal de la spéculation. Lorsqu’ils vendaient, les autres spéculateurs les suivaient. Dans les années 90, Goldman Sachs a utilisé la Bulle Internet pour prélever des grosses commissions lors de l’entrée en bourse d’entreprises qui ne valaient rien[4]. La spéculation[5] est un mécanisme rationnel qui exploite les règles sociales.




[1] Pour une généralisation de cette analyse concernant la destruction du tissu industriel américain : FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.
[2] SMITH, Adam, KRUEGER, Alan B, CANNAN, Edwin, The Wealth of Nations: Adam Smith ; Introduction by Alan B. Krueger ; Edited, With Notes and Marginal Summary, by Edwin Cannan, Bantam Classics, 2003.
[3] « L’économie avancée médiane devrait avoir un déficit de 24,5% de son PIB d’ici 2050 ; 12 pays, y compris les USA et la Grande Bretagne, auront des déficits de plus de 30%. Le rapport de la dette au PIB devrait avoir dépassé les 400%. » Old-age tension, The Economist, 14 octobre 2010.
[4] Sur l’histoire récente de Goldman Sachs, qui n’est qu’une succession de ce type d’innovations financières : TAIBBI, Matt, The Great American Bubble Machine, 9 juillet 2009, que l’on peut lire ici : http://www.rollingstone.com/politics/news/the-great-american-bubble-machine-20100405.
[5] Le mécanisme de la spéculation est étudié dans : GALBRAITH, John Kenneth, The Great Crash 1929, Mariner Books, 1997. De ce livre est tiré l’exemple des spéculateurs des années 20 (le livre dédie un chapitre à Goldman Sachs, par ailleurs). 

dimanche 29 septembre 2013

Chaos et fin nucléaire ?

Al Qaïda se porterait bien. Contrairement à ce qu’espérait le gouvernement américain. (Ce mouvement est-il autre chose que la conséquence du chaos qui existe au Moyen-orient ?) L’attaque des terroristes somaliens contre le Kenya aurait rendu sympathique un gouvernement peu recommandable. En Syrie, les rebelles modérés comptent de moins en moins. Qu’il n’y ait pas eu d’intervention américaine leur aurait été fatal. En Egypte, le retour à une forme de dictature de l’armée semble se confirmer. Les Iraniens seraient toujours aussi désireux de se rapprocher des USA.

Qui avait dit que les BRICS avaient l’avenir pour eux ? C’est au tour du Brésil de ne pas aller très fort. Economie vacillante, assurance sociale digne de l’Europe, coût de la vie extraordinairement élevé, système politique bloqué par l'intérêt personnel, infrastructure de transport désastreuse. (Cela ressemble à l’Inde. Faudrait-il plus que l’économie de marché pour transformer un pays ?)

Tout le monde attend Mme Merkel, qui elle-même cherche des alliés pour constituer un gouvernement. Cela devrait prendre du temps. Mais elle l’a pour elle. La France s’enfonce dans le cercle vicieux de l’augmentation d’impôts. Et M.Strauss-Kahn va sauver l’économie serbe. La Hollande serait une nouvelle victime d’une austérité qui ne résout rien. Son gouvernement vacille. L’extrême droite bientôt au pouvoir ? En Angleterre Ed Milliband part à gauche et promet de réduire le prix de l’énergie. Mais celui-ci dépend d’entreprises privées. Et l’Angleterre manque de capacités de production. Elle a besoin de leurs investissements. Peut-elle être désagréable avec eux ? (A moins de les nationaliser ?) Aux USA, les Républicains continuent de bloquer le gouvernement. On en vient à regretter les coups tordus de Lyndon Johnson, à qui aucun politicien ne résistait. On aurait aussi compris pourquoi le taux de chômage américain n’est pas plus élevé : les sans emplois se feraient porter invalides (les pensionnés seraient passés de 1,3% en 70 à 4,6% en 2013).

La cigarette électronique est en croissance. Les fabricants de cigarettes s’y mettent, pour ne pas se faire dépasser. Blackberry serait condamné. Son marché, l’entreprise, serait envahi par les terminaux grand public.

Périrons-nous par le nucléaire ? « les arsenaux nucléaires sont des systèmes si complexes et catastrophiques que les être humains – quelles que soient leur formation et leur discipline – ne peuvent empêcher la survenue d’un désastre, tôt ou tard. »

Science. « Les récifs sains ont besoin des requins de même que les forêts saines ont besoin des loups. » La disparition d’un membre d’un écosystème conduit à un déséquilibre qui touche tous les autres. 

L’aéronautique en changement

Tom Enders va-t-il torpiller l’aéronautique européenne ? me suis-je demandé. A la réflexion, le problème est plus complexe que je ne le pensais.

Il me semble qu’EADS a été créé comme un champion qui doit faire vivre le tissu industriel européen. En lui-même EADS n’était supposé être rien. De même, Arianespace a pour objet de fournir du travail à des entreprises françaises m’a expliqué un de ses anciens directeurs de la stratégie.

Il me semble aussi qu’EADS veut être maintenant une entreprise « normale ». Il y a rupture implicite d’un contrat tout aussi implicite. En outre, la dévaluation permanente du dollar amène EADS à vouloir s’installer en zone dollar, et à y chercher ses sous-traitants.
Cela pose plusieurs questions :
  • Le tissu industriel aéronautique a l’air d’être constitué de sortes d’ateliers d’EADS, totalement dépendants et peut-être protégés par des contrats à très long terme (durée de vie d’un avion : vingt à 30 ans). On est très loin de l’équipement automobile, même des temps préhistoriques. En particulier, il ne doit y avoir aucune fonction commerciale. En revanche, ayant pu se concentrer longtemps sur une spécialité étroite, il est possible qu’ils possèdent des savoir-faire rares (usinage…) mais totalement méconnus par un donneur d’ordre de moins en moins technicien.
Comment « conduire le changement » ? Peut-être par consolidation des ateliers. En leur apportant les savoir-faire manquants (gestion grand compte, gestion de grands projets, internationalisation…), tout en sauvegardant leurs compétences. Et cela en marche forcée. Cette consolidation périlleuse doit se faire avec EADS et l’Etat.
  • Ce n’est pas fini. Ce nouvel équipementier se trouverait alors face à un problème curieux. Il n’a que deux clients potentiels ! Peut-il travailler pour les deux à la fois ? Mais il y a beaucoup plus grave. Le vrai client est le programme (par exemple l’A380). Ce qui fait l’équilibre de l’équipement automobile, c’est qu’il y a beaucoup de modèles, Faurecia gère plus d’une centaine de programmes. Du coup, cela permet d’en perdre quelques uns et d’en gagner d’autres. Ou de perdre de l’argent sur quelques acquisitions. Les équipementiers aéronautiques ne vont-ils pas se retrouver avec une poignée de contrats, d’où guerre des prix suicidaire, mais aussi arrêt cardiaque en cas de programme en dépassement de coûts ?

samedi 28 septembre 2013

Faut-il écrire simplement?

Mon étude du changement a eu une conséquence imprévue : j'ai dû me transformer en écrivain. Et j'ai découvert qu'il était difficile de se faire comprendre. Je dois simplifier de plus en plus. J'ai l'impression d'être aspiré vers le fond. J'en suis arrivé à me demander si notre société n'avait pas été atteinte par une gigantesque épidémie de paresse intellectuelle.

Et je n'en suis même pas une exception. Lorsque je lis Hannah Arendt ou d'autres, j'ai envie de leur dire de s'exprimer plus clairement, qu'il me semble qu'ils cachent leur jeu et masquent leurs intentions.

C'est alors que m'est venue une autre idée. Et si c'était en cherchant à comprendre l'incompréhensible que l'on progressait ? Que l'on se transformait ? Que l'on changeait ?... D'ailleurs, et si tous ces auteurs éminents n'avaient pas eux-mêmes compris ce qu'ils écrivaient ? Et si leurs ouvrages avaient été, justement, un encouragement à chercher un sens qu'ils n'avaient pas trouvé ? (Un peu comme les équations de Fermat.)

vendredi 27 septembre 2013

Alzheimer et l'hygiène

L'hypothèse de l'hygiène : Les environnements aseptisés des nations développées ont pour résultat une moindre exposition à un éventail étendu de bactéries, virus et autres micro organismes - ce qui en fait pourrait conduire à un développement insuffisant du système immunitaire, exposant le cerveau au type d'inflammation associée à la maladie d'Alzheimer. (L'article.)

Le progrès humain semble avoir des conséquences qui en limite toujours les effets.

jeudi 26 septembre 2013

HRA Pharma : seule la PME peut encore innover ?

Histoire d'HRA pharma, petit laboratoire créé en 1996. Voyage dans un monde de bénéfices étonnants (l'un des derniers "à connaître des marges que l'on pourrait qualifier d'insolentes (jusqu'à 80%)"), peuplée de monstres qui plient les législations selon leur intérêt et ne conçoivent la petite entreprise que comme une proie ou un cadavre. Comment, HRA peut-il être, dans ces conditions, rentable et croissant (CA : 55m€, pour 110 personnes) ?

