vendredi 30 novembre 2012

Le paradoxe du paradoxe

Je fais faire à mes élèves l’exercice du paradoxe. Le paradoxe est le principe de ce blog et des méthodes d’investigation des sciences humaines. Le paradoxe, c’est trouver que l’autre est bizarre, et expliquer cette bizarrerie par une logique qui n’est pas la nôtre.
Mes étudiants me répondent qu’il est important, aussi, de « défendre son point de vue ».

Ce qui me surprend (paradoxe !). Car cela n’a rien à voir avec ce que je dis. Pour moi, comprendre l'autre ne menace pas notre point de vue.
En fait, comprendre l’autre permet de se comprendre soi. L’exercice du paradoxe est avant tout un exercice sur soi. Quels sont les a priori qui sous-tendent mon « point de vue » ? qui font que l’autre me paraît étrange ?
Non seulement l’autre n’est pas une menace, mais il est une chance. Parce qu’il est différent de moi, à deux nous pouvons faire ce que je ne pouvais pas faire seul. Mieux, il peut me décharger de ce que je n’aime pas faire, et me permettre de passer bien plus de temps à faire ce que j’aime ! Le boulanger aime faire du pain, et moi j’aime le manger. C’est le principe même d’organisation de la société.

Maintenant que j’ai expliqué ma logique, quelle est celle de mes élèves ? Pourquoi estiment-ils que comprendre l’autre menace ce qu’ils sont ? Est-ce la peur du « relativisme », dont on parle tant dans certains milieux ?
D’ailleurs, s’il y a relativisme, est-ce du fait de différences fondamentales ? Ou parce que notre « point de vue » porte bien son nom : il traduit l’angle sous lequel nous regardons le monde ? Chacun voit midi à sa porte dit mon cours. (Et aussi l'ethnologie.)

jeudi 29 novembre 2012

MAP = RGPP ?

N.Sarkozy a voulu réformer l’administration. Elle en a été traumatisée. F.Hollande repart à l’assaut du Mammouth. Mais on ne parle plus de RGPP, mais de MAP. Le fonctionnaire et la nation s'en porteront-ils mieux ?

Pour une fois, le gouvernement paraît proche de mes idées. Alors que M.Sarkozy semble avoir voulu passer en force, mais sans s’attaquer aux bastions les plus sauvagement défendus, M.Hollande désirerait écouter le petit peuple, accompagner le changement, et ratisser large (collectivités locales et organismes sociaux).
Mais a-t-il les troupes pour cela ? Le haut fonctionnaire me semble concevoir le changement comme une manœuvre tellement subtile qu’elle met l’adversaire (nous) échec et mat. Il est ruiné, avant même d'avoir pu réagir. Pour le reste, la moindre résistance le fait fuir. Or, vues l’importance des économies à faire et la puissance des lobbys internes à l’administration, cela risque de chauffer.
A l'assaut.

Ilva, plus grande aciérie d'Europe et métaphore du capitalisme

On s’inquiète pour une aciérie italienne. Elle a été fermée, parce que ses fumées causent le cancer. Mais elle pourrait rouvrir, parce qu’il n’y a pas de travail dans les environs.
Métaphore du capitalisme de ces dernières décennies ? C’est le non respect des droits de l’homme qui fait la compétitivité des entreprises ? Mais elles sont intouchables parce qu’elles ont pris le travailleur en otage ? Plus le capitalisme détruit d’emplois, moins il est attaquable ?
Vive Arnaud Montebourg et ses nationalisations ? Mais l’Etat en a-t-il les moyens ? N’a-t-il pas, lui aussi, était pris dans le tourbillon général ?

mercredi 28 novembre 2012

Eric Izraelewicz

Eric Izraelewicz est décédé, dit la presse. Curieux sentiment. Je l’avais croisé il y a seulement quelques semaines.
Un jour, je me suis trouvé assis à côté de lui dans un jury. Nous devions décerner des trophées à des dirigeants. J’avais reçu un gros dossier sur les entreprises et candidats finalistes. Il avait été rédigé par un cabinet de conseil. Je l’avais lu. Mais j’étais incapable d’avoir une opinion. J’attendais beaucoup d’Eric Izraelewicz. Curieusement, il est resté silencieux. Heureusement, il y avait avec nous des dirigeants de groupes familiaux, véritables encyclopédies de l’entreprise française. Rien de mieux qu’une histoire pour vous décider. Les dossiers et la raison froide ne sont bons à rien. Jeanne Bordeau a bien raison.
Mais, pour autant, l’exercice fut frustrant. Nous ne sommes pas parvenus à définir des règles de choix. Si bien que le résultat a été fantaisiste. J’espère que les jurys populaires fonctionnent mieux que celui-là… 

Sauvetage à la grecque

La Grèce ne peut pas payer ses dettes. Mais l’Europe veut qu’elle le fasse. Alors elle en modifie les termes, ce qui les allège de 20% du PIB grec (au nez et à la barbe du contribuable européen ?), et repousse de possibles nouvelles difficultés au-delà des élections allemandes. L’art du politique est l’impossible. Max Weber aurait parlé d’éthique de la responsabilité.
Le Grec a-t-il jamais eu les moyens de ses ambitions ?

mardi 27 novembre 2012

Gauche décomplexée ?

Une technique de communication bien connue consiste à lancer des idées pour voir si l’opinion leur est favorable. L’annonce de la nationalisation de l’usine d’ArcelorMittal en est-elle une illustration ? Arnaud Montebourg se demande-t-il si le libéralisme n’a pas du plomb dans l’aile ? Si l’opinion mondiale ne serait pas prête pour autre chose ? Si les fameuses forces du marché, si terrifiantes, existent vraiment ? (Pour le reste, l’affaire pourrait être foireuse.)
Toujours est-il que la droite semble lui donner raison. MM.Guaino, Borloo et Breton, au moins, si j’en crois France Culture. Ce qui est curieux en ce qui concerne les deux derniers, qui me semblent devoir leur fortune au mouvement libéral passé. (Il faut aussi leur ajouter M.Bayrou.)

Quant au maire de Londres, il utilise peut-être le même procédé. Il nous crache à la figure notre passé de sans-culottes. Ce qui est toujours du meilleur effet dans la haute société anglaise. Là aussi la cohérence est faible. Car ça fait belle lurette que l’Angleterre a nationalisé des banques (quant à Obama il a nationalisé GM). D’ailleurs, elle a étêté son souverain bien avant nous.
Mais l’Angleterre n’a jamais cessé d’être perfide. La nouveauté est peut-être que la France tente de donner de la voix. 

Suicidaire UMP ?

Et si l’UMP avait lu l’un de mes cours ? Les organisations résistent au changement par un comportement suicidaire, disent-ils. Le passage aux actes est fréquent. Ce qui est surprenant.

Voici comment je vois le drame de l’UMP. Pour Jean-François Copé, la fin justifie les moyens. En manipulant ces derniers, il a retourné un sort défavorable. François Fillon sait avoir l’opinion pour lui. Il se sent victime d’une injustice. Il veut se venger. Quant à Alain Juppé, il défend l’intérêt général. Mais cela ne lui donne pas l’énergie, que possède la vengeance, de déplacer les montagnes.

Un ancien billet constatait que le principe du parti gaulliste était le « mâle dominant ». Un processus ressemblant à celui du PC chinois le dote d’un dirigeant à vie. Mais ça ne marche plus. L’UMP a cédé aux tentations de la démocratie. Il a été conquis par le modèle de factions de la IIIème République, que de Gaulle avait voulu éliminer. Il lui reprochait une instabilité maladive.

De Gaulle aurait-il été trahi par les siens ?  Par Sarkozy en particulier ? Chirac ne lui disait-il pas qu’il « divisait » ? Et s’il avait divisé son propre parti ? N’a-t-il pas intérêt à ce qu’il soit inconsolable sans lui ? Mais, un UMP éclaté est-il réellement dans son intérêt ? Un suicidaire de plus ?

