lundi 31 août 2009

Vainqueur de la crise: la grande Enterprise

The Economist croit que la crise a mis un terme à la mode de la petite entreprise, le vent est porteur pour la grande entreprise :

  • Fin de l’ère de la déréglementation et de la révolution informatique, favorables à l’entrepreneur. Seule la grande entreprise peut supporter la lourde règlementation qui a résulté de la débâcle Enron et les frais de RetD qui vont avec les nouvelles industries dans le vent.
  • En outre, le management de la grande entreprise semble avoir appris à manager depuis la crise : il laisse de moins en moins le « marché » faire son métier (il absorbe ce qu’il avait eu tendance à sous-traiter) ; et sait de mieux en mieux utiliser les forces et la taille de l'entreprise, et même innover.

Décidément une page s’est tournée…

Compléments :

Retour à De Beers

Un commentaire concernant Prix du diamant s’étonne que je m’en prenne à la science économique. Après tout le monopole du diamant n’a-t-il pas un comportement de monopole ? Retour sur le comportement des monopoles :

  • Les livres d’économies ne parlent que d’un seul type de monopole : celui dont l’unique obsession est de gagner beaucoup d’argent. Tous les monopoles n’ont pas cet objectif. L’éducation nationale, l’hôpital ou l’armée sont des monopoles, mais ne cherchent pas à maximiser leurs revenus (le coût est une contrainte). Ils ont une autre mission que le profit, d’autres valeurs qui les guident. Du coup, comme je le fais remarquer régulièrement, ils sont efficaces économiquement parce que leurs personnels ne sont pas vénaux : leurs coûts de fonctionnement sont faibles.
  • Les monopoles du diamant eux aussi n’ont rien à voir avec les monopoles des livres de cours. Car ils font quelque chose de bizarre : au lieu d’agir sur l’offre, seulement, en réduisant leur production, ils interviennent sur la demande. Pour cela, ils investissent à très long terme dans une énorme campagne de marketing très subtile, qui va beaucoup plus loin que de la publicité explicite : elle a fait un usage massif des leaders d’opinion que sont les stars de cinéma (chaque idylle étant l’occasion d’un cadeau en diamants). Le monopole réel ne cherche donc pas à maximiser ses revenus à court terme, mais à assurer sa situation de monopole (à long terme) en manipulant les critères de décision implicites de la population, notre inconscient. C’est une forme de totalitarisme.

Il y a un peu plus d’une décennie, j’ai repéré un exemple du même type. Les chimistes allemands ont cherché des débouchés pour leur PVC. Ils ont visé le marché des fenêtres, qui alors étaient en bois. Ils n’ont pas fait que de la publicité, ils ont surtout voulu s’acquérir les bonnes grâces des architectes et des artisans (ils ont d'ailleurs transformé quelques-uns de ces derniers en fabricants de fenêtres en PVC). Dans le cadre d'une enquête, j’ai demandé à un échantillon du marché final (nous) quels étaient les critères de choix d’une fenêtre, et quel était le meilleur pour y répondre : bois ou PVC ? à chaque fois c’était le PVC. La bataille du bois était perdue. Curieusement, des amis m’ont expliqué ensuite que mes critères de choix n’étaient pas complets, qu’il manquait notamment des critères environnementaux, qui, eux, étaient massivement favorables au bois.

Compléments :

  • Ceci n’a rien de nouveau, ou de choquant, comme semble le penser le commentaire : ce n’est autre qu’une illustration parfaite de remarques faites il y a plus d’un demi siècle par l’économiste J.K Galbraith, qui fut le conseiller de plusieurs présidents américains, et n’a rien d’un anarchiste. D'ailleurs, mon propos n'est pas de dénoncer le comportement de l'économie, ou de tel ou tel monopole, mais d'identifier la logique de ce comportement, pour pouvoir agir en fonction.
  • Le monopole est un phénomène rare. Les entreprises tendent à se regrouper en oligopoles. Ces oligopoles parviennent à se coordonner, sans avoir besoin d’une entente formelle (cf. la stratégie moutonnière de l’industrie automobile). Un autre vieux classique de l’économie : The Logic of Collective Action.

Enquête sur la démocratie

Un livre de Pierre Manent, chez Gallimard (2007). Je comptais y trouver une réflexion sur les penseurs des origines de la démocratie, j’ai eu un assemblage d’articles sans grand projet d’ensemble.

Peut-être n’ai-je pas suffisamment approfondi ? En tout cas, je n’ai pas été passionné. De temps à autres, j’aperçois une idée inattendue, puis rien. Ce que je croyais une montagne devient une souris, et même pas.

Le philosophe français ?
Il y a quelque chose d’étrange chez Pierre Manent, qui se trouve aussi chez Raymond Aron : il étudie des auteurs, en se limitant à leur œuvre, sans chercher à la replacer dans son contexte, et en faisant de cette œuvre une sorte d’effort désespéré et vain. Ce qui me frappe est le contraste entre la vigueur du style, du combat, des livres dont il est question et la fausse gentillesse molle de celui de Manent / Aron, qui semble signifier que tout effort est illusion.
Avec de tels raisonnements, Alexandre serait resté dans ses pantoufles. Comme eux, d’ailleurs.
Dois-je voir dans cette pensée la caractéristique du philosophe français, qui refuse la démarche scientifique internationale, et qui croit que son travail est de construire dans sa chambre des raisonnements par un processus d’enchaînement d’une logique qu’il est le seul à comprendre ?

Quelques remarques, pour (ma) mémoire
  • Éternelle question de Manent : l’Europe et la disparition de la nation, qui semblait pourtant le cadre nécessaire à la démocratie. Et enfin une idée utile : c’est par son absence que l’Europe pourrait arriver à se construire. C’est parce que l’on va découvrir que le monde n’est pas au point, qu’il lui manque quelque chose de vital, qui appartenait à la culture Européenne, que l’Europe va avoir envie de se porter au secours de la planète, et ainsi fondera son projet politique.
Mais, surtout, l’intérêt de Pierre Manent est de donner envie de lire les livres dont il parle.
  • Aristote / Hobes. Aristote semble avoir construit un modèle de société qui sous-entend l’inégalité : les riches et les pauvres, par exemple, méritent d’être riches et pauvres, mais avec des limites. Le mécanisme politique a pour but, à partir de la confrontation des opinions, de maintenir les revendications dans le domaine du raisonnable (et du juste). Mais l’Église catholique disqualifie ce mécanisme : elle prétend au pouvoir absolu. Hobes décide donc de construire la société en partant d’une vérité indubitable : le « droit naturel » de l’homme.
  • Très intéressante biographie de Raymond Aron. Il nie qu’il y ait une « histoire », que l’homme aille dans une direction donnée, ou qu’il puisse choisir une direction (positivisme). La vie de l’homme, c’est la résolution de problèmes locaux, et limités. C’est pour cela que R.Aron a consacré une étude à Clausewitz : la stratégie est l’exercice ultime de la raison.
  • Céline. Une vision désespérée de la société. La seule honnêteté serait d’aller au fond de sa propre abjection, « au bout de la nuit » ? Un nouvel écho aux idées de Rousseau ?
  • Péguy : quel style, quel panache ! Voilà quelqu’un qui écrit comme il vit, et comme il pense ! Tant de liberté paraît effrayer Pierre Manent, qui semble dire qu’il y a tout de même dans ces écrits beaucoup de choses qu’il n’est pas bien de penser.
Compléments :

dimanche 30 août 2009

Prix du diamant

Adam Smith se demandait pourquoi le diamant, inutile, valait cher, alors que l’eau et l’air étaient gratuits. La réponse : loi de l’offre et de la demande. La rareté coûte cher. Paradoxalement, on découvre en 1870, en Afrique du sud, que le sous-sol de la planète regorge de diamants. Pourquoi le diamant est il toujours hors de prix ? Du fait de la stratégie des producteurs :

  1. Ils vendent juste ce qu’il faut pour maintenir élevés les prix.
  2. Ils ont fait un effort colossal de marketing, ou, plus exactement, de manipulation. En une génération, une campagne de publicité lancée par De Beers en 1938 fait entrer dans la culture mondiale que « le diamant est le seul symbole acceptable de l’amour éternel et que plus grande la taille du diamant, plus grand l’amour », autrement dit « le diamant est éternel ».

La technique n’est pas propre à De Beers, elle se retrouve chez la plupart des producteurs de bien de consommation. Ce qui m’a frappé quand j’ai étudié Unilever, il y a quelques années, c’est que, selon un de ses anciens contrôleurs de gestion, on y lit Elle et pas les Échos : son marketing, au budget énorme, s’inscrit dans les modes. C’est ainsi qu’Unilever vend cher sa poudre à laver, qui ne coûte rien.