Son principe est "de découvrir, développer, homologuer et commercialiser des médicaments ou des dispositifs médicaux répondant à une demande médicale non satisfaite. Ces produits (doivent) être innovants et à forte valeur ajoutée". Sa force est la faiblesse des mastodontes. Ils ne s'intéressent qu'aux grands marchés. Ils laissent de côté énormément de choses.

Paradoxe : "en matière de RetD, il est clair que l'on a intérêt à fonctionner en petites unités. Ce qui pose un problème est l'aspect commercial". "L'augmentation de la taille de l'entreprise (110 personnes) est paradoxalement le point qui me paraît le plus préoccupant pour l'entreprise." HRA considère que sa compétence est la RetD, qu'elle doit être faite en petites unités, et que tout le reste doit, dans la mesure du possible, être sous-traité. Force, une dream team ? "nous connaissons très bien notre domaine et notre métier (...) nous avons réussi à professionnaliser les équipes et à recruter de plus en plus de personnes issues d'entreprises plus grandes et souvent très expérimentées".

Comment la société trouve-t-elle ses idées de développement ? D'abord, en étendant le champ de ses produits existants. Ensuite en acquérant de nouveaux brevets. Ce qui semble demander un gros travail qui ressortit plus à l'art qu'à la science. Le dirigeant de la société, André Hulmann, a ce talent. (Le modèle très particulier d'HRA pourra-t-il survivre à son départ ?)

Le libéralisme peut-il être financier ?

A force de lire les penseurs qui ont conçu la société d’après guerre, il me semble que le libéralisme consiste à produire des hommes libres. En fait, des vrais hommes. C'est-à-dire des êtres qui ont développé des capacités qui sont uniques à l’espèce humaine. (Originellement, le libéralisme consistait surtout à éviter à l'homme d'être opprimé.)

Dans ces conditions, le libéralisme peut-il être financier ? Ce type de libéralisme ne met-il pas au dessus de tout l’économie, la satisfaction de besoins physiologiques de l’homme ? Le libéralisme économique n’a-t-il pas pour objet non la libération de l’homme, mais celle des marchés, êtres qui valent bien plus que nous, selon lui ? 

mercredi 25 septembre 2013

Liberté et politique

J’ai un différend de fond avec Hannah Arendt, me semble-t-il. Elle adopte le modèle grec. La liberté c’est la politique faite sur l’agora par des égaux. Ces égaux se sont dégagés des contingences matérielles.
  • Pour ma part, la définition de la liberté par les Lumières me convient mieux. Etre libre, c’est être capable de penser par soi-même. C’est se dégager des lois sociales qui guident notre comportement sans faire appel à notre libre arbitre. (Si l’on suit ces lois, c’est en connaissance de cause.)
  • Quant à la politique, il me semble qu’elle se fait (devrait se faire) par débat entre gens libres. Pas besoin d’agora pour cela. Je soupçonne d’ailleurs que c’est l’idée de J.S. Mill.
  • Finalement, quel est l’objet de la politique, de ce débat vigoureux ? C’est de produire la constitution d’Aristote, c'est-à-dire un projet dans lequel toute une société se reconnaît, et qui va guider son action collective à venir. C’est une sorte d’œuvre d’art. Le fruit de la créativité d’une génération. 

mardi 24 septembre 2013

La Grande spéculation après les Trente glorieuses ?

Ce qui définit notre temps, c’est le capitalisme financier. Son origine : 1971, l’abandon de l’étalon or par Nixon. Résultat : la monnaie n’est plus liée à rien et prend une vie qui lui est propre. Voilà ce que dit Augustin de Romanet (Non auxtrente douloureuses, Plon, 2012). C’était évident, mais je ne l’avais pas vu.

Pourquoi n’y a-t-il pas eu inflation ? me suis-je demandé. Parce que ce n’est pas la monnaie qui crée l’inflation, mais les salaires. Par l’automatisation, le chômage et la peur des émergents, les prix ont été contenus.

Et si nous avions vécu 40 ans de « Grande spéculation » ? Car ce mécanisme, la déconnexion de la valeur boursière de la réalité, est celui de la spéculation. Les Trente glorieuses avaient été une période « d’enrichissement » collectif. L’Ouest a connu une explosion créative et s'en est partagé les fruits. Pendant la Grande spéculation, il n’y a pas eu création, les oligarques de la finance ont vidé l’économie de sa substance ? 

Mais pourquoi n'avons-nous pas un sentiment de déclassement ? Ne sommes-nous pas les pigeons de l'affaire ? C’est parce que le changement n'est pas fini. Nous sommes subventionnés par l'Etat. Mais il ne pourra pas tenir longtemps. Ce qui conduit à deux questions. Le dégonflage progressif de son endettement, et notre mise sur la paille corrélative, pourra-t-il être réalisé suffisamment habilement pour qu’il n’y ait pas de remous ? Une société de classes peut-elle être stable et durable ? (Un article sur le sujet.)

Les conséquences imprévues de l’action humaine

Nos actions donnent l’inverse de leurs intentions ! Cela semble avoir été le cas des heures supplémentaires de Nicolas Sarkozy. Cela semble aussi le cas des projets du Conseil National de la Résistance que j’ai étudiés récemment. Le CNR, et tous les gouvernements de l’époque voulaient créer un monde dans lequel l’homme pourrait donner le meilleur de lui-même. Qu’ont-ils obtenu ? Le soixanthuitard, qui pense que la société à une dette envers lui, et le néoconservateur, qui veut jouir de son héritage. Des êtres dominés par leur physiologie. Le degré zéro de l’humanité.

Comment agir, si notre action doit avoir de tels résultats, alors ? Il me semble que ce qui échoue est le dirigisme. L’action efficace consiste d’abord à placer l’homme dans des conditions favorables au comportement que l'on veut encourager. Par exemple, la création de l’euro nous a mis dans une situation (quasi désespérée) dont une des rares issues est de s’entendre entre Européens. Mais ce n’est pas tout. Il y a le risque d'une réponse lâche, d'une tricherie. Il faut aussi qu’un mécanisme nous force à bien faire notre travail. Une sorte de Socrate ? Une conscience qui ne nous lâche que lorsque l’on est prêt à périr pour les choix que l’on a faits ? (Et il faut peut-être aussi être d'accord pour se placer dans les conditions qui vont induire le bon comportement... cf. ce qui n'a pas été fait pour l'euro.)

lundi 23 septembre 2013

Apple : le meurtre du père ?

Mais que c'est laid ! J'installe la dernière version du système d'exploitation d'Apple. Apple copierait-il le bas de gamme ? Y a-t-il un lien ? En contrepartie de ce désastre esthétique, tout est beaucoup plus rapide.

C'est Jobs qu'on assassine ? Demain, une guerre des prix ?

Et si l'identité d'Apple était le luxe ? Et si ce qui avait fait sa fortune avait été la touche du designer de génie ? Et si tout le reste n'était que secondaire ?

Consultants : ne parlez plus de changement ?

Un étudiant a réalisé un mémoire sur le conseil en conduite du changement. Voici ce qu'à tort ou à raison j'en retire :

Le dénominateur commun des consultants interrogés ? Des gens humbles et dévoués qui tentent de montrer qu'il faut tenir compte de la réalité humaine dans la mise en oeuvre des décisions de l'entreprise. Pour le reste, qu'appellent-ils changement ou conduite du changement ? La question n'est pas posée. Mais je soupçonne qu'il y a une définition par personne. Quant aux consultants internes en conduite du changement des entreprises, on les a apparemment affublés du titre parce qu'il sonnait bien. Reste les acheteurs. Eux normalisent un métier sans le comprendre, pour pouvoir le mettre en grilles. Ce faisant ils le vident de son utilité (i.e. remettre sur les rails un changement qui a oublié la complexité humaine).

Bref, si vous voulez vendre du conseil, ne parlez surtout pas de changement !

Quant à moi, je suis en dehors de ce marché. Mon client est un dirigeant qui sait deux choses. Que le modèle économique de son entreprise est condamné ; que ses équipes vont refuser le changement, quel qu'il soit. Et souvent une troisième : il est dos au mur. Mon rôle est de l'aider à définir sa stratégie, puis à mettre au point le "changement planifié", qui va mobiliser ses collaborateurs. (Un bref exemple.) Ce qu'il achète, c'est mon expérience.

Co production du service public

L'Institut de l'Entreprise publie une "note" sur la co production du service public (un travail d'Elisabeth Lulin), "un partage des rôles entre l'usager et l'administration dans la production de service public". (NB le service militaire, et la collecte de la TVA par l'entreprise me semblent en être des exemples.) Cette note montre que les réseaux sociaux se prêtent particulièrement bien à une telle réinvention d'un service public "à bout de souffle".