Commentaire ultérieur (28 novembre).
M.Sarkozy semble avoir lu ce billet. Il serait intervenu. Il aurait convaincu les frères ennemis de ne pas disloquer son bien. Tout ce petit monde paraît, finalement, bien plus calculateur que suicidaire. 

lundi 26 novembre 2012

Vieux démons occidentaux, guerre en Palestine et espoir au Mexique

The Economist voit le conflit Israélo-palestinien sous un angle inhabituel. La politique belliciste de M. Netanyahou a réussi. Israël se porte mieux, et ne reçoit quasiment plus de missiles. Le pouvoir de nuisance de l’Iran baisse depuis les troubles en Syrie. Parce que le Hamas a pris le côté de l’opposition syrienne, et que le chemin vers le Hezbollah est coupé. Et les nouvelles démocraties arabes sont trop préoccupées par leurs problèmes pour aider la Palestine. Mais, le Hamas pourrait avoir le temps pour lui, d’autant qu’il sera difficile, pour Israël, de maintenir une enclave palestinienne privée de droits au sein d’une région devenue démocratique. Bon moment pour un changement ?

Le Mexique aussi se transforme. Les Chinois devenant chers, les industries qui veulent alimenter les USA s’installent chez lui. D’où croissance forte, arrêt de l’émigration. Mais aussi baisse du taux de fécondité (au dessous de celui des USA, dans dix ans). Malheureusement, le parti gouvernemental serait corrompu.
La faille de la démocratie américaine est l’argent. Beaucoup de fonctions y étant électives, et se faire élire demandant beaucoup d’argent, ceux qui en ont, ont le pouvoir de faire la pluie et le beau temps. A mon avis, c’est surtout préoccupant en ce qui concerne la justice. Quant à l'élection présidentielle, les deux partis s’équilibrent. (Bien qu'ils doivent tout de même se plier aux désirs des gros donateurs.)

Europe de l'Ouest. La Catalogne va-t-elle quitter l’Espagne. Pour l’éviter, le pays pourrait devenir plus ou moins fédéral. Mais je n’ai pas compris en quoi cela résoudrait les problèmes économiques de l’ensemble. En Italie, le résultat des prochaines élections est imprévisible, mais M.Monti devrait continuer à la gouverner. L’avenir de l’UMP est tout aussi brouillé. (Victoire de Sarkozy ? ce dont je doute.) Les Allemands sont aux prises avec leurs néonazis, et l’Angleterre voit son salut dans le Commonwealth. Les crises ressuscitent les vieux démons ?

Changement dans l’industrie. La production des pays riches augmente. Et la composition de l’emploi se transforme. Il glisserait de l’usine aux services liés à l’industrie, et à la fabrication de machines. Chez HP, tout va mal, sauf le logiciel. Et ses acquisitions semblent malheureuses. « Au troisième trimestre, HP a réduit de 8md$ la valeur d’EDS, un vendeur d’équipements et de services acheté en 2008 pour 13,9md$, plus 1,2md$ pour Compaq, un fabricant de PC. » Quant à Autonomy, le chiffre serait de 8,8md$ (sur 10,3md$). Pour la voiture et l’avion, le temps du sans pilote arrive à grands pas. La technologie qui le permet servira, pour commencer, à aider les pilotes humains.

Théories économiques. Pendant longtemps on nous a enjoints de ne penser qu’aux intérêts de l’actionnaire. Aujourd’hui, on dit que c’est dangereux. Mais, curieusement, The Economist nous demande de continuer sur la même voie, les alternatives ne conduisant à rien de mesurable… De manière plus profonde, peut-être, le journal pense que ce n’est l’indicateur, en lui-même, qui est en faute, mais la façon dont les dirigeants l’ont employé. « Le problème n’est pas que les investisseurs sont des idiots, mais que les dirigeants le croient. »
Un résultat mesuré sur eBay : en moyenne, il rapporte plus de ne pas masquer les défauts d’un produit que de faire le contraire… Et, pour une raison inconnue, fixer un salaire minimum serait bon pour l’économie et pour l’emploi, et réduirait les inégalités salariales. C’est contrintuitif.  Et c’est tout ce que j’ai retenu de The Economist, cette semaine. 

Anthropologie, une introduction

MONAGHAN, John, JUST, Peter, Social and cultural anthropology, A very short introduction, Oxford University Press, 2000. Un livre court, passionnant, sur ce qu’est l’ethnologie.

L’ethnologie étudie les sociétés humaines. Sa méthode d’analyse est « l’observation participative ». L’ethnologue vit dans une communauté et essaie de la comprendre en l’observant et en s’entretenant avec ses membres. Il compare les sociétés, et travaille sur leurs particularités. Qu’a-t-il découvert ? « Que les gens sont partout les mêmes, sauf dans leurs différences ». Les groupes humains se ressemblent en ce qu’ils sont représentés par une « culture », un concept qui est l’apport fondamental de l’ethnologie à la science. Cette culture, qui guide le comportement individuel, s’explique par la propension universelle de l’homme à l’ordre et à la classification. Pour le reste, elle doit s’adapter au contexte qui lui est propre. Voilà pourquoi, à un même problème, mariage, justice, éducation des enfants… chaque communauté trouve une solution différente.

La culture, construite sur une expérience partagée, non seulement organise notre vie, mais nous aide à passer ses moments difficiles. En fait, l’individu est en immense partie une construction sociale. Nos goûts, le choix de nos amis, la façon dont nous décodons le monde et interprétons notre expérience… sont façonnés par notre culture. Jusqu’à nos maladies qui, pour certaines (cf. l’anorexie en Occident), sont culturelles.

L’ethnologie est « fonctionnaliste ». Elle constate que nos comportements collectifs ont une « fonction », ils servent les intérêts du groupe et de l’individu. Elle se préoccupe aussi beaucoup de changement,  caractéristique première des sociétés humaines. Le changement est nécessaire lorsque les systèmes d’explication du monde utilisés par une société sont en défaut. Une nouvelle explication (nouvelle culture) apparaît alors, associée à un « prophète ».

Je me suis demandé en lisant ce texte si la fonction de l’ethnologie n’était pas avant tout la connaissance de notre propre société. L’ethnologie est « anti anti-relativiste ». Elle nous démontre le peu d’universalité des principes qui guident notre société.
Par exemple, partout où nous portons nos regards nous voyons une forme ou une autre de domination masculine. Mais n’est-ce pas parce que nous ne regardons que là où le mâle est susceptible de dominer ? N’est-ce pas le reflet de l’idée préconçue selon laquelle l’homme et la femme sont en tous points identiques ?
Et si, plus généralement, l’intolérance était une caractéristique de notre culture ? Et si sa particularité était une forme de totalitarisme intellectuel ?
Et si c'était cette erreur qui avait fait notre succès, et nos plus grandes découvertes ?

dimanche 25 novembre 2012

Les conséquences imprévues du progrès

Voici comment un ethnologue décrit l’évolution récente d’une communauté indonésienne. Peut-on y voir, en accéléré, les caractéristiques de la transformation du monde ? Travailler plus pour gagner moins ?
Chaque villageois était fermier, chaque femme était une tisseuse compétente, qui fabriquait les vêtements de sa famille, chaque homme était un charpentier et un scieur compétent, qui bâtissait la maison dans laquelle il vivait. Ces dernières années, cependant, au fur et à mesure que l’éducation est devenue accessible, d’autres sortes de possibilités sont apparues et des jeunes gens du village sont devenus maîtres d’école, policiers et infirmiers. Les parents ont désiré que leurs enfants aient accès à ces possibilités et aux revenus qui vont avec et donc aux produits de luxe et aux biens de consommation que seul l’argent peut procurer. Mais l’éducation demande aussi de l’argent. Pour ces raisons, et d’autres, beaucoup de Dou Donggo ont déplacé une grande partie de leur travail vers des cultures telles que les cacahuètes ou le soja, qui ne sont pas consommés par le fermier, mais vendus contre de l’argent dans la plaine. Les hommes quittent de plus en plus souvent le village pendant la saison sèche pour une emploi d'ouvrier dans les chantiers gouvernementaux. Alors qu’un passage à une économie de l’argent offre de grands avantages, tels que l’accès aux biens de consommation et à la médecine, il expose aussi les gens à de nouveaux risques. S’ils investissent trop de leurs ressources dans des cultures commerciales, ils se mettent à la merci de forces du marché qu’ils ne contrôlent pas, qui font que les prix de leurs récoltes obéissent aux fluctuations mondiales de l’offre et de la demande. Leur situation nutritionnelle peut aussi se dégrader, à mesure qu’un ensemble de cultures de subsistance est remplacé par une monoculture. En outre, la participation au marché du travail international peut augmenter les tâches domestiques de certains, puisque les femmes et les vieillards doivent travailler aux champs pour remplacer les émigrés et les jeunes, ce qui signifie double emploi. Parce que d’autres membres assurent la subsistance de la famille, le salaire de l’émigré peut être artificiellement réduit, puisqu’il n’a pas de charge familiale. (MONAGHAN, John, JUST, Peter, Social and cultural anthropology, A very short introduction, Oxford University Press, 2000.)

samedi 24 novembre 2012

Conduite du changement : pourquoi s'y intéresser ?