Autrement dit, ce que racontent les livres d’économie est une farce : les prix sont déterminés non par l’offre et la demande, en concurrence parfaite, mais par la manipulation. L’art de la stratégie d’entreprise ? Acquérir des monopoles et trafiquer l’inconscient collectif.

Compléments :

  • La stratégie des producteurs de diamants : Its hardness is natural ; its value is not, Scientific American de Septembre.
  • Sur les mécanismes de partage de la « valeur » : Bonus et Goldman Sachs.

Cancer et crise (suite)

When a cell’s controls break down, chaos is unleashed, Scientific American de Septembre :

Le corps ressemble à la société : il y a division des tâches. Comme les hommes et les organisations, les cellules et les organes sont spécialisés, ils ont une fonction précise qu’ils doivent réaliser à la lettre. Cela est permis (notamment ?) par un système de contrôle complexe, qui, en particulier, réglemente la division cellulaire. Le cancer démarre par une attaque du système de contrôle.

À y bien réfléchir, les changements sociaux se font de la même manière. Ils attaquent en premier le système de contrôle social. Le mouvement pour l’égalité des femmes, ou des homosexuels, par exemple, a commencé par n’être qu’un débat d’idées. Puis, une fois la société convaincue, une fois que les règles qui pilotaient ses comportements ont été modifiées, elle a commencé à se transformer : ses « cellules » ont changé de comportement. Il en est de même pour Goldman Sachs et les banquiers : ils ont commencé par faire évoluer le système de contrôle financier, avant, dans un second temps, d’en tirer parti.

Compléments :

  • L’exemple de Goldman-Sachs : Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs. Dans ce cas, les « cellules » ont influencé le système de contrôle mondial (en l’incitant à modifier ses lois), en est-il de même pour les cellules humaines ? Ont-elles un pouvoir sur le système de contrôle, et peuvent le faire évoluer ? Est-ce que leurs « intentions » peuvent être soit « sociales » (faire le bien du groupe), soit parasitaires (faire son bien propre, au détriment de celui du groupe) ?
  • Le fait que le changement parte de la théorie, avant d'atteindre la pratique, explique le curieux phénomène décrit par Edgar Schein et Norbert Elias : il y a un décalage entre ce que nous affirmons bien et notre comportement ; nous sommes fondamentalement hypocrites.

L’état contre la société ?

Une interview d’un avocat, puis juge, puis romancier, par Le Monde ("La justice ne juge plus, elle condamne") m’accroche par une phrase inquiétante (en fait, tout est inquiétant dans cette interview) :

Ce qui m'est apparu en écrivant ce livre, c'est peut-être que la conception paternelle de l'État-providence a vécu. On dirait que les pouvoirs publics se sont mis à détester les êtres humains, considérés désormais comme des facteurs de coûts exorbitants - malades, justiciables, élèves...

Voilà ce qui m'a frappé : cette phrase est un écho parfait à l’explication de Paul Krugman des raisons qui font que le marché n'est pas efficace quand il s'agit d'assurance santé : nos maux seront les coûts de la compagnie d'assurance, elle fera tout pour ne pas nous payer.

À la réflexion, l’état providence, c’est une assurance. Aurait-il adopté la logique purement financière de la compagnie d’assurance, utilitariste, court-termiste, qui fait de nos difficultés un coût ?

Faut-il accuser le capitalisme ? Ou déplorer le basculement de notre société (ou de son élite) dans l’individualisme, dont la théorie économique dominante n’est qu’une rationalisation ?

Compléments :

samedi 29 août 2009

Bonus et Goldman Sachs

Discussion hier. Mon interlocuteur me dit qu’un de ses amis, 24 ans, trader chez Goldman Sachs, a reçu un bonus de 150.000€. Il se demande 1) s’il n’est pas en train de s’habituer à ce qu’il ne pourra pas trouver ailleurs ; 2) pourquoi a-t-il un bonus alors que ce n’est pas le cas de l’ingénieur qui a écrit le programme qu’il utilise, ou de celui qui fait la maintenance du réseau télécom : sans eux aucune transaction ne serait possible… ?

Je lui ai répondu que ça illustrait probablement le fonctionnement du capitalisme. Les flux de « valeur » sont comme les rivières, ils passent par des goulots d’étranglement, ceux qui maîtrisent ces goulots peuvent détourner une partie du flux, et ensuite se le répartir. Cette répartition, à l’intérieur de l’entreprise, est une question de rapport de force, de manipulation des rites de l’organisation, pas de talent, de compétence ou d’intelligence.

Compléments :

  • On retrouve ici la question de l’oligarchie. L’oligarque est une personne que la société place dans une position qui lui permet de détourner les ressources de la société à son profit. Trou noir.
  • Eamonn Fingleton a remarqué que le Japon semble avoir une stratégie systématique de recherche de technologies – goulots d’étranglement. Cependant il les administre de manière sociale (plutôt au profit du Japon que de tel ou tel Japonais).
  • Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs.
  • Notre société a connu une curieuse évolution : lorsque Michel Bon a pris la tête de France Télécom, je crois que son salaire était de 150.000€...

Histoire de l’Inde

Comme pour d’autres nations, je me suis demandé quels étaient les événements fondateurs du comportement indien. Une première étape de l’enquête : KEAY, John, India, a history, Grove Press, 2001.

Gros livre sympathique, facile à lire, agréable. Il fait une étude chronologique de l’histoire indienne, sans prétention de répondre aux questions que je me pose, de décrire la culture indienne ou son âme. Ce que j’ai retenu :

Les origines
L’histoire de l’Inde commence par la civilisation de l’Indus, dont on ne sait pas grand-chose, et encore moins pourquoi elle a disparu. Elle semble ne pas avoir de lien avec l’étape suivante qui est celle de « l’aryanisation ».
Là encore, il n’est pas très facile de savoir ce qui s’est passé. Il est possible qu’une fine couche dirigeante indienne ait été gagnée à la culture aryenne par un mélange de conquête et d’admiration.

Un pays malléable et résistant
L’Inde paraît un curieux pays. Loin d’être la nation dénuée de courage et de valeurs que pensait Tocqueville, elle semble non seulement impossible à conquérir durablement, mais encore avoir réussi à forcer ses conquérants à entrer dans sa logique constitutive, féodale.
Conquérir, c’est exiger du conquis un tribut et une soumission. De ce fait, les empires se constituent rapidement, mais demeurent peu : les guerres de succession ou la faiblesse des successeurs permet aux inféodés de reprendre leur liberté.
Par ailleurs, non seulement les conquêtes arabes et mongoles ont suivi ce schéma de pénétration superficielle, mais il leur a fallu des siècles pour atteindre un zénith sans lendemain. Ce qui s'est fait au hasard de talents de quelques hommes, non du fait de la marche inéluctable d’une civilisation supérieurement organisée. Quant à Alexandre, ses exploits n’ont même pas égratigné l’indifférence collective.
J’ai aussi noté que :
  • Au 15ème / 16ème, il semblerait que les régions indiennes aient développé une identité culturelle, linguistique et politique très similaire à celle des futures nations européennes.
  • Les castes n’auraient pas toujours été les ghettos qu’elles sont devenues : initialement, elles semblent ne pas avoir été très étanches, et surtout avoir été une sorte de droit / devoir associé à la participation à la vie politique. En supprimant cette vie politique, les Musulmans ont fait de la caste un carcan, dont le seul espoir de sortie est la réincarnation.
La colonisation anglaise
La colonisation anglaise a connu trois étapes :
  1. Tout d’abord, l’exploitation des richesses de l’Inde est une question commerciale. Elle est confiée à la Compagnie des Indes. Seulement intéressée par commerce et comptoirs, et ayant un devoir de rentabilité, elle semble avoir été entraînée dans une conquête indienne sans vraiment l’avoir voulu. Elle s’est laissée gagner par l’esprit d’aventure qui régnait en Inde à l’époque et a profité de la disponibilité de troupes locales pour se mêler aux luttes internes. Ses victoires sur les Français, puis son organisation et sa détermination supérieures à celles des autres groupes indiens, les fonds tirés des territoires conquis... ont alimenté une sorte de cercle vertueux expansionniste. D’ailleurs c’était une conquête qui n’avait rien d’hostile. Les Anglais avaient une grande admiration pour la culture locale, d’une certaine façon, ils conquéraient pour le bien commun, ou pour réparer l’anarchie qu’ils avaient créée par inadvertance.
  2. À cette phase bonhomme succède une époque de conversion. La compagnie des Indes est plus ou moins nationalisée, et l’Angleterre se donne pour mission d’apporter la civilisation au pays : utilitarisme, libre-échange, et christianisme. Anglais et Indien vivent désormais dans des espaces séparés. L’exploitation économique du pays, qui avait commencé à l’étape précédente (notamment déforestation systématique), se poursuit avec un caractère implacable que n’avait jamais eu aucune domination précédente.
  3. La rébellion des Cipayes de 1857-58 est l’amorce d’une dernière phase. L’Inde devient un empire, et l’Angleterre s’engage à mettre un terme à son zèle réformiste, et à ne plus se mêler des croyances de ses administrés.
L’indépendance
C’est alors que démarre le mouvement indien pour l’indépendance. La question se pose vite de savoir la forme que devrait prendre le pays qui en résulterait. Il y avait d’une part les territoires administrés par l’Angleterre, en partie indous, en partie musulmans ; de l’autre une nuée de principautés ; plus deux forces dominantes : le Parti du congrès, de Nehru, laïc, et la Ligue musulmane de Jinnah. La solution logique à tout ceci semble avoir été une fédération.
Parvenir à constituer cette fédération était certainement difficile. Mais la conduite du changement fut pleine de maladresses, pas forcément d’ailleurs du fait de mauvaises intentions. D’où une partition dramatique Pakistan / Inde, puis Bangladesh, et des années de turbulence, de guerres (cf. Kashmir), et de nouvelles maladresses (gestion des castes en Inde, par exemple).
L’Inde est aujourd’hui une fédération de fait, les régions se sont multipliées. Son intégrité n’est plus menacée. Bizarrement son régime politique paraît peu stable, et pourtant ce n’est peut-être pas un danger : son étonnant attachement à la démocratie assurerait sa solidité.