Ce travail a l'intérêt énorme de soulever une question fondamentale. Le service public ne devrait-il pas être "réinventé" en demandant au citoyen d'y collaborer ? Accessoirement, cela ne serait-il pas un moyen de recréer une forme de lien social qui a disparu ces derniers temps ? De produire un peu d'une chaleur humaine dont nous avons tant besoin ? De nous sortir de notre égoïsme ?... Mais cette question en pose d'autres, qui mériteraient une autre étude :
  • La "co production" du service public c'est la Big Society de M.Cameron. Cela me semble avoir fait un flop. Pourquoi ? 
  • En France, il y a une classe de protégés (héritiers, fonctionnaires...) et une classe flexible qui prend tous les chocs (chômage, impôts, panne de l'ascenseur social...). Cette dernière va comprendre ce projet comme une injustice supplémentaire. L'équivalent des workhouses anglaises dans lesquelles on faisait travailler les pauvres (assimilés à des criminels). Comment répondre à cette crainte ?
  • Le livre dit que, de plus en plus, l'Etat nous demande un effort. Comme s'il s'agissait d'une tendance acceptée par le citoyen. Ce qui n'est pas le cas. Je crois qu'il estime, comme Stéphane Hessel, que la France n'a jamais été aussi riche. En conséquence de quoi elle devrait pouvoir se payer aujourd'hui ce dont elle avait les moyens hier. 
  • Un argument qui mériterait d'être creusé est que, justement, nous demandons aujourd'hui à l'Etat ce qu'il ne nous donnait pas hier. Or, ce faire est non seulement coûteux, mais surtout inefficace. Illustration : la santé dépendrait, selon une étude, à 15% des soins, et à 85% des conditions de vie. Ce qui laisse penser qu'une société un peu plus solidaire améliorerait notre santé tout en réduisant nettement nos dépenses médicales. D'autres sujets évoqués par cette note sont l'accompagnement des personnes âgées et le décrochage scolaire. 
Bref, et s'il fallait recentrer l'Etat sur ses "compétences clés" ? Et s'il fallait faire un "reengineering" du fonctionnement de la société ?

dimanche 22 septembre 2013

Le retour du long terme ?

Et si le monde devait se donner des objectifs à longs termes ? se demande Jeffrey Sachs. (Eliminer la pauvreté, les émissions de CO2…) Et agir comme elle l’a fait avec la loi de Moore en électronique : éliminer les blocages qui se trouvent sur la route du dit objectif. (Bonne idée, je crois : cela nous sortirait de la malédiction du cours terme.)

The Economist semble penser que l’Ouest a traité la crise syrienne à la manière munichoise (je suis en désaccord). En tout cas, elle est utilisée par la Russie pour retrouver un rôle central dans la diplomatie mondiale. Et l’Iran fait de son mieux pour retrouver les bonnes grâces des USA.

L’Angleterre et les pays du nord montent un front anti-immigration. Pour le moment, l’UE ne les entend pas. L’immigration est un résultat de l’ouverture des marchés voulue par le nord, et elle permet aux pays du sud d’écouler leurs chômeurs, qui pour certains sont hautement qualifiés.
Débats budgétaires américains : les Républicains toujours aussi cons (traduction littérale de l'anglais).

« Quand une dette n’est-elle pas une dette ? » Quand elle concerne les retraites. Aujourd’hui, les engagements (colossaux) les concernant ne sont pas comptabilisées. Mais, cette dette se réduit beaucoup plus facilement que celle due aux marchés. Aux USA, la planche à billets n’est pas prête de s’arrêter. Elle n’a pas eu encore d’effets sur les pauvres. En attendant, elle enrichit les riches.

La valorisation des entreprises américaines est revenue au sommet mondial. Mais il suffirait à celles des autres pays d’un peu mieux comprendre ce qui plaît au marché pour s’y trouver aussi.
15% de riches, 85% de définitivement pauvres. Fin de l’ascenseur social. Le type d’emplois que fournit l’économie est inaccessible au gros de la population. (Travaux de Tyler Cowen.)
McKinsey aurait l’avenir pour lui. Car son métier est d’apporter un peu de réconfort à des PDG stressés. Que ses missions de conseil soient utiles est secondaire. Bombardier attaque Boeing et Airbus. Pas de danger immédiat. Ce n’est que le début de l’offensive. La place des voitures électriques est en ville. Bonne nouvelle pour Bolloré.

La guerre entre le Bengladesh et le Pakistan a donné lieu à un génocide. Nixon était au courant, mais n’a pas voulu intervenir. Les Pakistanais étaient ses amis. Les raids de l’aviation alliée sur les villes ennemies ont été aussi meurtriers qu’inefficaces (la production a augmenté) et coûteux (40% des budgets). Reste à savoir pourquoi on a persévéré dans l’erreur.

Sciences. Les animaux verraient la vie d’autant plus rapidement que la leur est courte. 

L’arrogance, réel mal de l’entreprise française ?

L’entreprise n’est pas durable. Parce qu’elle est construite sur le « modèle du marché ». Il faut la rendre « résiliente ». Voici ce que dit ce blog. Mais comment faire ?
  • On nous a lavé le cerveau. Le salut est à chercher dans ce que l’on croit ne pas marcher. Il faut tout mettre en cause. Non le Français n’est pas un nul, non ses syndicats, l’Etat, les impôts… ne sont pas des boulets, non ses dirigeants ne sont pas des retardés intellectuels lâches, non il n’y a pas de salut que dans les high tech, l’énergie propre ou les biotech, non votre entreprise n'est pas condamnée par la fatalité, oui, elle sait faire quelque chose d'unique, et qui a du prix…
  • Il faut attaquer nos démons, répété-je à l’envi. Les changements auxquels je participe depuis mes débuts commencent toujours par un changement inattendu. L’attaque du démon de l’entreprise. Où faut-il chercher son démon ? Pour Christian Kozar, notre démon national, c'est l'arrogance. Une arrogance qui nous fait croire que le monde se pliera à la justesse de notre raisonnement. Ce qui échoue. Si bien que nous incriminons la « résistance au changement » du dit monde. Et que, pour faire réussir nos plans, nous prenons quelques arrangements avec nos valeurs. Affronter ses démons, c’est accepter le monde tel qu’il est. Et se demander comment lui faire entendre notre raison. Si l’on y parvient, on saura réussir dans le monde. C’est alors qu’on aura l’idée du vrai changement. Celui qui rendra durable l’entreprise. Et qu'on le mènera à bien.
  • Enfin, pour conduire le changement, il faut choisir une technique qui est adaptée à la complexité de l’entreprise moderne : le changement planifié. Et renoncer au « changement dirigé », autrement dit au passage en force. (Autre conséquence naturelle de notre arrogance ?)

samedi 21 septembre 2013

Crise : seuls ceux qui investissent survivent ?

Un billet du blog de la HBR semble confirmer ce que je disais il y a peu : il est temps d'investir. Il semblerait que ce soit dans les périodes de crise que se jouent l'avenir des entreprises. Celles qui savent investir à contre-temps prennent l'ascendant sur leurs concurrents.

Au fond, il y a là quelque-chose d'évident. Les entreprises tendant à se replier sur elles-mêmes lors d'une crise, celui qui se donne les moyens d'innover prendra fatalement l'avantage sur ses concurrents. Et, paradoxalement, se différencier coûte alors relativement peu (puisqu'il en faut peu pour faire mieux que les autres). En poussant un peu les choses, on pourrait dire que faire des économies en temps de crise permet de sortir de la crise mais de succomber à la reprise.

Ontologie du marché

Après guerre, le maître mot semble avoir été « humanité ». En réaction à la barbarie que l’on venait de connaître, on voulait fournir à l’homme des conditions dans lesquelles il puisse s’épanouir. Hannah Arendt me semble très bien parler de ce souci. On croyait aussi à la technologie. Et on a construit une société technocratique et planificatrice. Elle devait faire notre bonheur.

Eh puis est arrivé le marché. Je crois que c’est Ayn Rand qui présente le mieux son « ontologie », son explication de la raison d’être du monde. C’est le remplacement des valeurs par la valeur. Le marché répartit l’argent selon le mérite. Dans ces conditions l’impôt, c’est le vol. L’histoire est maintenant comprise comme une lutte pour gagner de l’argent. Après guerre, les pauvres ont pris le pouvoir et fait payer les riches. Aujourd’hui, les riches retrouvent leur dû. Morale de rentiers ? Pas étonnant que l’on parle de néoconservateurs ?

Le modèle du marché est en crise. Peut-on imaginer une ontologie pour des jours meilleurs ? Quid de L’art d’aimer d’Ovide ? C’est en prenant au sérieux les faiblesses de l’homme que l’on fait émerger ce qu’il a de bon. (Et que l’on parvient à l’amour véritable.) C’est en dépassant le monde d’Ayn Rand que l’on parvient à celui d’Hannah Arendt. Le maître mot devient « complexité ». L’homme n’est ni bon, ni mauvais. Il peut être dangereux. Mais il est capable de grandes choses.