Les raisons de mon intérêt pour le changement :
We must take change by the hand or rest assuredly, change will take us by the throat. (Winston Churchill : nous devons prendre le changement par la main, ou soyez sûrs qu'il nous prendra par la gorge.)

vendredi 23 novembre 2012

Crises mondiales : Malthus avait-il raison ?

SEVERINO, Jean-Michel, RAY, Olivier, Le Grand Basculement, Odile Jacob, 2011.
Le capitalisme procède toujours de la même façon. La croissance démographique crée une forme de disette. Les plus avantagés en tirent parti pour accumuler capitaux et innovations. C’est le progrès. Mais la misère conduit à la crise. Elle force à installer des systèmes de solidarité sociale. En créant une classe moyenne, ils relancent la croissance.

Au 19ème siècle ce mécanisme conduit à une première globalisation, à plusieurs bains de sang mondiaux et à une crise sans précédent.
Aujourd’hui, le surplus de main d’œuvre amené par l’émergence de l’Asie a produit une seconde globalisation, et une explosion des inégalités (au sein des nations). Puis une crise. De nouveau, il faut recréer un minimum de solidarité, avant que l'affaire ne tourne vraiment mal.
Mais, cette fois-ci, les capacités de la planète sont à leurs limites. Nous ne risquons pas une simple guerre mondiale, mais l’extinction de notre espèce

Solution ? Faire le contraire de ce que l’on a fait. Dans notre comptabilité, l’homme est cher et la nature bon marché, sa consommation étant même subventionnée. Il faut inverser les taxes pour donner envie d’employer l’homme et de protéger la nature. Notamment, il faut mettre un terme à une paupérisation volontariste, en réinvestissant dans l’homme, en particulier en le formant. Il faut stopper la globalisation à outrance, en redécouvrant le marché intérieur. La clé de cette réorientation : les services de proximité. Pas de concurrence internationale possible, ainsi, et, par combinaison de qualifiés et pas qualifiés, remise au travail de ces derniers. Exemple : « décarbonisation » de la nation.

Je note que tout ceci nous maintient dans le même système, un peu vicieux. Ne serait-il pas prudent d’en démonter le moteur ? La croissance démographique ? Malthus aurait-il vu juste ?
A moins qu’une répartition équitable des ressources nous enlève l’envie d’une excessive natalité ? Mais quid de l’Afrique, qui n’est pas passée par le même cycle que l’Occident et l’Orient ? 

jeudi 22 novembre 2012

Recomposition du Paysage Politique Français

La France ressemble aux USA, une fois de plus. L'UMP part à l'extrême droite. Elle y semble moins légitime que le FN. Et cela ne paraît pas le souhait du gros de son électorat. Et encore moins celui des centristes, qui se reconstituent en mouvement.
Mais, aux USA, le parti Républicain est extensible. Ses élus font, en grande partie, ce qu'ils veulent. Nos partis, eux, sont des godillots. Et le godillot, ça éclate. Cela ne va-t-il pas être le cas de l'UMP ? S'il se divise, les alliances au centre deviendront possibles. Mais aussi une dislocation de la gauche, dont l'unité n'aurait plus d'intérêt.
Qu'en résulterait-il ? Instabilité gouvernementale comme avant la 5ème République ? Ou les tensions fratricides de notre culture se sont-elles calmées depuis ? Un régime de coalition à l'Allemande peut-il survivre ? Avancée démocratique, finalement ?

mercredi 21 novembre 2012

Qu’est-ce qu’un intellectuel français ?

WINOCK, Michel, Le siècle des intellectuels, Editions du Seuil, 1999.

L’histoire des intellectuels en France ne me semble pas tant l’histoire de personnes, que d’une sorte de mise au point. L’homme découvre la raison et cherche comment il pourrait bien l’utiliser. Et, pour cela, il va commencer par épuiser les erreurs possibles.

Pour l'intellectuel, l’affaire Dreyfus est un mythe fondateur. C'est une bataille pour son droit à peser dans les affaires de la nation. Il affronte les forces du conservatisme et de la tradition. Pour elles, l’innocence de Dreyfus ne compte pour rien en comparaison du primat des valeurs éternelles de la nation. Avec la première guerre, l’intellectuel se détache du matériel (Surréalisme). C’est la pensée pour la pensée. La montée du fascisme le ramène à ses racines combatives  mais sans qu’il perde son détachement des choses du monde. Il est pacifiste. Et il ne voit l’ennemi qu’en France. Constatant à nouveau son erreur, il devient « engagé » après la seconde guerre mondiale. Cette fois, ses luttes son sectorielles, en quelque sorte. Et l’indigence de sa pensée est consternante. Par exemple, il semblerait qu’il ait cru que le Parti Communiste était porteur des valeurs du peuple, le bien. Le PC était donc le bien. Point ! Du naufrage du communisme va émerger la figure de Raymond Aron, c’est-à-dire, je crois, le mode de pensée anglo-saxon.
Qu’est-ce qu’un intellectuel ? C’est peut-être Julien Benda qui le définit le mieux. L’intellectuel est le défenseur de l’universalisme et de valeurs (justices…) absolues. L’intellectuel n’est donc pas quelqu’un qui s’interroge, mais un Tartuffe, qui veut imposer des idéaux, que son comportement trahit. C’est un idéologue et un totalitaire. Voilà peut-être pourquoi l’intellectuel français est en faillite.
De même, ce n’est pas tant un penseur qu’un écrivain. Etre jugé comme un bon écrivain vaut, d'ailleurs, sauf-conduit. La prospérité d’un grand nombre de collabos le prouve. Fait significatif, le livre de Michel Winock s’inscrit sous le patronage de Barrès, Gide et Sartre. Ils ont dominé leur époque, mais plus personne ne les lit ! Le pouvoir d’influence de l’intellectuel compterait-il plus que sa pensée ?

Michel Winock paraît croire qu’il va se transformer. De leader d’opinion, idéologue universaliste et grégaire, il deviendrait acteur sans-grade de la construction d’une démocratie modeste. Pour cela, il devrait acquérir la capacité de penser par soi-même. Mais, quitte à rêver, ne serait-il pas mieux d’espérer un monde où tout homme est responsable, et capable de penser seul ? me suis-je demandé.
Car, ce livre m’a fait penser à la thèse de Jean-Baptiste Fressoz. Et si l’intellectuel était l’idiot utile du progrès capitaliste ? Michel Winock dit que l’intellectuel est le représentant du spirituel, de l’éthique. C’est le nécessaire contrepoids aux puissances matérielles poussées par leur seul intérêt égoïste. Et si la fonction de l’intellectuel était de nous bercer d'illusions ? D’endormir les freins au changement ? De permettre à son moteur, l’agent économique, de faire son job à plein régime, sans avoir à écouter sa conscience ? Mieux, de le réveiller lorsque l'accumulation de privilèges le fait sombrer dans le conservatisme ? Michel Winock ne dit-il pas que l’intellectuel est « l’agent du changement » ?

mardi 20 novembre 2012

L'Europe et le pain français

Attention France. Baguette explosive, dit The Economist. Perte de compétitivité et Etat accro à la dépense. La France doit se transformer illico. Mais elle n’a pas le gouvernement pour. La démonstration n’a rien de convaincant. Ça ne va pas bien, mais quoi de particulièrement plus effroyable que dans d’autres pays (ce que dit un autre article) ? D’autant qu’ils se tiennent tous par la barbichette ? Et comment se prononcer sur l’impénétrable Hollande ?