Compléments :
  • Sur Tocqueville : Notes sur le Coran et autres textes sur les religions, Bayard Centurion, 2007 (textes rassemblés par Jean-Louis Benoît).
  • De la démocratie en Inde : Inde : équilibre miraculeux ?

vendredi 28 août 2009

Ted Kennedy

J’ai vu passer plusieurs notices nécrologiques concernant Ted Kennedy (par exemple : More flawed and more influential than his brothers). Il semblait terriblement sympathique et regretté. Et je me suis demandé si ce n’était pas la mort qui l’avait rendu tel :

Ted Kennedy serait-il désormais comme un vieux film : plus rien de ce qu’il fait ne pourra nous surprendre ? D’ailleurs n’est-ce pas pour cela que j’aime le blues et toutes ces musiques qui parlent tristement du passé ? Le passé étant passé, il n’est plus menaçant, ses règles sont désormais bien connues ?

Ce que je dis est un peu faux. Il y a des morts à qui l’on en veut à mort. N’est-ce pas le cas de notre président avec Madame de La Fayette ? D’ailleurs, je suis sûr que Platon n’a pas que des amis, et qu’il n’en faudrait pas beaucoup pour que Marx soit de nouveau insulté. À la différence des morts sympathiques, les idées de ces morts là leur ont survécu, et elles continuent à nous inquiéter.

Les morts qui nous plaisent sont ceux qui n’ont pas laissé de trace, ou des idées desquelles nous avons fait le deuil ?

Afghanistan : changement de stratégie

Is General McChrystal a hippie? ou la nouvelle stratégie de l’armée américaine en Afghanistan :

  1. Elle réalise que son attitude lui aliène la population et nourrit les rangs des Talibans (voir Point sur l’Afghanistan).
  2. Donc, l’armée ne doit plus attaquer le Taliban, mais se faire une amie de la population, qui, elle, s’occupera du Taliban, devenu fauteur de trouble (et de plus en plus isolé).
  3. Comment se faire un ami de l’Afghan ? L’aider à satisfaire ses aspirations : paix, ordre, et un meilleur sort.

Voilà le principe même du « changement à effet de levier » : l’erreur de l’armée c’est de vouloir faire la guerre. C’est cela qui l’avait enfermée dans un cercle vicieux.

Compléments :

  • Qui dira que l’Américain n’est pas pragmatique ? Le général qui a conçu cette stratégie était vu comme le pire des faucons : Baroud d’honneur. Voir aussi : Obama et l’Afghanistan.
  • L’auteur du billet, qui certainement a lu ce blog, s'inquiète de la mise en œuvre de ce changement. Cependant ce blog donne aussi une solution au problème : le contrôle du changement. Si le commandement américain suit de près les résultats de la mise en oeuvre de sa politique, et s'il a les moyens suffisants pour en corriger les effets (le cas échéant), il a de bonnes chances de réussir.

jeudi 27 août 2009

Point sur l’Afghanistan

Poursuite de tentative de comprendre ce qui s’y passe (From insurgency to insurrection) :

Si la situation semble mal partie, ce serait essentiellement par maladresse des troupes de l’OTAN (du fait de manque de moyens, mauvaise préparation…). Elles se seraient aliéné une part croissante d’une population qui majoritairement aspire à la paix.

Sans prise de conscience du cercle vicieux il n’était pas possible d’en sortir.

J’accuse

Trois jeunes filles (13 - 14 ans ?) dans le métro, arrêt station Émile Zola. - Qui était Émile Zola ? - Un écrivain, je crois. - Qu’est-ce qu’il a écrit ? (blanc) La troisième, qui n’a pas vu le nom de la station : Émie Zola : c’était une fille ? Ne parlerait-on plus d’Émile Zola à la jeunesse ?

  • Écrivain sans talent ? Description d’une société sans intérêt ? L’affaire Dreyfus : sans conséquence ? Si Zola a sombré, je me fais peu d’illusion quant aux chances de survie de Corneille, Racine, Rousseau, Balzac ou Proust. Par quoi ont-ils été remplacés ? Qu’y avons-nous gagné ?
  • Résultat de la « massification » de l’enseignement ? Est-ce l’offre où la demande qui est en cause ? Sont-ce ceux qui accédaient au secondaire par le passé qui étaient intellectuellement supérieurs à leurs successeurs ? (Finalement, méritaient-ils leur nom « d’élite » ?) Ou est-ce l’enseignement qui a été incapable de maîtriser et de transmettre une culture aussi riche ?

Compléments :

Bulle chinoise

Le plan de relance chinois nourrit une bulle boursière annonce le Monde.

Donc, il n’y aurait pas que l’Amérique et l’Europe de fragile (Prochain système économique (2)) : ça peut péter de partout.

Les prochaines années risquent d’être mouvementées. En tout cas, il faudra être prêt à réagir vite. Et il est sûrement de bonne politique de mettre la maison en ordre aussi vite que possible, pour ne pas avoir encore un genou à terre lors de la crise suivante (Dette).

mercredi 26 août 2009

UE : ça passe ou ça casse ?

Growing apart? va peut-être dans la direction de ma réflexion du moment sur l’Europe (Forte Europe ?) :

En gros, la zone euro est prise entre les pays anglo-saxons qui veulent exporter leur crise et les pays émergents qui se ferment sur eux-mêmes. Il va donc falloir qu’elle apprenne à tirer profit de son marché intérieur, et à réparer ceux de ses membres qui vont le plus mal.

C’est probablement compliqué, mais si elle réussit elle pourrait avoir fait un grand bond vers la maturité.

Turbulences à l’Est

Il semble se confirmer (Forte Europe ?) que la Russie cherche à impressionner ses voisins (Dear Viktor, you're dead, love Dmitry) :

  • Partout relation de force, du coup plus aucun ami.
  • Explication ? Peut-être un régime fragile qui a besoin d’une menace extérieure pour faire oublier à sa population ce qui ne va pas à l’intérieur ?
  • L’Ukraine serait la cible du moment. Mettre la main sur ce pays permettrait à la Russie de retrouver un empire. En outre, il semble présenter des conditions propices à la manoeuvre, car il a une faible habitude de la démocratie.

Question : quelle peut-être la conséquence des agissements de la Russie sur l’Europe ? Que devrait faire l’UE pour éviter à l’Ukraine et à l’Europe des moments difficiles ?

Dumping chinois

Selling the sun confirme ce que disait Torben Sommer : les Chinois avouent que pour imposer leurs panneaux solaires ils les vendent à perte. D’ailleurs pour éviter les barrières tarifaires américaines, ils vont implanter leur production aux USA. Il semblerait qu’ils aient tiré l’idée de ce type de stratégie de l’exemple japonais. Réflexions :

  • Voilà la négation du principe de l’échange : si la Chine détruit l’industrie d’autres pays, qui pourra acheter ses produits ? La logique de l’échange, c’est la spécialisation et la production de biens différents d’un pays à l’autre.
  • Danger de destruction de « l’écosystème » qui participe de près ou de loin à la production des produits qui font l’objet de dumping. L’industrie automobile, par exemple, occupe une quantité considérable de sous-traitants. Beaucoup ne sont que des fournisseurs partiels : leur activité dans l'automobile leur apporte un revenu complémentaire mais surtout un progrès technique dont ils font profiter d’autres clients, et, mieux, qui est un facteur d'innovation dans des secteurs apparemment sans rapport. Cela signifie enfin le chômage, et un chômage durable puisque l’emploi demande la reconstitution d’un savoir-faire partagé pour la constitution duquel des décennies sont nécessaires.
  • La Chine pourra-t-elle longtemps maintenir cette politique mercantiliste ? Elle subventionne massivement ses industries, elle achète des bons du trésor américain pour maintenir sa monnaie à bon marché…

mardi 25 août 2009

Prochain système économique (2)

Keiichiro Kobayashi (Why we need a new macroeconomic paradigm), un économiste japonais, s’en prend à Paul Krugman à peu près dans les mêmes termes que moi, me semble-t-il (Prochain système économique) :

  • L’Amérique et l’Europe suivent le mauvais exemple du Japon : si elles n’éliminent pas les actifs toxiques de leurs banques (éventuellement par nationalisation), et si elles n’essaient pas de renflouer les surendettés, l’économie ne repartira pas avant des décennies.
  • Si l’on utilise la théorie de Keynes c’est parce qu’on n’a pas mieux ; qu’on espère qu’elle va marcher. Il propose de la faire évoluer en ajoutant à ses modélisations les intermédiaires financiers qu’elle ignore magnifiquement.