Modèle technocratique
Modèle du marché
Prochain modèle ?
Principe
Humanité
Valeur
Complexité
Nature de l’homme
Technicien
Egoïste
Complexe
Dirigeant
Apparatchik
Créateur de valeur
Navigateur
Penseur

vendredi 20 septembre 2013

Industrie aéronautique française : la fin ?

Ai-je raison ? Des bruits que j'entends, j'aperçois un scénario pour l'industrie aéronautique française : la fin. Airbus s'étant établi aux USA va utiliser les sous-traitants de Boeing. Ceux-ci sont très gros, et la sous-traitance française ne pourra pas s'aligner. Fidèle à sa tradition, l'administration française chercherait à concentrer la dite sous-traitance (un champion national ?). Vu le taux de succès de ce genre de manœuvre, on peut estimer qu'elle conduira à un désastre qui coûtera cher au contribuable.

Question : M.Enders aurait-il réussi un extraordinaire tour de passe-passe ? Il se débarrasse de ses actionnaires étatiques allemands et français, et il exporte plus d'un siècle de savoir-faire européen aux USA ? En laissant un désert derrière lui ? Il se trouve que, si j'en crois The Economist, la demande d'avions passerait du long au moyen courrier. En conséquence, à une période d'innovation (A380...) succéderait une période de modification de l'existant : plus de passagers, mais moins d'essence, et des moteurs moins puissants. Une période plus favorable aux acheteurs qu'aux ingénieurs ? La chance sourirait-elle au gestionnaire à courte vue ?

Quant à la sous-traitance française que devrait-elle faire ? D'après ce que j'ai vu de l'équipement automobile, elle aurait tout intérêt à ne pas se laisser entraîner dans une stratégie de volume et de prix bas. Elle devrait faire comme Bosch et Valéo : rechercher des innovations dont les constructeurs ne peuvent se passer. Ce faisant, demain elle travaillera avec les concurrents d'Airbus et de Boeing. (Et l'on peut être très rentable sans être gros !)

Indignez-vous, défendez l'humanité !

En lisant les travaux du CNR, j'ai cru que le témoignage de Stéphane Hessel sur le sujet me serait utile. Eh bien non. Ce livre est un vide sidéral. Inattendu. Et l'indignation de Stéphane Hessel ? Avec beaucoup de mal, il finit par trouver Israël. Imaginez un peu, dans un siècle qui a vu le nazisme, le stalinisme, les révolutions culturelles de Mao, et je ne sais pas combien d'autres ignominies, il ne reste plus comme cause d'indignation que le traitement par Israël des Palestiniens ! Et l'argumentation est d'une indigence sans nom. Le terrorisme, c'est mal. Mais, au fond, il est compréhensible que les Palestiniens envoient quelques scuds. Mais pas qu'Israël y réponde avec la disproportion qui sied aux USA en Afghanistan. Il y a des bons et des mauvais. Et aucune responsabilité d'un monde qui a installé Israël sans se donner les moyens de désamorcer la crise qu'allait provoquer une telle arrivée.

Une postface explique le succès du livre. Des interviews par la télé, des libraires qui en font un moyen de sauver leur boutique, un titre accrocheur (qui n'est pas de Stéphane Hessel), et absolument aucun contenu. La recette de la traînée de poudre.

Mais, au fond, cela compte-t-il ? Et si Stéphane Hessel avait réussi son coup ? Attirer notre attention sur le combat de sa vie : "l'humanité". Car ce texte m'a fait entrevoir ce que signifie "crime contre l'humanité". Génocide ? Cas particulier. C'est traiter l'homme comme s'il n'était pas un homme. C'est aller contre son "humanité" sa dimension "humaine". C'est le considérer comme un animal ou une chose. Ou empêcher que l'enfant ne puisse devenir un homme (alimentation, éducation...). Cette "humanité" crée une solidarité naturelle entre hommes, puisque lorsqu'on l'attaque, on nous menace tous. Dans ces conditions, il n'y a plus de nations qui vaillent. Quand l'humanité est menacée, hommes de tous les pays unissez vous ! Conséquence colossale. Considérer qu'il existe des "sous hommes" (ce qui est implicite dans le libéralisme financier) est un crime contre l'humanité, réduire en esclavage ses personnels de maison - ce qui se pratique dans le Golfe - est un crime contre l'humanité, etc.

(Qu'est-ce que "l'humanité" ? dira-t-on. C'est une autre histoire...)

jeudi 19 septembre 2013

Clextral : l'innovation par le codéveloppement

Nouvelle PME ancienne et prospère. A-t-elle des choses à nous apprendre ?

Elle conçoit des machines spéciales. La raison de son succès est l’innovation à partir d’une technologie acquise en 1956. Elle l’a adaptée à « une vingtaine de niches applicatives », allant des cornflakes au nucléaire. Généralement, elle domine ces niches. Elle y entre en « co développant » une machine innovante. Pour cela elle a installé des centres de recherche et développement en France et à l’étranger. Ils semblent un redoutable outil commercial. Elle possède aussi une « compétence process » (elle n’est pas un simple équipementier), et une forte activité de service, « récurrente » contrairement aux ventes de machines.

Son histoire semble dire aussi que rien ne résiste à la détermination ! L’entreprise a formé des syndicalistes un tantinet sujet à la « surenchère » aux « réalités économiques », elle a imposé ses conditions à son fonds d’investissement, qu’elle a choisi, ainsi qu’à la loi des 35h !

Marché ou résilience ?

Marché = mal ; résilience = bien. Voilà ce que l’on pourrait tirer des deux billets précédents. En fait, je me demande si les deux modèles ne sont pas complémentaires.
  • Le modèle du marché est avant tout un mal pour lui-même. Il a besoin d’être contrôlé. Toutes les entreprises ne peuvent pas être construites sur ce modèle.
  • Mais le modèle du marché est peut-être aussi un moteur qui crée le changement qui permet à l’entreprise résiliente de croître et embellir.
Peut-être joue-t-il le rôle du virus par rapport au corps ? 

mercredi 18 septembre 2013

Défiscalisation et chômage

Nicolas Sarkozy aurait-il été victime d'un effet systémique (et, malheureusement, nous avec) ? D'après La Tribune, la défiscalisation des heures supplémentaires aurait encouragé le dirigeant français à réduire ses effectifs, et à faire travailler plus ses employés. ("Du coup, les chefs d'entreprise français augmentaient le temps de travail par employé et répondait à la baisse des commandes par des réductions d'effectifs.") Ce qui est un choix rationnel, si l'on y réfléchit bien. L'Allemagne, au contraire, a privilégié l'emploi.

Question : si c'est le cas, cette défiscalisation aurait dû améliorer la compétitivité de l'entreprise française. Pourquoi cela n'a-t-il pas provoqué un effet vertueux ? L'avantage n'était pas suffisant ? Les dirigeants n'ont pas réinvesti la plus-value ou l'ont cédée par une baisse de prix ? La croissance du chômage a déprimé le marché intérieur, et a fait s'effondrer les résultats des entreprises ?...

Ce n'est probablement pas la seule raison pour laquelle le taux de chômage en France est plus du double de l'allemand. Mais c'est un avertissement à se méfier des idéologies. M.Sarkozy pensait que le travail génère la prospérité économique, donc le travail. Le monde est complexe, et il punit les idées simplistes.

L’entreprise résiliente

Le « modèle du marché » nous menace d’Armageddon, disait un précédent billet. Y a-t-il un antidote ?

Curieusement, c’est un modèle à la philosophie aussi simple que celui du marché. Je l’appelle, faute de mieux, « l’entreprise résiliente ». Je donne à la résilience une définition particulière. « Ce qui ne tue pas renforce ». Résilience = capacité à profiter du changement (aléa) pour « devenir mieux ». Autrement dit résilience = durabilité.