Par ailleurs, il semblerait que l’imposition converge d’un pays à l’autre. L’Europe fait acte de rigueur, et les pays à faibles taxes vont devoir en lever pour payer leurs retraités.

En Allemagne, Angela Merkel est assurée de gagner les prochaines élections. La politique du pays sera inchangée, les partis locaux pensant la même chose. Quant à la Grande Bretagne, ses exigences irritent ses partenaires européens. Mais pas assez pour qu’ils s’en débarrassent.

Barack Obama va-t-il régler le problème fiscal des USA ? Façon Obama ? Par frappe chirurgicale ? En faisant aux quelques élus républicains dont il a besoin une proposition qu’ils ne peuvent refuser. Comme on dit dans Le parrain. Il va aussi devoir remplacer ses principaux ministres. Ils sont usés.

Le premier ministre japonais est-il suicidaire ? Il dissout l’assemblée au pire moment pour lui. Mais en échange de l’adoption de mesures impopulaires. Et, peut-être, aussi, dans l’espoir que son adversaire, devenu gouvernant, se ridiculisera (une nouvelle fois). Machiavélique ? En Chine la politique de l’équipe dirigeante serait contrainte par les anciens titulaires. Le changement attendra leur décès.

Israël / Palestine, rien ne va plus. Et si le Hamas éliminait le Fatah ? La guerre l’ayant rendu sympathique. La Lybie pour sa part se reconstruirait plutôt harmonieusement, mais il lui reste quelques Jihadistes déplaisants. En Syrie, l’opposition se donnerait une direction respectable, mais elle doit faire les preuves de sa capacité de rassemblement.

Tout cela, l'incertitude, fait la fortune des armées privées (100md$). Et les pays émergents, et les sous-traitants locaux, entrent sur un marché dominé jusque-là par les USA. Le sable bitumineux canadien, lui, serait une moins bonne affaire qu’on l’a cru. Le Canada manque de capitaux, de pipelines et de personnes prêtes à affronter la rigueur polaire. Même pour une fortune. 

lundi 19 novembre 2012

Principe de management : exploitation de l’homme par l’homme ?

John Kotter, Le gourou du changement, conseille aux entreprises de construire une organisation, spécifique, à base de réseaux informels, pour conduire le changement. Une organisation parallèle à la hiérarchique.

C’est ce que disent mes livres depuis dix ans, et plus. Je devrais être content. Et pourtant, je soupçonne qu’il a loupé quelque chose. Le principe fondateur même du management de l’entreprise moderne.

Si la logique du dirigeant est de s’enrichir, alors il a intérêt à prendre la part du lion de la masse salariale de son entreprise. Ce qui le conduira à s’entourer de machines et d’exécutants qu’il paiera le moins possible. Pour compenser leur stupidité, il les fera obéir à des procédures tayloriennes. (C’est d’ailleurs pour cela que Taylor a développé ses procédures : pour se débarrasser de personnels dont la compétence était un pouvoir.)
Un réseau de conduite du changement nie cette logique. Pas tant par son coût (quasi nul, en tout cas très inférieur à celui des dispositifs de passage en force actuels), que parce qu’il reconnaît, et développe, l’importance de certains membres de l’organisation. 

dimanche 18 novembre 2012

Iso 26000 et mariage pour tous

Grosses manifs contre le mariage pour tous. Et plus petites contre un projet d’Aéroport.
Est-ce ainsi que fonctionne la démocratie ? Les mouvements organisés ont le dessus ? Rapport de force comme principe fondateur ?
Ne pourrait-on pas s’inspirer d’ISO 26000 ? ISO 26000 prône le « dialogue entre parties prenantes ». On repère les groupes concernés par une question et on organise un échange d’avis afin de parvenir à une solution. Bien entendu, il faut aussi que ceux qui n’ont pas de voix (les enfants, les générations futures, la nature…) soient représentés. 

samedi 17 novembre 2012

Dr Folamour et le gaz de schiste

Il semble se confirmer que l’Amérique va nager dans le pétrole.
Pas très bon pour l’effet de serre et la durabilité de la planète ? Pire, l’Amérique va pouvoir continuer à gaspiller sans se réformer ? Et peut-être va-t-elle nous forcer à faire de même, pour des raisons de compétitivité ?  Dieu serait-il Américain ? Un Dieu qui veut la peau de l’espèce humaine ?
L’individualisme aveugle triomphe de tous les obstacles et détruit le monde, après l’avoir transformé ? Dr Folamour de Kubrick ?
Mais, les estimations sur le potentiel pétrolier des USA dont tout le monde parle pourraient être optimistes.

Pauvre France ?

Le Monde publie une série de photos très récentes, et un peu voyeuses, des habitants de Paris, vus par leur fenêtre.

Habitat délabré. Voilà ce qui me frappe. La France est-elle aussi mal en point ?

vendredi 16 novembre 2012

Garder le contrôle de son sort dans un monde incertain

Les troubles psychosociaux causés par l’entreprise sont dus à « l’irresponsabilité », explique un de mes cours. Nous devenons fragiles lorsque nous perdons le contrôle de notre sort, lorsque nous sommes en situation d’irresponsabilité. Oui, mais nous n’avons aucune maîtrise des événements, me dit-on !
J’ai trouvé une réponse qui satisfait mes interlocuteurs. Bizarrement, elle vient d’une méthodologie de conception destratégie que j’utilise depuis une bonne quinzaine d’années. Elle dit ceci :

Quand vous êtes face à un environnement incertain, pensez à trois techniques :
  1. Modifiez l’avenir à votre avantage.
  2. Développez vos capacités d’adaptation.
  3. Acquérez des compétences qui pourraient vous être utiles au cas où. (Stratégie dite de « l’option ».)
En fait, elles sont complémentaires, et doivent être utilisées ensemble. Voilà l’application qu’en font les gens à qui j’en parle :

Modifier l’avenir à son avantage
Ici, il s’agit essentiellement de se faire des amis, si possible puissants. Ou d’utiliser ceux que l’on a, à bon escient. De cette façon, on peut voir arriver beaucoup d’événements bien avant qu’ils ne nous surprennent, s’y préparer, et éventuellement les orienter dans une direction favorable.
Ce n’est pas pour autant que l’avenir sera parfaitement stabilisé, mais il y aura beaucoup de mieux.

Développer ses capacités d’adaptation
Il est curieux à quel point nous sommes contraints. Nous avons très peu de temps pour faire autre chose que ce que nous faisons ordinairement, et nous avons une vision étroite de qui nous sommes. Si vous êtes ligoté par votre train-train, vous ne pouvez que subir, et souffrir.
L’incertitude exige, au contraire, d’avoir du temps libre. Pour pouvoir écouter son environnement, y voir apparaître des signaux annonciateurs de changement ; et pour pouvoir réagir.
Au début d’un changement, j’annonce à mes clients qu’ils doivent dégager 50% de leur temps pour s'occuper d'imprévu. Ce qui les surprend.