C’est là où s’arrête notre accord : on ne dirige pas le monde par modélisation. Ce qui a fait qu’il n’y a pas eu nationalisation est la culture américaine, au moins celle de l’élite dirigeante.

  • La culture anglo-saxonne aurait permis un nettoyage rapide par mise en faillite, mais l’effondrement global du système financier américain était probablement un risque inacceptable, d’autant plus que s'il s’était relevé, il y aurait eu d’énormes consolidations, il aurait donc été encore plus dangereux.
  • Idem pour les surendettés : l'Américain veut que l'on paie pour ses fautes.

Compléments :

Coutumes chinoises

La Chine semble présenter des constantes que le temps n’affecte pas (Crime and punishment) :

  • Un potentat local fait malmener tout ce qui s’oppose à lui : ceux qui possèdent des terres qui l’intéressent se retrouvent à l’hôpital, ceux qui protestent en prison...
  • Mais, en dépit du risque, le petit peuple, furieux de l’injustice, se rebelle.
  • Le fils d’une victime finit par tuer le potentat. La vengeance suscite un grand mouvement de sympathie, qui pourrait valoir une grâce présidentielle.

Mais est-ce aussi chinois que cela? Il y a une longue histoire, partout dans le monde, du petit peuple se levant contre l’injustice et allant à la mort s’il le faut. Est-ce un appui à mon idée (Welcome) d’un monde divisé entre ceux qui pensent, des intellectuels calculateurs et peu courageux, et ceux qui « sentent », qui sont mus par des convictions que la raison ne peut contrôler ?

Compléments :

  • Dans SHORT, Philip, Mao: A Life, Owl Books, 2003, j’avais été surpris par la détermination des femmes de personnes injustement condamnées qui venaient protester auprès des tortionnaires de leurs époux. Elles finissaient massacrées.
  • Il y a une histoire comme cela chez Rousseau : une femme de mauvaise vie intervient dans une dispute violente, dont les bons esprits se détournent avec crainte. Discours sur l'inégalité / Rousseau

Kwaidan

Film japonais de fantômes. Bizarrement, c’est une adaptation d’un livre écrit par un Occidental (Lafcadio Hearn), qui, lui-même, avait repris des contes japonais. N’y a-t-il pas de littérature japonaise du conte fantastique ? à l’époque, seul ce qui avait été touché par l’Occident était-il bon ?...

J’ai l’impression qu’il y a eu une mode du film de fantômes au début des années 60 (cf. Les contes de la lune vague). Dommage qu’elle ne se soit pas poursuivie. Qu’est-ce que cela signifiait par rapport à l’humeur japonaise de l’époque ? Montrer au monde ce que le pays avait de plus aimable ?

Au fait, qu’est-ce qu’une histoire de fantômes ? Au début je trouvais ces fantômes peu sympathiques : ils ne pardonnent pas les faiblesses humaines. Il n’y a pas de rédemption. Mais les fantômes occidentaux, à y bien réfléchir, fonctionnent sur le même principe. Le rôle des fantômes est-il de nous hanter ? La nature nous fait commettre des actes que la morale réprouve et nous sommes poursuivis par notre conscience ? Peut-être, aussi, le fantôme n'est-il pas que le fruit du mal et de l'erreur, il peut être poursuivi par le sentiment de l'injustice, ou être inquiet de ne pas avoir fait ce qu'il aurait dû (le clan Heiké qui hante les lieux d'une bataille où il a péri dans l'honneur) ? Alors, doit-on regretter la disparition des fantômes ?

lundi 24 août 2009

SDF bis

Je reviens sur la question de la réinsertion du SDF, qui est quand même fort compliquée.

Les barrières à la réinsertion...

La clé d’entrée dans la société, c’est apparemment l’économie, l’entreprise. Or, l’entreprise française embauche surtout des débutants et encore, avec beaucoup de difficultés, comme le montre le chômage des jeunes. Une fois que l’on est éjecté, il est quasiment impossible de rentrer à nouveau, comme le prouve le faible emploi des plus de 50 ans. Personne n’y échappe, même pas le surdiplômé, qui doit souvent créer son entreprise pour se trouver un emploi, lorsqu’il est licencié.

Plus compliqué : il y a quelques années des chasseurs de têtes rencontrés dans une mission de conseil m’expliquaient qu’ils éliminaient les CV qu’ils soupçonnaient de chômage. Les critères d’entrée dans notre société sont ritualistes, non rationnels : l’aspect, les diplômes, le contact… comptent beaucoup plus que la performance réelle, ou même la motivation, qui ne se démontrent qu’à l’usage.

De ce fait, elle fabrique l’exclusion. Elle est manifeste en ce qui concerne les SDF, la bas de la pyramide, mais le haut n’est pas épargné. Cela ne se voit pas, parce qu’il fait illusion : il est protégé par des relativement généreux régimes sociaux, la fortune de sa famille et les économies de début de carrière.

Pour reprendre une place dans cette société, il faut une double chose interdépendante : trouver des objectifs (quelque chose que l’on a envie de faire) que l’on sait atteindre ; maîtriser les moyens pour cela. Objectifs et moyens doivent être compatibles avec les règles sociales. En fait, c’est presqu’autant l’objectif que le moyen, qui pêche : appartenir à un tel monde n’a rien de très motivant.

... et comment les abaisser

Bref, je doute que les SDF puissent se réinsérer facilement. Pour cela il faut probablement que la société dispose d’autre chose que d’entreprises et d’une administration. Dans l’émission que citait mon premier billet, un SDF réinséré parlait : il avait trouvé une place dans une association qui fournissait un enterrement décent aux SDF. L’économie sociale peut-elle apporter le visage humain qui manque au capitalisme ?

Problème concomitant : en attendant, comment éviter de devenir un SDF réel ou sous-marin ? Comment éviter de perdre toute envie de vivre dans notre société ? Je pense que l’erreur du SDF est d’avoir besoin de vacances illimitées, c'est-à-dire de s’être laissé allé à une situation où sa vie n’est faite que de règles qui lui sont étrangères, à tel point que cela lui est insupportable et qu’il ne peut plus supporter aucune règle. Pour éviter cette situation, il faut probablement apprendre à imposer notre point de vue aux événements, arrêter de les subir. D’une certaine façon, il ne faut rien accepter sans discussion. À commencer par un emploi. L’employé doit autant recruter son employeur que l’inverse. La première fois que j’ai dit cela à un ami il a pensé que j’étais un dangereux théoricien. Son succès m’a confirmé dans mes certitudes.

Compléments :

Prochain système économique

Le keynésianisme, l’illusion selon laquelle l’état pouvait gérer, par ses dépenses et ses impôts, l’économie, a été remplacé par le monétarisme, l’illusion selon laquelle l’économe dépendait d’un taux d’intérêt fixé par une banque centrale indépendante. Cette dernière illusion ayant explosé avec les dernières bulles spéculatives on se demande quelle sera la prochaine mode.

Pour Paul Krugman (dans un billet déjà ancien The lessons of 1979-82), ce sera à nouveau le Keynésianisme. En effet, la prétendue victoire du monétarisme sur l’inflation des années 80, correctement analysée, fut un désastre. Puisque le monétarisme n’a pas gagné, alors le keynésianisme est victorieux.

Le jugement de J.Galbraith, dans L’économie en perspective, me semble plus juste. Déjà, il montre, comme P.Krugman, que le monétarisme n’a rien réussi. Par contre, il enterre le keynésianisme au motif qu’il n’est pas possible de gérer l’économie par des mesures macro-économiques (on doit la barrière entre micro et macro économie à Keynes). En effet, elles ne savent réparer les grands problèmes de la société (exemple le chômage) dont les causes sont micro économiques. Elles se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain, qui n’est pas celui que lui prête l’économiste classique.