Comment devient-on résilient ? Deux mots clés : organe et écosystème.
  1. Ce qui rend un organe (cœur) résilient c’est son « écosystème ». Il partage le « choc » du changement. Il guide l’organe. Il en est de même pour l’écosystème naturel ou pour l’entreprise. L’art de la résilience est donc celui de la construction d’un écosystème. Un tissu de sous-traitants mais aussi de clients, et peut-être de concurrents. Mais cette résilience est aussi interne à l’entreprise. C’est la capacité à « apprendre », à acquérir des compétences qui se révéleront décisives un jour. Cet écosystème a deux ingrédients : diversité et confiance. Plus l’écosystème est divers plus il est créatif. Plus on s’y fait confiance, plus on est réactif face à l’aléa.
  2. Etre un organe social a surtout un sens très particulier. Il s’agit d’occuper une fonction unique. C’est l’envers du modèle du marché, basé sur la concurrence et l’hostilité. De même qu’il n’y a qu’un cœur, l’entreprise organe est la seule à savoir fabriquer quelque chose qui est essentiel à la société.
Ce modèle d’entreprise a des bénéfices inattendus.
  • Paradoxalement, le modèle de l’organe est beaucoup plus rentable que le modèle du marché. L’organe est en « monopole ». Il peut donc prélever ce que les économistes appellent une « rente ». Bien entendu, il n’a pas intérêt à s’endormir sur ses lauriers, sans quoi il sera la victime du prochain changement qui va secouer son environnement. Plus proche du brevet que du monopole, cet avantage. Autre bénéfice : le capital de marque. Les universitaires disent que ce capital est la rémunération de la confiance que le consommateur a appris à faire à l’entreprise. Construire une entreprise sur la confiance est donc un moyen de lui donner de la valeur !
  • Et le modèle de l’organe règle la question de la stratégie. Aujourd’hui les entreprises se plaignent que le monde est imprévisible. Elles sont incapables de quelque stratégie que ce soit. Or, l'imprévisibilité est la raison de notre liberté ! Et elle n'empêche pas la stratégie. Car un « organe » sait toujours ce qu’il a à faire. Sa mission.
  • Et que fait-il ? Il peut utiliser son écosystème de relations pour faire pencher l’avenir dans une direction favorable ; renforcer ses capacités d’adaptation, utiles au passage du prochain changement ; apprendre, acquérir de nouvelles compétences, qui lui permettront de tirer encore mieux parti du dit changement. Son travail consiste à « changer pour ne pas changer ». Il se prépare au prochain coup de Trafalgar. Afin de ne pas y perdre son identité. Et, au contraire, de l'enrichir. 
Modèle théorique ? idéaliste ? Il existe partout. On reconnaît l’entreprise allemande, ou japonaise. Ou même le tissu industriel italien (aujourd’hui en capilotade, malheureusement). Mais, voilà, il a pris un coup dans l’aile. Le tissu économique a perdu en résilience.  

mardi 17 septembre 2013

Marché = destruction ?

Je connais deux thèses concernant le marché. La première, généralement admise, est qu’il est optimal. La seconde, bien étayée, est qu’il est irrationnel. Mais que cette irrationalité ayant un caractère imprévisible, elle ne se prête pas à la manipulation. (cf. SHEFRIN, Hersh, Beyond Greed and Fear: Understanding Behavioral Finance and the Psychology of Investing, Harvard Business School Press, 2002.) Cela me semble contredit pas une modélisation simpliste.
  • Dans le travail de valorisation que fait le marché, deux phénomènes majeurs entrent en jeu. L’information et notre incapacité à prévoir l'avenir. 
  • Ces deux phénomènes donnent un moyen à celui qui est bien placé de faire fortune. Soit agir sur l’information, en la déconnectant de la réalité, c’est la spéculation ; soit masquer le coût des conséquences de nos actes.
On nous avait dit que libérer le marché des règlementations conduirait à une vague d’innovations. Nous avons eu, au contraire, une série de bulles spéculatives, et la destruction du capital de l’entreprise.

(Suite du billet précédent. On notera au passage le coup de génie que fut le discours sur la bureaucratie. On a justifié le versement de dividendes colossaux, par une meilleure efficacité de l'entreprise obtenue contre sa "bureaucratie". En fait, sa rentabilité augmentée venait d'un arrêt de l'investissement à long terme permettant d'assurer la pérennité de l'entreprise - destruction de sa capacité de recherche, de sa relation client entraînant celle son capital de marque, etc.)

Qu'est-ce que le "modèle du marché"?

Il y a déjà longtemps que les gourous du management anglo-saxons nous disent que l'entreprise doit se "recréer sur le modèle du marché". Cette expression me parlait sans que j'en aie autre chose qu'une définition floue. En fait, sa signification est simple : l'entreprise doit devenir un négociant. Acheter et vendre. Regardons autour de nous, les transformations récentes de l'entreprise s'expliquent.

Le modèle du marché signifie l’abandon de son métier. Pour devenir un négociant, l’entreprise doit abandonner son métier. C’est ce phénomène qui a été à l’œuvre, partout, ces dernières décennies (du moins à l’Ouest). Pour en comprendre la conséquence, l'équation métier = risque est nécessaire : faire un métier c'est avoir développé une maîtrise exceptionnelle d'un certain type de risques. Voici ce que cela donne :
  • Enron a été un des pionniers du modèle du marché. 6 fois de suite il reçoit la palme de l’innovation du journal Fortune. Et tous les MBA le citent en exemple. Fin 2001, faillite. Il avait masqué ses actifs à risque dans des filiales non consolidées[1]. Toutes les entreprises font maintenant de l’Enron :
  • Goldman Sachs[2] et l’industrie financière ont augmenté massivement chiffre d’affaires et bénéfice en vendant à des marchés insolvables, tout en faisant porter les risques par d’autres, ce qui leur permettait de limiter les réserves qui servent de garanties. 
  • Les laboratoires pharmaceutiques ne veulent plus faire de recherche, ils parient sur le marketing pour vendre des produits de grande consommation (OTC). 
  • Les assureurs ont fait appel à des réassureurs.
  • Les constructeurs automobiles et aéronautiques ont confié de plus en plus de conceptions à leurs sous-traitants. 
  • Jusqu’au traité de Kyoto qui a délocalisé nos émissions de CO2 (qui croissent trois fois plus vite depuis[3]) !
Les conséquences du modèle du marché. Le modèle du marché a eu trois conséquences, que l’on découvre aujourd’hui :
  1. Il est redevenu possible de créer des marques automobiles[4]. Il suffit de s’entourer des bons équipementiers. De même, les compagnies pétrolières n’auront bientôt plus que leurs yeux pour pleurer. En effet, elles « ont jugé sage de sous-traiter le forage et d’autres aspects de la production. » Leurs sous-traitants ont apporté ce savoir-faire aux pays possesseurs de ressources pétrolières.[5] Partout les entreprises se sont dépossédées de leur métier, leur compétence à prendre des risques, en particulier celui de l’innovation. L’entreprise devient une coquille vide. Elle amasse de l’argent qu’elle est incapable d’investir. Les fonds d’investissement l’ont compris. Ils veulent  lui faire cracher ses économies. Sous leur pression, Apple, par exemple, va verser 100md$ à ses actionnaires[6].
  2. Et si un composant fautif (mais assuré) faisait dérailler votre train ou votre voiture, ou exploser votre autocuiseur ? Le risque est saupoudré partout. On ne sait plus où il est. Et surtout, il n’est plus entre les mains de ceux qui savent le gérer. Voilà pourquoi la croissance est bloquée. Les banques sont assises sur des actifs qui peuvent leur éclater à la figure. Mais lesquels ? Alors, elles accumulent des réserves. Elles espèrent aller assez vite pour être prêtes au cas où. Ce faisant, elles augmentent les chances d’Armageddon.
  3. Qu’ils soient issus du milieu scientifique ou économique, les travaux américains actuels de prospective constatent que nous gérons la planète comme l’économie. La planète court à la faillite[7] ! (Curieux retour au rapport du Club de Rome, Les limites à la croissance[8].) Le modèle du marché ne crée pas. Il exploite. Ce faisant, il détruit.
Pourquoi le modèle du marché est-il destructeur ? Le marché n'est-il pas un mécanisme de répartition, neutre ? Le prochain billet se penche sur la question. 




[1] EICHENWALD, Kurt, Conspiracy of Fools: A True Story, Broadway Books, 2005.
[2] Sur l’histoire récente de Goldman Sachs : TAIBBI, Matt, The Great American Bubble Machine, 9 juillet 2009, que l’on peut lire ici : http://www.rollingstone.com/politics/news/the-great-american-bubble-machine-20100405.
[3] FRIEDMAN, Thomas L, Hot, Flat, and Crowded: Why The World Needs A Green Revolution - and How We Can Renew Our Global Future, Penguin, 2009.
[4] Dans le dossier spécial de son numéro du 20 avril 2013.
[5] Supermajordämmerung, The Economist, 3 août 2013.
[6] Tim Cook’s cash card, The Economist, 27 avril 2013.
[7] Voir une revue de livres sur la question : Pearce, Fred, What do we fix first – environment or economy?, NewScientist, 8 juillet 2013. Et, en particulier : Friedman, Thomas L, Hot, Flat, and Crowded: Why The World Needs A Green Revolution - and How We Can Renew Our Global Future, Penguin, 2009.
[8] MEADOWS, Donella, RANDERS, Jorgen, MEADOWS, Dennis, Limits to Growth, Chelsea Green, 2004.

lundi 16 septembre 2013

FED et Summers

M.Summers renonce à être président de la banque centrale américaine, disait une nouvelle du FT, hier. Apparemment, certains élus démocrates lui reprochent son rôle dans la déréglementation des marchés financiers, cause de la crise qui s'en est suivie. Ce blog partage leur point de vue. M.Summers est un homme de gauche qui a mené des réformes ultralibérales. En cela, il est l'exemple de ce qui s'est fait partout à l'Ouest. De l'Allemagne à l'Angleterre, le scénario a été le même.