Apprendre
La troisième tactique est la plus compliquée à mettre en œuvre. Que doit-on apprendre ?
Il me semble qu’il faut faire comme l’entrepreneur. L’entrepreneur navigue dans le plus complet incertain. Or, il n’a pas de réelle stratégie, il saisit sa chance. Il a « envie » de faire des choses et il les fait. Et à force d’accumuler des savoir-faire il parvient à une masse critique d’où sortent une nouvelle idée, un nouveau marché, et une nouvelle entreprise. En environnement incertain, l’homme doit probablement chercher à s’enrichir en permanence.
Il est bon pour la santé d’être curieux ? Au moins, cela donne un sens à la vie : le chaos devient source d’émerveillement.

jeudi 15 novembre 2012

Méditer fait fuir le rhume

De septembre à mai, les participants qui avaient médité ont manqué 76% moins de jours de travail  que les membres du groupe de contrôle. Ceux qui avaient fait de l’exercice physique ont manqué 48% moins de jours, pendant cette période. La sévérité des rhumes et des grippes était aussi différente. Ceux qui avaient fait de l’exercice ou médité ont souffert 5 jours en moyenne ; ceux du groupe de contrôle, huit. Les tests de laboratoire ont confirmé que les durées des rhumes données par les participants étaient corrélées avec leur niveau d’anticorps, un biomarqueur de la présence d’un virus. (l’article)
Ce qui ne dit pas pourquoi la méditation permet de faire reculer le rhume. Peut-être qu’elle muscle nos anticorps ? Une âme saine pour un corps sain ? Toujours est-il que l’on trouve de plus en plus de vertus à la méditation. Nouvelle marque du reflux du libéralisme obsédé par gagner plus ?

mercredi 14 novembre 2012

Journalisme et censure

Ecrire des livres m’a fait découvrir la profession de journaliste. Expérience frustrante. Je pensais avoir des choses intéressantes à dire. Or, le journaliste, au lieu de m’écouter, semblait me considérer avec méfiance.
Je crois maintenant comprendre pourquoi. Le journaliste est comme tout Français : avant d’entendre quelqu’un, il a besoin de le connaître. Il doit s’assurer qu’il est honnête. Travailler avec des journalistes est donc un investissement au long cours, avec une longue phase initiale de calme plat.
Mais le plus curieux n’est pas là. Je lis beaucoup la presse étrangère. J’en ai parlé avec les journalistes. J’ai constaté que ce que je leur disais leur faisait peur : « on ne pourrait pas imprimer cela ». En France, il existe une sorte d’omerta. Elle ne couvre pas que les agissements de DSK. Un journal de gauche ne peut pas dire, comme le fait The Economist, que les conditions de travail modernes conduisent au suicide, pas plus qu’un journal de droite ne peut écrire, comme The Economist, que l’automatisation à outrance élimine la classe moyenne.
Raffinement de la culture française, éprise de respect de l'autre, ami ou ennemi ? Ou  dangereuse forme de censure: étant mal informée, notre démocratie marche mal ?
Plus possible aujourd'hui ?

mardi 13 novembre 2012

Gaz de schiste : qui croire ?

Annonce triomphale, ce matin, l’Amérique va devenir le premier producteur de pétrole mondial. C’est une agence apparemment respectable qui le dit.
Phénomène gaz de schiste. Au même moment, beaucoup d’experts, américains, affirment que c’est une illusion. Un nouvel exemple.
Tentative de manipulation ? En fait, il n’y a peut-être pas totale contradiction. Il y a beaucoup de gaz de schiste, mais son prix d’extraction est élevé, et on n’est pas équipé pour l’utiliser. (Billet sur le sujet.)

La transformation, permanente, de l’expert

Depuis quelques temps, je travaille avec les sociétés d’expertise françaises. Voici ce que j’ai compris :

Un métier complexe
Contrairement à ce que l’on pense, faire une expertise ce n’est pas mettre des croix dans une grille. C’est interpréter la loi et une nuée de contrats d’assurance, qui changent d’un assuré à l’autre, d’un assureur à l’autre, et d’un produit à un autre et d’une version de ce produit à une autre, chez un même assureur. C’est aussi pouvoir chiffrer vite et bien. Enfin, la partie technique de l’expertise s’est complexifiée. Un expert moderne doit combiner plusieurs spécialités anciennes. C’est compliqué, mais c’est une seconde nature. Car, il a droit à beaucoup de formations, et beaucoup d’experts font plus d’un millier d’expertises par an.

La relation humaine comme compétence clé
C’est pour cela que l’on ne me parle jamais de la complexité du métier. Ce qui préoccupe l’expert est la dimension humaine de l’expertise. Une expertise doit aller vite pour être rentable. Or, le premier besoin d’un assuré victime d’un sinistre est une sorte de soutien émotionnel. L'expert a le rôle d'un médecin pour un malade. En outre, l’expert ne peut rien faire s’il n’a pas obtenu la confiance de l’assuré et des parties prenantes d’un sinistre. Sans compter que l’assuré n’a aucune idée du contenu de sa police d’assurance… L’expert est un as de la relation humaine. Ce n’est pas l’ours que je croyais.

Une logistique de plus en plus sophistiquée
En fait, les difficultés ne font que commencer. Les assureurs ont découvert que la fidélité de leurs clients tenait à la rapidité d’intervention des experts. Ils leurs fixent donc des délais très courts, et des pénalités de non respect de ces délais. Pour tenir ces engagements le cabinet d’expertise, à partir d’un dossier généralement incomplet, doit parvenir à contacter l’assuré, à obtenir les informations manquantes, à lui fixer un rendez-vous avec un expert. Et tout ceci en optimisant la tournée de cet expert (qui passe son existence dans sa voiture) ! Car la rentabilité du cabinet tient au nombre de rendez-vous faits en une journée. Conséquence : développement de plates-formes et de dispositifs de planification de plus en plus sophistiqués.

Gain de productivité et amélioration continue
Bien entendu, les assureurs, qui traversent une mauvaise passe, utilisent des acheteurs pour réduire massivement les prix de l’expertise. Le gain de productivité est à l’ordre du jour.

Intéressant problème. Comment combiner une logistique hyper sophistiquée avec la dimension majeure du métier, un facteur humain extraordinairement aléatoire : prise de contact téléphonique pas simple, absence inopinée lors de l’expertise, besoin d’assistance émotionnelle… ? 

lundi 12 novembre 2012

La France et le haut de gamme


Apparemment nos gouvernants pensent que le problème de la France est un manque de haut de gamme.
La vie est-elle aussi simple que cela ? PSA et Renault ne sont jamais parvenus à pénétrer le haut de gamme automobile. C’est un métier. Mais ils ont aussi connu des années de prospérité sans cela. Car le milieu de gamme n’a pas que des inconvénients. Il a aussi un très large marché.
Et voilà qu’une étude de l’Insead analyse le cas Michelin. Ça ne va pas très bien. Problème ? Trop haut de gamme. Ses innovations n’intéresseraient pas le marché asiatique. Or, corrélativement, ses coûts sont élevés : beaucoup d’usines en pays « high cost ». Ses concurrents asiatiques ont, eux, un petit nombre de grosses usines, « low cost », qui produisent de l'ordinaire. Et ils comptent équiper les futurs constructeurs asiatiques, qui pourraient inonder le marché mondial. Michelin est-il condamné ? Mais sommes-nous dans une logique de rationalité économique ou de guerre ?
Et si nos entreprises avaient besoin d’un traitement au cas par cas ? Et si Arnaud Montebourg, qui n’a que ça à faire, se demandait ce que cela signifie, et comment utiliser les très dispendieux services de l’Etat pour fournir l’appui nécessaire à ce travail ? 

dimanche 11 novembre 2012

Super Obama et autres histoires


The Economist constate la victoire d’Obama. Sa stratégie électorale fut à l’image de son intellect, redoutable. Il a visé des « niches », des groupes ayant des intérêts particuliers (par exemple les homosexuels), et se les ait attachés en leur donnant ce qu’ils attendaient. De même, il a convaincu l’opinion des défauts qu’il attribuait à son opposant. The Economist lui conseille maintenant de trouver un accord avec ses adversaires pour rétablir les finances américaines. C’est une autre paire de manche. 
Il ne fait pas bon être pauvre aux USA, dit un autre article. (Raisons culturelles : pauvreté = crime ?)

La Chine change d’équipe de direction. Le pays ne semble pas dirigé par un homme, mais par un groupe, avec de multiples ramifications vers des centres de pouvoir extérieurs. Apparemment, les nouveaux seraient les protégés des anciens, ce qui sous-entendrait un même cap.

Sur le front grec, rien de nouveau. Le pays ne pourra jamais payer ses dettes. Un défaut doit être organisé.

Les Américains pourraient échanger les Palestiniens contre les Iraniens, i.e. pression sur l’Iran contre  négociation Israël / Palestine.

Le pirate somalien n’aurait plus le vent en poupe. La navigation dans ses parages se serait organisée et armée. Et il ne veut pas risquer sa vie.