Ceci signifie que l’économiste doit comprendre ce que dit ce blog à longueur de billets : quand on désire un changement, il ne faut pas se contenter de belles théories, il faut contrôler le changement, c’est-à-dire s’assurer que les moyens sont là qui vont le faire réussir. C’est pour cela que tout gouvernement est doté d’un « exécutif ».

La physique est d’accord. Elle sait que l’incertitude produit le chaos, et que pour l’éviter, il faut prévoir des mécanismes de contrôle (c’est l’automatique), aucune sonde spatiale ne suivrait sa route sans cela.

Le jour où l’économie aura compris cette simple vérité, elle sera devenue une science.

Compléments :

  • L’économie en perspective explique non seulement que l'économie classique est basée sur des hypothèses fausses, mais que si elle a eu une vie aussi longue, c'est parce qu'elle est favorable aux « puissants » (et aux économistes). D'ailleurs, chaque théorie économique a plus ou moins inconsciemment justifié les idées de classes dominantes ou montantes.
  • Contrôlez le changement !

SDF indicateur de la santé d’une société ?

J’ai entendu une émission traitant du SDF et de sa faible longévité. Un SDF interviewé expliquait comment il était devenu ce qu’il était :

Il n’avait pu supporter les contraintes de l’existence et avait choisi de couper les amarres. La décision lui avait semblé bonne les premiers temps, mais vraisemblablement ce n’était plus le cas.

Ce témoignage rejoint celui d’un SDF américain du film J’irai dormir à Hollywood. Lui avait quitté un bon job. Progressivement il avait perdu pied et n’avait plus d’espoir de se réinsérer (il gagnait sa vie en cherchant les pièces de monnaie égarées sur une plage).

Le SDF est-il quelqu’un qui n’a plus le courage de se battre ? Cela ressemble aux observations de Martin Seligman concernant la dépression : il a soumis des animaux à un mauvais traitement dont ils ne pouvaient s’échapper ; ensuite il les a placés dans un environnement hostile, mais dont ils pouvaient s’extraire ; mais ils ne faisaient rien, ils restaient prostrés.

Le nombre de SDF serait-il un indicateur de la complexité à vivre dans une société ? Plus la complexité est grande, plus l’homme est susceptible de se retrouver dans une situation où il perdra le nord et toute volonté de se battre ?

Compléments :

  • Si cette théorie est juste, la réinsertion du SDF doit être extrêmement difficile : il faut qu’il réacquière le sentiment d’avoir du pouvoir sur les événements, de maîtriser son sort. Pour cela, il faut probablement une longue et patiente aide de la société.
  • La théorie de Merton va dans la même direction : le SDF est celui qui juge que les objectifs et les moyens pour les atteindre que donne la société à l’homme sont hors de sa portée (voir un aperçu de la théorie dans Braquage à l'anglaise).
  • Peut-être aussi que ceci rejoint mes réflexions sur les vacances (Pourquoi des vacances ?) : quand la société nous inflige un rythme, des contraintes insupportables nous optons pour des vacances illimitées, nous refusons toute activité ?
  • SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.

dimanche 23 août 2009

Gagner la guerre d’Afghanistan

Un livre racontant l’histoire de l’Inde (KEAY, John, India, a history, Grove Press, 2001) me donne l’idée suivante (à creuser) :

Que cherche-t-on à faire en Afghanistan ? Avant tout et de très loin, éviter qu’il ne devienne une zone de turbulence qui déstabilise la région et fournisse des terroristes au monde. Je connais mal la question, mais je me demande si la coalition s’y est bien pris : elle a attaqué les Talibans comme s’ils représentaient une nation, de ce fait en faisant une résistance du type de celles qui ont défait toutes les armées d’occupation.

Mais l’Afghanistan est probablement plus proche d’un régime féodal que d’une nation occidentale. Que faisaient les féodaux de la région, il y a quelques siècles ? Ils attaquaient séparément les potentats locaux. Une fois défaits, on leur réclame un tribut (qui les affaiblit) et on place à leur tête un chef qui accepte de devenir vassal (souvent l’ancien chef). L’édifice n’est pas totalement stable, mais la manoeuvre fissure efficacement l’opposition.

Une fois le pays calmé, mes idées précédentes auraient peut-être une chance de réussir (Complexe Afghanistan).

Supprimons les agences de notation

Une étude parvient à une très étonnante conclusion :

  • Elle analyse sur près de deux siècles les taux de défaillance d’un produit financier risqué en fonction des caractéristiques de la banque qui l’a vendu. Pendant longtemps ils ont été fonction de la taille de la banque : les grands noms (Rothschild, JP Morgan) étaient particulièrement fiables. Aujourd’hui il n’y a plus de différence.
  • Explication possible : ce qu’on achetait avant c’était une marque, une réputation. Et c’était pour en conserver la valeur que la banque faisait bien son métier. Aujourd’hui, sa réputation n’est plus en jeux, mais celle d’une agence de notation. Or, évidemment, l’agence de notation est nettement moins bien placée que la banque pour connaître le risque des produits de cette dernière.

On en vient à une de mes idées récurrentes : tout système de contrôle rend l’homme irresponsable et dangereux. Pour le rendre fiable, il faut qu’il sache sa responsabilité (réputation) clairement engagée.

Compléments :

  • Développement de la même idée: Assurer les banques.
  • GHOSHAL, Sumantra, Bad Management Theories Are Destroying Good Management Practices, Academy of Management Learning and Education, 2005, Volume 4, n°1. S.Ghoshal disait que l’Amérique croyait que l’homme ne pensait qu’à mal, de ce fait, il fallait le contrôler (idée fixe de la théorie économique), étant contrôlé, il devenait irresponsable et effectivement ne pensait qu’à mal.

Cris et chuchotements

À ce que l’on dit, c’est un film dans lequel on retrouve les angoisses de Bergman : la mort, et ce qu’il y a après, notamment. Le film est rouge (enfer ?), avec une éclaircie paradisiaque à la fin. La rédemption est dans l’instant partagé ? Le mal dans l’égoïsme ? S’il n’y a que cela, il n’y avait pas besoin de se déplacer. Une fois de plus, je n’aime pas ce qu’aime la critique intello :

Au fond, ce qui me plaît chez Bergman, et chez quelques autres, c’est « à la recherche du temps perdu », c’est sa capacité à se remémorer jusqu’au moindre détail d’un passé lointain, à en faire revivre des scènes seconde par seconde et geste par geste. J’y vois l’émerveillement, qui le marque à jamais, de l’enfant qui découvre un monde à la fois admirable et terrifiant parce qu’incompréhensiblement injuste. Ce qui me frappe, d’ailleurs, c’est la violence des rapports familiaux. Comment naît cette violence ? Pourquoi ?

Je n’aime pas ce qui est didactique et rationnel. Une fois que c’est expliqué, c’est fini. La raison humaine est aveugle, elle n’a aucune grandeur, démesure. Ce qui fait l’intérêt des films, c’est ce devant quoi la raison est impuissante, bouche bée, stupide, qu’elle ne peut que se rappeler, parce qu’elle ne l’a pas compris. C’est probablement pourquoi j’ai aimé Les fraises sauvages et pas Le septième sceau.

Complément :

  • Autre réalisateur qui maîtrise trop son sujet pour être intéressant : Woody Allen. Peut-être pour les raisons ci-dessus, un des seuls films qui m’a plu de lui est Radio days, où il raconte, infiniment élégamment, car Woody Allen me semble avant tout être un intellectuel subtil et distingué, son enfance.

samedi 22 août 2009

Réforme de santé aux USA : cas d’école ?

B.Obama jugerait que le système d’assurance privé est inefficace. Il coûte cher et « en dix ans, les polices d'assurance santé ont augmenté quatre fois plus que le coût de la vie aux Etats-Unis. » Il assure mal : tout le monde ne peut pas s’offrir une assurance, et il refuse beaucoup de monde. Autrement dit le système d’assurance privé se comporte en monopole ! 

Solution : système public d’assurance entrant en concurrence avec le système privé, et le forçant à revoir ses pratiques et ses prix. On fait d’une pierre deux coups, baisse de coûts, meilleure qualité.