Mais la morale est mauvaise conseillère. Peut-être a-t-il appris de ses erreurs ? Eh puis, comme le montre l'exemple du nettoyage opéré par les Vikings en Normandie, il n'y a jamais mieux qu'un criminel pour vous débarrasser des criminels.

Centrale Paris et MIT

William Aulet présente ainsi le MIT : s'il était un pays, il serait au 11ème rang mondial en termes de PIB. Voici maintenant le titre de gloire de l'école Centrale de Paris, tel qu'il ressort d'un mail :
En 12 ans l’École Centrale Paris a contribué à la création de : 
50 entreprises innovantes
400 emplois
127 millions d’euros de chiffre d’affaires
 L'école Centrale ne forme plus des Eiffel, mais des Tourre ?

Pourquoi les mots changent-ils de signification ?

Consultant = escroc, changement = idée de consultant... Les mots changent de sens sans arrêt. Puis prennent une connotation négative. Pourquoi ? Parce qu'ils sont utilisés par des vendeurs qui vendent ce qu'ils ne savent pas faire. Il est mieux, par exemple, pour un cadre, de dire qu'il est un consultant que de dire qu'il est au chômage. Mais dès que la pratique se répand, on constate qu'il y a eu manipulation. Et le mot change de sens. De positif il devient négatif.

Récemment, The Economist expliquait que tout le travail des politiques américains consistait à trouver la formulation qui ferait adhérer l'électeur à leurs idées. Nous vivons un moment thucydidien.

Que faire ? Je pense que l'on ne peut pas rivaliser avec les vendeurs. Il faut abandonner le territoire de la communication, qu'ils dominent et dont ils ont fait un désert, de toute manière. Il faut reconstruire un espace de confiance où les mots ont un sens partagé, fondés dans la réalité. Ce qui demande probablement de tisser des relations homme après homme, à chaque fois en créant un lien fort, par la démonstration de sa compétence. Ce qui ne peut demander que beaucoup de temps.

dimanche 15 septembre 2013

Poutine sauve Obama

M.Poutine sauve M.Obama
Pour redonner une place à son pays dans le monde, M.Poutine aurait sauvé la face de M.Obama (accessoirement de MM.Hollande et Cameron), en proposant une solution à la crise syrienne. Mais, la mise en œuvre du plan de M.Poutine paraît impossible. En ce qui concerne l’Europe, Mme Merkel est aimée de son peuple et haïe par le reste de l’Europe. Elle a une curieuse stratégie. Pour prendre des voix à ses adversaires elle leur emprunte leurs idées. Si bien qu’elle tend à faire une politique de gauche. Bizarrement aussi, The Economist reproche à M.Hollande ce qu’il apprécie chez Mme Merkel : dans le doute, il avance à petits pas. En Angleterre, M.Milliband est toujours aussi confus. Quant à l’UE « elle compte encore ». Par sa nature même, c'est un poids lourd de la politique internationale. Ses sanctions frappent, son opinion est respectée, on cherche son appui. Encore faudrait-il qu’elle parvienne à mobiliser cette force. Le problème de la Norvège est sa richesse. Qui vient du pétrole. Les salaires augmentent et son économie n’est plus concurrentielle. Et elle doit gérer un fonds de bientôt 1100md$, qui « possède en moyenne 2,5% de toutes les sociétés européennes cotées. »

L’entreprise américaine, combattante de la cause nationale
Les espions américains auraient infiltré Internet et les produits que vendent les entreprises de leur pays. Ce qui est ennuyeux. Les failles qu’ils ont installées un peu partout sont d’un grand intérêt pour les criminels. Surtout, cela jette un discrédit sur les entreprises américaines (« qui favorisent la dissémination de la culture et des valeurs américaines »). Peut-être serait-il sage de leur monter des concurrents ? L’Europe est maintenant en retard dans le domaine de la téléphonie mobile (4G). Ses entreprises n’ont pas les moyens d’investir dans de nouvelles technologies. Parmi les solutions envisagées : unifier le marché européen ; réduire la concurrence nationale (le contraire ce qu’a fait la France ?). Ce qui pourrait conduire à une forte augmentation des prix.

La croissance est bonne pour la biodiversité
The Economist conclut, ce qui ne surprendra personne, que la croissance est bonne pour la biodiversité. A condition, toutefois, qu’elle soit réglementée par les pouvoirs publics. A lire cet article, on peut se demander si la biodiversité n’est pas un concept de repus. Les pauvres et les nouveaux colonisateurs, qu’ils viennent de notre culture ou d’autres, et quelle que soit leur espèce, commencent par tout détruire sur leur passage. Puis la nature s’adapte, et un équilibre s’installe.

La France, éternelle perdante
Chronique d’un livre sur la peur de l’inflation en Allemagne. « Histoire d’une mauvaise gestion financière. » Qui vient de ce que « les vainqueurs (de la guerre de 14) ont écrit l’histoire et les conditions de la paix ». Un livre qui « fait attention de ne faire de reproche à personne – sinon peut-être aux Français ». Car s’il y a un vaincu de l’histoire, c’est bien la France. Autres livres, sur le cancer. « le cancer est une conséquence inévitable de la multicellularité. » Nos cellules doivent se multiplier jusqu’à un certain point. Malheureusement, le mécanisme de blocage s’use. La science n’a pas encore trouvé comment traiter la question. En attendant, le plus efficace est une bonne hygiène de vie. 

Changements chez France Musique

France Musique me semble être devenu un club de musiciens. On y est entre soi. Dans l'intimité des conservatoires.

J'ai l'impression qu'il y a eu changement. Jadis France Musique cherchait à faire aimer la musique. Maintenant, il s'agit d'aimer les musiciens. Ce qui n'est pas la même chose.

samedi 14 septembre 2013

Le gouvernement innove

Le gouvernement annonce un grand programme d'investissement. Tous azimuts : 34 plans, énergie, numérique, écologie. C'est dit. 475000 emplois seront créés. En 10 ans. La taille d'une des plus grandes entreprises mondiales. Et tout cela pour 3,7md ! Rappelons qu'Apple verse 100md$ à ses actionnaires. 3,7md c'est à peu prés ce que PSA a payé à Faurecia pour sa part de l'équipement de la 308...

M.Hollande, artificier du pétard mouillé ? Version de gauche du sarkozysme, lors duquel les annonces contradictoires se succédaient, parfois dans une même journée ? Pour se maintenir en poste le gouvernant pense qu'il doit faire plaisir à tout le monde. Surtout en ne faisant rien. Puisqu'il n'a aucune idée d'où il faut aller ?

(Mais le réel exploit a peut-être été passé sous silence : la proposition résulte d'une collaboration entre M.Montebourg et McKinsey, le champion de l'ultralibéralisme triomphant.)

Le Monde, sur le même thème :
Le gouvernement a bien perçu « leur ras-le- bol ». Il fait tout dans les mots pour atténuer leur colère mais n'a pas les moyens dans l'immédiat d'y répondre concrètement . C'est ce contretemps qui rend si problématique la communication gouvernementale : plus elle se veut positive, plus elle est vécue comme provocatrice par une partie des électeurs.

Libéralisme et barbarie

Après guerre, les pauvres ont pris le pouvoir, alors ils ont imposé les riches. Aujourd'hui, les riches ont repris le dessus, alors ils se sont débarrassés des impôts. Voici une thèse que je retrouve régulièrement dans The Economist. Autrement dit, l'homme est dirigé par son intérêt financier.

Je ne suis pas sûr que ce soit la seule hypothèse possible. Notre "Etat providence" a été conçu pendant la guerre, dans la clandestinité. A son origine est le Conseil National de la Résistance. Quelle est sa motivation ? Mettre un terme à la guerre et à la barbarie. Et il estime que, justement, ce sont en grande partie les conditions économiques qui l'ont causée. Autrement dit la façon de penser de The Economist a des conséquences imprévues. Pour que l'homme n'ait plus la tentation d'agir en animal, il faut une libération économique. Apparemment cette idée est partagée par la grande majorité de l'opinion publique, à l'exception d'une petite frange, à droite, qui s'en dégagera après guerre. Et ce programme sera appliqué par le général de Gaulle. (Le programme du CNR, une interview de Claire Andrieu sur le sujet.)

Question extraordinairement importante, qu'il aurait peut-être été bon de se poser avant de lancer des réformes libérales : peuvent-elles affecter la condition d'être humain ? Accessoirement, le libéralisme économique ne ferait-il pas, en tout ou partie, cause commune avec ceux qui ont lutté contre la résistance ?