En ce qui concerne Internet, la presse aurait enfin trouvé une formule efficace : le portail payant. Fin du modèle du contenu gratuit, payé par la publicité, et des illusions de la bulle Internet ? Mais pas fin des bulles. Il y aurait peut-être bien une spéculation sur la dette d’entreprise, rien d’autre ne rapportant quoi que ce soit. Attention à l’éclatement (assureurs…). Facteurs d'éclatement ? Crise ou reprise ! Autre souvenir de bulle, les agences de notation seraient attaquées par la justice. Elles expliquent qu’elles n’ont fait qu’exprimer une opinion. On leur répond qu’elles étaient payées pour que cette opinion soit sérieuse.

Pourquoi vote-t-on alors que cela ne nous rapporte rien ? Peut-être parce que le coût du vote est inférieur à ce qu’il en coûterait de s’interroger sur son utilité. (Pour ma part, je soupçonne que l’on est programmé par la société pour voter, de même que l’on pratique moult autres rites sociaux qui ne nous rapportent rien.)
Et si l’altruisme, une caractéristique de l’espèce humaine, venait de notre propension à la guerre, une autre de nos caractéristiques ? Nous y aurions pris l’habitude de nous sacrifier pour le groupe… 

Pourquoi sommes-nous des collabos ?

Une question m’intrigue depuis longtemps : pourquoi sommes-nous, encore et toujours, des collabos ?
La France ne pense pas, elle applique. Sans sens critique. Je le constate régulièrement. Mais je le crois encore plus lorsque je lis l’idéologie ringarde qui a guidé l’Amérique, et nous par la même occasion, ces derniers temps.
Pourquoi cela ? Peut être une idée. La Révolution a pris à la monarchie le système d’éducation de sa bureaucratie. Elle en a fait le moule de notre société. Il forme des exécutants. Les leaders appartenaient probablement à la monarchie, et à la noblesse. Mais là, le moule est perdu.

samedi 10 novembre 2012

Jospin, le révolutionnaire

Appliquer les idées du rapport Jospin nous ferait passer en 6ème République. Elles sont contradictoires avec les principes mêmes de notre « système » disait Jérôme Jaffré à la Rumeur du Monde de France Culture.
Si je le comprends bien, elles entraîneraient, par une sorte d’effet domino, sa disparition. C’est la mésaventure qu’a connue Louis XVI.

On ne parle pas assez de systémique, je trouve. C’est bien que l’on y pense, pour une fois.
C’est aussi une bonne leçon pour nous tous. Car, comme M.Jospin, nous tendons à trop voir les défauts de notre système et à oublier que ce système nous constitue. En voulant le corriger, nous risquons de le casser, et de retirer son sens à notre vie. 

Expertise et économie sociale

Pourquoi les cabinets d’expertise ne forment-ils pas des coopératives ? Me suis-je demandé.

Comment fédérer des Gaulois ?
Les experts furent des indépendants. Puis, pressés par les événements, ils se sont groupés en grosses unités. Mais leurs employés conservent une farouche volonté d’indépendance. D’ailleurs tous s’accordent à dire que le nerf de la guerre est la motivation des experts. Car, le métier est ingrat, il doit être une passion.  
Beaucoup de problèmes en résultent. La participation au capital paraît à l’expert une reconnaissance nécessaire de son action. Au moins pour les plus expérimentés. De même, lorsque le cabinet absorbe de grosses unités, celles-ci veulent du pouvoir. En vérité, plus ou moins marquée, la logique du réseau demeure. Et il y a pire. La passion de l’expertise rend la gestion des affaires collectives secondaire. Comment cet ensemble mal soudé peut-il résister aux forces du marché ? Société anonyme, GIE… ? C’est là qu’intervient l’économie sociale :

L’économie sociale, une application
L’économie sociale, c’est la démocratie administrant un bien commun (res publica en latin) d'une collectivité. Et ce dans l’univers de l’économie de marché.
Dans le cas de l’expertise. La collectivité est faite d’experts. Le bien commun est la coordination des interrelations afin d’atteindre l’objectif commun : une longue et heureuse série d’expertises peu troublée par des tracas pratiques. Les experts sont actionnaires de l’organisation. Ce qui leur donne une voix, et une seule, pour élire un bureau, qui élira lui-même son président. Bureau et président sont appelés les « politiques ». C’est, essentiellement, le pouvoir législatif de l’entreprise. Il prend des décisions en fonction de l’intérêt collectif. L’exécutif est constitué d’une administration salariée. Ce sont des spécialistes fonctionnels, directeur général, directeur financier, contrôleur de gestion, etc.
Le vice de ce modèle ? La dérive politique. Pouvoir pris par les champions de l’appareil et non de l’intérêt collectif et du changement. Soif de pouvoir, démagogie, immobilisme et détournement de bien social. Le choix du couple président / directeur général est décisif.
Le président ? A la fois meilleur des experts, et expert atypique. Meilleur des experts, pour atténuer le risque du politique professionnel qui fait carrière par incompétence. Mais le président doit surtout être un « leader » au sens des sciences du changement (= capable de conduire le changement). Il doit construire une « vision » qui agrée à tous et la mettre en œuvre. Il doit aussi décider vite et bien, lors des « gros coups ». Le directeur général complète le président, c’est un spécialiste de la gestion des entreprises, de la mise en œuvre du changement.

Le cabinet de conseil anglo-saxon
Est-ce le modèle le plus efficace ? D’autres professions ne sont-elles pas confrontées aux mêmes problèmes que les experts ? Ne pourrait-on pas emprunter leurs solutions ? Quid des consultants et des auditeurs ? Pas exactement : ces cabinets vendent des missions. L’homme qui compte n’est pas le consultant. Il exécute un schéma directeur. C’est le vendeur. Le cabinet de conseil est une collectivité de vendeurs, associés. La motivation du consultant tient à la possibilité de joindre l’élite, grâce à un exploit (commercial).  Autrement dit, ces cabinets reproduisent l’organisation sociale anglo-saxonne.
Du point de vue de l’associé, cela ressemble à l’économie sociale, sans exécutif spécialisé. Mais y en a-t-il besoin ? Le succès tient à la vente et ces cabinets fusionnent beaucoup et constituent des oligopoles, ont-ils besoin d’un fonctionnement optimisé ?

A chaque culture son entreprise
Laissons les experts choisir l’entreprise qui leur convient. En tous cas, je retiens de cette discussion que chaque culture construit ses entreprises à son image.
Français n'ayant pas découvert l'économie sociale ?

vendredi 9 novembre 2012

Gallois et Tocqueville

Même un polytechnicien n’arrive pas à bien comprendre le rapport Gallois.

En fait, si l’on en croit Elie Cohen, ce rapport est un exemple de notre génie national. Il dit de manière effroyablement compliquée une chose très simple. A savoir que le mal de la France est que ses entreprises produisent trop cher du milieu de gamme. Elles doivent s’orienter vers le haut de gamme. Cette idée fait consensus parmi nos élites.

Pourquoi ne pas envisager d’autres directions, direz-vous ? (Par exemple, une ouverture sur les marchés étrangers, qui, par effet d’échelle, réduirait les coûts ?) Nos élites seraient-elles victimes d’une nouvelle lubie, comme au temps des 35h ? Ceci est une autre histoire.

D'autres auraient demandé aux entreprises ce dont elles avaient besoin. Peut-être auraient-elles eu des idées intelligentes, et bon marché ? Pas question. Comme le disait Tocqueville, notre gouvernement doit faire notre bonheur, y compris contre notre volonté.

Dans cette logique, le rapport conclut que « des actions de longue haleine doivent être menées en matière de formation, de recherche, de gouvernance, d’exportation, de solidarité entre grandes et petites entreprises et de refondation du contrat social ». Mais c’est du long terme et l’entreprise est en perdition ! On rajoute donc « un transfert immédiat et inconditionnel des charges sociales non contributives (…) vers un impôt universel à assiette large ». Mais ces prélèvements vont accentuer la crise ! Certes, mais, la France est sous la menace d’une intervention extérieure (UE, FMI, marchés), pas question de transiger ! Alors, on prend les dites mesures, tout en en différant l’action ! « le gouvernement change de direction et reconnaît que la priorité est à la baisse de la dépense publique et à la restauration des marges des entreprises. Ce message devrait être entendu par le FMI, les marchés et l’UE. »

Curieusement, alors que d’une question simple, le gouvernement a tiré des mesures d’une rare complexité, il a totalement omis de se pencher sur le détail de leur mise en œuvre : « les 10 milliards de baisse de dépenses publiques ne sont guère détaillés alors qu’il faudra sans doute s’engager dans la réforme du mille-feuille territorial, des dépenses de santé et des multiples organismes publics qui ont proliféré » et plus loin « Le dispositif de transferts de charges est illisible et comporte des incertitudes majeures. »

Amateurs pris de panique ?
L'Ancien Régime et la Révolution.
Ou les conséquences imprévues de  la réforme à la française.