Résistance au changement

Ces mesures effraient :
  • Elles vont couler les assureurs privés, le privé étant contraint de faire des bénéfices n’est pas concurrentiel. (Le capitalisme serait-il moins efficace, économiquement parlant, que l’économie dirigée ?)
  • Opposition des 60 – 80 ans, une classe de votants décisive. Ils ont peur pour leur système d’assurance, qui fonctionne bien. Or, icelui-ci est essentiellement administré par l'Etat… Une explication alternative, la défiance vis-à-vis de l’équipe Obama : « Avec une nouvelle "caste" à la Maison-Blanche, ils se sentent dépossédés. »
  • La réforme heurte les valeurs américaines : « la famille, la non-intervention de l'Etat, le refus de toute contrainte collective » :
Une retraitée ne veut pas "payer pour une assurance qui remboursera les avortements". Une autre élargit l'enjeu : "Le problème n'est pas la santé. C'est la transformation de ce pays en une Russie, en pays socialiste."
Un homme récemment licencié, Ron Ammerman, 35 ans, se lève : "Je suis responsable de moi-même, pas des autres, dit-il. Je ne devrais pas avoir à partager les fruits de mon travail avec d'autres."
Sarah Palin (…) "Mes parents ou mon bébé trisomique devront comparaître devant le tribunal de la mort d'Obama, où des bureaucrates décideront s'ils sont dignes ou non de recevoir des soins."
"Un tel système serait l'incarnation du mal", dénoncent les adversaires de la réforme.
Amérique fondamentaliste

Le discours de Sarah Palin, mis dans la bouche du président iranien, effraierait. Or, le « tribunal de la mort d’Obama », c’est le système de santé des autres démocraties occidentales. Au fond, c’est le manque de logique qui est le trait commun de cette opposition : ne contredit-elle pas les principes du libéralisme financier (l’efficacité de l’entreprise), et ceux de la foi chrétienne (le partage et la solidarité) ? On n’est pas dans la raison, mais dans l’émotion.

L’Amérique, pays fondamentaliste, moins éclairé que les fondamentalismes qu’elle combat ? Pays le plus con du monde, comme disent les guignols de l’info ? Obama, crucifié pour avoir voulu faire le bien d'ingrats attardés ?

Eh bien, le changement, c’est toujours comme cela. Celui qui veut le changement a une raison imparable qui ne convainc personne. Et la résistance au changement s’exprime stupidement. Cas d’école de conduite du changement ?

Cas d’école
  • La résistance est légitime. L’organisation (la nation, ici) exprime maladroitement qu'elle craint que le changement démolisse ce qui fait sa force et son être = ses « valeurs ». (La cause de résistance étant aussi vieille que le pays, que l’administration Obama soit prise par surprise montre qu’elle est coupée des préoccupations du peuple. Représente-t-elle l’Amérique ?)
  • Ce qui bloque c’est la mise en œuvre. Les Américains sont probablement d’accord pour avoir une assurance santé meilleur marché et plus efficace, mais pas au prix d’une bureaucratie. Ce qui est refusé dans un changement, ce n’est presque jamais son objectif, c’est sa mise en œuvre. 
  • Le facteur clé du changement c’est son contrôle. Zéro leadership de l’administration Obama. Le président a demandé au Congrès d’écrire la loi. Le congrès ne pourrait qu’être d’accord avec ce qu’il aurait produit, n’est-ce pas ? Or, il accouche de trois propositions incompatibles. Le grand théorème du changement, c’est qu’il doit être contrôlé. Ceux qui doivent concevoir la mise en œuvre du changement (le Congrès) doivent être placés dans une « cocotte minute », de façon à ce que la dite mise en œuvre soit sûre de sortir. Pour cela, il faut une animation du changement. Et il faut se donner les moyens de défendre ce en quoi l’on croit. (Ici, la position des adversaires de la réforme, comme je le dis plus haut, peut être ridiculisée en s'appuyant sur les valeurs de l'Amérique.)
Compléments :

Le pauvre s’appauvrit

Ce serait le résultat de la crise aux USA, sachant que les 10% les plus riches auraient été épargnés. Explication :

Les « 90% » de pauvres ont une partie majeure de leur fortune investie en immobilier, ce qui n’est pas le cas des plus riches. Or, c’est essentiellement l’immobilier qui a été dévasté par la crise. En outre, elle a été soignée par un plan de relance qui a coûté cher au pauvre, alors que le riche en était le principal bénéficiaire…

Deux questions :

  1. Une petite partie de l’Amérique s’enrichit aux dépens de l’autre ; chaque crise marque une nouvelle phase d’enrichissement ?
  2. Les revenus des pauvres vont de plus en plus dépendre des riches : le pauvre sera de plus en plus au service du riche ?

Compléments :

Assurer les banques

Des économistes proposent aux banquiers de prendre des assurances anti-risques (Should managers of big banks be required to buy crisis insurance?). Je pensais « bonne idée », jusqu’à ce que je réalise que les banquiers n’avaient jamais eu autant d’assurances.

Leur assurance était le fameux AIG. Or, AIG ne s’est pas comporté comme l’assureur dont on parle tant aux USA, au sujet des réformes de santé. S’il le pouvait l’assureur américain n’assurerait que les personnes dont les gènes prouvent qu’ils ne feront jamais appel à la médecine, et, lorsqu’un incident survient, seule la justice peut lui faire débourser un centime. Avec de tels assureurs la Banque avait peu de chances de faire des bêtises.

Pourquoi AIG a-t-il assuré sans contrôler ? Coup de folie : soif de l’enrichissement à court terme, esprit de la conquête de l’Ouest ? Si le rempart de la société est aussi faible, on est mal parti.

Je crois surtout que nos régulateurs font une erreur. Sans nous demander notre avis, ils veulent trouver des mesures qui vont nous contraindre à l’honnêteté, et cela quoi qu’il arrive, même dans des situations imprévisibles. Or, l’homme ne fait que ce qu’il veut.

Pourquoi ne pas rassembler les dirigeants de Goldman Sachs (et leurs homologues), les mettre en face de leurs victimes, des dommages qu’ils ont causés, leur expliquer que nous n’avons rien contre leurs bonus, leur raison de vivre, mais que nous aimerions qu’ils ne ruinent pas notre vie ? Peut-être trouveraient-ils des solutions à nos problèmes, efficaces, durables, acceptables par tous ? Peut-être, aussi, ayant été traités comme des responsables se comporteraient-ils comme tels à l’avenir ?

Compléments :

  • Les régulateurs et les gouvernants obéissent à une idéologie fondatrice de notre culture : celle selon laquelle l’homme se commande comme une machine. Voir par exemple : Parler d’une seule voix.

vendredi 21 août 2009

Avantage économique des démocraties

Democracy, diversification, and growth reversals explique que la force des démocraties est la maîtrise de leur croissance. Les pays peu démocratiques vivent des montagnes russes.

Ce qui explique ces montagnes russes, c’est le manque de spécialisation (par exemple pétrole) de leur économie, quand l’industrie locale a le vent en poupe, le pays se développe vite, quand ce n’est plus le cas, c’est le chaos. Les démocraties laissent prospérer l’initiative individuelle, qui diversifie les risques.

Et l’Islande ? C’est pourtant un pays démocratique. Et l’Irlande, les USA et l’Angleterre (dans une moindre mesure) ?

Ceci donnerait-il raison à Simon Johnson ? Nous avons vécu une période où l’oligarque, le manager professionnel, a été roi, il a tué (via les fonds d’investissement) les entrepreneurs, il a détruit la diversification et la vitalité du tissu économique (cf. les modes de management qui ont affecté, notamment, l’automobile) ? Il est parvenu à démolir les processus démocratiques, ceux qui font qu’aucun individu ne peut imposer ses intérêts aux autres, et que du coup la nation est multiple ? Est-ce cela le fondement de la démocratie ?

Compléments :

Les derniers jours du monde

Ce film m’a fait penser à Soyez sympas, rembobinez de Michel Gondry. Il y a à la fois le bricolage et la parodie déglinguée de grands films. L’esthétique de la déglingue, une nouvelle mode ?

Hollywood se pensait indestructible, inapprochable, lui, ses décennies d'expérience, ses talents, ses stars, ses professionnels sans égal des moindres métiers du cinéma, et ses budgets colossaux. Eh bien, nous l’attaquons là où il est le plus fort, le film sur l’apocalypse, et nous lui prouvons qu’il lui manque l’essentiel : l’art. Car l’art c’est Français. Pour comprendre ce qu’est l’art, il faut nous regarder à l’œuvre : 0 moyens, aucun métier, une parfaite désorganisation, aucun talent, et un génie affirmé avec force.

Complément tardif :

  • à y bien réfléchir, il me semble que je reproche à ce film est ce que j'appelle le parasitisme. C'est-à-dire refuser les règles de la société, leur substituer ce qui arrange un individu donné (= parasite). Autrement dit, ma pensée serait la suivante : dans l'art comme ailleurs, innover est bien quand il transcende les règles existantes, il ne l'est pas quand il les détruit, au profit du petit nombre, et au détriment du reste de la population. Une variante de cette réflexion : Intermittents du spectacle.

jeudi 20 août 2009

L’armée anglaise égare ses matériels

Un article du Financial Times :

Les ministres ont ordonné une réorganisation du ministère de la défense (anglais), après que des auditeurs aient été incapables de trouver 6,6md£, dont environ un sixième de tous les véhicules, armes et radios utilisés par les troupes.