En lisant ce que disait Wikipedia du sujet, je suis tombé sur une citation (de 2007) qui m'a plongé dans un abîme de perplexité.
Denis Kessler, ancien vice-président du MEDEF utilise lui aussi « le programme du CNR » pour désigner l'ensemble des réformes de 1945 : « Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. Un compromis entre gaullistes et communistes. Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s'y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d'importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme... A y regarder de plus près, on constate qu'il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C'est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s'agit aujourd'hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

vendredi 13 septembre 2013

Sauvons les associations d'anciens élèves ?

Les associations d'anciens élèves sont en danger. Cri d'angoisse de Serge Delwasse.

Les échanges qui s'en sont suivis m'ont amené à réfléchir à la question. Au fond, la notion d'association est antinomique avec l'esprit post 68. L'ère du temps est au chacun pour soi. D'ailleurs le libéralisme économique n'a pas de mots assez durs pour les associations d'anciens élèves. En effet, elles sont propices aux ententes entre copains (ou plutôt, camarades), donc à produire des "rentes". Pour que l'économie fonctionne il faut flinguer les rentiers, et toutes leurs corporations. A commencer par les corps d'Etat (en grande partie émanations de polytechnique et de l'ENA). Voici ce que dit, par exemple, Jacques Delpla, éminent économiste.

Crédit impôt recherche : changement raté ?

Le Crédit Impôt Recherche pourrait être victime de la rigueur. Il coûte cher à l'Etat et a connu une brutale inflation : de 1,8md en 2006 à 5,8md en 2013. (Je découvre qu'il est ancien : il aurait été créé en 1983.)

Je me demande si ce n'est pas un exemple de changement raté. En effet, on me dit que c'était un moyen d'abaisser les charges sociales. Ce qui ne m'étonne pas, car j'avais déjà noté que la stratégie de M.Sarkozy était d'attribuer de l'argent aux entreprises, sans que l'on s'en rende compte. Mais, comme le disait aussi une étude sur son art du changement, la manœuvre tend à rater, souvent parce que ceux à qui elle devrait profiter n'ont pas compris son intention. Toujours est-il que l'argent n'aurait pas eu un emploi très productif.
  • Il y aurait eu fraude massive (?).
  • De grandes entreprises ne l'auraient pas utilisé dans un but d'investissement. Par exemple, je discutais il y a peu avec quelqu'un qui, parce qu'il s'ennuyait, s'est penché sur le CIR, a fait une demande, et a fait gagner à son entreprise 20m par an. Argent dont elle n'a pas besoin.
  • J'ai observé, dans au moins quelques cas, que le CIR passe de la petite entreprise à la grande, par le biais des appels d'offres. En effet, le donneur d'ordre tend à laisser une marge nulle au fournisseur. Toutes les subventions que reçoit ce dernier passent donc au premier. 

jeudi 12 septembre 2013

Favi, fonderie bâtie sur la confiance

« Le management (…) c’est créer les conditions dans lesquelles les choses peuvent se faire toutes seules. » dit Jean-François Zobrist, patron sorti du rang, et qui n’a pas la langue dans sa poche.

Il pense que nous sommes « à une fin de cycle ». Le monde s’est fait prendre au mythe d’une croissance irréaliste. Pour la maintenir, l’Occident a donné son savoir-faire à la Chine puis s’est endetté. Bout de course. Il faut trouver autre chose. « Il nous faut désormais abandonner la gestion du certain. » Surtout, le principe d’organisation de l’entreprise doit changer. Il doit aller du contrôle (« les services parasitaires ») à la confiance : « nous n’avons plus les moyens de nourrir ces structures de contrôle pléthoriques ».

C’est justement ce qu’il a réussi à la tête de la Favi, une fonderie. Seul principe : la confiance. Résultat ? Une entreprise auto-administrée. Ses ouvriers ont « tout dans la tête » et fonctionnent en équipes quasiment autonomes. (Sur 500 personnes, 84% sont des « productifs directs ».) « Un ouvrier qui a cette vision globale du process élimine quasiment tous les problèmes. » C’est très japonais. Autre conséquence de cette utilisation optimale du talent humain ? La capacité de l’entreprise à « détecter des signaux faibles », c'est-à-dire à utiliser son savoir-faire pour mettre au point des innovations. Elle est ainsi passée du siphon de lavabo au moteur électrique et maintenant à la production de poignées de portes bactéricides. Et ses bureaux d’étude sont agressifs. « Nous mettons un point d’honneur à toujours répondre les premiers et souvent en modifiant ce qui nous est demandé et en proposant des alternatives moins onéreuses. »

Comment construire une entreprise sur la confiance ? « Nous avons remplacé les structures par des valeurs (…) et nous avons remplacé le contrôle par la confiance. » Voilà comment on peut rester dans son village, dominer ses marchés, et résister aux délocalisations ?

Crise de l'énergie en Europe ?

Dans le domaine de l'énergie, la situation de l'Europe ne semble pas bonne. Elle a subventionné les énergies renouvelables, qui provoquent de surcroît des surcoûts d'utilisation et quelques effets vicieux (construction de centrales à charbon pour les moments sans vent et soleil ?) et refusé le gaz de schiste. Du coup, le coût de l'énergie va y être beaucoup plus élevé qu'ailleurs. D'où handicap, au moins pour son industrie.

Il y a des solutions, semble-t-il : une stratégie et une infrastructure de l'énergie européennes. Mais ce qui me semble surtout important est de ne pas ignorer ce problème. Comme nous le faisons actuellement.

Maladies psychiques : échec de la chimie

L'industrie pharmaceutique se retirerait du traitement par la chimie des maladies psychiques. La raison en est que l'on s'est trompé sur le mécanisme que l'on croyait à l'oeuvre. On est incapable de concevoir de nouveaux traitements. Et les anciens ne marchaient probablement pas (effet placebo ?)...

Faudrait-il s'interroger sur le fonctionnement de l'industrie pharmaceutique ? Et restreindre notre usage des médicaments ?

mercredi 11 septembre 2013

Donnons de la valeur à nos valeurs ?

Discussion avec un éditeur. Comment redonner à notre pays un fonctionnement qui lui convienne ? Il a trouvé une solution intrigante :

Tout simplement se demander ce qui est important pour nous (nos valeurs), et lui donner de la valeur. Par exemple, l’éducation finlandaise est reconnue comme étant la meilleure au monde. Comment y est-on parvenu ? En payant (relativement) bien les enseignants, et surtout en les plaçant au sommet de l’estime générale. Pourquoi ne pas faire de même avec, par exemple, la recherche ?

Nous avons laissé le marché déterminer ce qui avait de la valeur. Et nous nous en portons mal. Ne pourrions-nous pas réfléchir à ce qui mérite notre estime ? Et lui affecter un peu de prestige et de valeur ? Sans oublier, bien sûr, que le marché est un danger pour celui qui cherche à l’ignorer. 

mardi 10 septembre 2013

Les MOOCs au secours de l'éducation supérieure ?

Le coût de l'éducation supérieure a explosé aux USA (x4 depuis 1980 - une sorte de record toutes catégories). Et voilà qu'arrivent les MOOCs, la promesse d'une révolution par la formation à distance, et d'une réduction du prix de l'enseignement supérieur. (Une révolution qui pourrait toucher la France, qui me semble menacée, elle aussi, par la contamination du modèle américain.)

Je tendais jusque-là à me méfier des MOOCs (Massive Open Online Courses). N'était-ce pas une mode inventée par des commerciaux irresponsables, qui menaçait de torpiller la vraie éducation ? Maintenant, je la vois comme une illustration de la destruction créatrice de Schumpeter. La société est sujette à un phénomène d'innovation spontanée qui empêche les monopoles de tirer exagérément parti de leur position.

La plantation aux origines du management scientifique

L'esclave était une très bonne affaire et les plantations étaient remarquablement bien gérées. Non seulement les techniques de gestion que l'on y employait semblent avoir eu un demi siècle d'avance sur celles de l'industrie, mais elles avaient inventé ce qu'il y a de plus moderne dans la comptabilité. En particulier, elles évaluaient l'esclave à sa valeur de revente. Et les plantations étaient gérées à distance, d'Angleterre, grâce à cette comptabilité précise. Voici ce que dit une étude, que le parallélisme entre hier et aujourd'hui rend mal à l'aise. Les sciences du management ne tendraient-elles pas à nous faire traiter les hommes comme des choses ?

lundi 9 septembre 2013

La responsabilité de l'Europe dans la crise financière

Les Européens racontent qu'ils sont les innocentes victimes de la crise, alors qu'ils y ont massivement contribué. Voici ce que dit The Economist dans une publication qu'il destine aux étudiants.

Il me semble qu'il y a une façon de réconcilier les deux points de vue. Le "libre échange" qui est, justement, le combat de The Economist. Dans les années 90 on nous a parlé de nouvelle économie et de consensus de Washington. Le marché avait gagné, il fallait tout déréglementer pour lui laisser les mains libres. C'est ce que le monde a fait, l'Europe continentale en tête. La crise est la constatation que ce modèle ne marche pas. Dans ces conditions il y a, comme avec le nazisme, deux types de responsabilités. Celle de ceux qui ont été à l'origine du concept, et celle de ceux qui ont collaboré à sa mise en oeuvre.