Qu’est-ce qu’un ami ?

Un ami nous voit comme nous-nous voyons nous-mêmes. Il renforce notre identité. Voila ce qui définirait le mieux l’amitié.
Comment l’entretient-on ? En partageant ses soucis, sa vie ; en écoutant et en aidant ; en ayant fréquemment des activités communes ; et surtout, en faisant de cette relation quelque chose d’agréable, et de positif.

jeudi 8 novembre 2012

Les drones d’Obama

Barack Obama tue des gens un peu partout, sans demander leur avis à qui que ce soit. Dangereux précédent ?
Le programme de drones américain ne rend pas le monde plus sûr, il crée un environnement dans lequel des exécutions illégales peuvent arriver virtuellement n’importe où, n’importe quand, violant le droit de l’homme fondamental de ne pas être privé arbitrairement de sa vie.

Comment se souvenir de quelqu’un ?

Comment se souvenir d’un nom et d’un visage ? Apparemment, c’est en regardant une nouvelle rencontre dans les yeux. Cela aide aussi, de connaître son nom au préalable, de l’associer à une histoire, de prendre le temps d’écouter lorsqu’on vous la présente, de s’entraîner, et de surtout ne pas être stressé, car le stress est mauvais pour la mémoire… (The One Social Skill that Can Change Your Life)
Curieusement, j’ai appliqué sans le savoir une technique qui n’est pas loin de celle-ci. Il m’arrive de donner des exercices-mails à mes étudiants avant de les rencontrer. L’histoire qu’ils me racontent associée à leurs photos me fait les connaître avant de les rencontrer. A tel point qu’un invité à un cours a été surpris que je lui dise que c’était le premier.

mercredi 7 novembre 2012

Améliorer la compétitivité de l'entreprise française

L’entreprise française va mal. Pourtant, elle n’est probablement pas sans talent. Car sa survie tient du miracle. En effet, si l’on croit certains, les charges salariales l’asphyxient ; pour d’autres (Le coût du travail n'explique pas tout ! L'appel de 76 industriels pour une autre compétitivité), elle n’investit pas suffisamment en machines.

Mon expérience me dit que nous faisons fausse route. Sa faiblesse est l’innovation. Or, la raison d’être de l’innovation n’est pas la compétitivité, mais le contraire : le monopole. La force des entreprises allemandes est une innovation stakhanoviste, appuyée sur des brevets afin de permettre une politique de prix élevés.

Bref, si l’on veut bien me croire, le complexe est le mal de l’entreprise française. Elle est incapable de voir, donc de développer, ce qu’elle fait bien. Mais, dans ces conditions, est-ce efficace de lui donner de l’argent ? 

Qui est Obama ?

Obama, être de rationalité pure, solitaire et froid, extraordinairement sûr de soi, et compétitif. C'est le produit de la méritocratie universitaire. Un article du Monde (Barack Obama, Mister (faux) Cool) rejoint les conclusions de ce blog. Conséquences :

N’étant pas intégré au monde politique américain, il ne peut y « conduire le changement ». Raison probable de la paralysie actuelle du pouvoir aux USA ?

L'intérêt d'Obama n'est pas celui de la collectivité. C'est un individualiste.  Il veut gagner. Et il le fait avec ses armes. Elles sont techniques. Il utilise la technologie pour détruire ceux qui sont sur son passage.  Qu’ils soient islamistes (drones) ou républicains (réseaux sociaux et publicité). C'est comme cela que notre médecine procède avec les tumeurs cancéreuses. 

Léonard de Vinci à Dauphine

L’autre jour, mes élèves se demandaient pourquoi l’Université Dauphine s’était installée dans les locaux de l’Université Léonard de Vinci.
Ce ne semble pas être une question de places, comme je le croyais : les formations déplacées ont été remplacées par des élèves venant d’ailleurs.
Et ce n’est pas sans problèmes : des cours successifs seraient parfois répartis sur les deux universités, sans que les temps de déplacement aient été pris en compte.
D’après un élève, cela viendrait de Nicolas Sarkozy, qui aurait voulu créer une université des affaires, dans le temple des affaires, la Défense.

Faut-il y voir une nouvelle démonstration de notre art inné du changement ? On déplace des salles de cours, et hop, on a créé Harvard Business School ?

mardi 6 novembre 2012

The Economist vote Obama, pour le reste rien ne change

The Economist vote Obama. « M.Romney a un projet économique qui ne marche que si vous ne croyez pas à ce qu’il dit (…) Et, en dépit de tous ses défauts, M.Obama a tiré l’économie américaine du précipice, et a fait du bon travail en politique étrangère. »  L’ouragan Sandy aussi : il rappelle à l’Américain que, dans les moments difficiles, l’Etat est utile. De même que les drones. Ils donnent l’image d’un président martial, dont les robots liquident les terroristes apparents, sans demander d’autorisation à qui que ce soit.
En Europe, l’Etat est à nouveau interventionniste. Et l’Allemagne, pour une fois, suit l’exemple de la France. (Investisseur toujours aussi avisé : 150m de la BPI, supposée financer le Mittlestand français, vont renflouer l’armateur CMA CGM.)
Depuis que la Birmanie a basculé dans la démocratie, elle opprime ses minorités. Lien de cause à effet ? (Situation une nouvelle fois héritée du diviser pour régner de la Grande Bretagne coloniale ?)

Les compagnies pétrolières occidentales quittent l’Iraq, trop instable et mal équipé. Elles s’installent au Kurdistan, qui aimerait installer des pipelines en Turquie, qui serait heureuse d’ennuyer son ennemi iraquien, mais qui s’inquiète de sa minorité kurde. En Iraq, la Chine remplace l’Occident.

Le capital grossit, les salaires régressent. Partout dans le monde. Les entreprises réduisent leurs coûts, et n’investissent pas. Réflexes conditionnés ? Elles tendent aussi à grossir au-delà du raisonnable. Pourquoi ? Parce que ça flatte l’amour propre du dirigeant ; parce qu’il surestime les bénéfices d’une acquisition ; mais aussi parce qu’il est rentable d’être un monopole ; et que l’Etat accorde une garantie implicite aux grandes entreprises (comme l’a fait récemment l’Etat français avec la banque de PSA).

Science. Le lac de Genève est propice aux tsunamis (provoqués par des effondrements de sédiments) ; la nouvelle science de l’épigénétique laisse penser qu’une femme peut hériter des poumons en mauvais état d’une grand-mère fumeuse ; éternelle lutte de l’homme contre la nature, les poissons d’élevage sont victimes de nouvelles épidémies, que l’on cherche à éviter en repérant les génomes qui semblent y résister ; dans le même genre, on serait en passe d’inventer la médecine bactérienne, elle crée des bactéries artificielles qui soignent l’écosystème bactérien qu’est l’homme.  

Changer le monde pour les nuls

Et si la clé du changement du monde était une forme de fondamentalisme ? Cette idée m'est venue d'une conversation avec le professeur Jean-Pierre Schmitt.

Il travaille à un livre sur sa science, l'organisation des entreprises. Son premier objectif est d'en rappeler les fondements. Car ils sont totalement oubliés.
Cela m'a rappelé une sorte de constante de ma vie professionnelle. Depuis ses débuts je suis un cycle immuable. J'entre dans une organisation. J'ai quasi instantanément une idée d'où elle devrait aller. Mais, rien ne va. A force d'efforts, le groupe humain s'organise. Arrivé à un certain degré d'organisation, phénomène curieux, il se met à penser. Je suis devenu inutile.