Explication ? Est-ce ce que j’appelais, il y a quelques temps, « le mal anglais » ? (Lois de la concurrence et service public.)

Si j’en crois mon service militaire et l’inquiétante désorganisation que j’y ai vue, l’armée française n’est probablement pas mieux lotie. L’humeur batailleuse de ces deux anciennes grandes nations militaires est elle corrompue par le pacifisme ? Si oui, faut-il s’en réjouir ?

Capitalisme : punir le client

Les journaux ne paraissent plus les jours où ils ne se vendent plus suffisamment, les « fournisseurs de contenu » exigent des mesures répressives du gouvernement (Hadopi), les grandes surfaces nous donnent le choix entre un lait pas cher à leur logo (qualité ?), et un prétendu haut de gamme dont le prix se justifie par un packaging inutile (Prix du lait)…

Le mot d’ordre du dirigeant à bonus est : arnaquer le client, et le punir si ça ne marche pas. Est-ce en attaquant notre sentiment de justice que la grande entreprise va se faire des clients ?

D’ailleurs, est-ce cela l’entreprise ? Ce qui me frappe chez les entrepreneurs que je connais, et chez Steve Jobs, est que ce sont des champions de leur métier, qu’ils connaissent intimement leur marché, mais, surtout, qu’ils veulent nous apporter quelque chose de nouveau et d’essentiel. En fait, l’entrepreneur est un croisé qui veut transformer la société.

Un exemple, la presse. Contrairement à leurs équivalents modernes, les grands patrons de presse étaient des hommes de conviction, ils avaient des choses à dire. Voilà certainement pourquoi The Economist ou Le Canard enchaîné prospèrent : ils demeurent poussés par une motivation plus forte que la raison (promouvoir le libéralisme économique dans un cas, dénoncer les manipulations du gouvernement et des puissants dans l’autre), et cela depuis des décennies (150 ans pour The Economist et 90 pour Le Canard).

Notre capitalisme moderne a été celui du manager professionnel. Une sorte d’autiste qui grimpe la hiérarchie de la grande entreprise bureaucratique grâce à ses diplômes et qui ne sait la gérer que par la comptabilité, degré 0 de la science et de l’intelligence. Son moyen d’action ? Le parasitisme. C'est-à-dire tromper les règles qui assurent la solidité de l’édifice social et de l’entreprise, pour en tirer quelque avantage à court terme.

Compléments :

La Dentellière

Curieusement ce film me rappelle mon commentaire de Welcome :

Une fois de plus, on y voit la rencontre d’un intello, vain et plein de préjugés de caste, et d’un être fruste dont la vie est passion, mais qui ne sait pas l’exprimer, d’où mépris du premier.

J’en viens à m’interroger sur la récurrence de ce thème dans la culture française et dans sa formalisation par Rousseau, qui montre que toute la sophistication de notre époque n’a pour résultat que de faire de nous des intellos ou des bobos, c'est-à-dire de corrompre « l’état de nature », qui est naturellement le nôtre.

Compléments :

  • L’ethnologue américain Clifford Geertz croit d’ailleurs que l’œuvre de Claude Lévi-Strauss était inspirée par l’idéologie de l’état de nature rousseauiste et que La pensée sauvage en était l’expression. (Geertz, Clifford, The Interpretation of Cultures, Basic Books, 2000.)

mercredi 19 août 2009

Art de ramper, à l’usage des courtisans

Nordine Saïdani m’envoie Essai sur l’art de ramper, à l’usage des courtisans, du baron d’Holbach : « de tous les arts, le plus difficile est celui de ramper ». Effectivement, il faut un grand talent pour être un courtisan. Pourquoi y a-t-il des courtisans ? Pourquoi les forts sont-ils courtisés ? Hypothèses :

  • Marque de mépris du courtisan. Il doit croire que celui qu’il courtise est incapable d’entendre la vérité. Peut-être y a-t-il deux façons de s’adresser à quelqu’un : flatter ses faiblesses ou s’adresser à son intelligence ? Il en est de même pour nous, le peuple, nos gouvernants préfèrent le populisme au courage (Logique des partis politiques).
  • Complexité de l’honnêteté. Les psychologues expliquent qu’une des règles premières de la société est de ne pas faire perdre la face à l’autre. Or, il est difficile de dire au dirigeant que si son entreprise perd de l’argent, c’est parce qu’il ne comprend pas son métier. La flatterie est une solution peu coûteuse à ce dilemme.
  • Sélection naturelle. L’amour propre élimine tout ce qui émet une critique désobligeante, donc n’est pas courtisan. Idem pour les politiques non populistes.
  • Paresse intellectuelle de l'homme. Une anecdote de début de carrière qui m’a marqué : un collègue me dit : « tu as gagné, dis nous ce que nous devons faire ».

En fait, la victoire du courtisan n’est probablement pas fatale. Après tout, le dirigeant n’est pas moins intelligent que la moyenne des Français : il sait que les courtisans lui cachent la vérité. Pour avoir un point de vue exact, il lui faut sans doute ce qu’Edgar Schein a appelé un « donneur d’aide ». C’est quelqu’un avec qui il a établi une relation de confiance (i.e. 1) il ne trahira pas 2) il est efficace dans sa fonction).

Et la question de l'amour propre ? Je crois que le donneur d'aide la résout ainsi : il présente au dirigeant des problèmes difficiles, mais formulé d’une manière qu’il sait résoudre. Peut-être aussi intervient-il assez tôt avant que le puissant n’ait fait une grosse erreur dont il se sent coupable et qu'il veuille cacher ?

Compléments :

  • Sur le donneur d’aide, la perte de face, et le substrat scientifique de ce billet : SCHEIN, Edgar H., Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

Recycler Madoff

Bernard Madoff aurait fait preuve d’un immense talent pour donner à son fonds l’apparence d’une honnête activité (A sidekick sings). Il m’a fait penser au personnage de Leonardo di Caprio, dans Attrape moi si tu peux. D’où une idée :

Pourquoi ne pas utiliser B.Madoff comme di Caprio, c'est-à-dire pour combattre le crime financier ?

Les Américains nous disent que leurs organismes de contrôle ne peuvent être efficaces parce que l’on y gagne moins d’argent que dans une banque, et que l’Américain ne peut faire son devoir que contre de l’argent (Salaire des banquiers). Mais voilà que l’on a une ressource gratuite, hyper compétente, et facilement motivable (en lui promettant de sortir de temps à autre de son cul de basse fosse) !

Une idée d'objectif : il sort de prison lorsqu'il a permis aux USA de récupérer plus de 50md$ de fraude. (Trop facile ?)

mardi 18 août 2009

Complexe Afghanistan

Hier, j’entendais un ancien responsable de la résistance Afghane dire que son pays était bien plus qu’une anarchie talibane, il était le théâtre de guerres qui lui étaient étrangères, russes, chinoises, pakistanaises, indiennes, américaines, européennes, et que l’on ne s’en sortirait pas en expédiant quelques soldats mais en trouvant une solution politique. Ce qui m’a amené à penser à l’Europe et à son histoire :

Ce qui semble avoir sorti l’Europe de sa spirale de guerres a été la prospérité, elle-même suscitée par l’aide économique américaine. C’est ce que montre, je crois, le contraste 18/45 : dans un cas l’Amérique refuse d’aider l’Europe exsangue, si bien que les vainqueurs saignent les vaincus pour se renflouer, ce qui crée les conditions d’une nouvelle guerre. Dans l’autre l’Amérique aide généreusement l’Europe, ce qui finalement lui rapporte beaucoup.

Cependant, peut-être y avait-il en place, en 45, en Europe, les conditions d’un miracle économique ?

Quelles sont-elles ? Aucune certitude, mais deux idées :

  1. un mécanisme qui fait contrepoids à l’émergence d’une oligarchie (donc un pouvoir fort, mais démocratique),
  2. un tissu économique suffisamment solide et organisé pour pouvoir prospérer.
Ce dernier point signifie certainement qu’il faut consolider et développer l’économie existante, plutôt que d’apporter un modèle théorique sans lien avec la réalité, ce que l’Amérique essaie de faire depuis deux décennies partout où elle passe.

Compléments :

  • Sur ce que l’Amérique tente de faire du monde et son attitude à l’Europe après les deux guerres : Reluctant crusaders / Dueck.
  • Sur l’action de l’Amérique dans le monde, ces dernières décennies : Consensus de Washington.
  • Ma raison de croire que le changement ne peut se faire que dans une cocotte-minute : Conflits en Nouvelle Calédonie.
  • Le fait qu’il faille conduire le changement en aidant une organisation (peuple…) à trouver sa voie plutôt qu’en la lui imposant vient de mon expérience. Edgar Schein est arrivé à la même solution (d'ailleurs la science pense qu'il n'y a pas de seule bonne solution, que l'avenir est imprévisible) : SCHEIN, Edgar H., Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.