Une France de croisés ?

Les opposants au mariage pour tous se sont reconvertis dans l’opposition à une intervention en Syrie, dit le Monde. Leur motivation serait la défense de la minorité chrétienne (orthodoxe), actuellement protégée par M.Assad. M.Poutine serait leur héros.

Ce qui est un peu étrange, historiquement parlant. En effet, les orthodoxes ont été traditionnellement les ennemis des catholiques romains. Et les derniers ont organisé des croisades spécifiquement contre les premiers. Les chevaliers teutoniques en furent les champions. Et ce sont probablement bien plus les croisades qui ont abattu Byzance, que les Ottomans. Or, Byzance c’était ce qui survivait de l’empire romain…

Apparemment, pour ces activistes, il y a deux types d’hommes. Les bons chrétiens et les autres, qui peuvent crever. Pour sauver les premiers ils sont prêts à pactiser avec M.Assad. Or, pour répondre au mécontentement de ses concitoyens, il a choisi la force. Non seulement ce choix a produit plus de cent mille morts, mais c’est aussi lui qui est à l’origine de la présence d’Al Qaeda dans ce conflit. Car, c’est lui qui a fait sortir ses membres de ses geôles. L’aide de la Russie et de l’Iran n’aurait-elle pas pu lui servir à autre chose qu’à acheter des armes ? D’autres pays ont connu des troubles, aucun ne les a réglés à la manière Assad. M.Assad ne commence-t-il pas à sentir un peu le soufre ?

Comment justifier cette position ?  Une frange de la population française se sent attaquée par les valeurs du libéralisme, anglo-saxon ? Un individualisme dont le cheval de Troie est une certaine idée des droits de l’homme (voir billet précédent) ? Certes. Mais cela n’excuse ni l’irresponsabilité, ni la lâcheté. 

Les droits de l'homme contre l'homme ?

Il y a quelques-mois je suis tombé sur un curieux article de The Economist. Il parlait de l'Angleterre et de ses jeunes :
Pour eux les causes sociales et morales telles que le droit des homosexuels et l'égalité des sexes sont plus importantes que des choses comme l'assistance sociale ou la santé.
En ce qui les concerne, les gens ont le droit de s'exprimer par ce qu'ils consomment et par leurs choix de vie. 
Chacun pour soi. D'ailleurs "la plupart des jeunes rejettent totalement la politique". La raison de cette attitude a quelque chose d'une prédiction auto-réalisatrice : "les difficultés économiques actuelles et les bénéfices sociaux déclinants semblent forger une génération d'individualistes forcenés". (Ce dont se réjouit The Economist.)

Deux choses me semblent inquiétantes dans ce constat :
  • L'oubli que l'espèce humaine a pu être formidablement généreuse et désintéressée. 
  • Le danger, que je n'avais pas vu, que présente une certaine forme d'usage des droits de l'homme. A savoir, faire oublier le droit humain le plus élémentaire : qu'il n'existe pas de sous-hommes. Et que s'il y a sous-homme c'est parce qu'il y a eu des "conditions" qui ont produit ce résultat. Tout le jeu du "libéralisme" pourrait bien être là : produire des conditions sociales qui créent des classes d'esclaves, au service d'une classe de profiteurs. 
Cet article m'est revenu en tête alors que je discutais du monde que va nous construire la prochaine génération. Je n'aimerais pas qu'elle ressemble à la génération Thatcher. Pour éviter cela, je pense que ma génération a une responsabilité. C'est la dernière qui puisse parler de ce qui a existé avant le lavage de cerveau "libéral".

dimanche 8 septembre 2013

La Syrie révèle les divisions occidentales

La Syrie divise. Aux USA et en Angleterre, elle révèle que la politique n’est plus une affaire de partis mais d’individus. Le cas le plus intéressant est l’anglais. M. Cameron pensait avoir un accord avec M.Milliband, mais ce dernier l’a trahi en dernière minute. D’où refus du parlement d’une intervention en Syrie. En fait, les Anglais approuveraient dans leur majorité une frappe des USA contre la Syrie. Mais ils ne tiennent pas à être mêlés à l'affaire. (Quant à M. Milliband il donne un bien triste spectacle : premier ministre désastreux en perspective ?) Aux USA, il semble que M.Obama rassemble autour de son projet d'intervention un morceau de son parti, et des Républicains. Quant à la France, elle est dans une situation déplaisante, d’autant que sa population est plutôt opposée à une frappe en Syrie. Curieusement, de bonnes nouvelles pourraient venir d’Iran. Le nouveau président doit réparer les relations de son pays avec l’Occident, s’il veut remettre son économie en marche. Et il n’a aucun intérêt à une dégradation de la situation syrienne. Des contacts seraient pris avec l’administration américaine.

Reste du monde. Election à Moscou. M. Poutine a sorti un opposant de ses geôles. Il veut donner à la dite élection un air démocratique. « Après le mouvement révolutionnaire égyptien, un Etat autoritaire reprend les pouvoirs qu’il a brièvement laissés au peuple », apparemment sans que cela émeuve ce peuple. Changement en Chine. M.Xi élimine une puissante faction d’ancien régime.

Economie. Le marché de l’énergie européen devrait être intégré, et posséder une stratégie commune (par exemple en mettant ses panneaux solaires en Espagne plutôt qu’en Allemagne). Cela ferait de grosses économies (65md par an). Mais cela entraîne des changements difficiles. Une fois de plus, « beaucoup va dépendre de l’Allemagne ». Aux USA, le bus a le vent en poupe. Faute d’un réseau de transport en commun moderne. Les USA et l’UE subventionnent leurs agriculteurs. Ils le font pour des raisons différentes. « Les contribuables européens paient souvent pour bloquer le marché (…) Les subventions américaines donnent aux agriculteurs un avantage sur le marché des matières premières. » La téléphonie mobile se simplifie. Vodafone et Verizon se séparent ; Microsoft achète les terminaux mobiles de Nokia ; l’UE serait partie pour une consolidation de ses « marchés fragmentés ». Certains analystes prévoient une « nouvelle récession mondiale avec des vagues de déflation allant vers l’Ouest, venant d’Asie, la Chine devant dévaluer du fait d’une perte continue de compétitivité », mais la faiblesse émergente fait baisser les prix des matières premières. C'est bon pour l'Ouest. Incertitude donc. Mais les marchés sont optimistes. Les gouvernements suisse et américain se sont mis d’accord pour que les banques suisses transmettent des informations sur les comptes des fraudeurs américains qu’elles abritent (et paient des amendes). Apparemment, ces informations permettraient de savoir vers quels autres paradis part l'argent de la fraude lorsqu'il quitte la Suisse. Ces paradis pourraient à leur tour subir le traitement suisse. Le fraudeur ne serait, alors, plus en sécurité nulle part. Changement chez les avionneurs. Hier les nouvelles compagnies des pays du Golf demandaient des longs courriers. Aujourd'hui, le marché va vers des moyens courriers (moteurs moins puissants, moins de carburant). Les constructeurs modifient leurs appareils.

Science. Ronald Coase, un économiste, est mort. Il avait montré « pourquoi les entreprises existent ». Qu’il puisse exister des entreprises a extraordinairement surpris les autres économistes. La sélection naturelle permet aux oiseaux de Tchernobyl de s’adapter à la perte de la vue. 

Où va François Hollande ?

M.Sarkozy provoquait des réactions épidermiques. M.Hollande nous a anesthésiés. Danger ? Peu de temps pour me renseigner sur le sujet. Je tombe sur un article curieux. Dont je me suis méfié au premier abord. N’était-il pas une œuvre à charge ? (Il parle « d’enfumeur ».) Mais on y retrouve quelques observations de ce blog :
(sur la stratégie) Il s’agissait, manœuvrant dans un corridor étroit, de duper les Français pour leur faire avaler la couleuvre de l’austérité, épargnant toutefois les gros bataillons électoraux de la fonction publique, et d’emberlificoter en même temps nos partenaires européens et les marchés pour qu’ils ne nous prennent pas à la gorge en exigeant davantage de rigueur ou des taux d’intérêts plus élevés pour le financement de notre dette.
(sur la tactique) Ayant choisi d’être indéchiffrable pour éviter de trop prêter le flanc aux critiques, Hollande a décidé dès le début de son mandat d’avancer masqué, insistant haut et fort sur des détails tout en faisant discrètement adopter des mesures plus significatives mais qu’il valait mieux ne pas médiatiser car elles seraient impopulaires. Sa méthode, si l’on peut employer ce terme, consiste souvent à faire deux choses contradictoires au même moment, pour désorienter ses adversaires.
(Autre article sur le sujet, qui montre un Hollande ferme et cassant. Et qui décide vite et bien, lorsqu’il n’a pas d’opposition, notamment lorsqu'il s'agit de faire la guerre.)