Il me semble que les Chinois et les Égyptiens anciens avaient observé ce même phénomène. Un sujet favori de lamentation. Les phases de désagrégations sociales se caractérisent par ce que plus personne n'est à sa place. Il me semble aussi que nous avons vécu un tel épisode. 68 et le libéralisme ont voulu l'épanouissement de l'homme. Conséquence imprévue, mais logique : l'ambition personnelle a dominé le monde. D'où un résultat oligarchique. On occupe une fonction sociale en fonction de sa capacité à la saisir et non à la tenir.

Et s'il fallait rebâtir notre société en repartant de ses idées originales ? Une fois en état de marche, elle saura peut-être ou aller, sans qu'on ait besoin de le lui dire ?

lundi 5 novembre 2012

L'étudiant se modèlise

Mes étudiants émettent une double conjecture scientifique, qui n'est peut-être pas dénuée de profondeur. A savoir : 1) le contrôleur de gestion masculin a un faible niveau de testostérone ; 2) le stress est bon pour la performance scolaire.

La première conjecture résulte d'une observation. Les hommes préfèrent la finance (qui mène au trading, métier viril) au contrôle de gestion.
J'ai effectivement constaté quelque chose qui va dans ce sens. il y a des années la crise bancaire a rejeté des aspirants traders dans ma classe. Excellents dossiers scolaires, mais ambiance effroyable. Excès d'individualisme, probablement. Le bon contrôleur de gestion, par contre, est un joueur d'équipe. Il plie mais ne rompt pas. Il a des caractéristiques généralement associées aux femmes. Ce qui en fait un animateur du changement né.

Quant à la seconde conjecture, elle est curieusement corroborée par l'exercice que je viens de demander aux dits étudiants. Leurs réponses me sont parvenues par mail. Je les ai lues en ordre inverse de leur arrivée. Les dernières tendaient à être nettement meilleures que les premières. Ce qui m'a frappé.
Y a-t-il des théories derrière tout cela ? Anxiété d'apprentissage d'Edgar Schein ? Optimisme de Martin Seligman : le bon élève est stimulé par l'adversité ? Contrainte, stimulant de la créativité, dit l'art ?

dimanche 4 novembre 2012

Trop séduisant pour être honnête

Une apparence avantageuse est une raison de soupçonner une personnalité nocive. Des chercheurs ont corrélé la « triade noire », narcissisme, psychopathie et machiavélisme, avec l’art de se rendre attirant.
Parmi les explications avancées :
La possibilité d’accouplements de courte durée est d’un grand intérêt pour les membres du club de la triade noire.
Beauty and the devil dit wikipedia

samedi 3 novembre 2012

Causes structurelles du déficit français

Un précédent billet disait que les fonds destinés aux SDF ne leur parviennent pas. Dysfonctionnements. Et si la cause de nos déficits était là : une formidable désorganisation ?
Je me suis alors souvenu d’une phrase de Marc Bloch sur la France féodale : « les abus de force des maîtres n’avaient plus guère d’autre contrepoids  (…) que la merveilleuse capacité à l’inertie de la masse rurale et le désordre de leur propre administration ». (BLOCH, Marc, La société féodale, Albin Michel, 1989.) Nos dysfonctionnements nous protègent, depuis le Moyen-âge, des coups de folie totalitaires de nos dirigeants.
France éternelle
Nous sommes dans un pays qui croit aux belles et nobles idées extraordinairement simplistes. Il n’a aucun sens des réalités. Par exemple, il y a peu, un ministre voulait supprimer le plus vieux métier du monde par décret. Et quel est le programme du PS, si l’on écoute son premier secrétaire ?
la limitation du cumul des mandats (la salle est en délire), le droit de vote des étrangers non communautaires aux élections locales (longue ovation), le mariage et l'adoption à tous les couples (tonnerre d'applaudissements).
C'est certain qu'avec cela c'est la fin de la crise, et un monde durable.
Quand le dysfonctionnement ne joue plus, c’est la catastrophe. C’est France Télécom et ses 70md de dettes. C’est aussi Sciences Po, plus modestement.
Si les pays du nord sont plus efficaces que nous, c’est parce qu’ils sont démocratiques. Leurs dirigeants doivent défendre, et mettre au point, leurs décisions plus sérieusement que chez nous. L’inefficacité de la France est liée à sa croyance au dirigeant de droit divin.  

Pourquoi y a-t-il des week-ends ?

Pourquoi avons-nous un week-end de deux jours, alors que le Shabbat n’a qu’un jour ? Paresse ? Je me pose cette question depuis longtemps. J’ai peut-être trouvé une solution.
J’arrive au week-end généralement vidé. Or, samedi me demande un nouveau sprint : les magasins ne seront-ils pas fermés dimanche ? Résultat : n’ayant pas eu l’énergie de gâcher le samedi en achats, rupture de stock.
Je viens de comprendre mon erreur. Samedi n’est pas un jour de vacances, mais de travail, travail domestique. On est donc ramené au cas précédent. Un jour de Shabbat.

Nicolas Sarkozy avait raison. En ouvrant les commerces dimanche, l’homme n’a plus à sprinter samedi. Moins fatigué, il pourra travailler plus. Et acheter l’électroménager qui lui sera nécessaire, puisqu’il aura moins de temps pour sa maison. D’ailleurs, l’électroménager n’a-t-il pas libéré la femme de sa famille ? Et permis de travailler à la chaîne ? Quant au Shabbat, une société de producteurs en a-t-elle besoin ?  

vendredi 2 novembre 2012

Pour qui voter : Obama ou Romney ?

Dans quelques jours l’Amérique vote. Quel est le bon choix, dirait VGE ?
Obama, c’est la continuité. Un président froid, hautain, méprisant, dont les belles intentions ont lâché à la première escarmouche. Et qui a jugé indigne de lui de se salir pour les défendre.
Quant au programme de Romney, c’est le retour, sans complexe, à Thatcher et Reagan. En mieux. Si le libéralisme a connu la crise, c’est parce qu’il n’a pas été assez loin.
Mais ce n’est qu’un programme. Car « la fin justifie les moyens » définit Romney. Toute sa carrière d’investisseur, que l’honnêteté n’étouffe pas, puis de candidat président, qui renie son passé de gouverneur, le répète. Est-ce pour cela qu’il se préoccupe peu de connaître ses dossiers ? Le moyen étant secondaire, son étude l’est aussi ?
Mais quelle fin poursuit-il ? Son intellect apparemment approximatif lui fera-t-il prendre des décisions dangereuses pour la planète ? Romney, c’est l’incertitude.
Pourtant, il a un atout. Le grand problème actuel de l’Amérique, c’est la paralysie de son système politique. Démocrates et Républicains se haïssent. Or sans accord, il y a Armageddon fiscal. Et si le pragmatique Romney pouvait amener son camp, celui des faucons, à transiger ?
Mais, cela est-il dans notre intérêt ? Ne serait-il pas bon pour notre santé que l’Amérique et ses idéologies prennent un bouillon ?
Comme le dit Max Weber (Le savant et le politique), la science est incapable de nous dicter nos décisions (mais elle peut dire comment les réaliser). L’avenir est imprévisible. Il appartient à ceux qui ont un projet. L’art du politique est l’éthique de la responsabilité, qui justifie le moyen par la fin (Romney), plus que l’éthique de la conviction, l’éthique des valeurs (Obama). 

jeudi 1 novembre 2012

Contrôle de gestion et ingénieur

Discussion avec un responsable de programmes d’une école d’ingénieur.
Je lui parle de contrôle de gestion. Il me répond que c’est enseigné par les « business schools ». Mais peut-être veux-je dire « mathématiques financières » ? Ça c’est un métier d’ingénieur !
Le contrôle de gestion, vu par Taylor, un de ses inventeurs, c’était apporter les sciences de l’ingénieur à la gestion de l’entreprise. Le contrôle de gestion a été inventé par des ingénieurs ! Curieux comme le monde change. Aujourd’hui, ingénieur = banquier.
D’ailleurs, mon interlocuteur a une formation commerciale. Celui qui l’a recruté a dû penser que ce qui compte pour un ingénieur est de se vendre au plus offrant.
Nos grandes écoles ont créé l’automobile, l’aéronautique, le bâtiment… aujourd’hui, elles suivent les modes. C’est plus reposant, intellectuellement.
Ingénieur n'ayant pas découvert les mathématiques financières