Reprise en France : durable ?

Il y a quelques temps, on nous a dit que l’économie nationale avait connu un petit sursaut. Le consensus fut que c’était trop beau pour être durable. Conclusion inspirée par la superstition ou par la raison ? (Qui comprend quelque chose à la crise ?) Paul Krugman (A quick note on Germany and France) utilise sa raison et aboutit à une conclusion différente.

Pour lui le redressement de la France vient de ce que son économie dépend peu de l’exportation de biens durables et qu’elle n’a pas eu de bulle immobilière. Autrement dit, il serait probablement solide.

Question : est-ce que les variables économiques desquelles dépend la France sont en passe de retrouver un semblant de santé ?

Un début de réponse à la rentrée.

lundi 17 août 2009

USA, économie sociale et santé

Ce week-end je discutais de système de santé américain, et j’ai compris qu’il était peu amical. Les assurances santé font tout pour ne pas payer ce qu’elles doivent, en particulier lors de gros pépins. Comment avons-nous évité ce vice ?

Si j’en crois une de mes anciennes missions : c’est grâce aux mutuelles. Ces organisations issues des idées des socialistes utopistes (Proudhon, par exemple) veulent profiter du capitalisme sans souffrir de ses défauts. Elles sont gérées par leurs adhérents. Leur mission étant de servir leurs adhérents plutôt que leurs actionnaires, ceux-ci reçoivent un service digne d’eux.

D'après ce que j’ai entendu tout à l’heure, ce serait la solution vers laquelle se dirigeraient les USA. On arriverait ainsi à une couverture universelle, le désir du gouvernement, sans intervention de l’état, inacceptable par la majorité des Américains. L’état apporterait les fonds initiaux aux mutuelles, mais les laisserait ensuite naviguer seules. Exemple remarquable de conduite du changement ?

Compléments :

  • JEANTET, Thierry, Économie sociale : La solidarité au défi de l'efficacité, la Documentation française, 2006. Attention : la mutuelle n’est pas sans difficultés : ce type d’organisme est bâti sur le principe de la démocratie, qui est bien plus difficile à installer que celui, hiérarchique et militaire, de l’entreprise ordinaire. Quelques citations de ma référence :
  1. Les objectifs : « promotion de l’individu » ; « épanouissement de l’individu et de la cellule familiale, sociale, civique » ; « voie d’accès à la dignité » ; « Dignité humaine au cœur du système de production » ; « maîtrise de l’économie au bénéfice de l’homme ».
  2. Les moyens : « solidarité » ; « juste répartition des excédents » ; « indivisibilité des fonds propres » ; « contrôle des moyens de production par les travailleurs » ; « libre initiative collective » ; « indépendance vis-à-vis de l’Etat » ; « un homme une voix ».

USA : plus de téléphone

Les USA sont confrontés à un curieux problème téléphonique (Cutting the cord) :

  • La crise fait que l’on fait des économies, certains abandonnent le fixe pour le mobile.
  • Conséquence : plus rentable pour les opérateurs de télécom de fournir du fixe.
  • D'où des victimes : augmentation des coûts du fixe pour le grand nombre qui l’utilise encore, menace au « service universel » (plus de téléphone, pour les pauvres, les isolés, dans la rue, plus tout un tas de services, comme ceux des pompiers et des sondeurs, qui dépendaient du téléphone fixe)…
  • Le pire est que la couverture mobile est mauvaise.

L’Amérique risque de se retrouver à l’âge des cavernes de la téléphonie ?

Le phénomène est-il général ? Une innovation, le mobile, qui ne marche pas très bien, mais suffisamment pour susciter un équipement massif. Son coût contraint quelques-uns à des économies, ces économies mettent en faillite les offreurs de service prééxistants, dont la rentabilité tenait à peu. On a perdu un service fiable, universel et pas cher, que l’on a remplacé par quelque chose de mauvaise qualité et réservé aux riches. Tous punis.

A-t-on là le mécanisme type du capitalisme ?

USA : tous en tôle

La Californie avait un régime pénitentiaire relativement efficace, jusqu’à ce qu’il tombe dans le de plus en plus répressif, la tolérance 0. L'Amérique étant l'avenir de la France, il est intéressant d'observer ce que ça donne (Gulags in the sun) :

  • Le taux de récidive (70%) le plus élevé du pays. (Autrement dit, la prison suscite le crime !)
  • Une croissance permanente du nombre de prisonniers. Deux fois plus de prisonniers que de places. Des conditions de vie infectes, qui conduisent à de véritables batailles rangées.
  • Le coût du prisonnier est le double de ce qu’il est ailleurs aux USA.
  • Cette effroyablement coûteuse politique a contribué à mettre l’état de Californie en faillite (on cherche à réduire le budget des prisons de 1,2md$).

L’histoire ne dit pas pourquoi on est passé d’un système intelligent à un système stupide. Et pourquoi la population semble incapable de comprendre qu’il est stupide. Un indice : les électeurs adorent la répression, et réagissent au fait divers, et les politiques, de tout bord, adorent leur faire plaisir.

Leçon : il en faut peu pour basculer dans le cauchemar.

USA : pas de place pour tout le monde

Ce que je disais dans Allemagne, USA, capitalisme semble incorrect : les entreprises américaines n’auraient pas trop licencié, elles avaient trop embauché auparavant. Help not wanted donne les raisons de licenciement suivantes :

  1. Un allégement des couches de management (une nouveauté).
  2. Des systèmes d’information qui permettent, contrairement au passé, de savoir exactement de quelles ressources l’entreprise a besoin.
  3. Un savoir faire nouveau de réorganisation efficace de l’entreprise, plutôt que de licenciement aveugle.

Il y a pire : beaucoup d’entreprises n’auraient pas licencié. Si la situation économique ne s‘arrange pas, ce sera de nouvelles vagues de mises à pied.

Tout ceci semble dire non seulement que l’Amérique est dans une situation préoccupante, mais qu’elle ne peut faire travailler qu’une partie de sa population. Ce qui m’amène à ma demander :

  • Les riches ont-ils besoin des pauvres ? En fait aussi peu solidaire qu’elle soit, je pense que l’Amérique a deux raisons pour combattre le chômage : 1) les pauvres sont des consommateurs qui comptent 2) ceux qui ont du travail se sentent menacés par le chômage, et donc ne consomment pas.
  • N’est-ce pas le tissu économique qui est atteint ? La capacité de création du pays ? Peut-elle être ravivée par le seul miracle de l’initiative individuelle ?

dimanche 16 août 2009

Loi des rendements décroissants

Une caractéristique des avocats du libéralisme économique, c’est que leurs actes démentent leurs théories. De même que le marché (la bourse) ne se comporte pas comme un marché de livre d'économie (plus une action monte, plus on l’achète, et inversement), la loi des rendements décroissants ne s’applique pas à Goldman Sachs. Goldman Sachs gagne toujours plus (Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs). Et Goldman n’est pas le seul : comme Scarface, l’entreprise américaine semble dire « The sky is the limit ».

Comment expliquer ce paradoxe ? Réflexions aléatoires :

  • L’économiste Frank Knight dit que la loi des rendements décroissants doit être vraie, sinon tout l’édifice des sciences économiques s’effondre. En effet, c’est parce que les rendements décroissent que tous les facteurs de production ne sont pas égaux, que l’un est meilleur qu’un autre et qu’on peut le choisir. Autrement dit, c’est une loi qui fait l’hypothèse de l’individualisme.
  • Par conséquent, il est possible qu’elle ne s’applique pas parce que nous ne sommes pas dans un contexte individualiste mais social. La particularité de la société est 1) que les individus ne suivent plus leur instinct, mais les règles du groupe 2) que le groupe donne à l’homme, sans effort, accès à des ressources inaccessibles à ses capacités individuelles.

Il ressemble à un piéton qui entrerait dans une voiture, et qui ne serait plus contraint par ses limites propres. Et qui, parce qu’il aurait trouvé un moyen d'éviter les radars (cas de Goldman Sachs), se croirait pouvoir pousser sa vitesse à l’infini, de ce fait terminant dans un platane.

La faiblesse de la société est que son système de règles a des failles ; qu’on peut en pousser certaines à l’absurde, si d’autres ne sont pas en permanence inventées pour l’éviter. La limite sociale n’est pas la capacité individuelle, mais celle du groupe (la voiture dans l’exemple), groupe qui, soumis à l'absurde du traitement Goldman Sachs, se disloque.

J’en reviens au parallèle entre économie et cancer. Est-ce parce que la cellule suit elle aussi les règles du groupe, et plus les siennes propres, qu’elle n’est pas limitée par ses limites naturelles et part à la conquête de l’espace ?

Conjectures vaseuses ?

Compléments :

  • KNIGHT, Franck H., Risk uncertainty and profit, Dover, 2006